jeudi 7 mars 2013

"Vivre, disent-ils", d'Emmanuelle Le Cam

Cette nouvelle publication d'un texte d'Emmanuelle Le Cam n'est pas en soi une surprise. Car son auteur n'est pas une débutante dans la poésie. A 40 ans, Emmanuelle Le Cam a déjà publié une trentaine de recueils, et ce, depuis le début des années 90. Et ça se sent tout de suite dans l'écriture, cette sûreté de style, cette simplicité apparente. Tout y est parfaitement dominé, et justement pas trop.
Il n'y a pas de thème précis et pourtant les poèmes qui composent "Vivre disent-ils" se tiennent parfaitement entre eux. Pour résumer le thème de ce recueil, je dirai qu'il s'agit de visions distanciées, et non décalées, du monde alentour, et plus exactement du monde qui entoure Emmanuelle Le Cam. En tout cas, il s'agit d'images profondément ancrées dans son quotidien. Bref du ni trop, ni pas assez, malgré la solitude. Et il reste en plus une part d'inexplicable dans ces visions. Juste ce qu'il faut pour obtenir un bon dosage de poésie.
Mention spéciale aux illustrations de Ghislaine Lejard, également auteur de recueils de poésie, et aussi pour la manière dont ces collages sont mis dans la page, découpés puis collés, justement.
Allez, un poème pour la route, celui de la 4e de couverture :

"C'est un gros travail
Vivre, et
Puis c'est tout
Dans la lumière des phares
Ou bien l'ombre
Sur la côte
Cachée dans les dunes
Ou en plein vent follet
C'est un gros travail
Vivre, disent-ils
Et puis la maladie
Mourir de peu comme on aura vécu".

Pour en savoir plus sur ce recueil vendu au prix de 12 €, allez jeter un coup d'oeil sur le site de l'éditeur, Soc et Foc, http://www.soc-et-foc.com/


mercredi 27 février 2013

"La meilleure cachette c'était nous", de Jean-Michel Robert

Le recueil "La meilleure cachette c'était nous", édité par les éditions Gros Textes, n'est pas un livre tout à fait comme les autres, puisqu'il regroupe plusieurs textes précédemment édités de Jean-Michel Robert, datant de 1982 à 1995.
L'auteur, né en 1956, a commencé à publier ses premiers recueils de poèmes au début des années 80, avec les encouragements d'Yves Martin. Souvenirs de toute une génération de poètes qu'il serait bon de rdécouvrir aujourd'hui (Christian Bachelin, Guy Chambelland, entre autres).
Ainsi, les poèmes de Jean-Michel Robert me rappellent ceux de Michel Merlen et même d'Alain Guillard. Ce sont des poèmes urbains, qui décrivent les nombreuses apparitions, féminines de préférence, ayant lieu dans une grande ville comme Paris. Ce sont aussi des souvenirs de jeunesse, voire d'enfance. Mais au contraire des deux auteurs précités, ces souvenirs ne sont pas forcément douloureux, il n'y a pas de révolte ni de conflit intérieur trop violent.
Jean-Michel Robert ne regrette pas l'évanouissement de ces moments charmeurs. Comme il l'explique plus loin dans "Un poil dans l'âme", il revendique un statut de fainéant qui le rend plus calme :

"Il n'est pas pour autant
pressé de mourir

Le sommeil
à de telles profondeurs
ne le tente pas encore

Nul n'est parfait"

Même si la dernière partie de "La meilleure cachette c'était nous" m'a paru plus méditative, l'âge venant et plus douloureuse aussi, ce qui m'a le plus intéressé dans ce recueil, c'est cette aptitude au raccourci des images. De ce point de vue, je ne pense pas qu'aucun poème de cette anthologie n'ait pas sa part de réussite. Alors, quand en plus il y a des restes de surréalisme dans tout cela, je vois déjà la vie en jaune, avec l'éclat du soleil. Par exemple, ce poème intitulé "Optimisme" :

"un jour il saura
où commence la bouche alors
il osera son visage
malgré les gestes
rongeant le bout des doigts
malgré les lièvres
éclatant sous ses pas

il y aura toujours des ongles dans le vent
des becs dans les miroirs
les murs battront du même sang

mais la fille assise
à la terrasse du café
ne pourra pas le reconnaître

c'est amusant
     dira-t-elle à son amie
regarde :
un désert qui rigole"


Pour vous procurer ce recueil de poèmes (10 €), vous pouvez contacter le blog des éditions Gros Textes : http://grostextes.over-blog.com/

vendredi 8 février 2013

"La clinique des exilés", d'Alain Minighetti


Voici le deuxième livre d'Alain Minighetti après "Agrippé à un âne", sorti l'année dernière.
D'emblée, c'est tout à fait le genre de textes poétiques avec lesquels je me sens à l'aise. Selon l'expression consacrée, ces poèmes me parlent.
Parce qu'à force de délires, ils explorent les voies du possible, que les gens comme les choses ne sont pas pris avec des pincettes, qu'il y a de la noirceur, que le désir sexuel n'est pas planqué, que ça parle de vie quotidienne, la nôtre, que des fois, à force d'exagérations, ça en devient presque marrant. Et que le héros, parce qu'il n'est pas un héros, y va à fond, dans ses pensées comme dans sa vie.
Le fait qu'Alain Minighetti vienne de la bande dessinée n'est pas complètement oublié ici. Ses poèmes racontent aussi des histoires, et c'est tant mieux, car ça décomplexe le genre...
Bref, la lecture du recueil finie, je n'ai pas eu l'impression d'avoir été immergé dans une moitié de monde.
Ce qui est précieux, c'est de découvrir également que cette poésie est plus poétique que bien des poésies. Je veux dire par là que lorsqu'il y a des vers, ce sont des vrais vers, pas des phrases découpées...
Je signale enfin que le livre contient une préface de Frédéric Perrot et une postface de Jacques Morin, l'un des animateurs de la revue de poésie Décharge.
Et maintenant, un ptit extrait de poème pour la route :

"Racoler, tapiner à la grande noce de la vie
Jouer son va-tout au cirque des putains
La souffrance à son paroxysme, les corps qui pourrissent
Impossible de coller à l'instant

Pressons ! Pressons ! ça va nécroser
La pluie du temps qui croise comme un tanker
Mutile les souvenirs et les espoirs
Au rebut lambeaux de chimères !"...

Pour vous procurer un exemplaire du recueil "La clinique des exilés", contact : http://www.facebook.com#!/alain.minighetti

Le prix du recueil est de 6 €, à vous procurer auprès de l'auteur, plus le port en écopli (1,10 €) ou par lettre "normale" (1,50 €).

lundi 4 février 2013

"Le cri des mères", de Cécile Guivarch



Les poèmes de Cécile Guivarch, regroupés sous le titre de "Le cri des mères", sont bâtis sur l'opposition existant entre la mise au monde d'un enfant il y a plus de deux siècles et ses premiers pas dans la vie d'aujourd'hui.
Cela va d'ailleurs plus loin, car comme le précise l'auteur sur une petite feuille volante, le prénom de sa fille, Zélie, est le même que celui de son arrière grand-mère de son arrière grand-mère de son arrière grand-mère...
Le but est ici de montrer les difficultés que rencontre une femme quand elle veut mettre au monde un enfant. Les naissances, si elles ne mettent plus en péril (quoique !...) la santé des mères, mettent toujours à l'épreuve leur inquiétude, comme un lointain réflexe de temps plus difficiles, au moins physiquement.
Si je ne suis pas très familier de ce genre de sujets (!), il me faut reconnaître le naturel du style de Cécile Guivarch, qui ne succombe pas aux sentiments trop faciles et ne complique pas ce qui est simple.
Ma préférence irait presque aux poèmes décrivant les naissances d'autrefois. Elles étaient (hélas) plus en contact avec la réalité des choses :

"elle la frictionne l'enveloppe
lui serre les langes autour du corps
ses bras ne bougeront plus
l'enserre dans une bulle plus serrée qu'utérine
l'attache sur son dos
s'essuie le sang sur les jambes entre les cuisses
prend sa faux repart aux champs finir son rang
pliée en deux le ventre vidé".

C'est bizarre parce que, malgré tant de vies brisées avant terme, je n'arrive pas à trouver ces textes pessimistes !...

Pour en savoir plus sur ce recueil, écrire à l'auteur terreaciel@yahoo.fr ou pour vous procurer ce texte (au prix de 3 €) contacter l'éditeur, Yves Perrine, 2 rue Moïse Bodhuin 02000 LAON.

dimanche 20 janvier 2013

"Extrême autrui", d'Etienne Paulin


Et voici qu'Etienne Paulin récidive avec un deuxième recueil paru aux Editions Henry, qui passe pour l'instant trop inaperçu à mon goût, notamment par rapport à d'autres publications du même éditeur.
D'ailleurs, ma préférence de lecteur va à ce deuxième recueil, intitulé "Extrême autrui", par rapport au premier, "Voyage du rien", également chroniqué sur ce blog. Toujours cette belle écriture, mais qui cette fois-ci m'a semblée plongée dans un décor moins statique.
J'y retrouve une même liberté de style (ce qui ne signifie pas écrire n'importe comment !),  qui m'avait marqué lors de la lecture de "Tuf, Toc", première publication d'Etienne Paulin.
Cette impression que n'importe quoi peut survenir au détour d'un vers, d'une phrase. Cette attitude dégagée avec la vie, cette manière d'être plutôt ironique, ce regard aristocratique sur l'existence, vue comme un bric à brac de présent et d'inactuel, se manifestant par des images à la fois incongrues et efficaces.
L'ensemble de ces courts textes en proses, qui comprend 90 pages environ, est divisé en 9 parties, semblant être de petites histoires découpées telles des séquences de bandes dessinées.
Il y a dans le regard d'Etienne Paulin sur le monde qui l'entoure quelque chose de rimbaldien, qui tient sans doute à cette envie de malmener nos pauvres vies. Vous me direz, alors ça ressemble à un défaut. Eh bien moi, défaut ou pas, je m'en fous, puisqu'une telle lecture me revitalise !
S'il fallait citer tout ce que j'ai aimé dans ce recueil, je citerais au moins les pages 8, 9, 13, 14, 15, 16, 21, 28, 33, 35, 37, 48, 50, 63, 72, 73, 74, 75, 76, 85, 86, 92, 93, alors comme il va falloir choisir : ce sera, tiens, la page 15 :
"Nous n'échapperons pas aux gares, pas aux gares.
L'immense pendulon au-dessus du belvédère rappelle quel temps nous avons fui.
Les gares lorsqu'aucun train, les gares quand personne.
Cet endroit qui n'est plus tellement la gare et souffle.
L'heure électrique et le falun phosphorescent.
Convoi sans rien, les chats sont gris, succubes désertant.
Ou s'agit-il d'une once qui retangue, d'un séraphin mort-né.
Sale gare et maudit pendulon."

Si vous souhaitez en savoir plus sur ce recueil, rendez-vous sur le site de l'éditeur : http://www.editionshenry.com/

dimanche 13 janvier 2013

"Quotidiennes pour résister", de Georges Cathalo



"Quotidiennes pour résister", qui vient d'être publié par les Editions La Porte, se composent de 17 poèmes. De loin, ce qui surprend, tout d'abord, c'est l'extrême homogénéité apparente de ces poèmes, qui tiennent tous en une seule strophe et donnent l'impression qu'ils comprennent toujours le même nombre de vers. Eh bien ! L'apparence est trompeuse, car en fait, non. Chaque poème a entre 6 et 9 vers, si je ne m'abuse. Le devoir formel ne l'emporte pas, donc...
Vous me direz, et alors, qu'est-ce que ça peut faire ? Je veux dire par là, malgré tout, que le fond de ces poèmes est en exacte correspondance avec leur forme apparente. Car il s'agit toujours, en fin de compte, d'incantations.
D'ailleurs, Georges Cathalo ne se laisse pas démonter à la fin de chaque strophe. Chaque jour, il repart à l'attaque, par l'écriture, et pour contester l'ordre économique actuel, ainsi que toutes sortes de petites lâchetés "modernes". Il n'y a pas de panique chez lui, ça ne part pas dans tous les sens, mais il appelle de son âme les poètes à "résister résister résister". Aucune fantaisie circonstancielle dans ces textes. Pas d'image inutile. Il s'agit de réveiller la conscience des écrivains, sans faire le malin avec le langage. Ce serait tellement plus facile !
Un poème en exemple, pour la route :

"un livre est un livre seulement
s'il recèle des surprises
charmes et violences
tendresses et provocations
et tout un arsenal d'armes fatales
qui serviront peut-être un jour
à construire ou à reconstruire".

La poésie de Georges Cathalo, vous pouvez la lire, c'est du solide, ça tient la route !
Pour en savoir plus, vous pouvez commander le livre à Yves Perrine (Editions La Porte), 215 rue Moïse Bodhuin 02000 LAON (3,75 € le livret, 20 € les 6).


samedi 5 janvier 2013

"Tout ce que la vie nous souffle", de Jacques Lucchesi

Le recueil de ces poèmes et textes courts de Jacques Lucchesi, qui vient d'être publié par les Editions du contentieux de Robert Roman, est d'abord un hommage à Pascal Ulrich, poète, peintre et illustrateur mort en 2009, puisque le recueil lui est dédié et que l'illustration de couverture est de Pascal Ulrich.
Pascal Ulrich, il n'y a peut-être que 3 personnes au monde qui s'en préoccupent aujourd'hui, Robert Roman, Jacques Lucchesi et votre serviteur. Mais, vous verrez, nous aurons dans quelque temps l'occasion d'en reparler...
Pour en revenir au recueil de Jacques Lucchesi, si le genre du poème court est très souvent pratiqué, il est plus rare que ce soit pour évoquer notre monde contemporain (avions, ordinateur, villes en général), comme ici.
La particularité des poèmes de "Tout ce que la vie nous souffle" réside également dans le fait qu'ils sont numérotés, ce qui gomme en partie leur caractère trop littéraire. Marre d'entendre dire que les poètes sont des rêveurs. Ils savent aussi compter !
Bon, des fois, les poèmes font mouche, des fois moins. C'est le problème avec ce genre d'écriture difficile à réussir complètement. Mais chacun peut y trouver sans problème ses pépites. J'avoue pour ma part préférer les textes les plus purement imagés à ceux qui contiennent une (a)moralité. Un de mes préférés, par exemple : "Il y a toujours quelqu'un / La nuit, dans cette rue, / Qui guette le moment / D'égorger le silence".
Mais plus encore que dans "Tout ce que la vie nous souffle", j'ai trouvé de l'originalité dans "Petites fables pour lecteurs pressés", deuxième partie du recueil. Les courtes proses qui la composent présentent les mêmes caractéristiques que les poèmes qui les précèdent. Mais ils racontent en plus toujours des petites histoires, résumés de vies, de solitudes superposées, dont le plus grand mérite est de ne pas baigner dans la satisfaction de leur sort, d'être toujours en quête de quelque chose... Soit que leurs acteurs recherchent le grand amour ("Speed dating"), soit qu'ils sont obsédés par une baleine blanche ("Vieillesse des lutteurs")...
Enfin, pour qualifier le style de Jacques Lucchesi, je dirai qu'il est concis et précis. Même dans les textes courts, ça peut être utile !

Un exemple pour la route :
"A force de marcher en regardant le sol, je rencontre davantage les regards des chiens que ceux des humains.
Si tu savais comme leurs yeux sont doux et apaisants. Ils me reposent de toute cette agitation autour de moi.
Parfois, il m'arrive de caresser leur tête sans voir la main et le visage à l'autre bout de la laisse" (Le dit de Josiane).

Pour vous procurer le recueil au prix de 6 €, vous pouvez écrire aux Editions du contentieux, Robert Roman, 7 rue des Gardénias, 31100 Toulouse.
Sachez également que Jacques Lucchesi est éditeur, pour en savoir sur ses textes et publications, http://editionsduportdattache.over-blog.com/