mardi 17 mars 2015

"Toucher terre", de Fabrice Farre




C'est fou comme la poésie de Fabrice Farre, qui vient de publier au Pré # Carré, "Toucher terre", est celle de la distance. Pas une distance qui rend triste ou qui devrait être absolument parcourue. Mais une distance qu'il convient de traverser en images. Un trait d'union qui doit être mis à jour.
Ainsi, le poète se transforme en une sorte de passe-murailles. Ce qui compte, d'ailleurs, ce n'est pas la destination, mais bien plutôt le voyage, ou plus exactement le trajet, le déplacement.
C'est aussi la distance éprouvée par celui qui n'est pas chez lui et qui est peut-être de nulle part, touriste perpétuel qui a l'art de distinguer, par exemple, les moindres fluctuations de lumière, les moindres odeurs soufflées par le vent, comme le temps qui passe, insensiblement.
Une vraiment belle poésie. Pas besoin de faire compliqué pour la rencontrer.
 
En voici deux exemples :
 
"Les dentelles aux fenêtres
laissent filtrer les jours
comme dans la trame contradictoire
de Pénélope qui attend."
 
"Je prie pour que ton départ
soit une alerte au bonheur.
On ne quitte jamais la terre.
Tout en suivant la silhouette qui s'épuise
je prie pour ne plus revenir à moi
et faire alors une rencontre
de l'étranger qui croit ne pas te reconnaître."
 
Pour en savoir plus sur "Toucher terre", qui est vendu avec l'abonnement au Pré Carré (de 25 € pour 4 publications annuelles), rendez-vous sur le site de l'éditeur : http://precarre-editeur.fr
Soyez sympas avec le Pré # Carré. C'est l'un des seuls éditeurs, sans doute, à commencer ses recueils par un simple "Bonjour"....

vendredi 6 mars 2015

"Coupure d'électricité, de Murielle Compère-Demarcy




"Coupure d'électricité" de Murielle Compère-Demarcy est un poème d'une longueur de dix pages, qui vient d'être publié par les Editions du Port d'Attache.
Il s'agit du récit d'une insomnie, qui prend place durant une "coupure d'électricité" et qui contraint le "je" du texte à marcher dans sa tête durant la nuit, comme il marche durant la journée dans ses soucis, des soucis amplifiés par la complexité d'une ville tentaculaire.
L'espoir de trouver le sommeil n'est jamais vraiment perdu dans ce parcours qui, cependant, ressemble à une sorte de cauchemar léger.
Mais l'important est de constater que l'activité cérébrale qui s'effectue au rythme de la marche ne s'arrête jamais, que la trépidation (rime avec tribulations !) poétique est toujours là, que les métaphores filent comme des passages de relais, et qu'en fin de compte, la poésie ne cesse de transformer les réalités en autant d'images, de façon à les faire devenir de nouvelles réalités...C'est l'énergie combattant le découragement...
On reconnaît là le style si caractéristique de Murielle Compère-Demarcy, muni de ses nombreuses barres de découpe et de son refrain ("la faute à personne"), presque comme dans une chanson...
 
Un extrait de "Coupure d'électricité" :
 
"Dans le ciel l'angle obtus d'un fuselage sonne
L'angélus / sept heures
Dix-neuf heures / sur le cadran l'ombre
Change d'heure / autrement / la même
Toujours la même
La quête des prières gagne mains sonnantes
La paume des nuages
Une ville un clocher la voix des gallinacés à partager
L'heure / pas de corde à balancer
Plus le temps / pas de balancier
Temps électronique programmé /
La ville affairée
Tandis
Que tu marches / tu marches
Podomètre thermo-luminescent
Collé à tes pas luisants / ascension / performance
Vers / Chute
Assurée
 
Mais c'est la faute à personne
Mais c'est la faute à personne..."
 
Pour vous procurer "Coupure d'électricité", poème vendu au prix de 2,5 €, vous pouvez aller faire un tour sur le site de l'éditeur : http://editionsduportdattache.over-blog.com/

"Détail d'intérieur", de Basile Rouchin




Voici le premier recueil de poésie publié par Basile Rouchin (aux éditions "Interventions à haute voix"). Un recueil qui a bien su mûrir, puisque de nombreux poèmes le composant ont été publiés en revues depuis maintenant dix ans.
"Détail d'intérieur" méritait vraiment de paraître, car il montre, dans toute son étendue, le style original de son auteur, finement dosé, et qui a l'avantage de se lire bien.
Basile Rouchin excelle à traiter des rapports sociaux, et tout particulièrement de ceux existant dans l'intimité des couples. Il sait rendre, avec suffisamment de légèreté, les discrètes frictions qui émaillent les contacts humains dans notre vie personnelle, ressemblant parfois à s'y méprendre à une vie professionnelle, dans cette urbanité sans pitié.
Ainsi, mine de rien, l'auteur dresse une sorte de tableau des malheurs ordinaires : mésententes, agressions, dépendances, solitudes... salariat et... hypocrisie !
Attiré par l'humour noir, Basile Rouchin écrit des poèmes à vers courts, qui vont par deux (temps, celui de la chanson ?) bien souvent. Il y a là comme des coups de pattes qui nous remettent à notre place dans le quotidien. Les jeux de mots participent également de son style, sans néanmoins l'alourdir ...
Les illustrations (collages), dont celle de couverture, sont de Cathy Garcia. La préface est de Marie-Madeleine Fragonard, et la 4e de couverture, de Guy Chaty.
Ci-dessous, un poème extrait du recueil : "Love-Linge (ou l'amour avec un grand tas)"
 
"De retours d'eaux usées
En roulements de tambour,
Fait-on machine arrière ?
 
Cycle complet
Pour tissu délicat,
Pour qui
Ce coeur chavire
Sans adoucissant ?
 
Dans le bac à heures,
Basse température,
Six cents tours minute;
L'histoire
Raccourcit ses mailles...
 
Les souvenirs sèchent :
Petit tas gorgé d'amour,
Fripes aux couleurs passées.
 
Sa lavandière partie,
Il a lavé seul le linge sale,
 
Ces sentiments
Déjà si peu blancs,
Impossibles à récupérer."
 
Pour vous procurer "Détail d'intérieur", vendu au prix de 10 €, vous pouvez écrire à la MJC de la Vallée, 47 rue de Stalingrad 92370 CHAVILLE.

"Journal en noir", de Pascal Ulrich




L'association "Bakou 98" et les Editions du Contentieux continuent à faire découvrir les œuvres de Pascal Ulrich restées inédites de son vivant.
Ce "journal en noir" est un morceau de choix, texte pur, dénué d'illustrations (en noir et blanc), ce qui est plutôt rare chez Pascal Ulrich.
Il s'agit d'un recueil d'aphorismes écrit en 2006, alors que la vie de son auteur recommençait à déraper sérieusement, et cette fois-ci pour toujours...
Je ne dis pas que j'ai aimé tous les aphorismes de ce recueil - le genre est trop difficile - mais il y en a de nombreux, qui sont redoutables...On y reconnaît la patte inconsolable de Pascal Ulrich, celle précisément qui nous manque aujourd'hui.
Quelques exemples : 
 
"Je redoute l'espoir qui
depuis belle lurette est
une arme religieuse donc
politique"
 
*
 
"Les anges de la désolation
ont un merveilleux sourire
d'anges de la désolation"
 
*
 
"Je suis une ombre glacée
dont le charme est dans le fruit
du mélancolique crépuscule"
 
Pour commander "Journal en noir", vendu au prix de 7 €, vous pouvez écrire aux éditions du contentieux, 7 rue des Gardénias 31700 Toulouse ou à Robert Roman (l'éditeur) : romanrobert60@gmail.com

dimanche 1 mars 2015

"Les paradoxes du lampadaire", de Marc Tison




Les poèmes de Marc Tison publiés ici sont des remix de textes auparavant publiés en revues. Le choix d'un terme musical pour cette poésie n'est pas une coquetterie, car une fois n'est pas coutume dans ce domaine, les poèmes de "Les paradoxes du lampadaire" et de "A NY" (à New-York) sont d'inspiration presque entièrement musicale.
Pas dans ce qu'ils décrivent forcément (le milieu des loubards et des rockers parfois), mais de la façon dont ils le décrivent. Il s'agit vraiment là d'une vision du monde en rock and roll. Déjà, le rythme du rock and roll est dans l'écriture.
Et ensuite, ces mégalopoles que l'auteur traverse sont destroy chaotiques, à la fois collectivistes et individualistes et plutôt pour le pire que pour le meilleur. Ce monde essentiellement urbain est celui d'une civilisation anglo-saxonne, même quand ce n'est pas "A NY" et même quand elle s'ignore.
D'ailleurs, Marc Tison s'accoutume plutôt bien de ce chaos, parfois en faisant de l'humour vache. La misère et la violence semblent orchestrés dans une même partition qui les dépasse, charriés par un même élan vital. Il faut dire que c'est l'espoir de révolutions dans l'action qui nourrit ce présent qui chante, même si les voix sont éraillées :
 
"Pas de SOS
"No escape"
Grimpe la colline
T'auras une belle vue
Sur la mer au lointain
 
Les phares hertztiens
Peignent l'air
Le ciel en C02
Métal et fleurs
Parfumées au méthanol
des distilleries clandestines
Au sous-sols des nouveaux immeubles
Déjà mis en ruine
En cours de démolition
 
Alors
Fument furoles funambules
De nos pensées d'étincelles
Les gaz au ras du sol
De nos esprits de marge
Le premier métro vient d'arriver
Encore je ne dormirai pas
Jamais"
 
Bref, de la poésie immédiate.
La couverture est de Marc Tison.
Pour vous procurer ce recueil vendu au prix de 5  €, vous pouvez contacter l'auteur : mtgmt@orange.fr et http://marctison.wordpress.com

mercredi 25 février 2015

"Exils de mes exils", de Sansa Voïca




C'est un autoportrait difficile à fixer que nous offre là Sanda Voïca.
Malgré tout, pour le lecteur, il n'y a aucun doute sur ce point. C'est une impression de liberté, d'indépendance, voire de légèreté qui ressort de "Exils de mon exil", divisé en trois parties. Les deux parties d'avant et d'après l'exil. Avant, la Roumanie et après, la France. Et la troisième partie, qui peut être celle de l'immédiat.
Le trait d'union entre ces exils est la poésie, qui permet au présent d'être toujours et là, ici et maintenant. En même temps, la perte d'un espace, par exemple, ne peut être réellement rattrapée. 
D'ailleurs, l'auteur se représente comme à la fois proche et éloignée de son corps.
De la même façon, l'écriture de Sanda Voïca recèle plusieurs facettes, simple, voire familière, sans beaucoup d'images, mais aussi et parfois d'une abstraction resserrée, comme si l'écriture cherchait elle-même à démentir l'identité de l'auteur conquise par la poésie.
En guise d'exemple et pour vous familiariser avec ces simples impressions de lecteur, je vous laisse en compagnie du dernier poème d'"Exils de mon exil", intitulé "Peut-être" :
 
"Mais peut-être par jeu peut-on se sauver de l'enjeu ?
Mais peut-être par l'œil (ou par l'orgueil) peut-on se sauver du deuil ?
Peut-être par la paume peut-on sauver la môme ?
Et par son archet se sauver de l'intérêt ?
Peut-être je jure ici et ça crie partout.
Je vous dis adieu et vous : à demain.
Rien ne s'approche, rien ne s'éloigne :
dans la sphère du jour tu es comme dans celle de toujours :
 
monde des inepties liées
par tes pensées-pansements.
Gazes à empiler, vie-palimpseste à fondre
A l'approche de la sphère voisine.
Boom !
Et vroum ! C'est reparti :
Mais peut-être par jeu on peut se sauver de l'enjeu,
Mais peut-être par l'art on peut se sauver du brouillard.
 
Et notre regard dans l'éloignement".
 
Pour vous procurer "Exils de mon exil", vendu au prix de 5 €, vous pouvez vous adresser à l'éditeur, Passages d'encres (collection Trait court), Moulin de Quilio, 56310 GUERN, ou vous connecter à la revue que co-anime Sanda Voïca, "Paysages écrits" : http://sites.google.com/site/revuepaysagesecrits/

mardi 24 février 2015

"Jean Rustin, la vie échouée", de Michel Bourçon




Si dans certains livres, images et écritures dialoguent en ping-pong, il n'en est pas de même ici.
En effet, dans "Jean Rustin, la vie échouée", le poète, Michel Bourçon, met entièrement son écriture au service de l'oeuvre de Jean Rustin, et traduit, pour nous, lecteurs, ce que les reproductions des tableaux en vis à vis lui font et nous font à nous, lecteurs. 
Il s'agit donc d'un hommage au peintre dsparu en 2013.
En effet, les oeuvres de Jean Rustin représentent des humains qui, à première vue, ne sont pas beaux, surtout pas, et qui sont représentés hors de tout cadre temporel ou anecdotique.
Couleurs sombres, grises, des yeux rouges qui suintent, sexes exposés sans pudeur. La charge de dégoût est évidente à première vue.
Ce serait oublier que, par ses textes d'accompagnement, Michel Bourçon nous montre sans fard que ces gens là ne sont qu'un reflet de nous-mêmes. Et il n'est pas facile d'échapper à ces absences de regard, et quand les regards ne sont plus là, ce sont les corps qui nous provoquent sans avoir besoin de nous provoquer.
Certains lecteurs de "Jean Rustin, la vie échouée" seront sans doute déroutés par l'absence d'espoir qui émane de ces peintures. Cela ne devrait pas être, car le but est clair : nous faire prendre conscience de notre finitude, car : "A bien les regarder, chacune de ces toiles contient un monde, toujours le même, où ce qui se joue dans le cadre, se joue en nous, au même moment, une lente derive vers la nuit, vers ce qui aura lieu, au terme de notre condition".
Pour vous procurer ce livre, vendu au prix de 26 €, et qui comprend 14 reproductions des oeuvres de Jean Rustin, vous pouvez aller sur le site de l'éditeur "La tête à l'envers", http://www.editions-latetalenvers.com/
"Jean Rustin, la vie échouée" est également disponible en librairie et peut être commandé partout, y compris en écrivant directement à l'éditeur.