samedi 13 février 2021

"Premiers poèmes", de Maxime Rigaux

 

Voici un recueil d'un jeune poète (Maxime Rigaux) publié par un jeune éditeur (Julien Noël, premier livre que fait paraître la maison).

Même si j'ai moins aimé certains poèmes - ceux consacrés à l'amour, sujet casse-gueule en poésie - que d'autres, l'impression générale laissé par ces poèmes est… poétique.

Je m'explique sur ce terme de poétique : c'est l'impression pour le lecteur que tout est (encore) possible, non prévisible. 

Bref, de la fraîcheur dans l'écriture d'un jeune poète, qualité qui tend à disparaître avec le temps, mais qui devrait toujours exister, et c'est valable pour tous les poètes, hein ?

Extrait de "Premiers poèmes", de Maxime Rigaux :


"le ciel s'est ouvert comme un crâne sur une ruine

j'apprends à danser et à coudre comme un affrontement

j'envoie partout ma voix pour rassembler ma vie

mon âme mon âme s'est ouverte je suis à la merci

de toute la lumière

sur toutes les maisons

mon ventre est un ballon trois fois béni

béni béni béni

mon crâne s'est ouvert et là coule un ruisseau

le ciel le ciel est à la surface de mon rêve

oh la guerre la guerre la guerre la guerre

je ne sais plus m'arrêter d'écrire

que je vis"


Si vous souhaitez vous procurer "Premiers poèmes", de Maxime Rigaux, qui est vendu au prix de 10 €, contact : http://juliennoel.be/editeur 

dimanche 7 février 2021

"Vers l'affluence", de Marc-Albéric Lestage


"Vers l'affluence", de Marc-Albéric Lestage, est un très joli livre objet, dont l'originalité saute aux yeux: c'est un triangle !

Peut-être que la pointe du triangle désigne la destination de ce texte. En tout cas, ce que j'ai aimé dans "Vers l'affluence", c'est ce mouvement continu et progressif, chaque page s'inscrivant dans un plus grand ensemble.

Le lecteur assiste, à chaque page, à la progression du marcheur dans sa course d'orientation. 

Difficile à reproduire sur un même plan dans ce blog, je vous propose de couvrir, ci-après, deux extraits d'une même page, les deux voix qui se répondent et se complètent à la verticale :

"     j'enjambe
le
  fossé"

(petits caractères, vers l'extérieur de la page);

et :

"De la

gouttière
cabossée

tombe

            un

tic-tac."

(plus grands caractères, vers l'intérieur du livre)

Si vous souhaitez vous procurer "Vers l'affluence", de Marc-Albéric Lestage, qui est vendu au prix de 10 € (+ 3 € de port), rendez-vous sur le site de l'auteur : http://www.marcalbericlestage.com/

"Banlieue ville", d'Aline Recoura


Publié par les Éditions "La Lucarne des Écrivains", "Banlieue ville", d'Aline Recoura est son premier recueil édité.

Et pour un premier recueil, c'est réussi ! 290 pages entrecoupées de nombreuses et très belles illustrations de Marjan (qui a également illustré la première de couverture).

Le livre se divise en deux parties principales : "Banlieue" et "Ville", qui se suivent et sont rassemblées dans le titre. 

Il s'agit donc d'un ensemble de poèmes urbains qui va de la périphérie (banlieue) vers le centre (ville), en l'occurrence Paris. C'est un déplacement effectif, puisqu'est notamment décrit l'arrivée en gare.

"Banlieue ville" se caractérise avant tout par le fait que les poèmes en vers libres, qui composent le livre, sont des poèmes narratifs;

Au-delà de cette apparence, se dégage une préoccupation sociale constante, marque principale des poèmes réunis ici.

Ainsi, "Banlieue ville" est une suite de portraits de gens, jeunes ou moins jeunes, qui se situe à l'opposé d'une poésie châtiée et élitiste. Une poésie qui se lit facilement, aussi, ce qui n'est pas rien.

Extrait de "Banlieue ville", d'Aline Recoura :

"Athlète du quotidien

Pour être tranquille elle se tait
porte des poids elle est balaise
jeux olympiques invisibles médailles d'or
beaucoup trop de fois elle s'est égosillée
contre son mari irascible

Ombre d'elle-même de conflits en conflits
aux yeux de ses amies elle s'est ternie
son caractère devenu une mise en plis
dressé au fer et à chaud

Ses sentiments se perdent dans les flots
paroles encombrantes encombrées de mots indésirables
insubmersible pour celle qui
les entend de jour comme de nuit
rien pour les faire disparaître
au plus profond de la vase

Que ces mots deviennent enfin silencieux
quand s'ouvre en grand une fenêtre
impossible de les souffler dans le lointain

ils restent là à portée de main
échos lancinants de ce qu'elle voit
reins brisés le vide tournoie

Elle est perdue sans son mari
sans sa voix tonitruante
une habitude dont elle est dépendante

Enlisée dans des sables mouvants
avalée jusqu'au bout de son sang
chaque geste est un combat
La hargne tapie dans son ventre
sort un jour un couteau
et tranche la viande 
de son mari qui la charcute"

Si vous souhaitez vous procurer "Banlieue ville" d'Aline Recoura, qui est vendu au prix de 20 €, contact de l'éditeur ci-après : lalucarnedesecrivains2@gmail.com

"Cri", de Damien Paisant


Publié par les Éditions Bruno Doucey, dans la collection "Soleil noir", "Cri", de Damien Paisant est son deuxième recueil édité.

Ce livre est dicté par une inspiration, celle qui suit la mort du père, et qui en constitue le deuil.

L'écriture des poèmes, verticale et empêchée, caractérisée par des vers brefs et des sauts de vers, cherche, malgré tout, à exprimer l'inexprimable.

Le lecteur sent bien ce que ça coûte à l'auteur, cette écriture qui fait que chaque mot est craché et imprime le cerveau avec précision.

"Cri" n'est pas pourtant un texte rendu atone par le désespoir.

En effet, si ce recueil est traversé par la brièveté, cette brièveté de façade n'est pas synonyme de sécheresse. Au contraire, à travers la rage qui domine, après cette mort cruelle, je ressens surtout une vie exaspérée. Une vraie vie, qui cherche à abolir les frontières et qui court d'une pensée à une autre.

C'est - je crois - la valeur cardinale de ce "Cri". Une qualité pas si évidente que cela à trouver dans d'autres textes, écrits à partir d'une même réalité, mais une qualité qui s'exprime constamment ici.

Extrait de "Cri", de Damien Paisant :

"Dans l'égarement

au trébuchement de ma vérité
sur une route indécise

je choisis de ne pas choisir

le repère qui me conduit
à contresens du père

je choisis de
rouler mon corps
dans la poussière

jusqu'au sang répandu

pour opérer avec elle     avec lui

dans l'égarement

au trébuchement
de ma vérité

sur une route indécise"

Si vous souhaitez vous procurer "Cri", de Damien Paisant, qui est vendu au prix de 13 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : https://www.editions-brunodoucey.com/cri/

jeudi 31 décembre 2020

"Au bord du vide et le soleil dans les yeux, j'ai accéléré", d'Éric Scilien

 


Publié par Bookless Éditions, "Au bord du vide et le soleil dans les yeux, j'ai accéléré" est le premier recueil de poèmes d'Éric Scilien.

Normalement, si vous aimez la poésie qui raconte des histoires, vous devriez ne jamais vous ennuyer en lisant les 48 textes qui composent ce volume.

En effet, la poésie d'Éric Scilien se rattache à ce que j'appelle la poésie de situation. Non seulement elle raconte des histoires, mais elle sait les développer, avec un début, un milieu et une fin. C'est je crois, la force, en même temps que la caractéristique, principales, de ces poèmes.

Ce n'est pas étonnant car l'auteur a d'abord écrit des nouvelles avant d'aborder le genre poétique.

À côté des poèmes de plusieurs pages, qui composent ce recueil, le lecteur trouvera aussi quelques poèmes extrêmement courts, qui sont autant de concentrés d'existences.

Extrait de "Au bord du vide et le soleil dans les yeux", d'Éric Scilien :

"SOUS CONDITION

Juliette voudrait se marier
avec
un nabab du football
de ceux qui gagnent
des centaines de milliers d'euros
net
par mois
mais "uniquement quand sa carrière
sera finie"
car elle ne veut pas
avoir
à nettoyer
ses chaussures à crampons"

Il est dommage que ce style poétique ne soit pas considéré avec autant de sérieux que la poésie purement lyrique ou plus expérimentale, par des éditeurs de grande et moyenne importance, du moins en France. Pourtant, ce n'est pas parce que l'on fait preuve d'humour que l'on est pas sérieux, me semble-t-il.

Peut-on espérer un changement des mentalités pour 2021 ? Je voudrais y croire...

La première de couverture est de l'auteur (feutres et collages).

Si vous souhaitez en savoir plus sur "Au bord du vide et le soleil dans les yeux j'ai accéléré", d'Éric Scilien, qui est vendu au prix de 4,99 € (et de 6,99 € dans le format papier), rendez-vous sur le site de l'éditeur : https://bookless-editions.fr/ebooks/poesie-adultes/au-bord-du-vide-et-le-soleil-dans-les-yeux,-jai-acc%C3%A9l%C3%A9r%C3%A9

samedi 5 décembre 2020

"Pensées ultérieures", de Robert Roman

 



Publié par les Editions Le Contentieux, "Pensées ultérieures", de Robert Roman, illustré par Matt Mahlen (couverture et pages intérieures), est un bel objet à lire.

Seules les pages de droite de ce volume sont occupées par une illustration et un court poème en vers libres.

Je ne sais pas si le poème succède à l'illustration (collage, en l'occurrence). En tout cas, je l'ai lu comme cela.

Les collages étant parfaitement abstraits, je me suis bien amusé à lire les poèmes qui sont en dessous. Ce qui est amusant, c'est de constater qu'il n'y a pas forcément de rapport "évident" entre les deux. S'en dégage souvent de l'humour noir, qui est renforcé par la concision de chaque texte.

Extrait de "Pensées ultérieures" de Robert Roman :

"Larmes exsangues
Colères aphones
il était temps
De rentrer sous terre"

Le livre est préfacé par Daniel Martinez.

Si vous souhaitez vous procurer "Pensées ultérieures", de Robert Roman, qui est vendu au prix de 15 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : https://lecontentieux.blogspot.com/

mercredi 2 décembre 2020

"Le silence des arbres", de Clémentine Plantevin

 


Publié par Citadel Road Éditions, "Le silence des arbres", de Clémentine Plantevin est le premier recueil que publie son autrice. 

Chacun des poèmes en vers libres qui le compose se situe en relation avec la nature et les saisons. Ce qui attire ici le lecteur, c'est l'équilibre existant entre la concision des poèmes et la variété de cette nature bien vivante, qui épouse le contour des personnes qui la traversent.

Ainsi, les relations existant entre le sujet des poèmes et la nature sont caractérisées par leur porosité. Les choses en sortent donc revivifiées.

Extrait de "Le silence des arbres", de Clémentine Plantevin :

"longe les orgues
la paroi te regarde

longe longe le grand basalte
qui te regarde

tu portes dans ta chair le lit de la rivière
les galets blancs
comme des grappes de souvenirs
plus vieux que ton amour
tu portes les volcans
les vies

tu longes les orgues froides dans le soleil d'octobre

tu foules pour l'aimer
la terre

marche, l'automne et son grand chalumeau
viennent rougir
en flammes de vigne vierge
tes élans vers le ciel"

Si vous souhaitez en savoir plus sur "Le silence des arbres", de Clémentine Plantevin, qui est vendu au prix de 9 €, rendez-vous sur le site de son éditeur: https://www.citadelroadeditions.com/cl%C3%A9mentine-plantevin