lundi 12 octobre 2026

"Rougeoie bleu", de Pierre Gondran dit Remoux


Publié par Bruno Guattari Éditeur, "Rougeoie bleu", de Pierre Gondran dit Remoux est une suite de courtes notations poétiques, qui m'ont rappelé ces bagatelles des musiques classiques, composés pour piano ou quatuor à cordes.

D'abord et bien sûr, ces groupes de lignes justifiées sont courts (jamais plus d'une moitié de page).
Il s'agit aussi de notations sensitives, dont les caractéristiques sont les suivantes : attention aux moindres détails de la vie, pas forcément humaine, mais plus généralement naturelle. Présence de la nature, à travers la faune et la flore.
Ainsi, cette poésie se situe résolument dans le microcosme, ce qui est porteur d'espoir. En effet, la vie qui semblerait ne plus vraiment exister à des échelles plus grandes (celle de l'être humain urbain), est ici omniprésente. On se croyait presque dans un documentaire.

Je souligne plus particulièrement la richesse du vocabulaire, habituelle chez cet auteur, du fait de sa formation scientifique. Cette richesse participe de la précision du style, et donc de la finesse des notations.

L'attention aux mots, cette plus petite partie d'un texte, hormis la ponctuation, est d'ailleurs très forte dans "Rougeoie bleu". J'en veux pour preuve la reprise [entre crochets] en fin de chaque texte, des mots déterminants de celui-ci, et leur réunion en fin de volume.

Extraits de "Rougeoie bleu", de Pierre Gondran dit Remoux :





Si vous souhaitez vous procurer "Rougeoie bleu", de Pierre Gondran dit Remoux, qui est vendu au prix de 14 €, rendez-vous sur le site des éditions : https://www.brunoguattariediteur.fr/boutique/livres/rougeoie-bleu-pierre-gondran-dit-remoux/

"Solo", de Perle Vallens


Publié par Tarmac Éditions, "Solo", de Perle Vallens est un recueil de poèmes en vers libres.

J'ai aimé lire ce recueil pour son réalisme. Le moins que l'on puisse dire, c'est que l'autrice ne cherche pas idéaliser le rôle de mère. Car c'est un rôle. Mine de rien, cette approche est plutôt encore révolutionnaire aujourd'hui, au moins dans l'écriture.

Plus particulièrement sont décrites les difficultés d'avoir à élever seule un enfant : problèmes financiers, absence de liberté, la fonction de mère prenant naturellement le pas sur la vie de femme. Même l'enfant est décrit tel qu'il est : pas forcément sous son meilleur jour.

S'agissant du style, m'ont plu sa clarté, sa franchise coupante, ces vers abrupts qui cognent. Un vrai rafraichissement !

Extrait de "Solo", de Perle Vallens :

"mieux que hurlement
ce piaffement d'impatience
d'une glissade de toboggan
strangulerait l'angoisse
affaissé dessous
l'éphémère de ce sillon de joie
librement dehors dans le souffle
des arbres mon poumon respire
deux fois plus

c'est faire dialoguer ailleurs
c'est croiser le fer des mots
dans le frelaté de l'air me revient
l'indifférence de mes congénères
entre mères taiseuses et c'est giflée
que j'abandonne mon pouls
à la lumière

le couvre-feu imposé à l'heure du bib
ne transfuse plus aucune chaleur à la veine refroidie
victime d'un camouflage brutal du soleil
dans leurs visages sévères"

La photographie de couverture est de Perle Vallens.

Si vous souhaitez vous procurer "Solo", de Perle Vallens, qui est vendu au prix de 15 €, rendez-vous sur le site des éditions : https://fepemo0.wixsite.com/tarmacachats/solo-de-perle-vallens

jeudi 3 septembre 2026

"Chronique d'un machisme rural", d'Anne Barbusse


Publié par les Éditions Pourquoi viens-tu si tard, "Chronique d'un machisme rural", d'Anne Barbusse, est un livre composé de poèmes en vers libres.

Plus que jamais, à mes yeux, la poésie, ici, se fait narrative, ou du moins descriptive. L'examen des lieux se mélange également à des réflexions sur l'évolution de l'environnement. Car ce livre se déroule dans le sud montagnard.

Cette poésie évoque par ailleurs le retour, même s'il n'est pas éternel. Les lieux qui reviennent au fil des pages (tels la bergerie abandonnée) servent à circonscrire le récit.

"Chronique" est vraiment le terme qui convient pour caractériser cette suite de poèmes. Il s'agit en effet d'un portrait à bâtons rompus d'un berger d'aujourd'hui, le macho du recueil.

Même si ce n'est pas vraiment de l'humour, j'ai beaucoup aimé qu'Anne Barbusse, dans ce portrait, fasse ressortir les contradictions de son personnage, qui, tout en disant long, passe plus de temps au café, à attendre le versement des subventions, que dans sa pâture.

On ne lit pas souvent tout cela, tant le romantisme l'emporte avec ce type de métiers, obligatoirement associés à de la passion.

Bien entendu, cette évocation d'un homme volontiers brutal avec ses nombreuses conquêtes féminines, est principalement à charge.

Cependant, l'autrice me semble également montrer la détresse intérieure de ce berger; lui qui finira par disparaître de l'image.

Les illustrations de "Chronique d'un machisme rural" (dont l'illustration de couverture), sont de Jacques Cauda.

Extrait de "Chronique d'un machisme rural", d'Anne Barbusse :

"d'ailleurs très souvent il n'est pas berger : il parque les bêtes

dès que le printemps remplit les champs d'herbe haute, 
il déroule les clôtures de plastique
doublées d'électricité / de batteries (volées parfois)

il part dans les bars draguer les quelques filles locales qui fréquentent les cafés masculins voire machistes des campagnes pourtant françaises
les PMU pleins d'hommes et de la fumée des clopes
odeur de pastis dès l'entrée
il discute et fait le coq et parfois quelqu'un l'appelle dans l'après-midi déjà chaud
sur son portable pour se plaindre que les brebis sont échappées

il prend sa voiture remet
le grillage ajoute un bloc de sel se dispute avec les 
propriétaires des jardins et dans le soir
part commander un burger dans les snacks qui ouvrent 
à peine
début de la saison touristique en Ardèche
il se dispute encore, avec les hommes des bars
ou les serveuses qu'il drague et embarrasse/embrasse, les 
caissières ou les boulangères
qu'il séduit ou insupporte, et dans le soir remonte au
mobil home
mangeant sa pizza tout en conduisant et en téléphonant
jovial et fumant sa beuh

dans sa réalité de berger distordue par le cannabis
avec les soirs d'été embaumés de tilleul avec
les aboiements imperturbables des chiens avec
les bêlements frêles des agneaux cherchant leur mère
dans la nuit de juin

- et il ferme
la bergerie avec des palettes de supermarché

à la tombée du soir et du désir"

Si vous souhaitez vous procurer "Chronique d'un machisme rural", d'Anne Barbusse, qui est vendu au prix de 13 € : https://www.livre-provencealpescotedazur.fr/ressources/annuaire/etablissements/editions-pourquoi-viens-tu-si-tard-1687

lundi 17 août 2026

"Hantise et soin, une (h)anthologie", suivi de "L'air de rien" (cahier fantôme)

 

Publié par les Éditions "Le bord de l'eau", dans la collection "Récits et soins", "Hantise et soin, une (h)anthologie", est un recueil de textes écrits dans le cadre d'un ambitieux atelier d'écriture, placé sous la supervision de Thibault Marthouret, par ailleurs auteur de plusieurs livres de poésie.

Thibault Marthouret s'est déplacé sur les deux sites du Centre hospitalier universitaire (CHU) de Bordeaux pour animer cet atelier auprès des soignants et bénévoles.

Au programme : le thème insaisissable des fantômes. Insaisissable, oui, à première vue. En effet, il paraît difficile de donner une matérialité à ces soi-disant apparitions.
Et puis, un fantôme, ça manque de rationalité. 
Sauf que la grande force des fantômes, c'est d'exister dans la tête des vivants. Du coup, il y a plein de choses à dire sur eux.
Et le trait d'union principal entre le monde médical et les fantômes, ce sont hélas les morts.

Ainsi, au fil des pages de cette anthologie, les participants à l'atelier d'écriture livrent leurs témoignages sous forme de poèmes en vers ou de textes en prose, à partir d'expériences professionnelles ou personnelles, des histoires douloureuses souvent, qui les ont plus particulièrement marqués. Ces présences, même immatérielles, deviennent ainsi de puissants vecteurs d'échanges.

Mais cela va plus loin. Parfois les soignants et patients deviennent eux-mêmes des fantômes. La faute à la maladie, mais aussi aux conditions de travail. Les fantômes seraient-ils plus inattendus qu'en apparence ? S'agit-il vraiment d'une invention fantastique ou plutôt réaliste ?

En abordant les différentes facettes de l'univers fantomatique (lieux hantés, paroles de fantômes, le devenir fantôme, la temporalité du fantôme), cette (h)anthologie offre un panorama détaillé de ce qui représente, avant tout, une partie de nous-mêmes.

"Hantise et soin" se termine avec "L'air de rien", sous-titré "Cahier fantôme", de Thibault Marthouret, livre de poésie d'une cinquantaine de pages au sein de la forme plus vaste de l'ouvrage général, sorte de mode d'emploi approfondi apte à susciter la venue de ces spectres…

Extrait de "Hantise et soin", "ce que voient les fantômes sur mon lieu de travail", de Maria Torrent Catania :

"Les fantômes voient leurs parents morts dans l'œuf, les silences, les peines, la douleur, les mots et gestes tendres d'une équipe qui les accompagne dans cette traversée; perdus au milieu d'un désert aride.

Ils voient du linge, du sang, des cachettes, des mains douces. Ils entendent les battements de cœur dette mère avortée, le silence prostré d'un père, des mains qui caressent, des chuchotements, des pudeurs. Un verre d'eau. Des soignants qui soignent.

Ils voient de l'amour, du désespoir. Ils entendent des prières. Ils voient des cendres, l'amour qui part en fumée avant d'avoir été consommé comme il était prévu qu'il le soit. Ils voient au-delà de l'impensable, à travers l'eau trouble des larmes, l'espoir, la vie qui se réécrit.

Ils voient et rencontrent ceux qui, avant eux, sont passés par là.

Ils voient les visages angéliques des femmes et des hommes qui leur tendent la main, des professionnels délicats.

Ils voient un lit où s'éveille la mort prochaine.

Ils voient un espace sombre et au bout une lumière, le scialytique, le ciel.

Les fantômes voient tout ça.

Je sens parfois leur présence. Je me rappelle précisément certains d'entre eux.

Je sens encore sous ma main un tout petit cœur qui cesse de battre. Une peau si fine, si transparente, que toute l'anatomie prend vie.

Je sens l'odeur de la mort, le goût du labeur à venir.

Les fantômes s'installent; regardent, repartent. Ils sourient aussi. Ils sont comme les vagues qui s'échouent sur le sable. Ils disparaissent mais l'au qui a touché les pieds, la peau, laisse une trace indélébile. La trace s'enfonce dans les profondeurs pour retrouver, un jour, autrement, la surface."

La préface de "Hantise et soin" est de Mathieu Simonet, l'avant-propos de Thibault Marthouret.

Les participants à l'atelier d'écriture sont les suivants : Cécile Bartholome, Camille Binet, Marie-Hélène Bouchet, Pierre Boyer, Marine Chevalier, Nathalie Diakhate, Jérémy Douliez, Claire Engel-Bickert, Dominique Estampes-Paillard, Véronique Flutin, Noelle Garnerone, Natividada Garrido Rodriguez, Marie Gaudou, Sandra Giuliato, Vasili Kondylaki, Geoffrey Langlois, Valérie Lefebvre, Caterina Manes Gallo, Claire Mestre, Jean-Sébastien Noël, Claudie Peyrou, Pamela Pianezza, Fracine Ribault, Luna Serou, Mathieu Simonet, Mériem Sinaceur, Maria Torrent Catania.

Si vous souhaitez vous procurer "Hantise et soin, une (h)anthologie", qui est vendu au prix de 10 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : https://www.editionsbdl.com/produit/hantise-et-soin-une-hanthologie/

lundi 27 juillet 2026

"Pour que le désir des confins jamais ne s'épuise", de Mathieu Groffe

 

Publié par les éditions Æthalidès, dans sa collection Le Zeste bleu, "Pour que le désir des confins jamais ne s'épuise", de Mathieu Groffe, est un recueil de proses poétiques.

Ce qui surprend tout d'abord dans ce livre, c'est l'originalité de ces textes, qui vient de leur déroulement à peu près imprévisible, entre style narratif, purement poétique, voire parfois plus philosophique.

Ensuite, il y a la volonté très forte du poète voyageur (en Autriche, Slovaquie, Slovénie, Italie, Hongrie) de saisir l'ambiance de tout un monde, dans sa vastitude, à partir de détails saisis parfois de loin. Cette manière d'écrire semble être celle d'un peintre pur, qui se placerait dans la continuité des "Illuminations" de Rimbaud, même si ici, l'humanité prend le pas sur les choses.

Chaque prose comporte un titre objectif - le nom de la ville visitée - et un sous-titre très poétique, par exemple : "La cicatrice dans l'âme qui produira la lumière que je veux", sorte de synthèse du texte.

Ainsi, ces morceaux excèdent très largement l'exercice descriptif, et encore davantage la courte vue d'un touriste pressé.

Il y a surtout rencontre avec les personnages du paysage sur lequel l'auteur s'attarde, représentés avec leur bonheur, mais aussi avec leur bonheur. Ces derniers s'expriment et dialoguent, délivrant ce qui ressemble à une leçon de vie, comme s'il s'agissait du fruit de l'esthétique du lieu.

Les proses de "Pour que le désir des confins jamais ne s'épuise", comme leur titre l'exprime, célèbrent, en définitive, la liberté du voyageur ou de l'autochtone, une manière intense et lente, à la fois, de vivre les choses, à l'inverse du consumérisme majoritairement actuel.

Extrait de "Pour que le désir des confins jamais ne s'épuise", de Mathieu Groffe :

MUNICH

L'iris jaune et noir

Un homme aux yeux jaunes et noirs sous les toits bavarois gris et luisants
Dessine la vendeuse de figues manipulant ses mauves orbes en sifflotant.

L'artiste observe la maison avalée par le lierre - âme rampante -
Écoute le bruit coupant des pneus sur les routes ruisselantes.

Suivre la direction offerte par les feux verts jusque chez un vendeur de parapluies
Puisque, peu importe le chemin entrepris, l'arrivée est la fin, mais pas le but dans une vie.

Notre graveur songe au creux d'un fauteuil de théâtre rococo et désenchanté,
Ce théâtre à la fleur non éclose dans un pot recollé à l'entrée.

Il imagine les hanches environnantes de la harpiste et les ondes de sa voix épousant les voussures du boudoir
- De salle en salle, une course ravie pour une autre plus précieuse que les rois sous cette tapisserie pistache, il y a six siècles de cela un soir.

Puisque chacun cherche un regard régénérateur sur soi-même, marmonne-t-il vers l'atelier, et que personne ne voit nos frissons, nos fissures, nos froissures, nos blessures et se figure universel et vrai.
Il faut oser vivre seul et fort pour reconquérir ses rendez-vous ratés.

L'ambiance pâle et souffreteuse des musées,
Cette jeune femme au parfum frais qui vola mes yeux où poussait une idée d'oliveraie.

À cet instant, une entremetteuse de rêves passe au conservatoire contemporain:
Voilà le vrai artiste, jaune, fermant le carnet - arrachons-là tout simplement à nos destins."

L'image de couverture et la première page, colorisés par l'éditeur, représentent une "Carte de l'Europe", datant de la seconde moitié du XIXe siècle. Atlas italien. Stabilimento Civelli, Milan, 

Si vous souhaitez vous procurer "Pour que le désir des confins jamais ne s'épuise", de Mathieu Groffe, qui est vendu au prix de 15 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : https://aethalides.com/produit/pour-que-le-desir-des-confins/

"Autoportrait en ladre", de Pierre Andreani

 

Publié par les Éditions Contre-Sort, dans la collection Cheval de Mine, "Autoportrait en ladre", de Pierre Andreani, est une suite de poèmes brefs en vers libres, eux-mêmes très courts.

Paradoxalement, il s'agit d'un livre dans lequel les divisions sont plutôt nombreuses : pour cinquante pages de poèmes, trois parties elles-mêmes divisées en deux sous-parties, avec des strophes, parfois, d'un seul vers.
Dans cette observation à première vue formelle, je vois une caractéristique de fond. Comme si l'auteur voulait absolument restreindre, émietter la matière de sa parole.

Ainsi, j'ai, avant tout, beaucoup aimé lire "Autoportrait en ladre", pour la concentration des poèmes, en même temps que la richesse des mots, qui peuvent être aussi en anglais, comme dans une chanson. 
Ces textes résistent et me résistent.

D'ailleurs, "Autoportrait", est bien le titre qui résume ce recueil, "ladre", étant le terme en vieux français qui désigne "lépreux". Effectivement, il s'agit ici d'un autoportrait sans concession, qui semble appartenir à un "je" maudit.

Pierre Andreani écrit comme il (se) griffe. Il ne cherche pas à embellir les choses et les autres (portrait réaliste d'un monde surtout rendu hostile par son indifférence), et partant de là, c'est aussi le "je" qui sort éclaboussé par la simple graphie des caractères.

En résumé, "Autoportrait en ladre" présente une exigence de style et de vie plutôt rare en poésie, qui semble se rire des compromis.

Trois extraits de "Autoportrait en ladre", de Pierre Andreani :

"mémoire sérielle
s'ampute de ton ombre

flottant et m'enroulant
autour d'un massif d'orpins roses
songeur préméditant

lumières trop lourdes de cet affront
général
iris heurté et dont la couleur passe"

*

"le monde est plein
il est empli de vermisseaux
contentés, ébahis

tout un palais nocturne
avec du lièvre au déjeuner
de la pintade en mortadelle
pour le dîner aux chandelles

meurtriers
dans leurs plastrons humides
les cheveux dressés sur le crâne"

*

"vous, les fantômes, y logez
vertueux sachant le merveilleux

riez-vous lorsque vous savez ?

est-ce drôle ?
est-ce tragique ?
d'observer le mystère dévoilé ?

et sans corps, est-ce mieux ?
la douleur, est-ce une amie ?"

La couverture est de "Hedy Pia.

Si vous souhaitez vous procurer "Autoportrait en ladre", de Pierre Andreani, qui est vendu au prix de de 13,30 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : https://contre-sort.fr/autoportraitenladre

"Sonné d'Amérique", de Florent Toniello

 

Publié par Lisière éditions, "Sonné d'Amérique", est un recueil de sonnets (ces poèmes de quatorze vers en tout, divisés en deux quatrains puis deux tercets) de Florent Toniello.

Comme son titre le suggère en partie, il s'agit de la chronique d'un voyage de un mois, effectué par l'auteur, à New-York et au Canada.

Ce qui séduit d'emblée dans ce livre, c'est le ton alerte employé pour décrire les lieux visités. C'est aussi la précision des descriptions qui est offerte au lecteur, plutôt plus utile que certains guides de voyage.
D'ailleurs, Florent Toniello évoque également les périodes de transit, les invitations reçues, façon de rendre hommage à ses hôtes, et tout particulièrement la mémoire de Pierre Joris, auteur récemment disparu.

Bref, la variété est au rendez-vous de ce périple : depuis les incontournables (Empire State Bulding, Mémorial du 11 septembre, statue de la Liberté, chutes du Niagara) jusqu'à des endroits ou manifestations plus confidentiels : certains musées, expositions, lectures poétiques, j'ose le prétendre, me croyant en France, quoique...)

Bien qu'assonancés (les sons en bout de vers riment, mais pas les syllabes), bien qu'irréguliers au sens de la poésie classique (nombre de mots se retrouvent coupés entre deux vers : hérésie !), ces "sonnés" sont très rythmés. Ils sonnent effectivement bien ! 
Le fait que Florent Toniello n'hésite pas à utiliser des mots anglo-saxons (ceux des pays visités, pardi !) ajoute évidemment de la couleur et de la vie à ces textes.

Extrait de "Sonné d'Amérique", de Florent Toniello :

"L'avant-garde & le vain

Soudain au milieu de l'Hermétique Carto-
graphie de John Zorn pointe une partition,
une croche plantée pour un piano solo,
un si bémol unique pour l'Invention

of One Note. C'est de lui l'opus vingt-huit,
mêlé à des peintures, des dessins, des é-
couteurs où l'on peut goûter un peu sa musique,
dans ce Drawing Center de Soho visité.

Contraste éprouvant des rumeurs de Chinatown;
collé sur un poteau de lampadaire, trône
un autocollant qui vante un proche concours

de sosie de Timothée Chalamet. Ainsi
branlent entre opposées polarités nos vies:
l'avant-garde & le vain disputent notre amour."

Les photographies (dont celle de la couverture) sont de l'auteur et de Céline Delayer.

Si vous souhaitez vous procurer "Sonné d'Amérique", de Florent Toniello, qui est vendu au prix de 13 €, rendez-vous sur le site des éditions : https://www.lisiere.com/sonneda/