dimanche 28 juin 2026

"À l'écoute des bêtes", de Catherine Andrieu

 
Publié par les Éditions Sémaph(o)re, dans la collection Cahier Nomade, "À l'écoute des bêtes", de Catherine Andrieu, regroupe à peu près deux tiers de proses, et un tiers de poèmes en vers libres.

Lors de ma lecture, j'ai surtout été sensible à la partie en prose, à ces réflexions de l'autrice sur le monde qui nous entoure, ou plutôt dans lequel nous sommes immergés jusqu'au cou.

Catherine Andrieu, dans "À l'écoute des bêtes", me persuade de l'existence d'une transcendance, de ce quelque chose qui existe au-delà des apparences. S'il ne s'agit pas ici d'une croyance religieuse, mais simplement de l'exercice de l'intuition.
Je dois avouer que cette prise de risque, presque folle, me change du matérialisme courant, y compris en poésie. Cette confiance, qui me semble plutôt rare, me semble valoir la peine d'être accordée.

D'ailleurs, lorsque Catherine Andrieu, au cours de ses réflexions, approfondit sa relation avec les bêtes, elle ne fait pas preuve d'idéalisme exagéré, mais décrit très précisément le rapport qui la lie aux bêtes, et plus particulièrement, aux chats. Même si nous ne savons pas ce que les bêtes savent, nous ressentons qu'elles savent quelque chose. Et c'est déjà beaucoup.

Extrait de "À l'écoute des bêtes", de Catherine Andrieu :

"Les philosophes sont longtemps nié la sensibilité des animaux, puis ils l'ont admise à reculons, dans le cadre d'un discours utilitariste ou compassionnel. Mais l'expérience me dit autre chose : elle me dit que Lune sait. Elle sait sans les mots. Elle sait comme savent les pierres, les arbres, le vent. Mais avec une attention, une acuité, un soin qui relèvent de l'amour. Oui, de l'amour - non pas tel que nous le romantisons, mais tel qu'il se vit, dans le partage quotidien d'un même souffle.

Le matin, elle me suit dans les pièces sans bruit. Elle ne réclame pas. Elle se tient là. Elle inscrit une constance dans mon errance. Et le soir, quand je m'allonge dans l'ombre de la mer, elle revient, se pose contre moi, me redit : je suis là, tu peux dormir.

Dans cette simple phrase non dite, il y a le monde entier. Tous les exils abolis. Toutes les blessures versées.

Je n'idéalise rien. Lune n'est pas parfaite. Elle est libre. Parfois elle m'ignore, parfois elle m'éloigne. Elle ne m'appartient jamais. Mais cette liberté là, cette distance qu'elle pose sans cruauté, est la condition même de notre amitié. Elle m'enseigne à ne pas retenir. À aimer sans serrer. À être là sans dévorer.

Ce que j'écris là n'est pas une déclaration d'amour. C'est un acte de pensée. Car il me semble qu'en vivant avec Lune je découvre autre chose que l'attachement : je découvre une possibilité d'être au monde autrement, hors des catégories humaines. Elle m'aide à habiter cette région fragile où je ne suis ni sujet ni objet, mais souffle, vibration, animal parmi les animaux.

Alors, quand je dis que je vis avec une chatte, je dis aussi que je vis avec la part de moi qui a survécu. Celle qui n'a pas cédé. Celle qui attendait, depuis longtemps, une caresse sans prix, un regard sans jugement. Celle que Lune, sans l'avoir cherchée, a réveillée.
Et c'est pour cela que je l'aime. Non pas comme on aime un être. Mais comme on aime le retour du printemps."

L'illustration de couverture est de Catherine Andrieu.

Si vous souhaitez vous procurer "À l'écoute des bêtes", de Catherine Andrieu, qui est vendu au prix de 16 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : https://maisondelapoesie-quimperle.fr/editions/

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