mardi 3 mars 2026

"Transports", de Pascale Wormser-Gay

 

Publié par les Éditions Æthalidèsdans la collection "Le Zeste Bleu", "Transports", de Pascale Wormser-Gay, est un recueil de poèmes en vers libres, dont le sujet, contenu dans le titre, apparaît très clairement. Il s'agit des "transports", ou plus précisément, des impressions procurées à l'autrice par ses voyages en transports en commun (train, RER).

Divisé en trois parties, ce livre diversifie les points de vue ans chacune d'entre elles.
"Passagère" décrit surtout surtout les sensations physiques produites, mais également l'avant et l'après des voyages.
Dans "En transit", c'est le dehors qui infuse au dedans de soi. Les regards se portent vers l'extérieur (autres passagers, paysages), avec, toutefois, davantage de noirceur.
"A-cheminement", quant à lui, se consacre plutôt aux transports intérieurs, et s'évade en direction de la métaphysique, montrant de la passion.
Ce qui surprend dans "Transports", c'est la sobriété de son expression, avec souvent des vers composés de quelques mots, qui, une fois dans le poème, s'évadent pour composer une phrase.

Extrait de "Transports", de Pascale Wormser-Gay :

"Je voyage immobile
Les yeux fermés
Tant de paysages
Tant de contrées

Je voyage immobile
L'âme ouverte
Tant de bonheurs, tant de bontés

Je voyage immobile
Ce déplacement-là
Invisible et tranquille
Est pourtant
Parfois
Rempli d'effroi

Je voyage immobile
Les yeux fermés
Pour me découvrir
Et vous rencontrer

Dans votre humanité"

L'image de couverture, ainsi que la page intérieure, est de Valérie Falize Lanusset.

Si vous souhaitez vous procurer "Transports", de Pascale Wormser-Gay, qui est vendu au prix de 16 €, rendez-vous sur le site de son éditeur : https://www.aethalides.com/produit/transports/

lundi 2 mars 2026

"Harmonica, etc", de Guillaume Decourt

 

Publié par les Éditions de "La Table Ronde", dans la collection "Vermillon",  "Harmonica, etc.", de Guillaume Decourt, est, comme les autres recueils de l'auteur, notamment chez ce même éditeur, fait le pari (plutôt rare aujourd'hui), de l'intelligibilité, et de la musique aussi. Par les rimes et par un mètre à peu près régulier : alexandrins souvent, mais également, octosyllabes et décasyllabes.

Cependant, ce classicisme apparent contraste avec le fond de ces poèmes, qui témoigne d'une constante liberté. C'est bien là le nœud de ce livre, comme si la liberté ressentie découlait précisément de ces jeux d'écriture. D'autant plus que les vocables anglais sont parfois compris dans les rimes, comme des publicités pour des marques pouvant être disparues. 

Car il y a souvent là, dans ces poèmes, quantité de souvenirs, dans lesquels finalement, il peut être difficile de distinguer le vrai de l'imaginé.

Ainsi, se mélangent les époques. la nostalgie est là, mais pas la tristesse.

D'ailleurs, le kaléidoscope de ces souvenirs apporte une diversité heureuse à ce volume que l'auto-dérision ne voile pas.

Extrait de "Harmonica, etc.", de Guillaume Decourt, 

"Politesse

Il y a longtemps je ne savais pas sourire
Je donnais des rictus sans découvrir mes dents
Plutôt blanches dont je n'aurais pas dû rougir

J'étais timide mais on me trouvait pédant
En éclatant de rire je fermais la bouche
Comme un samouraï qui s'égare en Occident

Au Japon paraît-il jamais on ne se mouche
En public le sabre se range avec les douilles
De la même manière c'est après la douche

Qu'un homme entre dans le bain déguster ses nouilles
En faisant du bruit montre qu'on les apprécie
Avec vaillance on accepte que la pluie mouille

Imperturbable sous l'averse on reste assis"

Si vous souhaitez vous procurer "Harmonica, etc.", de Guillaume Decourt, qui est vendu au prix de 17 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : https://www.editionslatableronde.fr/harmonica-etc/9791037116147

lundi 19 janvier 2026

"Pirateries", de Samuel Moussalli

 


Publié par les Éditions Æthalidès, dans la collection "Le Zeste bleu", "Pirateries", de Samuel Moussalli, comprend des poèmes en vers, pas si irréguliers que ça, c'est dire si cette poésie n'est pas ordinaire !

En effet, ces vers-là font confiance à la musique, tout particulièrement. Rythmés, souvent courts, ils se lisent, mais s'entendent également.
Ainsi, le vocabulaire utilisé, quelques néologismes, des mots familiers, quelques lieux ensoleillés nous font partir en voyage pour pas trop cher.
L'auteur, avec son "je", donne vraiment l'impression de voyager très loin sans quitter son siège. 

Il n'en demeure pas moins que les poèmes de Samuel Moussalli sentent l'aventure à plein nez. Même quand le monde semble s'écrouler, comme dans le poème "Zion", le poète rigole encore.

Ainsi, le ton des textes publiés ici est résolument fantaisiste. Toujours fantaisiste ? Non. À deux ou trois reprises au moins, la gravité s'invite en douce, comme à la fin de "Ombre", reproduit ci-après. Des moments troublants, qui se remarquent d'autant plus.

Extrait de "Pirateries", de Samuel Moussalli :

"Ombre

Je me tape
en stop
toute la terre
et le stock
des mystères
avec le smile
de la Joconde
je lève le pouce
et mange les miles
des mappemondes,
steppes et brousses

j'enquête
aux limites
du soleil nacré
et des sept planètes
je dévore
le nombre d'or
et les chiffres sacrés
des architectes
de Louxor
je scrute
les mythes
des sectes 
masquées

Au large
des lunes
de Netzah
j'aborde
les forges
du Quetzal
et décode
les présages
gravés
en marge
des quatre sphères
et sur les pages
des dix étages
de l'Univers
jusqu'à Kether

Pour trouver tout en un
en parfaite harmonie
je suis
sans trêve
le rêve
de l'alchimie…
mais n'est-ce pas lui
qui, comme une ombre,
me chasse et me poursuit ?"

L'image de couverture est de Robin Fougeront, ainsi que les illustrations des pages intérieures.

Si vous souhaitez vous procurer "Pirateries", de Samuel Moussalli, qui est vendu au prix de 16 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : https://www.aethalides.com/produit/pirateries/

jeudi 18 décembre 2025

"Le charabia des chauves-souris", de Julie Cayeux

 


Publié par l'Atelier de l'agneau éditeur, "Le charabia des chauve-souris", de Julie Cayeux, ne dévoile pas, à travers son titre, de thème apparent. Pourtant, à la lecture, ce dernier n'est pas caché.

En effet, tout au long de la succession de ces textes en prose d'une page, les instants qui précèdent et les jours qui suivent la mort du père sont décrits en détail.

"La charabia des chauves-souris" n'est pas pour autant un livre réaliste. Sa caractéristique principale me semble être un mélange qui n'a pas entièrement pris (et tant mieux, justement) entre des phrases de tous les jours et d'autres phrases à plus forte teneur poétique, qui déraillent de cette droite ligne de la logique. Et ça déraille vite, sinon, ça serait terne. Mais ça ne déraille pas tout le temps, sinon, ça deviendrait gratuit.
Derrière cette légèreté des mots qui ne demeure pas prisonnière d'un carcan de rationalité, la douleur demeure : le chagrin de la perte de l'être aimé, comme une évidence, exprimée avec finesse.

Extrait de "Le charabia des chauve-souris", de Julie Cayeux :

"Le lendemain de sa mort, la douleur coagule à l'intérieur de nous. À travers les miroirs, les reflets s'épaississent. La cervelle fonctionne au ralenti, le corps n'a plus la moindre énergie. Ce qui arrive alors dans le salon n'a pas d'explication. Mes pieds sont soudain perforés par un souffle joyeux, une respiration curieuse qui transperce ma douleur? On dirait qu'un gloussement de mon père s'est engouffré à l'intérieur de mes chaussons. De toute évidence, les courants d'air ne peuvent pas chatouiller les pieds des vivants si les fenêtres sont fermées. Est-ce qu'un reflux mystique peut prodiguer une telle jubilation ? Ou est-ce que la douleur a mangé ma raison ? J'éprouve une sorte de vertige à l'idée qu'un truc cloche. Mon père a toujours raffolé des pitreries, c'était sa façon à lui de tenir le coup. Durant des années, nous avons sonné aux portes et nous nous sommes enfuis en riant Il n'était pas du genre à rester sage et il pouffait comme un gamin. Alors s'il est possible pour lui de nous faire un petit salut, je sais qu'il va le faire. N'est-ce pas que c'est un signe, la chauve-souris ? Je n'ai pas pu imaginer ce frisson compact, indocile? Il a suivi sa propre trajectoire, n'est-ce pas ? La bestiole marmonne une sorte d'acquiescement. Le réel se dissout en arrachant des filtres, ces buvards gris qui nous cloisonnent, éloignent les défunts des vivants."

Si vous souhaitez vous procurer "Le charabia des chauves-souris", de Julie Cayeux, qui est vendu au prix de 18 €, rendez-vous sur le site de son éditeur : https://atelierdelagneau.com/fr/hors-collection/308--julie-cayeux-le-charabia-des-chauves-souris-9782374280943.html

lundi 8 décembre 2025

"Né de la première pluie", de Luc Marsal

 




Publié dans la collection Le metteur en signe par les Éditions Unicité, "Né de la première pluie", de Luc Marsal, est un recueil de poèmes en vers libres, divisé en trois parties.

Si la première partie, intitulée "Né de la première pluie" et donnant son titre au livre, renvoient au passé, les deux suivantes, intitulées "Dans les terres oubliées" et "Je sens l'humain à plein nez", se situent dans le présent.

Et si "Né de la première pluie" dresse le bilan des premières années d'existence, le lecteur de ce livre comprend assez vite que tout est toujours à recommencer (dans l'absolu), que l'expérience n'aide guère au bonheur (d'où le titre du livre).

À cet égard, "Dans les terres oubliées" évoque un lieu, tandis que "Je sens l'humain à plein nez", traite plutôt du rapport aux autres.

Le trait principal de ces deux parties est qu'elles montrent l'insatisfaction du "je". Cela me semble être un trait commun aux autres textes publiés de Luc Marsal que j'ai pu lire.

Avec "Dans les terres oubliées", pas de poésie paysagère. C'est bien l'homme qui semble se ramasser au milieu de ce décor rural, pas pour mordre les autres, non, mais plutôt pour affronter la réalité. Même chose avec "Je sens l'humain à plein nez".

Avec Luc Marsal, la perfection de l'âge adulte, cette soi-disant victoire, n'existe pas. Quant au style, je retrouve ici ce sens des formules, propre à leur auteur, ce qui contribue à la puissance d'évocation des poèmes publiés ici.

Extrait de "Né de la première pluie", de Luc Marsal :

"Je sens l'humain
à plein nez

Je vois les gens de l'intérieur
par leur sang qui s'écoule
les pieds tournés
vers leur passé

Je les regarde pousser dedans
la peau fouetté par le hasard
avec leurs têtes d'enfants
dépassant de la nuque
un cri sur la poitrine

Je les prends contre moi
dans mes bras de poussière
mon oreille de coton
sur les plaies entrouvertes
emportant les remords
et leurs vaines prières

Je mange leurs colères
leurs blessures et leurs doutes
je suis moi et les autres
un métis imparfait
fatigué - mais humain"

La préface de "Né de la première pluie", de Luc Marsal est de Marc Alexandre Oho Bambe. La quatrième de couverture est d'Anne de Commines, directrice de la collection "Le metteur en signe".

Si vous souhaitez vous procurer "Né de la première pluie", de Luc Marsal, qui est vendu au prix de 13 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : https://www.editions-unicite.fr/auteurs/Luc-Marsal/ne-de-la-premiere-pluie/index.php

samedi 6 décembre 2025

"Plein les poches", d'Annie Hupé

 


Publié par la collection Polder de Décharge, "Plein les poches", d'Annie Hupé, constitue un répertoire personnel.

En effet, chaque section de ce recueil est la déclinaison d'une lettre de l'alphabet, présentée tout d'abord en introduction, avant d'être variée en plusieurs poèmes.

La caractéristique principale de l'ensemble de ces poèmes est qu'ils constituent un jeu virtuose avec les mots. Sauf que ce jeu est plus subtil que mon premier constat : il s'agit plutôt d'un jeu entre le chat et la souris. Ou plus exactement : entre la contrainte et la liberté.

En effet, par exemple, si ces poèmes ont tous pour titre un mot dont la première lettre renvoie à cet alphabet, chaque poème contient un nombre de vers variables : sept, huit, dix ou… trois.

Autre exemple : si ces poèmes semblent tous comporter treize syllabes, ils ne sont pas rimés. Et les mots qui les composent ne sont pas forcément remplis de la lettre qui les singularise.

En définitive, la contrainte la plus visible est finalement la présence de… virgules, qui rythment impeccablement le vers en sections de deux à quatre mots. Ce balancement dont on oublie parfois qu'il participe fortement à la régularité d'une poésie…

Quant aux choix des mots et des thèmes qui émaillent ces poèmes, ils relèvent tout droit de la sensibilité de l'autrice : noms communs, mais aussi, noms propres, de lieux, notamment.

Il y a enfin, dans ces textes, un sens aigu de la fronde.

Extraits de "Plein les poches", d'Annie Hupé :

 
"       Kant

De Worms à Zoug, quel joyeux charivari ! Bof ! Potin
qu'un juste de Königsberg méprise - chef en éveil,
farouche critique du dogmatisme bavard. Je plie
favorable au galop chimérique des Jacobins.

        Querelle

Fleuve impur, chargé d'injures où tremble
déjà - voix de coq agressif, le pénible déchirement.
Flash bavard, mots galopant jusqu'aux cris
(mauvaise pêche quand les fables jappent, cognent)
- jusqu'aux poings ? Parfois… vlan ! Maudit cabochard !
Coup abusif, choqué je me garde d'intervenir
chaos d'images fiévreuses. J'abdique, point.
Jour qui naît pur a chauvi, moisi, fada global.

        Femme

Jacinthe mauve, angélique des bois, tu prends
jour au maquis touffu, vibrant du prochain glas.
Jeune Parque ou figure instable de chair vive
réjouis la plèbe inquiète des friches vagues
qu'assombrit - charbon sans profit - un jais virginal. "

La préface de "Plein les poches" est d'Alain Wexler. L'image de couverture est de Claudine Goux.

Si vous souhaitez vous procurer "Plein les poches", d'Annie Hupé, qui est vendu au prix de 7 € (+ 2 € de frais de port), rendez-vous sur le site de l'éditeur : https://www.dechargelarevue.com/Polder-208.html

jeudi 4 décembre 2025

"Neurones miroirs", de Julien Boutreux

 


Publié par Décharge dans sa collection Polder, "Neurones miroirs", de Julien Boutreux (auteur que j'ai édité par ailleurs au Citron Gare en 2019) est un recueil divers par la forme, mais constant par le fond.

En effet, côté forme, plusieurs poèmes très courts côtoient des proses de plusieurs pages.
Côté fond, ce pourrait être des textes de révolte, mais ça serait trop facile. Trop inutile aussi sûrement.
La gravité traverse donc ces poèmes ou proses, mais surtout l'impassibilité. L'observateur de chaque situation montre que tout passe : les corps dans le miroir, les aspirations, envies, tout comme le temps. Son identité d'humain enfin, qui se fait fuyante.

Autre dénominateur commun : la solitude de la condition humaine, cette vieille compagne, même apaisée, qui est suggérée tout le long du recueil.

Densité, concentration : ce sont les mots qui me permettent de qualifier le mieux le style de ces textes : cependant, dans leur apparente simplicité, et malgré la certitude que rien ne se cache derrière, on dirait que quelque chose cherche encore à s'échapper. Satanés "neurones miroirs" : décidément, un très beau titre !

La préface est de Jean-Marc Proust, et la couverture est une encre de Christophe Lalanne.

Extraits de "Neurones miroirs", de Julien Boutreux :

"Mur aveugle

si je regarde le mur
je deviens le mur
et ce qui me passe par la tête
se jette par la fenêtre"

"Reste

aujourd'hui encore je me demande
ce que tu cachais dans ta main blanche
de feuille d'os de terre humide
dans ton poing fermé serré comme des dents
contre ta paume de chair de muscles de nerfs de sang
ta main d'ombre que tenait-elle dis-le moi
tandis que je cherchais partout ce peu de sable que
par inadvertance j'avais laissé s'écouler de ma bouche"

Si vous souhaitez vous procurer "Neurones miroirs", de Julien Boutreux, qui est vendu au prix de 7 € (+ 2 € de frais de port), rendez-vous sur le site de l'éditeur : https://www.dechargelarevue.com/Polder-207.html