mercredi 22 septembre 2021

"Chronique des différents silences", de Joëlle Pétillot

 

Publié par les Éditions Douro, "Chronique des différents silences", suivi de "Courts métrages", de Joëlle Pétillot, est son troisième recueil de poèmes édité.

J'avoue avoir préféré lire la première partie de ce livre, intitulée "Chronique des différents silences", plutôt que la deuxième : "Courts métrages", même si cette dernière séquence n'est pas dépourvue d'astuces, s'agissant de très courts poèmes non dépourvus de jeux de mots comme, par exemple : "Rupture / je pose nous / je retiens un".

Pour en revenir à la première partie du livre, derrière la diversité des thèmes des poèmes de "Chronique des différents silences", il y a au moins deux constantes.

Tout d'abord, la présence de l'élément liquide. Ici, on est visiblement plus proche de l'eau que de la montagne.

Et puis, surtout, il y a ce côté clair / obscur, ou plutôt doux / dur, le lecteur passant très vite d'un état à un autre. Bien sûr, c'est le côté dur que je préfère, celui que le côté doux fait ressortir, les passages plus durs étant d'ailleurs, la plupart du temps, mis en exergue.

Extrait de "Chronique des différents silences", de Joëlle Pétillot :

"CORBEAUX

l'azur caisse de résonnance
pare au rebond des noirs oiseaux.
La chanson rauque 
grignote la colline
coupe le silence de soie
en déchirures sonores.

Un crépuscule horticole
plante les étoiles pâles
sans alignement
l'aléatoire sourit de ces semis rebelles
pas encore brûlants
juste taillés aux corbeaux.

Le bonheur enroué
c'est le bonheur quand même
dira plus tard l'aurore
soignez-moi vite
ce mal de gorge du monde

                               mais il n'est pas de miel
                                        assez puissant
                                pour guérir les corbeaux

"Chronique des différents silences" de Joëlle Pétillot est préfacé par Alain Nouvel.

Les dessins, photos (dont la première de couverture) sont de Joëlle Pétillot.

Si vous souhaitez en savoir plus sur "Chronique des différents silences", suivi de "Courts métrages", de Joëlle Pétillot, qui est vendu au prix de 16 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : https://www.editionsdouro.fr/Jo%C3%ABlle-Petillot

lundi 30 août 2021

"Le ring du poète", de Ramiro Oviedo

 


Publié par les Éditions de la Chouette imprévue, "Le ring du poète", de Ramiro Oviedo est un recueil de poèmes divisé en douze parties d'un même match de boxe qui parle des rapports entre la poésie et la vie.

Pour l'auteur, très clairement, la poésie est un sport de combat. C'est aussi une aide à la survie dans un monde en général hostile, celui de la réalité, qui comprend également les rapports parfois de force entre les poètes.

Ainsi, chaque round de ce match se propose de répondre à la question de savoir comment s'en sortir grâce à la poésie. Par exemple, en posant les questions suivantes - titres de deux des chapitres de ce recueil - "Sur un ring, à quoi peut servir la poésie ?" ou "Qui sont les boxeurs-poètes qui t'en ont mis plein la tête ?"

En affirmant haut et fort cette confusion cette poésie et vie passionnée, Ramiro Oviedo prêche un convaincu. Car en effet, si la poésie n'est pas génératrice de vie (rencontres, projets poétiques ou non), à quoi servirait-elle ?

Mais cela va encore plus loin. En Amérique latine et en Équateur, d'où Ramiro Oviedo est originaire, la poésie n'est pas simplement une béquille au figuré. La poésie de rue devient un produit de première nécessité et une valeur d'échange. On parvient encore à échanger un poème contre un plein d'essence ou une coupe de cheveux. Est-ce que notre pays est un pays évolué à côté ?

Extrait de "Le ring du poète", de Ramiro Oviedo :

"Le poète vit sur la ring

Pas de vendanges
Pas de printemps
Il est sans répit sur le ring de la vie
Pas de saison des amours
Par arrêté du Journal Officiel

La détresse
Le désespoir
Les trous noirs
Parfois une petite lumière
C'est le pain de chaque jour

Le vrai poète
Est un éboueur 24h /24, 7j/7..."

La préface du recueil est de Serge Pey. La première de couverture est de Benjamin Teissedre.

Si vous souhaitez en savoir plus sur "Le ring du poète", de Ramiro Oviedo, qui est vendu au prix de 12 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : http://www.lachouetteimprevue.com/

lundi 5 juillet 2021

"Un bruit de bleu", de Louis Raoul

 
Publié par les Éditions "L'Ail des ours", dans la Collection "Grand ours", "un bruit de bleu", de Louis Raoul, est un recueil de poèmes qui parle de l'indistinct, de l'irréalité liée au passage entre deux états.

"Un bruit de bleu" fait-il allusion à ce passage de l'heure bleue, période entre le jour et la nuit où le ciel se remplit d'un bleu plus foncé, ce moment autorisant toutes les furtivités ?

C'est, en tout cas, la couleur bleue qui domine les illustrations de Marie Alloy, dont une vignette figure en page de couverture.

Pour en revenir aux courts poèmes en vers libres qui composent "Un bruit de bleu", de Louis Raoul, le lecteur y croise plusieurs apparitions : celles du calvaire d'un christ, de guerriers, de l'auteur, peut-être et sans doute, d'une petite fille de montagne…

Il se dégage de ces poèmes une impression d'irréalité constante qui traduisent pourtant l'essence de toute réalité, son côté inachevé, comme les images d'un film. Ne pas oublier non plus l'impermanence de ces apparitions fantomatiques dont j'ai apprécié la constante empreinte.

Extrait de "Un bruit de bleu", de Louis Raoul :

"Quelque chose comme
Un cheval cherchant une fièvre
Comme
Un homme au bord
Quelque chose comme
Plus loin que la posologie
Comme
Le portrait d'un homme qui dort
Dans l'ovale de la corde
Quelque chose comme
Un changement d'avis
Des guitares à verse
Sur la mer."

Si vous souhaitez en savoir plus sur "Un bruit de bleu", de Louis Raoul, qui est vendu au prix de 6 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : https://www.editions-aildesours.com/louis-raoul-un-bruit-de-bleu/

jeudi 24 juin 2021

"Scènes d'intérieur..." et "Ce n'est pas ce que... mais la manière dont...", de Myriam Oh

 



Publiés par les Éditions Lunatique, coup sur coup, les deux recueils de Myriam Oh (Ould-Hamouda) dont figure ci-dessus la première de couverture, donnent à lire deux projets d'une même poésie réaliste, mais ennemie des lieux communs et amoureuse de la liberté.

Le premier recueil, intitulé "Scènes d'intérieur  sans vis-à-vis", est constitué d'une série de portraits de gens ordinaires, montrant avec tendresse leurs faiblesses et contradictions.

Chaque partie de ce livre en format paysage est un poème portant comme titre le prénom du personnage dont il est question.

Le deuxième recueil, intitulé "Ce n'est pas ce que tu n'as pas dit, mais la manière dont tu t'es tu", également publié dans la collection "Les mots-cœurs", cette fois-ci en format portrait, est une sorte d'hymne à l'amour, qui se décline en plusieurs poèmes et parties, intitulées par exemple : "Entre ce que je pense...", "...et ce que je veux dire..."; "...ce que je dis...", "...ce que vous avez envie d'entendre..."

Cela fait du bien de lire de temps en temps de la poésie qui se lit "sans prise de tête", comme celle-ci, et qui, en même temps, a du rythme et offre quelques images inattendues.

Plus chaude que froide, cette poésie de Myriam Oh montre son côté chaleureux rien qu'avec la longueur des titres des livres ! 

Depuis ma lecture des poèmes de Marlène Tissot (ça remonte à quelques années, déjà), c'est ma première et meilleure découverte dans ce genre poétique. Je parle ici de la netteté du message, ainsi que du ton employé, qui est souvent celui de la confidence. C'est de la poésie quotidienne, certes, mais pas dépourvue de puissance, qu'elle s'exprime à travers la dureté ou dans la douceur.

J'aime bien aussi cette idée, que la poésie n'est pas forcément du côté des poètes, idée peu exprimée dans les milieux autorisés (forcément), qui est présente dans le texte cité ci-dessous.

Extrait de "Ce n'est pas ce que tu n'as pas dit, mais la manière dont tu t'es tu", de Myriam Oh (Ould-Hamouda), ce poème, intitulé "La poésie sort de la bouche des enfants" :

À la limite, des ondulations de la queue du chat,
La poésie dans la forêt ou la rue.
À la rigueur, dans les allées de la superette du quartier.
La poésie, ce n'est pas la fille facile qu'on croit.
Les enfants les chats ne sont pas faciles.
La forêt la rue ne sont pas faciles.
Ils luttent de toutes leurs forces pour rester qui ils sont.
Dans nos illusions d'optique.
Il en faut de la force pour mêler instinct de survie et foi.
Il en faut du cœur pour dire oui avec la tête en voyage.
Enfants chats forêt rue : mêmes combats.
La poésie, ce n'est pas l'illumination qu'on croit.
Des fois, on la siffle et elle jaillit.
Des fois, on sacrifie une vie ; elle glousse.
Poésie qui rit à moitié dans le lit de qui saura la sentir.
Des fois, les poètes déglinguent tout ce qui tenait bon.
Sans eux.
La poésie sort de la couche qu'on tient.
Voilà."

Les illustrations de "Ce n'est pas ce que..." sont de Pascal Gary aka phormazero.

Si vous souhaitez vous procurer "Scènes d'intérieur sans vis-à-vis", qui est vendu au prix de 8 €, et/ou "Ce n'est pas que tu n'as pas dit, mais la manière dont tu t'es tu", de Myriam Oh (Ould-Hamouda), qui est vendu au prix de 14 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : https://www.editions-lunatique.com/les-mots-coeurs

dimanche 20 juin 2021

"Dans la paroi de verre", de Germain Roesz

 

Publié par les Éditions Les Lieux-Dits, dans sa collection "Les parallèles croisées", "Dans la paroi de verre", de Germain Roesz, donne à lire des poèmes de l'empêchement.

Plus précisément, ce sont plusieurs empêchements qui se télescopent en cette époque difficile à plus d'un titre (comme sans doute, la plupart des époques).

Le lecteur devine le corps qui lâche, qui empêche la plupart des mouvements. Il y a aussi cet univers qui semble désormais trop connu aux yeux de tous, cet espace rempli de trop plein de choses : l'apogée de la civilisation de consommation.

Il y a enfin l'époque des confinements, durant laquelle les individus ne sont plus libres de circuler. Cette époque est d'ailleurs ambivalente. C'est un mal pour un bien, puisqu'elle freine, pour un temps, certes, limité, la frénésie de produire et d'acheter. 

Bien que la poésie soit là pour dénoncer cet état de fait, une identité existe entre le fond et la forme de ce livre. 
En effet, il s'agit d'une poésie du non-dit, où dire la réalité (plus que la vérité) n'est pas chose facile, peut-être parce que ce n'est jamais le bon moment. Mais l'espoir reste de pouvoir exprimer un jour la beauté de ce monde qui existe, malgré toutes ses défigurations.

Extrait de "Dans la paroi de verre", de Germain Roesz :

"Ciel limite

Les satellites limitent le ciel
les robots limitent le ciel
les déchets métalliques limitent le ciel
L'horizon infini est saturé
brisé
Caravanes d'ordures
Manège infernal des frottements sans lumière
Le bleu du ciel se limite
Les oiseaux volent sous la terre
cherchent l'air dans les sillons des vers
Les chevreuils 'enfouissent dans
l'épaisseur des feuilles
Le monde se camoufle
se masque 
disparaît
dans une frange grise que la lumière n'atteint plus
La lumière se limite
se brise dans le spectre originel
Pas un œil pour l'apercevoir
Pas un regard qui revient au regard
Le regard se limite


C'est juste avant le noir
C'est juste avant le voir
La vue se limite
au brouillard sombre
de la solitude
C'est juste avant le soir

Toujours l'effritement
où rien ne tient
Comme une vague
emporte la résistance
ne calme plus
malgré chaleur
Pas de chaleur"

Si vous souhaitez vous procurer "Dans la paroi de verre", de Germain Roesz, qui est vendu au prix de 12 €, adresse postale : Les Lieux-Dits éditions, Zone d'art, 2 rue du Rhin Napoléon, 67000 Strasbourg.

"Mon miroir de la salle de bain", de Pierre Tilman

 

Publié par les Éditions la Boucherie littéraire, dans la collection "Sur le billot", "Mon miroir de la salle de bain", de Pierre Tilman, est un texte virtuose.

En effet, il s'agit d'une série de poèmes qui sont autant de variations, sur le thème du miroir, comme le titre l'indique, et pas de n'importe quel miroir, puisqu'il s'agit de celui de la salle de bain.

Ce n'est pas un hasard, car c'est ce miroir qui nous dévisage dans notre acuité la plus intime.

Pierre Tilman décrit ses relations avec ce miroir-là, une histoire d'attirance répulsion, pour résumer, qui se complexifie au fil des pages, avant de revenir à son point de départ, quand revient la tentation de se retrouver de nouveau face au miroir.

En fin de compte, le miroir est à la fois pareil et différent du visage qu'il reflète. Il ne reflète que les apparences d'un être humain, et non la totalité d'un corps, jusqu'à ses entrailles. On a beau prétendre qu'il est le reflet de l'âme. Il ne peut faire tenir toute la vérité d'un être accumulée depuis des années. Pas mal de choses lui demeurent invisibles. Le miroir n'est, en définitive, qu'un imitateur un peu sournois !

Les poèmes qui composent "Mon miroir de la salle de bain" me semblent être facilement lisibles à haute voix. Le miroir, il faut dire, est un sujet qui se prête à la poésie. Image de la tension qui passe à voix haute, il provoque des parties de ping-pong cinglantes avec soi-même, ce qui définit, comme par hasard, l'écriture poétique.

Extrait de "Mon miroir de la salle de bain", de Pierre Tilman :

"7

L'autre nuit,
j'aperçois un pâle reflet de lumière,
luisant à peine dans la salle de bain.

Je m'approche sur la pointe des pieds
en retenant mon souffle.

Il m'a semblé distinguer,
vaguement dessinée,
la silhouette d'un arbre mort,
et la trace blanche
d'un tissu,
peut-être d'une robe.

La trace s'est enfuie
à mon approche.
Le miroir s'est mis à refléter
les murs de la salle de bain,
le métal de la douche.
Sa surface était sombre,
lisse,
calme,
comme si de rien n'"tait.

Avec lui,
de toute façon,
c'est toujours comme si de rien n'était.

La police et l'armée tirent à balles réelles.

J'entends au loin
les voix, les cris, les hurlement,
le bruit des détonations,
les moteurs des camions militaires,
les sirènes des ambulances.

La fumée me pique les yeux.

Je regarde dans mon miroir
de la salle de bain,
je e vois que mon visage.

Je regarde dans mon miroir
de la salle de bain,
je n'entends que le silence.

Je regarde dans mon miroir
de la salle de bain,
je ne sens pas l'odeur des explosions."

Si vous souhaitez vous procurer "Mon miroir de la salle de bain", de Pierre Tilman, qui est vendu au prix de 13 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : http://laboucherielitteraire.eklablog.fr/

Ce livre est disponible, sur commande, dans toutes les bonnes librairies de France et de Navarre.

mercredi 16 juin 2021

"L'homme qui ne dort plus", de Tom Saja - Lou Devaux

 

Publié par les Éditions "Pourquoi viens-tu si tard ?", "L'homme qui ne dort plus", est le premier recueil de Tom Saja.

La citation de l'extrait de l'un des poèmes de Tristan Corbière, qui prélude aux deux textes que contient ce volume, n'est pas fortuite.
En effet, il s'agit là de poèmes d'infortune. Le thème central de "L'homme qui ne dort plus" est effectivement l'insomnie. Il en est de même dans "Aube cessante".

Ce qui m'a plu d'emblée, c'est l'urgence qui se dégage de "L'homme qui ne dort plus", et s'illustre par des vers courts, haletants. Une urgence à dormir, bien sûr. Mais aussi, en fin de compte, une belle entrée en matière pour un jeune poète qui veut en découdre dans cette partie de ping-pong avec soi-même que constitue la poésie.

Le deuxième texte, "Aube cessante", est moins descriptif que "L'homme qui ne dort plus". Il met à distance l'insomnie dans la perspective plus large d'une vie à réaliser.

Mais dans les deux poèmes, le lecteur remarque plusieurs formules qui tuent, ce genre de raccourcis qui vous font dire : oui, la vie (donc la mort ou vice-versa), c'est bien ça.

Extrait de "l'homme qui ne dort plus" :

"Être 
est une drôle d'histoire
je ne sais pas encore
si je léguerai mon corps
à la science à la terre
ou aux flammes
que se repaissent
le scalpel les vers
ce grand rien
qu'on a tous habité
mais dont personne ne se souvient
si aucun n'en est revenu
c'est peut-être que
c'est parce que c'est bien"

Il y a de l'humour aussi, dans ces poèmes. Du comique de situation, avec une dose de vécu :

"Je suis rentré sans bruit
un fantôme vous dis-je
j'ai jeté un œil à mon fils
les poings fermés il était loin
et suis retourné sous la couverture
sans réveiller ma femme
moins qu'un courant d'air
tout son corps son cul
étaient chauds je n'ai fait
que la regarder de mes mains
glacées
le soleil s'est levé
toujours après la bagarre
la lueur froide
poignardant les personnes
insolente
ma femme s'est levée
envoûtante
elle m'a dit
Je vais faire le café
m'a demandé
si j'avais bien dormi
j'ai répondu
Oui"

Les illustrations de "l'homme qui ne dort plus" (dont l'illustration de couverture) est de Lou Devaux.

Si vous souhaitez vous procurer sur "L'homme qui ne dort plus", de Tom Saja, qui est vendu au prix de 10 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : http://www.association-lac.com