Publié par les éditions Æthalidès, dans sa collection Le Zeste bleu, "Pour que le désir des confins jamais ne s'épuise", de Mathieu Groffe, est un recueil de proses poétiques.
Ce qui surprend tout d'abord dans ce livre, c'est l'originalité de ces textes, qui vient de leur déroulement à peu près imprévisible, entre style narratif, purement poétique, voire parfois plus philosophique.
Ensuite, il y a la volonté très forte du poète voyageur (en Autriche, Slovaquie, Slovénie, Italie, Hongrie) de saisir l'ambiance de tout un monde, dans sa vastitude, à partir de détails saisis parfois de loin. Cette manière d'écrire semble être celle d'un peintre pur, qui se placerait dans la continuité des "Illuminations" de Rimbaud, même si ici, l'humanité prend le pas sur les choses.
Chaque prose comporte un titre objectif - le nom de la ville visitée - et un sous-titre très poétique, par exemple : "La cicatrice dans l'âme qui produira la lumière que je veux", sorte de synthèse du texte.
Ainsi, ces morceaux excèdent très largement l'exercice descriptif, et encore davantage la courte vue d'un touriste pressé.
Il y a surtout rencontre avec les personnages du paysage sur lequel l'auteur s'attarde, représentés avec leur bonheur, mais aussi avec leur bonheur. Ces derniers s'expriment et dialoguent, délivrant ce qui ressemble à une leçon de vie, comme s'il s'agissait du fruit de l'esthétique du lieu.
Les proses de "Pour que le désir des confins jamais ne s'épuise", comme leur titre l'exprime, célèbrent, en définitive, la liberté du voyageur ou de l'autochtone, une manière intense et lente, à la fois, de vivre les choses, à l'inverse du consumérisme majoritairement actuel.
Extrait de "Pour que le désir des confins jamais ne s'épuise", de Mathieu Groffe :
MUNICH
L'iris jaune et noir
Un homme aux yeux jaunes et noirs sous les toits bavarois gris et luisants
Dessine la vendeuse de figues manipulant ses mauves orbes en sifflotant.
L'artiste observe la maison avalée par le lierre - âme rampante -
Écoute le bruit coupant des pneus sur les routes ruisselantes.
Suivre la direction offerte par les feux verts jusque chez un vendeur de parapluies
Puisque, peu importe le chemin entrepris, l'arrivée est la fin, mais pas le but dans une vie.
Notre graveur songe au creux d'un fauteuil de théâtre rococo et désenchanté,
Ce théâtre à la fleur non éclose dans un pot recollé à l'entrée.
Il imagine les hanches environnantes de la harpiste et les ondes de sa voix épousant les voussures du boudoir
- De salle en salle, une course ravie pour une autre plus précieuse que les rois sous cette tapisserie pistache, il y a six siècles de cela un soir.
Puisque chacun cherche un regard régénérateur sur soi-même, marmonne-t-il vers l'atelier, et que personne ne voit nos frissons, nos fissures, nos froissures, nos blessures et se figure universel et vrai.
Il faut oser vivre seul et fort pour reconquérir ses rendez-vous ratés.
L'ambiance pâle et souffreteuse des musées,
Cette jeune femme au parfum frais qui vola mes yeux où poussait une idée d'oliveraie.
À cet instant, une entremetteuse de rêves passe au conservatoire contemporain:
Voilà le vrai artiste, jaune, fermant le carnet - arrachons-là tout simplement à nos destins."
L'image de couverture et la première page, colorisés par l'éditeur, représentent une "Carte de l'Europe", datant de la seconde moitié du XIXe siècle. Atlas italien. Stabilimento Civelli, Milan,
Si vous souhaitez vous procurer "Pour que le désir des confins jamais ne s'épuise", de Mathieu Groffe, qui est vendu au prix de 15 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : https://aethalides.com/produit/pour-que-le-desir-des-confins/






