mardi 10 décembre 2013

"Excursions finales", de Robert Roman


 
Je regrette que ce mini-recueil ne comprenne pas plus de 7 poèmes (autant de jours qu'une semaine tout de même), car j'aime assez ce type d'écriture crépusculaire, qui n'est pas pour autant dépressive ou déprimante, mais qui a hélas peu de chances de séduire les amateurs de lumières classiques.
D'ailleurs, plus que l'écriture, c'est ce qu'elle raconte qui m'intéresse. Car dans cette poésie, il y a de l'action. Il s'agit là d'un voyage à faire tous ensemble, et plus particulièrement d'un départ vers l'inconnu, vers l'en-deçà plutôt que l'au-delà (surtout pas d'ailleurs !).
Ainsi, ce qui compte dans ces "Excursions finales", c'est la rupture produite et non l'avenir (il n'y en a pas). Cette perspective à ne pas rater est celle qui m'attire le plus, au moins en tant que lecteur.
 
Voici, extrait de "Excursions finales", "LA DERNIERE FOIS
 
L'apocalypse est pour maintenant
Nous le savions
Nous cherchions des vitrines à piller
Une dernière cigarette à fumer
 
 
Nous avions détruit les calendriers
Renoncé à la boite aux lettres
Oublié nos chansons de Noël
Rangé la voiture au fond du jardin
 
 
Nous ne rêvions plus
Ou plutôt nos songes étaient blancs
Les cauchemars avaient basculé dans la réalité
Ils se diluaient près des places publiques
 
 
L'inquiétude nous avait quittés
Nos cils ne battaient plus
Sereins nous regardions vers le ciel
Et attendions le feu qui libère"
 
Pour vous procurer ce recueil qui comprend, en plus d'une illustration de l'auteur, une première de couverture de Pascal Ulrich (en la mémoire permanente de ce poète et artiste complet disparu en 2009), vous pouvez écrire à l'auteur, Robert Roman, Les Editions du Contentieux, 7 rue des Gardénias 31100 TOULOUSE. "Excursions finales" est vendu au prix de 5 €. Contact par mail : romanrobert60@gmail.com 

jeudi 5 décembre 2013

"Acoustique blanche mêlée de terre", de Samuel Dudouit


 
"Acoustique blanche mêlée de terre" de Samuel Dudouit est un recueil de poèmes et de proses poétiques qui s'inscrit dans la lignée de l'écriture surréaliste. Le recueil est préfacé par Alain Jouffroy, dont le nom et pas mal de poèmes sont associés à ce courant. Et l'illustration de la couverture est un collage qui peut être aussi qualifié de surréaliste.
Chose que j'aime bien : il n'y a pas de forme préconçue dans ce recueil, les proses alternant avec les courts poèmes en vers libres, séparés en six courtes parties.
Au delà de cette apparence éclatée du recueil, se retrouvent plusieurs constantes.
La poésie de Samuel Dudouit me semble être une poésie de l'instant, dans le sens où pouvait l'entendre André Breton. L'instant fatal. Par exemple, cet instant se situe à 4 heures du matin. Mais cet instant peut paradoxalement s'écouler dans le temps, comme à l'intérieur de pavillon dans lequel sont enfermés - euh... pardon, non - sont hospitalisés des fous et/ou des personnes âgées et/ou tout simplement des personnes malades. Ce peut être enfin l'instant d'un jour de spleen baudelairien.
Mais à chaque fois, et sans avoir bouger, le poète nous fait voyager dans les profondeurs de nous-mêmes, qui ressemblent... à des choses ! D'où cette impression de somnolence, de rêve éveillé qui se retrouve tout au long du recueil.
L'écriture de Samuel Dudouit participe également de cette ambiance. Fine dans ses évocations, elle aime aussi trancher dans le vif avec des vérités dures, avant de reprendre son cours sinueux.
Un bien beau recueil, ma foi...
Pour vous en donner une idée, ci-dessous un extrait :
"Je n'attends que les moments où on m'abandonne. Un peu de soleil, l'ombre des arbres qui vient jouer dans les rideaux transparents de la pièce où ma chaise roulante est posée le matin, le silence à peine ponctué des bruits lointains de la ville et ma bouche ouverte qui bave consciencieusement sur mon gilet boutonné, une immobilité d'heures transparentes et vides, c'est là mon évasion. Ils ne savent pas qu'ils nous ennuient. Ils ne savent pas que le matin est ouvert et que dans notre pavillon, la mort barbote continûment dans les marécages éteints de corps qui ne sont pas les nôtres mais les leurs. Moi, dans ma bave lumineuse et mes yeux lavés au temps pur, mon silence chante comme ces taches de lumière sur les murs".
Pour vous procurer ce recueil publié dans le collection Polder de la revue Décharge et vendu au prix de 6 €, allez faire un tour sur le site http://www.dechargelarevue.com/ ou écrivez à la revue Décharge, 4 rue de la Boucherie 89240 EGLENY.

dimanche 1 décembre 2013

"Poésie portable", de Christophe Siebert




Ce recueil regroupe 107 courts textes en prose de Christophe Siebert, illustrées au fil des pages par Laure Chiaradia.
Christophe Siebert, c'est l'activiste principal du collectif Konsstrukt, spécialiste des fictions hardcore and dark sex, animateur de plusieurs webzines et habitué des performances.
Bon, les puristes du lyrisme diront qu'il y a trop de putains de bordel de merdier de bite couille chatte dans sa poésie pour qu'elle soit de la poésie. Je sais je sais...
Mais pour moi et quelques autres, la poésie nait surtout de la coïncidence existant dans l'instant entre deux choses qui, de prime abord, n'ont rien à voir entre elles. Bref, tout le contraire de ce qui se passe dans une existence rationnelle et bornée.
Ces rencontres hétéroclites, mais bien concrètes, passent à travers chacun de ces morceaux en prose et sont séparées par des tirets qui remplacent les ponctuations.
Et à part ça, de quoi ça cause "Poésie portable " ? Du personnage de la mère qui est continuellement haï, étant déjà pas mal amoché, de nature. Du mensonge des apparences, aussi. Et plus généralement de sexe et d'un rapport au monde et avec les autres personnes estampillé marginal.
Ainsi, pour vous donner une idée de l'ambiance de "Poésie portable", qui dégage, comme toujours dans les textes de Christophe Siebert, une puissance redoutable :
 
"25
il importe de guetter avec méfiance et un peu de terreur tous ces moments où la liberté devient de l'inconsistance tous ces moments où l'univers devient mou et fantomatique
 
77
moi je vous parle des difficultés à faire coïncider l'extérieur et l'intérieur de sa tête - moi je vous parle de la membrane impossible à percer - moi je vous parle des outils possibles - de la grande évasion - du mélange merdique - moi je vous parle des oiseaux qui picorent d'un coup des neurones
 
83
(poésie mutantiste) je veux baiser avec mon clone - je veux baiser avec mon clone - je veux baiser avec mon clone - je veux planter mon poireau dans le cul de mon clone - je veux enculer mon clone jusqu'à la garde - je veux juter sur la gueule à mon clone - je veux baiser avec mon clone - je veux que la conscience en court-circuit passe sans cesse d'une tête à l'autre - je veux être les deux - je veux être l'un et l'autre quelques millisecondes à la fois et switcher et switcher comme un larsen sans fin comme une boucle sans dieu".
 
Pour commander ce recueil (de la dynamite !) vendu au prix de 9 €, allez faire un tour sur le site de l'éditeur, Gros Textes,http://grostextes.over-blog.com/ et/ou écrivez à Yves Artufel, Fontfourane, 05380 CHÂTEAUROUX LES ALPES.

mercredi 20 novembre 2013

"Buck you", antholgie d'Hervé Merlot


 
« Buck you », sous-titré "Tournée des bars dans le cercle de l’enfer de Charles Bukowski", qui vient de paraître aux éditions Gros Textes, constitue un « hommage » à la poésie de Charles Bukowski rendu par plusieurs auteurs, respectivement Hélène Dassavray, Eric Dejaeger, Henry Denander, Cathy Garcia, Frederick Houdaer, Gerald Locklin, A Manning, Renaud Mahric, Hervé Merlot, Owen Roberts, Thierry Roquet, Ross Runfolo, Marlène Tissot et votre serviteur.
 
Charles Bukowski n’était pas seulement un poète américain, c’était également un romancier, auteur entre autres du "Journal d’un vieux dégueulasse » et surtout, surtout, pilier de bar.
 
Aujourd’hui en France, et c’est une chance, les textes de Bukowski sont plus connus que ceux des certains auteurs bien français, bien cérébraux et bien ennuyeux.
 
En prise directe avec la vie, comme on dit, donc avec ses misères diverses et variées, les poèmes de Bukowski ont l’immense avantage d’être clairs et de parler à des lecteurs qui ne sont pas des spécialistes de la poésie, ce qui ne signifie pas qu’ils soient mal écrits, loin de là !
 
D’ailleurs, dans cette anthologie, les auteurs publiés ne cherchent pas toujours à écrire à la manière de Bukowski, ou même à écrire des poèmes, mais se situent plutôt dans sa lignée, leurs textes étant partagés entre révolte et critique sociale, je pense par exemple à ceux de Cathy Garcia et de Renaud Mahric.
 
D’autres auteurs, comme Hélène Dassavray, imaginent une tranche de vie vécue en compagnie de Charles Bukowski.
 
Sinon, la plupart des participants à « Buck you » parlent de la dèche quotidienne, de l’écriture et du sexe (!), souvent avec humour, comme en témoignent les contributions de Eric Dejaeger, Henry Denander, Frederick Houdaer, Gerald Locklin, A Manning, Hervé Merlot, Owen Roberts, Thierry Roquet, Ross Runfolo.
 
En guise d’exemple, voici deux poèmes extraits du recueil :
 
« un temps il vendait
des voitures
pour Chevrolet
 
un temps elle fut
vendeuse
pour Wall-Mart
 
aujourd’hui ils picolent
& ça les rend heureux
ça les rend très malheureux
 
mais pas longtemps
 
un temps ils ont
tâté de la coke
 
mais la bière c’est moins cher
moins dangereux
moins compliqué
 
un temps il a fait
une école de commerce
 
un temps elle a appartenu
à l’équipe de basket
 
la bière
c’est moins compliqué
 
                       (un temps pour tout) »
 
                       Hervé MERLOT
 
« Directive médicale de pointe
 
Si jamais je devais m’effondrer en public,
Mon vœu le plus cher serait que la Réanimation
Bouche-à-Bouche me soit administrée uniquement par
La (les) plus belle(s) femme (s)
A proximité.
 
Le travail continuerait
Au minimum une heure après que le dernier signe de vie
Eut clairement disparu.
 
Même à ce point,
Tout espoir ne devrait pas être abandonné,
Mais la stratégie devrait passer
De Bouche-à-Bouche à Bouche-à-Bite.
 
Réfléchissez-y,
Dans l’esprit de la Médecine Préventive,
Pourquoi ne commençons-nous pas
Immédiatement ? »
 
                       Gerald LOCKLIN
 
 
A noter enfin la corde plus sensible de Marlène Tissot dont les textes, qui vient clore de belle manière ce recueil homogène.
 
Pour vous procurer les 154 pages de « Buck you » vendues au prix de 12 €    (+ 2 € de port), écrivez à Gros Textes (Yves Artufel, Fontfourane, 05380 CHATEAUROUX LES ALPES) et/ou allez jeter un coup d’œil sur le blog de l’éditeur : http://grostextes.over-blog.com/

jeudi 7 novembre 2013

"Cracheur de mots", de Louis Savary



Avec "Cracheur de mots", Louis Savary cherche de nouveau à appréhender ce qu'est la poésie. Cette recherche n'a rien d'absolu, le but importe peu, c'est plutôt le plaisir pris avec l'écriture qui compte.
D'ailleurs, l'auteur le dit très simplement à travers une maxime que tous les poètes devraient reconnaître comme s'appliquant à eux-mêmes :
"écris ton poème /qu'importe pour qui/ qu'importe pourquoi".
L'occasion aussi de remarquer que tous les textes composant ce livre sont, comme dans tous les autres recueils de l'auteur, des aphorismes.
Mais cette fois-ci, j'ai trouvé que Louis Savary avait plus la rage que parfois, ce qui donne des textes assez imprévus comme celui-ci, par exemple : "on ne roule pas impunément / à tombeau ouvert / dans le cerveau / d'Antonin Artaud".
J'aime aussi cette verve impertinente qui n'est pas entièrement à côté de la plaque, il faut bien le reconnaître :
"certains poèmes / sont à la poésie ce que / le massacre du printemps / est à la musique"(même si j'aime beaucoup "le sacre du printemps") !
Ou : "je suis un vieux con / et pourtant / j'ai lu tous mes livres". Pas mal, non ?
Bref, "Cracheur de mots" est un livre dans lequel il est fort facile de se reconnaître, avec un minimum de lucidité. C'est pourquoi je vous en conseille la lecture !...
Si vous souhaitez vous procurer ce recueil, écrivez à l'auteur : louis.savary@skynet.be

mercredi 23 octobre 2013

"Ricochets", d'Alain Jean Macé


 
"Ricochets" constitue, à ce jour, le dernier recueil publié par les éditions de l'Arbre.
Ici, nous ne sommes pas du tout dans l'édition Internet, mais dans l'édition traditionnelle, l'imprimerie au plomb, qui a justement du plomb dans l'aile, comme me le signale l'auteur, tant les équipements de remplacement deviennent difficiles à trouver dans ce domaine.
Néanmoins, le recueil d'Alain-Jean Macé ne perd en rien de sa bonne humeur. Et franchement, les haïku de ce poète sont ceux que je préfère. En effet, ils sont remplis de jeux de mots. Bon, des fois, c'est un peu facile, il y a des jeux de mots laids, mais ça fait rire quand même !
Une fois lu, ce recueil étonne car - chose rare avec les textes courts - la plupart de ces poèmes (sur une bonne centaine), sont de qualité égale et atteignent même, parfois, à la poésie tout court.
Par exemple, ici :
 
"Mieux qu'un chemin creux
Est une route en lacet
Pour deux amoureux"
 
Ou là :
 
"Rêver de la mer
Des millions d'enfants le font
Dans les terrains vagues"
 
Cela ne m'empêchera pas d'aimer également certains petits poèmes plus vaches mais terriblement vrais, comme celui-ci :
 
"La télévision
Rien qu'au moyen d'une chaîne
Des millions d'esclaves"
 
Vous l'aurez compris, comme disait l'autre : cette poésie relativement intemporelle détend bien le lecteur et le fait réfléchir, tout en l'obligeant à être attentif à une tripotée de jeux de mots.
Pour vous procurer ce recueil, disponible au prix de 10 €, écrivez aux Editions de l'Arbre, 02370 AIZY-JOUY ou à l'auteur, Alain-Jean MACE, Le Clézio, 56500 PLUMELIN.