Publié par les Éditions Pourquoi viens-tu si tard, "Chronique d'un machisme rural", d'Anne Barbusse, est un livre composé de poèmes en vers libres.
Plus que jamais, à mes yeux, la poésie, ici, se fait narrative, ou du moins descriptive. L'examen des lieux se mélange également à des réflexions sur l'évolution de l'environnement. Car ce livre se déroule dans le sud montagnard.
Cette poésie évoque par ailleurs le retour, même s'il n'est pas éternel. Les lieux qui reviennent au fil des pages (tels la bergerie abandonnée) servent à circonscrire le récit.
"Chronique" est vraiment le terme qui convient pour caractériser cette suite de poèmes. Il s'agit en effet d'un portrait à bâtons rompus d'un berger d'aujourd'hui, le macho du recueil.
Même si ce n'est pas vraiment de l'humour, j'ai beaucoup aimé qu'Anne Barbusse, dans ce portrait, fasse ressortir les contradictions de son personnage, qui, tout en disant long, passe plus de temps au café, à attendre le versement des subventions, que dans sa pâture.
On ne lit pas souvent tout cela, tant le romantisme l'emporte avec ce type de métiers, obligatoirement associés à de la passion.
Bien entendu, cette évocation d'un homme volontiers brutal avec ses nombreuses conquêtes féminines, est principalement à charge.
Cependant, l'autrice me semble également montrer la détresse intérieure de ce berger; lui qui finira par disparaître de l'image.
Les illustrations de "Chronique d'un machisme rural" (dont l'illustration de couverture), sont de Jacques Cauda.
Extrait de "Chronique d'un machisme rural", d'Anne Barbusse :
"d'ailleurs très souvent il n'est pas berger : il parque les bêtes
dès que le printemps remplit les champs d'herbe haute,
il déroule les clôtures de plastique
doublées d'électricité / de batteries (volées parfois)
il part dans les bars draguer les quelques filles locales qui fréquentent les cafés masculins voire machistes des campagnes pourtant françaises
les PMU pleins d'hommes et de la fumée des clopes
odeur de pastis dès l'entrée
il discute et fait le coq et parfois quelqu'un l'appelle dans l'après-midi déjà chaud
sur son portable pour se plaindre que les brebis sont échappées
il prend sa voiture remet
le grillage ajoute un bloc de sel se dispute avec les
propriétaires des jardins et dans le soir
part commander un burger dans les snacks qui ouvrent
à peine
début de la saison touristique en Ardèche
il se dispute encore, avec les hommes des bars
ou les serveuses qu'il drague et embarrasse/embrasse, les
caissières ou les boulangères
qu'il séduit ou insupporte, et dans le soir remonte au
mobil home
mangeant sa pizza tout en conduisant et en téléphonant
jovial et fumant sa beuh
dans sa réalité de berger distordue par le cannabis
avec les soirs d'été embaumés de tilleul avec
les aboiements imperturbables des chiens avec
les bêlements frêles des agneaux cherchant leur mère
dans la nuit de juin
- et il ferme
la bergerie avec des palettes de supermarché
à la tombée du soir et du désir"
Si vous souhaitez vous procurer "Chronique d'un machisme rural", d'Anne Barbusse, qui est vendu au prix de 13 € : https://www.livre-provencealpescotedazur.fr/ressources/annuaire/etablissements/editions-pourquoi-viens-tu-si-tard-1687






