vendredi 8 février 2013

"La clinique des exilés", d'Alain Minighetti


Voici le deuxième livre d'Alain Minighetti après "Agrippé à un âne", sorti l'année dernière.
D'emblée, c'est tout à fait le genre de textes poétiques avec lesquels je me sens à l'aise. Selon l'expression consacrée, ces poèmes me parlent.
Parce qu'à force de délires, ils explorent les voies du possible, que les gens comme les choses ne sont pas pris avec des pincettes, qu'il y a de la noirceur, que le désir sexuel n'est pas planqué, que ça parle de vie quotidienne, la nôtre, que des fois, à force d'exagérations, ça en devient presque marrant. Et que le héros, parce qu'il n'est pas un héros, y va à fond, dans ses pensées comme dans sa vie.
Le fait qu'Alain Minighetti vienne de la bande dessinée n'est pas complètement oublié ici. Ses poèmes racontent aussi des histoires, et c'est tant mieux, car ça décomplexe le genre...
Bref, la lecture du recueil finie, je n'ai pas eu l'impression d'avoir été immergé dans une moitié de monde.
Ce qui est précieux, c'est de découvrir également que cette poésie est plus poétique que bien des poésies. Je veux dire par là que lorsqu'il y a des vers, ce sont des vrais vers, pas des phrases découpées...
Je signale enfin que le livre contient une préface de Frédéric Perrot et une postface de Jacques Morin, l'un des animateurs de la revue de poésie Décharge.
Et maintenant, un ptit extrait de poème pour la route :

"Racoler, tapiner à la grande noce de la vie
Jouer son va-tout au cirque des putains
La souffrance à son paroxysme, les corps qui pourrissent
Impossible de coller à l'instant

Pressons ! Pressons ! ça va nécroser
La pluie du temps qui croise comme un tanker
Mutile les souvenirs et les espoirs
Au rebut lambeaux de chimères !"...

Pour vous procurer un exemplaire du recueil "La clinique des exilés", contact : http://www.facebook.com#!/alain.minighetti

Le prix du recueil est de 6 €, à vous procurer auprès de l'auteur, plus le port en écopli (1,10 €) ou par lettre "normale" (1,50 €).

lundi 4 février 2013

"Le cri des mères", de Cécile Guivarch



Les poèmes de Cécile Guivarch, regroupés sous le titre de "Le cri des mères", sont bâtis sur l'opposition existant entre la mise au monde d'un enfant il y a plus de deux siècles et ses premiers pas dans la vie d'aujourd'hui.
Cela va d'ailleurs plus loin, car comme le précise l'auteur sur une petite feuille volante, le prénom de sa fille, Zélie, est le même que celui de son arrière grand-mère de son arrière grand-mère de son arrière grand-mère...
Le but est ici de montrer les difficultés que rencontre une femme quand elle veut mettre au monde un enfant. Les naissances, si elles ne mettent plus en péril (quoique !...) la santé des mères, mettent toujours à l'épreuve leur inquiétude, comme un lointain réflexe de temps plus difficiles, au moins physiquement.
Si je ne suis pas très familier de ce genre de sujets (!), il me faut reconnaître le naturel du style de Cécile Guivarch, qui ne succombe pas aux sentiments trop faciles et ne complique pas ce qui est simple.
Ma préférence irait presque aux poèmes décrivant les naissances d'autrefois. Elles étaient (hélas) plus en contact avec la réalité des choses :

"elle la frictionne l'enveloppe
lui serre les langes autour du corps
ses bras ne bougeront plus
l'enserre dans une bulle plus serrée qu'utérine
l'attache sur son dos
s'essuie le sang sur les jambes entre les cuisses
prend sa faux repart aux champs finir son rang
pliée en deux le ventre vidé".

C'est bizarre parce que, malgré tant de vies brisées avant terme, je n'arrive pas à trouver ces textes pessimistes !...

Pour en savoir plus sur ce recueil, écrire à l'auteur terreaciel@yahoo.fr ou pour vous procurer ce texte (au prix de 3 €) contacter l'éditeur, Yves Perrine, 2 rue Moïse Bodhuin 02000 LAON.

dimanche 20 janvier 2013

"Extrême autrui", d'Etienne Paulin


Et voici qu'Etienne Paulin récidive avec un deuxième recueil paru aux Editions Henry, qui passe pour l'instant trop inaperçu à mon goût, notamment par rapport à d'autres publications du même éditeur.
D'ailleurs, ma préférence de lecteur va à ce deuxième recueil, intitulé "Extrême autrui", par rapport au premier, "Voyage du rien", également chroniqué sur ce blog. Toujours cette belle écriture, mais qui cette fois-ci m'a semblée plongée dans un décor moins statique.
J'y retrouve une même liberté de style (ce qui ne signifie pas écrire n'importe comment !),  qui m'avait marqué lors de la lecture de "Tuf, Toc", première publication d'Etienne Paulin.
Cette impression que n'importe quoi peut survenir au détour d'un vers, d'une phrase. Cette attitude dégagée avec la vie, cette manière d'être plutôt ironique, ce regard aristocratique sur l'existence, vue comme un bric à brac de présent et d'inactuel, se manifestant par des images à la fois incongrues et efficaces.
L'ensemble de ces courts textes en proses, qui comprend 90 pages environ, est divisé en 9 parties, semblant être de petites histoires découpées telles des séquences de bandes dessinées.
Il y a dans le regard d'Etienne Paulin sur le monde qui l'entoure quelque chose de rimbaldien, qui tient sans doute à cette envie de malmener nos pauvres vies. Vous me direz, alors ça ressemble à un défaut. Eh bien moi, défaut ou pas, je m'en fous, puisqu'une telle lecture me revitalise !
S'il fallait citer tout ce que j'ai aimé dans ce recueil, je citerais au moins les pages 8, 9, 13, 14, 15, 16, 21, 28, 33, 35, 37, 48, 50, 63, 72, 73, 74, 75, 76, 85, 86, 92, 93, alors comme il va falloir choisir : ce sera, tiens, la page 15 :
"Nous n'échapperons pas aux gares, pas aux gares.
L'immense pendulon au-dessus du belvédère rappelle quel temps nous avons fui.
Les gares lorsqu'aucun train, les gares quand personne.
Cet endroit qui n'est plus tellement la gare et souffle.
L'heure électrique et le falun phosphorescent.
Convoi sans rien, les chats sont gris, succubes désertant.
Ou s'agit-il d'une once qui retangue, d'un séraphin mort-né.
Sale gare et maudit pendulon."

Si vous souhaitez en savoir plus sur ce recueil, rendez-vous sur le site de l'éditeur : http://www.editionshenry.com/

dimanche 13 janvier 2013

"Quotidiennes pour résister", de Georges Cathalo



"Quotidiennes pour résister", qui vient d'être publié par les Editions La Porte, se composent de 17 poèmes. De loin, ce qui surprend, tout d'abord, c'est l'extrême homogénéité apparente de ces poèmes, qui tiennent tous en une seule strophe et donnent l'impression qu'ils comprennent toujours le même nombre de vers. Eh bien ! L'apparence est trompeuse, car en fait, non. Chaque poème a entre 6 et 9 vers, si je ne m'abuse. Le devoir formel ne l'emporte pas, donc...
Vous me direz, et alors, qu'est-ce que ça peut faire ? Je veux dire par là, malgré tout, que le fond de ces poèmes est en exacte correspondance avec leur forme apparente. Car il s'agit toujours, en fin de compte, d'incantations.
D'ailleurs, Georges Cathalo ne se laisse pas démonter à la fin de chaque strophe. Chaque jour, il repart à l'attaque, par l'écriture, et pour contester l'ordre économique actuel, ainsi que toutes sortes de petites lâchetés "modernes". Il n'y a pas de panique chez lui, ça ne part pas dans tous les sens, mais il appelle de son âme les poètes à "résister résister résister". Aucune fantaisie circonstancielle dans ces textes. Pas d'image inutile. Il s'agit de réveiller la conscience des écrivains, sans faire le malin avec le langage. Ce serait tellement plus facile !
Un poème en exemple, pour la route :

"un livre est un livre seulement
s'il recèle des surprises
charmes et violences
tendresses et provocations
et tout un arsenal d'armes fatales
qui serviront peut-être un jour
à construire ou à reconstruire".

La poésie de Georges Cathalo, vous pouvez la lire, c'est du solide, ça tient la route !
Pour en savoir plus, vous pouvez commander le livre à Yves Perrine (Editions La Porte), 215 rue Moïse Bodhuin 02000 LAON (3,75 € le livret, 20 € les 6).


samedi 5 janvier 2013

"Tout ce que la vie nous souffle", de Jacques Lucchesi

Le recueil de ces poèmes et textes courts de Jacques Lucchesi, qui vient d'être publié par les Editions du contentieux de Robert Roman, est d'abord un hommage à Pascal Ulrich, poète, peintre et illustrateur mort en 2009, puisque le recueil lui est dédié et que l'illustration de couverture est de Pascal Ulrich.
Pascal Ulrich, il n'y a peut-être que 3 personnes au monde qui s'en préoccupent aujourd'hui, Robert Roman, Jacques Lucchesi et votre serviteur. Mais, vous verrez, nous aurons dans quelque temps l'occasion d'en reparler...
Pour en revenir au recueil de Jacques Lucchesi, si le genre du poème court est très souvent pratiqué, il est plus rare que ce soit pour évoquer notre monde contemporain (avions, ordinateur, villes en général), comme ici.
La particularité des poèmes de "Tout ce que la vie nous souffle" réside également dans le fait qu'ils sont numérotés, ce qui gomme en partie leur caractère trop littéraire. Marre d'entendre dire que les poètes sont des rêveurs. Ils savent aussi compter !
Bon, des fois, les poèmes font mouche, des fois moins. C'est le problème avec ce genre d'écriture difficile à réussir complètement. Mais chacun peut y trouver sans problème ses pépites. J'avoue pour ma part préférer les textes les plus purement imagés à ceux qui contiennent une (a)moralité. Un de mes préférés, par exemple : "Il y a toujours quelqu'un / La nuit, dans cette rue, / Qui guette le moment / D'égorger le silence".
Mais plus encore que dans "Tout ce que la vie nous souffle", j'ai trouvé de l'originalité dans "Petites fables pour lecteurs pressés", deuxième partie du recueil. Les courtes proses qui la composent présentent les mêmes caractéristiques que les poèmes qui les précèdent. Mais ils racontent en plus toujours des petites histoires, résumés de vies, de solitudes superposées, dont le plus grand mérite est de ne pas baigner dans la satisfaction de leur sort, d'être toujours en quête de quelque chose... Soit que leurs acteurs recherchent le grand amour ("Speed dating"), soit qu'ils sont obsédés par une baleine blanche ("Vieillesse des lutteurs")...
Enfin, pour qualifier le style de Jacques Lucchesi, je dirai qu'il est concis et précis. Même dans les textes courts, ça peut être utile !

Un exemple pour la route :
"A force de marcher en regardant le sol, je rencontre davantage les regards des chiens que ceux des humains.
Si tu savais comme leurs yeux sont doux et apaisants. Ils me reposent de toute cette agitation autour de moi.
Parfois, il m'arrive de caresser leur tête sans voir la main et le visage à l'autre bout de la laisse" (Le dit de Josiane).

Pour vous procurer le recueil au prix de 6 €, vous pouvez écrire aux Editions du contentieux, Robert Roman, 7 rue des Gardénias, 31100 Toulouse.
Sachez également que Jacques Lucchesi est éditeur, pour en savoir sur ses textes et publications, http://editionsduportdattache.over-blog.com/


dimanche 30 décembre 2012

"Passant l'été", de Jean-Baptiste Pédini


Avec ce recueil poétique intitulé "Passant l'été", Jean-Baptiste Pédini a obtenu le prix de la Vocation 2012, ce qui a permis à son texte de se voir publié par "Cheyne éditeur", l'un des éditeurs les plus connus de notre réseau.
Bon, ces précisions apportées, je quitte au plus vite l'histoire officielle de ce recueil qui pour moi n'est pas la plus importante, même si elle constitue un premier aboutissement pour ce jeune auteur, dont les textes ont été remarqués à plusieurs reprises et par plusieurs revuistes et éditeurs depuis quelques années déjà.
Alors, décrire l'écriture et les caractéristiques du style de Jean-Baptiste Pédini n'est pas si simple que cela, car il ne s'agit ici que de sensations, souvent visuelles d'ailleurs. Mais au lieu de m'y employer, je vais plutôt dire à quoi me fait penser "Passant l'été".
Tous les ans ou presque, l'été, je reviens dans le pays de mon enfance et retourne me baigner dans un étang dans lequel j'ai passé beaucoup de temps, étant adolescent. J'y suis allé à pied, en courant, à vélo et à chaque fois, je retrouve le passé qui redevient illico le présent, lorsque je recommence les mêmes gestes, attendant par exemple d'être sec sur la petite plage au bord de l'étang, dans la tranquillité d'un soir d'été.
Eh bien c'est exactement ce que décrit Jean-Baptiste Pédini dans son recueil. A part que les mêmes choses ne se passent plus près d'un étang, mais près de l'océan. Et d'ailleurs, ce n'est sans doute pas un hasard si le "on" est plutôt utilisé ici que le "je".
La valeur du texte de "Passant l'été" réside donc bien dans ce partage des sensations.

Un exemple choisi parmi tant d'autres : "Le jour décline. On sort de l'eau et on s'écroule brutalement sur les serviettes de lumière qui traînent là. Qui suivent la lente retraite du soleil. On voudrait le pousser d'un coup de pied aux fesses mais on découvre de petites algues sèches sur nos chevilles. Elles s'accrochent comme des sangsues improbables. Et pourtant on y croit. Aux étoiles échouées. A la prochaine veillée. Aux bouches qui fatiguent avec le crépuscule.
On y croit et plus personne n'ose bouger. La plage est constellée de cuisses blanches". 

Alors là, s'il ne s'agit pas de vraies vacances, je ne sais plus ce que c'est, moi... D'ailleurs, dans ces vacances là, des absences aussi se devinent... 
A remarquer pour finir, la belle couleur d'orage du livre, si caractéristique.


Et pour en savoir plus, contact : jbpedini@gmail.com

dimanche 9 décembre 2012

"Étranges anges anglais", de Walter Ruhlmann



Le dernier volume en date de poèmes publié par Walter Ruhlmann (par ailleurs animateur du webzine "Mauvaise graine") regroupe trois recueils assez courts, successivement "La naissance des anges", "Deux anges sous la lune" et "Au sortir de la nuit".
L'enjeu de ces poèmes n'est pas la poésie en soi, mais constitue plutôt un hommage rétrospectif de l'auteur à l'un de ses inspirateurs, l'illustrateur Craig McCafferty, avec qui il a vécu une histoire d'amour entre 1995 et 1997, comme Walter Ruhlmann l'explique d'ailleurs dans la préface.
Ces poèmes entretiennent l’ambiguïté, que résume déjà le titre du livre : "Étranges anges anglais", qui joue avec les mots, tout en se moquant d'assonances difficiles à prononcer.
Il s'agit là de poèmes de jeunesse écrits pendant et après un amour de jeunesse. Ce qui transparaît donc, c'est la fragilité de cet amour, en même temps que l'incertitude stylistique des textes qui le raconte : succession de vers moins que plus rimés, formes classiques (sonnets), mélanges d'images qui nous parlent ou ne concernent au contraire que l'intimité des protagonistes. A cet égard, Walter Ruhlmann s'excuse par avance de ces imperfections ou incomplétudes.
Il n'empêche : au fil des pages, les images fortes apparaissent, notamment dans les proses que j'ai tendance à préférer aux poèmes à vers courts : "Toutes ces bouteilles d'eau vidées au-dessus des cendriers sont des réceptacles gris des rêves de l'hiver torturé", "J'ai tant vécu de nuits à ne savoir pourquoi j'avais abandonné les fleurs, les papillons et les églises sombres aux vitraux lumineux", "Tu tapes sur le système décimal à grand fracas de marteau..."
En fin de compte, le lecteur de ces pages ne peut que sentir la mise à nu de son auteur, cette fraîcheur d'inspiration, en perte de vitesse à l'âge adulte...
Et c'est là que réside la valeur de ces poèmes, dans leur honnêteté toujours naturelle. Dans la vie, il faut choisir, et curieusement, la plupart du temps, les poètes préfèrent la pureté de leurs poèmes à celle de leurs sentiments. Eh bien là non, pour une fois...

Pour en savoir plus, écrivez à l'adresse mail suivante : mgv2publishing@gmail.com