jeudi 11 février 2016

"Une cicatrice", de Pierre Bastide


"Une cicatrice", de Pierre Bastide vient d'être édité par Odile Fix aux éditions Le Frau.
Ce livre de petite dimension (10,3 X 14,8 cms) est un bel objet, mélange d'ancien et de moderne, avec sa couverture tapée à la machine et son intérieur moderne, tout de blanc vêtu.
"Une cicatrice" est le récit d'un retour aux sources, en apparence raté, comme le sont souvent les retours aux sources.
Ici, il a lieu en Algérie, cinquante et un ans après, dans la chambre d'enfant de l'auteur.
Il y a un dessin d'enfant, une "cicatrice" sur le mur, mais ce n'est pas le même mur, ce n'est pas le même dessin.
Ou comment, au delà de l'anecdote, le passé est-il transformé par la mémoire.
Les variations sur ce thème donnent lieu à un beau texte qui parlera à ses lecteurs, car les souvenirs d'enfance ne sont-ils pas ce qu'il y a de plus en plus précieux, avec le temps qui passe ?

"Le mur de la fenêtre ! C'est là qu'était mon lit. Là que l'enfant que je fus a dormi, là qu'il s'est battu contre les crises d'asthme et les fantômes de la guerre. C'est là que je me revois ! C'est ce lieu que j'ai tenté de retrouver dans ces impros de théâtre où l'exercice obligé consiste à revenir adulte, dans sa chambre d'enfance".

A signaler également dix photographies en noir et blanc de l'auteur, figurant dans le corps du texte.

Pour en savoir plus sur "Une cicatrice" de Pierre Bastide, vendu au prix de 5 €, rendez-vous sur le blog de l'éditeur : http://editionslefrau.blogspot.com/

samedi 6 février 2016

"Au-delà", de BarBe électric


"Au-delà", de BarBe électric (pseudo original), qui vient d'être publié par les éditions du Contentieux, est divisé en deux parties, dont la première semble donner son titre au livre (je dis cela car le titre n'est pas rappelé avant les poèmes, mais bon, peu importe), et la deuxième s'intitule "Chants intérieurs".
Dans l'une comme l'autre partie, le style est sobre : vers assez courts, assez nettement découpés. Et à cet égard, "Chants intérieurs" en rajoute encore dans la sobriété, des vers étant presque répétés en intégralité, ce qui donne à ces poèmes l'aspect de chants, ou du moins, de chansons, des refrains étant dès lors visibles.
Dans "Au delà" comme dans "Chants intérieurs", on est dans la poésie de survie. BarBe électric nous raconte, avec des images qui ne sont pas là pour faire joli, son quotidien d'ouvrier à l'usine. Il évoque des gestes répétitifs, mais aussi une profession dévalorisée socialement, frappée d'indifférence, et à la merci de la première fermeture "financière".
Pas de quoi trouver là-dedans des lendemains qui chantent. D'ailleurs, qui parle encore aujourd'hui dans la poésie du monde ouvrier ? Presque plus personne. Eh bien ! Pour une fois, c'est différent.
"Chants intérieurs" cherche donc une évasion possible à ce monde d'indifférence, sans vraiment y parvenir, du moins, dans un monde qui soit réel.

Extraits de "Au-delà", de BarBe électric :

"Je suis comme une pierre
Comme le minerai de fer
L'acier froid dans la main
De l'homme qui gémit
Privé d'oxygène
Noyé dans la fragilité des matins de l'hiver
Je suis celui
Qui ne chante plus que la complainte
D'un temps révolu
D'un temps qui a fui
A travers les champs de l'abandon."

Et :

"Assoupi

Le mensonge règne
Sur la terre
Comme au ciel
Derrière le masque fissuré
D'une guerre au galop
D'une guerre au galop
Sur la terre comme au ciel
Il y a longtemps que je crève
Ne me réveillez plus
Ne me réveillez plus
Mon cœur est aiguisé
Une lame de 16 pouces
De long et en travers
Le règne de mes années
Mes années
Mes années
Assoupi
Assoupi."

Les illustrations (dont celle de couverture) sont signées de Norman 6.

Pour en savoir plus sur "Au-delà", qui est vendu au prix de 8 €, vous pouvez contacter son éditeur, Robert Roman (éditions du contentieux), romanrobert60@gmail.com

dimanche 31 janvier 2016

"Au désordre du monde", de Josiane Gelot


« Au désordre du monde" de Josiane Gelot est un recueil en forme de bilan tiré entre passé et présent, résumé de poésie.
En effet, si dans la première partie de "Au désordre du monde" est évoquée explicitement la jeunesse de l'auteur, dans les deux autres parties, Josiane Gelot, à mes yeux, s'interroge sur le fait de savoir comment sauvegarder la poésie dans un monde qui ne l'est guère, et pas simplement en apparence : univers des villes et de la pauvreté.
L'écriture de Josiane Gelot frappe surtout par le dégré d'exigence que l'auteur semble garder vis à vis d'elle-même. Il y a de la force là-dedans, la fierté de ne pas abdiquer devant la laideur de l'existence et de survivre avec dignité au milieu de tout cela.
Si dans "Au désordre du monde", vers courts et vers longs alternent au fil des poèmes, c'est surtout quand le vers se raccourcit qu'il trouve sa plus grande force.
Ce recueil aurait mérité mieux qu'une auto-édition. Avis aux amateurs de nouveaux poètes, donc !

Voici deux poèmes extraits de "Au désordre du monde" :

"Griffures d'ajoncs
De bruyère
Couleurs foulées d'enfance
Déjà
Marcher et vivre
D'un même geste
Marcher jusqu'à
La halte
Le mot auquel s'adosser
Halte
Mêler au mot sur la langue
L'acidité du granit surchauffé.
Craquement de feuilles...
Choc de brindilles...
Peut-être un serpent
Peut-être le vent
La peur prend
Rampe à son tour
La terre est sèche."

Et :

"Les couloirs de métro
Charrient, en vrac
Bêtise
Elégance
Beauté
Indifférence
Et surgit
L'épuisement
A l'état pur
Taillé
Dans la face émaciée
D'un visage creusé
D'ombre charbonneuses,
Un œil malade
Fermé sur nous.
L'autre, éteint.
Le corps
Voué à la maigreur
Sautille,
Foule
On le foule
Il bouge
Comme un ballon perdu
Dans les pas d'une valse."

Pour en savoir plus sur "Au désordre du monde", vendu au prix de 8 €, vous pouvez contacter l'auteur :josiane.gelot@orange.fr

"Après, j'irai chanter", de Jean-Michel Robert


"Après, j'irai chanter", de Jean-Michel Robert, édité par "Gros textes", regroupe en fait 3 textes : celui qui donne son titre au livre, un autre inédit, "A jamais" et enfin, une réédition d'un recueil de 1997, aujourd'hui introuvable, intitulé "Alice, Eugène, glissades".
Il y a beaucoup de choses que j'aime dans ce livre, à la fois dans ce qui s'exprime : véritable hédonisme de l'auteur (alors que ce mot est aujourd'hui, je trouve, employé à tort et à travers dans un sens attiédi), humour noir, auto-dérision. Et dans la manière dont c'est exprimé : poèmes en vers bourrés jusqu'à craquer, surréalisme de certaines des images employées, sens de la formule.
Bref, tout ce qui paraît démodé pour l'époque mais qui moi, lecteur, me passionne et me tient en haleine. Là, au moins, je n'ai pas besoin de me demander si c'est de la poésie. C'en est, bien naturellement. D'autant plus qu'il y a beaucoup de vie là-dedans.
Comme pour illustrer la philosophie de la vie qui s'exprime dans "Après, j'irai chanter", "Alice, Eugène, glissades" et "A jamais" traite du sujet délicat de l'amour porté à des jeunes filles "à peine nubiles", pour citer le commentaire d'Alain Kewes. En tout bien tout honneur, car le sujet de ces amours est mis à distance, sitôt approché.

Extraits de : "Après, j'irai chanter" de Jean-Michel Robert :

"La mesure

J'aimerais trouver les mots à la mesure de cet étonnement d'être
ce cri de nébuleuse dans une égratignure,
son fou rire dans l'amour, cet acharnement dans le vertige.
Exister,

exister sans dieu mais ronger de mystère, sans raison mais assoiffé, coïncidence errante,

être soi sans y croire,

mais devenir obstinément; et cette trouille quand la présence s'impose... Oui, j'aimerais trouver le rythme,

le lyrisme de la stupeur."

Extrait de "Alice, Eugène, glissades" :

"non il n'est pas question de famille
ni de linge sale il s'agit
encore d'une fenêtre
enfoncez-vous bien ça dans le reflet
mettez-le vous dans l'éphémère
le hasard pourra enfin respirer la lumière saine
celle dont on ne fait pas les chandelles de dîner
ni les dentiers de centenaires
celle dont on ne fait ni de vieux os ni cheveux blancs
celle dont on ne fait rien
qu'un petit rire d'Alice
avant qu'elle ne suce un sexe ou un naufrage
c'est à peu près la même chose
pour les rescapés qui croient
nager ou espérer
c'est à peu près la même bouée
il y manque une tête de canard
c'est triste".



Pour en savoir plus sur "Après, j'irai chanter", de Jean-Michel Robert, vendu au prix de 10 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : https://sites.google.com/site/grostextes/

"Poèmes géographiques", de Thierry Radière


"Poèmes géographiques" de Thierry Radière, vient d'être édité par "Le Pédalo ivre".
Si le titre de ce livre peut paraître, au départ, bizarrement objectif, il résume bien l'objet des poèmes qui sont à l'intérieur.
L'auteur raconte en effet ses souvenirs d'adolescence et de jeune adulte, qui se partagent entre deux lieux fort différents : les Ardennes (pays d'origine) et les Landes (pays de vacances). En terme de distance et d'ambiance, c'est donc le grand écart qui est accompli par Thierry Radière.
Et les personnages semblent dépendre des lieux : les grands parents, la femme de l'auteur. Ils sont décrits dans leurs biotope, pourrait-on dire !
Et si la tristesse s'y exprime, cela vient naturellement du temps qui passe, plus que les lieux, qui fait disparaître les protagonistes de ces "Poèmes géographiques".
Derrière l'objectivité du titre, il y a aussi, semble t-il, un parti pris de la part de l'auteur, celui de laisser dériver sa pensée de souvenirs en souvenirs, comme s'il passait d'un espace à un autre. La forme du poème, lui-même, quand on le regarde, est une sorte d'à-plat : étendue qui tamise le temps. Comme s'il s'était revêtu de fausse indifférence...

Extrait de "Poèmes géographiques" :

"nous serions-nous plus enfants
si nous nous étions rencontrés
au milieu d'un champ ou sur
une plage en été ?
il paraît que l'hiver à Hossegor
c'est terrible : les volets claquent
et il n'y a pas un chat dans les rues
ce n'est pas pire qu'à la campagne
sans la mer je ne comprends toujours pas
ce que cette petite ville landaise lui a fait
pour qu'il ait abandonné son projet d'acheter
un appartement là-bas notre voisin
les villes tout comme les maisons
n'ont pas la même âme
selon qu'on les traverse en été ou en hiver."

Pour en savoir plus sur "Poèmes géographiques", de Thierry Radière, vendu au prix de 10 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : http://www.lepedaloivre.fr/ 

mardi 26 janvier 2016

"L'envolée des libellules", de Cédric Landri


Deuxième recueil publié par Cédric Landri aux éditions de La Porte, "L'envolée des libellules" constitue également le deuxième volet d'un cycle débuté avec le recueil précédent, intitulé "Les échanges de libellules".
Alors que "Les échanges de libellules" se situaient à l'intérieur du cocon conjugal, "L'envolée des libellules" se passe à l'extérieur, le premier poème, "Le cœur de papier..." formant à cet égard transition avec la suite.
Il s'agit donc là d'une randonnée à travers bois et champs, la libellule étant une sorte de prétexte au mouvement.
Rien de très original là-dedans me direz-vous : on ne compte plus les poèmes consacrés à la nature.
Sauf qu'ici, la nature n'est pas cette aquarelle statique qui met les animaux et les végétaux à distance de l'homme. Elle vit effectivement. Voici à mes yeux la principale originalité des poèmes de Cédric Landri qui donne l'impression de tourner son documentaire naturel poétique.
Et si l'auteur s'intéresse toujours au tout petit, sa focale s'est élargie, puisqu'il lui arrive de parler des vaches, par exemple. 
L'ambiance des poèmes est résolument champêtre et optimiste, voire malicieuse et tendre, ce qui là encore pourrait presque passer pour une provocation au regard de la majorité de la poésie actuelle, je plaisante bien sûr.

Extraits de "L'envolée des libellules" :

"De feuille en feuille
au-dessus des fleurs
roses qui éclosent
la rainette joue
à saute-nénuphar

Elle ne prend nul risque.
Tomber au milieu des pétales
serait comme chuter
sur la laine d'un mouton.

Certains moutons peuvent
se révéler féroces.

Aussi peu
que des nénuphars en colère."

Et :

"Sais-tu comment
atteindre et palper
cueillir et garder
un bout
de l'arc-en-ciel
au loin ?

En utilisant
des ciseaux
à couleurs et à rêves".


Pour vous procurer "L'envolée des libellules", de Cédric Landri, vendu au prix de 3,80 €, vous pouvez écrire à son éditeur, Yves Perrine, La Porte, 215 rue Moïse Bodhuin 02000 LAON.

dimanche 17 janvier 2016

"Furet", de Clara Regy


"Furet", le deuxième recueil de Clara Regy, cette fois-ci publié aux Editions Henry, vient d'obtenir le prix des Trouvères, grand prix de poésie de la ville du Touquet édition 2015.
Dans "Furet", cet animal que l'on envoyait pour capturer les rongeurs près des habitations, Clara Regy décrit son enfance (mais pas de furet) à la ferme, et surtout cette femme qui pourrait être sa mère.
Dit comme ça, ça paraît très simple. mais c'est en fait un peu plus compliqué que cela, parce qu'il s'agit de poésie !
Les vers sont courts, comme s'il fallait couper le robinet du lyrisme.
Ainsi, les révélations de la vie de l'auteur paraissent comme tronquées (mais ne le sont pas en fin de compte), ce qui favorise quelques mystères domestiques. Le lecteur se demande ce qui se passe à l'instant. Parfois, la petite fille ne sait pas vraiment ce qui se passe. C'est sa perception, à la fois curieuse et incomplète, qui est ici rendue. Normal pour une enfance.
Et plus cette vie à la ferme est dure, plus elle est pudique, ce qui est également exprimé.
Malgré le sombre leitmotiv des vingt hectares de travail et de douleur (répété dans plusieurs des poèmes du livre), l'émerveillement existe. Ce qui arrive n'est pas si grave. Ce n'est que la vie.
Extrait de "Furet", le poème 46 :

"la brouette
grince
sous le poids
du linge sali
sera encore
plus lourde
gonflée
de savon
et de sueur
et je la vois
souffrir
courageuse
capitaine
à la barre
du vaisseau
mais
ne veut pas
mes bras"


Pour en savoir plus sur "Furet", de Clara Regy, vendu au prix de 10 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur :http://www.editionshenry.com/