jeudi 14 janvier 2016

"L'évidence", de Sébastien Kwiek


"l'Evidence", premier recueil de poèmes de Sébastien Kwiek, vient d'être publié aux Editions Corps puce, dans sa collection "Liberté sur Parole".
L'Evidence, c'est que ce n'est pas si évident que ça... ça : quoi ? Par exemple, qu'il s'agisse de poèmes en prose, comme sous-titré sur la couverture.
Et en effet, l'ensemble des poèmes qui composent "L'Evidence" sont des poèmes en vers, visuellement au moins.
A travers certains vers, on entend même le rythme de chansons.
Mais après tout, ce n'est pas très grave : qu'il s'agisse de poèmes en prose ou de poèmes en vers, du moment qu'il s'agisse de poèmes !
D'ailleurs, il est ici question d'amour, thème poétique par excellence. L'évidence, ça peut être aussi ça : l'évidence de l'amour, qui semble ici éternel et sans nuages, se vit sous toutes les latitudes (dans d'autres pays), voire dans toutes les positions.
En effet - et je reparle de la forme (de l'amour donc du poème !) - le lecteur peut trouver dans ce livre plusieurs calligrammes, ce qui est assez rare pour être signalé.
Nous ne nous sommes donc pas ici situés dans l'orthodoxie visuelle du poème, comme trop souvent, alors que pourtant les techniques de publication assistée par ordinateur (PAO) n'ont jamais été aussi perfectionnées.
Alors, à force de lire ces poèmes d'amour que rien ne fait douter, le lecteur se dit, en fin de compte : et si, derrière cette évidence, il y avait un mystère ? C'est que nous ne sommes pas habitués aux histoires d'amour qui ne finissent pas mal. Et puis, la poésie, souvent, c'est sombre... Alors que pas ici.

"au rebord d'une falaise
là où le monde s'arrête

nous resterons assis
face aux rideaux de pluie

jusqu'aux confins du jour

les pieds dans le large
nous n'aurons pas peur

ni de l'horizon
ni de la traversée

nos yeux seront passés
nos âmes légères

nous n'aurons pas froid

je t'envelopperai de mes bras"


Pour en savoir plus sur "L'évidence" de Sébastien Kwiek, vendu au prix de 11 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : http://www.corps-puce.org/catalogue

mardi 12 janvier 2016

"Maison", d'Emanuel Campo


Sous-titré "Poésies domestiques", "Maison" est le premier livre de poèmes publié par Emanuel Campo, aux Editions La Boucherie Littéraire.
En lisant ce recueil, je me suis dit que décidément - et encore heureux ! - la poésie réaliste n'était pas si réaliste que cela.
Avec trois fois rien échappé de la vie de tous les jours, Emanuel Campo parvient à nous faire décoller du sol, je veux dire, à nous faire rejoindre les nuages.
Il y a aussi de la froideur dans ces textes, et pour moi, ce n'est nullement un défaut car, tout de même, la poésie ce n'est pas que de la rigolade.
D'ailleurs, entre rêve, désincarnation et froideur, il peut y avoir certains points communs, non ?
Dans "Maison", ma préférence va plutôt aux poèmes courts, qui échappent au piège de la chute et constituent à mes yeux de vraies énigmes.
L'enfance de l'auteur, comme le premier âge des bébés autour de lui, sont aussi très présents, comme pour ne pas rompre avec cette part de rêve.
Extraits de "Maison", et pour vous faire une idée de cette écriture originale d'un auteur pour qui cette édition me semble être un départ vers d'autres publications :

"Ado
le miroir matinal de la salle de bain
nous prédisait la réussite
alors que dans celui du soir
nous nous consolions de n'être
que nous-mêmes."

"Ambition

(Cris de bébés qui pleurent)

On couvre ses arrières
en jouant fort un bon vinyle.

Les yeux s'évadent par la fenêtre".

"Comme un autre de mes poèmes
celui-ci commence par déboutonner
le blanc de ton tricot"

Pour en savoir plus sur "Maison" d'Emanuel Campo, vendu au prix de 12 €, vous pouvez vous rendre sur le site de l'éditeur (la Boucherie littéraire) : http://laboucherielitteraire.eklablog.fr/

Je précise que les livres de la Boucherie littéraire se commandent dans n'importe quelle librairie de France, Belgique et Suisse.

dimanche 10 janvier 2016

"Je laisserai mes pas sur le sable", d'Evelyne Charasse



Publié aux éditions de "La porte", animées par Yves Perrine, "Je laisserai mes pas sur le sable" est le premier (court) recueil publié par Evelyne Charasse.
En effet, ce texte tient en un peu plus de 1100 caractères et de 150 mots. Rendez-vous compte  ! : cela ne fait pas beaucoup.
Ainsi les poèmes d'Evelyne Charasse ont une forme bien particulière et c'est ce qui frappe tout d'abord : leurs vers possèdent entre un et trois mots. Ainsi étagé, un poème parcourt une distance inférieure à celle d'une phrase tout en prenant plus de place.
Ici, une phrase pourrait même mesurer la totalité des poèmes. L'exercice serait tentant mais il n'a pas lieu.
Le fond l'emporte finalement sur la forme, même si l'essentiel de celle-ci demeure : des poèmes verticaux.
Et des poèmes verticaux qui parlent exclusivement de la mer, voire même, de l'Océan Atlantique, de cette admiration sans ombrage pour lui qui est ici personnifiée, à travers ses oiseaux (les mouettes), ses vagues.
L'auteur semble écrire une histoire d'amour avec la mer, d'où la fin de ce texte, qui lui donne son titre : "Je laisserai mes pas sur le sable".
En guise d'apéritif, voici le début du texte :

"Déposée
Par les vagues
Saoulée
D'écume
Griffée
De sel
Je suis

Portée
Par le
Ressac
Empêtrée
De sable
Corps
Flotté"


Si vous souhaitez vous procurer "Je laisserai mes pas sur le sable", vendu au prix de 3,80 €, il convient d'écrire à l'éditeur : Yves Perrine (La Porte), 215 rue Moïse Bodhuin 02000 LAON.

mercredi 9 décembre 2015

"La tournante des images et des ombres", de Daniel Giraud


"La tournante des images et des ombres" (beau titre, au passage) de Daniel Giraud, en 6 poèmes écrits en vers libres, semble offrir un résumé de la vie de l'auteur, puisqu'y sont décrites plusieurs étapes de sa vie, du passé jusqu'au présent.
"La tournante des images et des ombres" pourrait donc être comme une valse des sentiments sans apitoiement ni regret aucun, avec toutefois une petite préférence, peut-être, pour la jeunesse qui permet plus facilement l'expression de la révolte.
En effet - on a beau faire preuve de sagesse - la vieillesse retient davantage à la terre.
Dans ce livre, court par la longueur, le lecteur pourra apprécier la sobriété du style, une marque du métier d'écrivain qui est rentré.

Extrait de "La tournante...", "Fragments de vie

en bas
ils ne savent pas
que là-haut
c'est le chant des oiseaux
la neige éternelle du Valier
la chatte sauvage amaigrie
l'arbre coupé à la hache
la glace fendue à la pioche
le toit qui fuit
les milliers de livres
les manuscrits empilés
le coeur battant trop vite
dans les pentes d'âge qui pèse
au prix d'un doigt coupé
ou d'un pied cassé".

"La tournante des images et des ombres" contient, outre l'illustration de couverture, de Pascal Ulrich, un collage de l'auteur.


Pour en savoir plus sur ce livre, publié par les éditions du Contentieux et vendu au prix de 5 €, vous pouvez vous adresser à Robert Roman : romanrobert60@gmail.com

"Ite missa est", de Louis Savary


"Ite missa est" ("Allez la messe est dite") est le dernier livre et recueil d'aphorismes publié à ce jour par Louis Savary aux Editions "Les presses littéraires".
Si les religions pourraient paraître un sujet démodé (mais ne sont plus hélas, vu ce qui se passe actuellement), il est clair que Dieu, dont il est ici question, a toujours été d'actualité car mis à toutes les sauces, souvent les pires.
C'est ce que montre (entre autres) Louis Savary, à travers cette série de très courts textes se présentant comme des poèmes, qui, la plupart du temps, sonnent juste.
Ils ne manquent d'ailleurs pas non plus d'impertinence, mais sauront être compris et appréciés par les athées ou, à la rigueur, par les agnostiques ! 
En voici quelques exemples :

"de mes dialogues avec Dieu
je n'ai pu enregistrer
que mes questions"

*

"Dieu est par excellence
l'astre brillant 
par son absence"

*

"J'ai rêvé que Dieu
m'embrassait
sur la bouche
et me suppliait
que ça reste entre nous"

*

"Depuis la nuit des temps
le phénomène d'impénétrabilité
des voies de dieu
en a fait fantasmer plus d'un"

*

"Dieu nous prête vie...
Offre soumise à conditions."

*

"il est moins douloureux de mourir
cloué sur une croix
sachant que dans trois jours
on va ressusciter"

Dernière petite remarque, en forme de conclusion : pourquoi donc "Ite missa est" est-il sous-titré "Je suis poète" (avec en sus, l'image de la ballade des pendus de François Villon, archétype du poète maudit) ?
Peut-être parce que la poésie est la seule à pouvoir s'opposer à Dieu, selon l'auteur, comme en témoigne cet aphorisme :

"Dieu croit
en ses prophètes
Je crois 
en mes Poètes".


Pour en savoir plus sur "Ite missa est", vendu au prix de 15 €, vous pouvez contacter son auteur, Louis Savary, à l'adresse suivante : fc085359@skynet.be

vendredi 4 décembre 2015

"Le zizi confettis", de Fabrice Marzuolo


Autoédité sur Amazon et vendu au prix de 9,40 €, "Le zizi confettis", de Fabrice Marzuolo, de mon point de vue, aurait pu être publié par un véritable éditeur. 
Cependant, face à une offre éditoriale à la fois de bon ton et surabondante, je sais déjà que les livres autoédités vont se multiplier et qu'il conviendra de tenir compte de certains d'entre eux en les chroniquant.
"Le zizi confettis" est une suite de nouvelles, de contes, ou d'histoires courtes, comme des brèves de comptoir.
Placé en immersion dans un milieu urbain et plus particulièrement parisien, "Le zizi confettis" a tout de l'ambiance du roman noir et parle du prolétariat (presque un gros mot).
Ici, il est à peu près toujours question d'histoires d'amour qui finissent mal... ou pas ! Plus elles sont atypiques, plus elles ont des chances de finir bien, d'ailleurs.
Si les personnages de femmes sont peu flatteurs, les personnages de mâles ne sont pas non plus très reluisants, c'est le moins que l'on puisse dire ! Il y a de l'autodérision dans l'air !...
Par exemple : "Visiblement, le temps ne l'a pas épargné. Lui, tout ouvert à l'amour, ne doit plus être visité que par les courants d'air et la mousse des brasseurs. Quant à l'électricité, j'ai un solide vécu de déjanté pour savoir qu'elle ne fait pas sauter grand-chose chez ceux qui n'ont pas de plomb dans la cervelle".
Ainsi, on finit par rire de cette succession de portraits frappés par la désolation.
Et là, bien sûr, là où il faut en venir, c'est bien au style. Celui de Fabrice Marzuolo est brillant, tout en jeux de mots et images qui font mouche (c'est le cas de le dire, vous en aurez la confirmation en lisant "La mouche à bites").
Comme le résume l'auteur en 4e de couverture, dans un clin d’œil à Céline, "Le zizi confettis c'est l'école buissonnière des cadavres, le méat du cul de sac, le beau linge sale, des babioles pour un saccage".
Bref, une affaire de style !
Il y a enfin pas mal de raccourcis qui vous mènent tout droit du berceau à la tombe. Sauf que ces raccourcis tiennent la route.

Extrait du "Zizi confettis" :


"Ma bite m'a trop souvent servi de guide ! Pas facile, un homme est cerné par son corps. Pris dans sa chair, il est comme sous un bombardement démocratique. Faut qui se fasse tout petit, qui se rencogne. Parfois, il se relève. Il existe des hommes qui se retirent, qui se retranchent dans des hameaux perdus, des ours. Mais la bite leur mange le cerveau, ils deviennent fous, un jour ils tirent à la carabine tout ce qu'ils n'ont pas tiré avec leur pine. Celui qui maîtrise sa bite gagne sa liberté. Etrangement la puissance côtoie l'impuissance, c'est pourtant sur ce fil délicat qu'il jongle avec sa liberté. Mais, au bout du bout, que le fil soit d'or ou d'argent, l'homme ne sera que la marionnette"

"Documentaire humain", de Perrin Langda


"Documentaire humain" est le deuxième livre publié par Perrin Langda (après "Quelques microsecondes sur terre"), en l'espace de quelques mois, cette fois-ci par Walter Ruhlmann de Mgv2>publishing.
Ce recueil de poèmes pourrait d'ailleurs être sous-titré "Poèmes astucieux", tant l'auteur sait bien se servir des formes de langage modernes (par exemple, les langages sms ou java).
En fait, de thème de prédilection, l'espace extérieur, tendrait avec ce deuxième livre, à devenir forme d'expression, au moins à travers environ la moitié des poèmes.
Ainsi, Perrin Langda recycle la forme du calligramme (dans "Bigorneau", dédié à Morgan Riet), et pratique le vers décalé sur toute la ligne, ce qui a pour effet de mieux rythmer le poème.
Pour ce qui est du contenu de "Documentaire humain", l'auteur continue à imaginer des vies nouvelles, dans un climat marqué par le réchauffement climatique, ou bien illustre par l'image des effets scientifiquement démontrés, celui de la réplique sismique, par exemple.
En résumé, Perrin Langda s'intéresse au monde actuel, sans crainte des anglicismes. Et il a bien raison ! Et le tout avec de l'humour, en plus...

Extrait de "Documentaire humain" : 

"Pizza hunt

quand
femme
avoir
faim
homme
partir
vers
collines
de béton
armé
chasser
petit cerf
métallique
rougeoyant
homme
rester
caché
derrière
rochers
fleuris
près de
rivière
d'asphalte
homme
parfois
trouver
attente
longue
et traque
trop difficile
mais lancer
multiprise
comme bolas
électriques
quand cerf
cracheur
de brume
dévoreur
de bitume
passer enfin
et quand
homme
rentrer
sous soleil
pourpre
avec
disque de
pain
enduit
de sauce
tomate
femme
heureuse
car aimer
nourriture
italienne"

Enfin, je précise que l'illustration de couverture est d'Eric Demelis.

Pour en savoir plus sur "Documentaire humain", vendu au prix de 6 €, rendez-vous sur le blog de l'éditeur : http://mgv2publishing.blogspot.fr/