dimanche 26 avril 2026

"Zones de dépassements des valeurs limites", de Charles Desailly

 


Publié par Décharge dans la collection Polder, "Zones de dépassements des valeurs limites", de Charles Desailly, est un recueil de courtes proses.
Très vite, avec ces textes décrivant un texte uniformément urbain, bétonné et indifférencié (on vit dans un confinement permanent), la question que se pose le lecteur est de savoir s'il s'agit d'une anticipation (sans doute ces "zones de dépassement des valeurs limites"), ou d'un présent existant.
Or, cette ambiguïté fondamentale ne sera pas dissipée au fil des pages. D'autant plus qu'aujourd'hui, c'est déjà demain.
Ce monde dans lequel chaque déplacement de la personne est contrôlé et payant, dans lequel l'espace est rationnalisé à 100%, on y va tout droit.
Bien entendu, les principaux problèmes ne sont pas résolus : pêle-mêle, le réchauffement climatique, la pollution, l'avenir des jeunes, tous ces termes habituels aux médias qui brassent du vent ! 
Et surtout, il est question de celle qu'on ne voit pas, tellement elle enveloppe ses protagonistes : la solitude.

Vous me direz que ce monde est très sombre. Pourtant, je m'y sens, pour ma part, pas mal chez moi, bien que cela demeure oppressant. Question d'habitude, sans doute. Le spectateur de ces pages observe, plutôt indifférent, ce qui ne se passe pas. Il essaye bien de réfléchir mais sa réflexion est comme empêchée, car il se situe toujours dans l'immédiat des besoins primaires à satisfaire : manger, vivre sa sexualité, malgré tout.

Néanmoins, la poésie traverse ces proses. Ah certes, pas celle que l'on apprenait à l'école. Cette poésie-là réside tout d'abord dans les situations et images futuristes qui nous sont offertes, et qui relèverait de l'absurde pour qui demeurerait dans l'ancien monde.
Elle réside également dans de nombreuses phrases résumant à elles seules l'ambiance. Par exemple : "On devine que le terminus légendaire ancré dans nos mémoires n'existe pas".

Extrait de "Zones de dépassements des valeurs limites", de Charles Desailly :

"Mille gouttes de pluie

Le corps lâche au bout du couloir. Mille gouttes de pluie glissent sur la vitre. UN veilleuse clignote dans l'espace confiné. Tout est en place pour s'extraire du monde. Je m'éloigne des confluences qui font la force des déplacements. Les réservoirs d'images m'attendent pour un tour infini. La nuit, ma drogue sans filtre m'énonce un alphabet de remplacement. La fatigue est si douce dans l'intimité candi d'un studio étanche. Je me prépare un rhum à la rob d'or sous un néon citron. Mille gouttes de pluie glissent sur la vitre. Le monde est sous vide. La ligne de rupture est proche."

La préface, intitulée "S'en sortir par la poésie", est de Jean-Marc Flapp, et l'illustration de couverture, constitue un assemblage - "Signalétique", de Florence Mills.

Si vous souhaitez vous procurer "Zones de dépassements dans les valeurs limites", de Charles Desailly, qui est vendu au prix de 7 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : https://www.dechargelarevue.com/Polder-209.html

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