samedi 27 juin 2026

"Fides", de Xavier Frandon

Troisième recueil de Xavier Frandon publié aux Éditions du Cygne, après "L'adieu au Loing", que j'avais édité à l'enseigne du Citron gare, "Fides" prolonge les textes précédents de l'auteur, avec notamment ses références chevaleresques aux jeux de rôles.

Plus particulièrement, le mot "Fides" signifie la "déesse censée représenter la bonne foi, le respect de la parole donnée, l'honneur " (dixit Wikipédia).

C'est dire si ce recueil de poèmes se teinte d'inactuel. Car "Fides" paraît être bien démodée, aujourd'hui.
Les poèmes de Xavier Frandon empruntent d'ailleurs leur formalisme au passé. Ici, ce sont résolument des vers qui sont écrits, et non des proses découpées en vers.
De plus, les vers sont découpés en strophes souvent régulières (quatrains). Cette régularité est néanmoins trompeuse, car si les textes finissent par paraître rimés, ils ne le sont pas.
Donc, fond et forme perpétuent une valeur mythologique et une métrique plutôt classique.

Cela ne signifie pas pourtant que ces poèmes ne traitent pas de notre époque. Ils posent, me semble-t-il, la question de la valeur de la fidélité, notamment dans le monde du travail. La loyauté exigée par dessus tout n'y est pas si étrangère, malgré les apparences et l'hypocrisie ambiante. Ainsi, l'antiquité et le Moyen âge influent encore sur les relations professionnelles actuelles. Bien souvent, la valeur primordiale est l'obéissance.

"Fides" ne s'arrête pas au monde du travail, mais traite également de la fidélité au passé (anciens amours, souvenirs, lieux connus).
Et au-delà de la fidélité, c'est la nostalgie qui surgît.

Extrait de "Fides", de Xavier Frandon :

"Les oiseaux vont d'eux même dans des cages,
Les herbes folles s'assagissent, ne poussant plus
Que bien en ligne dans des parterres choisis,
Les chiens portent eux-mêmes leur laisse dans la gueule

Chacun se limite au mieux en ses actions,
Dans des vasques lisses de la conformité.
Pas de séduction, une froide méfiance
Est imposée par la loi, les alliances
Se forment avec des alliés, quant au reste,
Les risqués s'imposent, marchent dans les idées.
Ah ! Les idées aussi deviennent risquées,
Dangereuses, cyanure des proximités.

Les roses se laissent attacher sur des treilles,
La pelouse se rase dans des tailles conformes,
Il est strictement interdit de s'y coucher.
Les chats ne sortent plus autant la nuit,

Chacun sa cage, chacun son cerce où tourner,
Son petit chez soi dans la limite des amis;
En cette heure du monde où chacun
Préfère les interdits aux libertés,
Les gens commandent à leurs corps de les garder,
Chacun fidèle à ce qui le rassure,
À ce qui le protège l'artificiel de ses idées
Aide l'amour-propre, est loyal à son règne.

Les chiens sont de l'orgueil promené en laisse,
Les enfants ne vont plus autant par les rues,
L'eau s'embouteille, le vent se circonscrit
Le soleil est risque, la terre est frontière.

Pliés en deux sous des frustrations,
Chacun se rassemble dans ses convictions
Et, si elles sont attaquées, chacun alors
Se fait véhément, défendant des principes
Empêchant les oiseaux de voler.
Les chats sont sur les balcons,
Les chiens ne mordent plus,
Les oiseaux se cognent dans la cage."

Si vous souhaitez vous procurer "Fides", de Xavier Frandon, qui est vendu au prix de 12 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : https://www.editionsducygne.com/editions-du-cygne-fides.html