mardi 5 juillet 2016

« Les mots perdus » de Thomas Vinau

« Les mots perdus », de Thomas Vinau, courte série de 7 poèmes publiés par les éditions « La Porte », font sans nul doute référence aux mots de la poésie, au sens large du terme, ces mots ne formant pas forcément poème, mais expression du cœur.

En effet,  par opposition, sont exclus d'autres types de mots, caractérisés naturellement par le mensonge : « pas des mots de politiciens… »

Il y a une contradiction apparente dans le fait que ces mots perdus sautent toujours aux yeux, sous forme de traces, mais sans jamais pouvoir produire tout leur sens, qui se retrouvent en miettes.

Ce sont bien ces mots là, qui, à cause de la violence avec laquelle ils sont expulsés, perdent une partie d'eux-mêmes en cours de route.

Cette impression, traduite en images, est connue de maints poètes. Cette impression que la poésie décisive reste toujours à écrire (ou à dire), et que, quand bien même elle le serait, n'est jamais comprise comme elle devrait l'être par les autres : expression du cœur, justement, ou plutôt, urgence vitale.

Extrait de « les mots perdus » :

« Quand on est seul au fond
tout au fond
de son propre océan
les mots perdus
remontent à la surface
comme des bulles d'oxygène
et nous laissent seul au fond
tout au fond
de son propre océan ».

Pour vous procurer « Les mots perdus », de Thomas Vinau (prix : 3,88 €), vous pouvez écrire à l'éditeur : Yves Perrine, la Porte, 215 rue Moïse Bodhuin 02000 LAON.

mardi 28 juin 2016

« Boule à facettes », de Cédric Bernard

Édité par « Derrière la salle de bains », ce très court texte de Cédric Bernard est une réussite stylistique.

A travers l'image de la boule à facettes, l'auteur évoque la promiscuité des corps, qui se cherchent les uns les autres dans un espace restreint.

D'ailleurs, le terme de boules renvoie tout particulièrement aux testicules des messieurs !

Il y a si peu de place entre les corps que les mots ont tendance à se chevaucher entre eux, provoquant des élisions.

En voici un extrait :

« Nous portons de trouver de chercher voulons traverser les facettes les reflets les mises abîmées de nos paires de boules à facettes portées entre les cuisses tenues dans nos cages tournantes dans nos têtes. Nous rentrons dans les coins d'ombre des autres suivons leurs rais ancrés éclairons à la lumière de leurs recoins démettons nos mains nos yeux en avant. A agripper des encres familières. »

La photographie de couverture est de Marie-Laure Dagoit.

Pour en savoir plus sur "Boules à facettes" de Cédric Bernard, vendu au prix de 6 €, contact auprès de l'auteur : lesmotsdesmarees@gmail.com

"Brumes industrielles" de Yann Dupont


Comme son titre l'indique, ce premier recueil de poèmes de Yann Dupont, édité par Hugues Facorat Édition, évoque les ambiances industrielles. Sauf que ce terme est à prendre au sens large. Ce qui est industriel, ce n'est pas que l'usine, mais les abords des voies de communication, et la ville aussi, et notamment ses chantiers à ciel ouvert, qui peuvent servir de repaires pour des arbres isolés et donc pour les oiseaux.

Tout de même, le lecteur observe dans ces « Brumes industrielles » une persistance du port d'attache de l'auteur, en l’occurrence, Le Havre. Avec cette histoire traditionnelle des marins perdus sur la terre ferme et des putains qui sont là pour les accueillir.

Il n'y a cependant aucune tristesse dans ces pages. Les acteurs fantomatiques de ces brumes ne sont jamais perdus. Car justement, ils se confondent facilement avec les objets qui leur servent de support.

Par exemple dans ce poème :

            « Il y a des paquebots dans la ville aux allures de
putain
            La corne de brume et la lumière du phare n'y
peuvent rien
            Son fard a coulé depuis longtemps
            La guerre
            Aujourd'hui elle a la gueule d'un matin gris

            Le soir venu elle parade dans la brume et la nuit
            Les immeubles s'écartent sur le quai les paquebots
déchargent
            D'une giclée leurs passagers »
           
L'autre caractéristique importante de ces « Brumes industrielles » est la musicalité des textes qui composent le recueil. Cela se voit surtout lorsque les poèmes sont courts :

            « La rue des livres aux passants une bise des maux les délivre une brise la rue des mots passants sur leurs lèvres cerises aux vers ivres dépose un baiser de liberté »

Ou encore :

            « L'arbre de métal rouillé aux branches articulées
déambule les soirs de lune
            Sous un porche esseulé il embrasse un lampadaire
dans le galbe de l'ampoule »

On trouve aussi parfois la poésie des instants "à usage unique" :

« Il s'assoit dans l'urinoir Montparnasse
Le train va entrer en gare »

En résumé, « Brumes industrielles » est un texte de réhabilitation des ambiances urbaines qui fonctionne bien.

J’ajoute pour finir que l'illustration de couverture est de Pierre Lenoir Vaquero.

Si vous souhaitez en savoir sur ce recueil, qui est vendu au prix de 10 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur, Hugues Facorat Édition : http://www.hfedition.com 

samedi 25 juin 2016

« Les heures grecques », de Guillaume Decourt



« Les heures grecques », publié par les Éditions Lanskine, est résolument le livre d'une forme poétique. C'est du moins ce qui saute d'abord aux yeux du lecteur, quand il ouvre ces pages. Car ici, Guillaume Decourt pratique le 10 X 10 : entendez par là, le dizain découpé en vers de 10 pieds chacun, toujours rimés, du moins assonancés.

Ainsi, « Les heures grecques » renoue en partie avec la forme régulière de « La termitière », premier des recueils de poèmes édité de l'auteur.
Sauf qu'ici, le contexte est très différent, car beaucoup plus circonstancié. Il s'agit pour Guillaume Decourt de décrire ses « Heures grecques », à travers sa relation d'amour avec une femme grecque, nommée Vicky.
Le voilà donc à la fois touriste et habitant de la Grèce.

Dans ces poèmes d'ambiance (dans le bon sens du terme, pas dans celui de la musique de supermarché), le lecteur sent que l'auteur est à la fois dedans, et surtout dehors. En effet, le ton général est celui du détachement serein, quand ce n'est pas, parfois, celui de l’humour. Le bonheur est dans ces instants vécus là-bas au présent.

L'écriture, parfaitement maîtrisée, se caractérise par l'emploi régulier, sans être systématique, de mots rares, et tout particulièrement, issus de la langue grecque, ainsi que par le recours à quelques enjambements (de vers à vers).

Bref, « Les heures grecques » se lit avec plaisir, celui de l'esprit rejoignant celui de la sensualité (voire plus !) des scènes décrites.

Extrait de « Les heures grecques » :

« Île

Je connais certaines plages désertes
Où l'on peut s'ébattre nu sur le sable
La femme timide y devient diserte
Et l'amant le plus fougueux harassable
Il se trouve que Vicky n'aime guère
Qu'on tente de la saillir en plein air
Mes criques ne nous sont d'aucun secours
Au mieux je l'aimerai sur la Kliné
Mais après le symposion on encourt
La peine d'une érection inclinée »


Si vous souhaitez en savoir plus sur « Les heures grecques », de Guillaume Decourt, dont le prix est de 12 €, rendez-vous sur le site de l’éditeur, Lanskine : http://www.editions-lanskine.fr/livre/les-heures-grecques

lundi 20 juin 2016

« Cahier d'Argentine », de Pierre Andréani

« Cahier d'Argentine » de Pierre Andréani, qui vient d'être publié par les éditions du Port d'Attache (basées à Marseille), constitue, comme son titre l'indique, la relation d'un voyage effectué en Argentine par l'auteur en 2011.

Dans ce recueil, et comme le confirme Pierre Andréani dans sa postface, c'est la poésie qui sauve le voyage, du moins l'inscrit dans une durée qui dépasse ce simple déplacement physique, assez facile à effectuer aujourd'hui.

Bien sûr, les conditions de vie sont plus approximatives en Argentine qu'en Europe.

Mais pour qui est armé d'une carte bancaire, comme l'explique l'auteur, tout devient possible, c'est à dire finalement pas grand chose.

A moins d'aller chercher là-bas des apparitions. Les grands écrivains qui ont marqué de leur trace une ville, par exemple Borges à Buenos Aires, constituent des intercesseurs de poids.

Mais il faut aller plus loin, y ajouter ses visions personnelles et actuelles, nées de rencontres de préférence imprévisibles.

Pierre Andréani s'y emploie dans chaque ville d’Argentine qu'il traverse. Il n'a même pas besoin de rentrer en communication avec d'autres personnes pour déployer ces visions. Bien au contraire. La magie qui transforme la réalité en vision naît de quelques images disséminées par ci par là, mais également de la description d'ensembles hétéroclites, reflet de la diversité (in)humaine.

Tels cet orage vécu dans un immeuble vertigineux, ou ce fantasme de possession physique d'une femme qui couche à côté de lui...

Extrait de "Cahier d'Argentine", ce fragment ci-après :

"Rosario, mai 2011. Grand ciel blond, grand ciel rouge. Lune énorme. Où que le regard se porte : moineaux. Les lampions de la fête scintillent calmement, on croirait voir un bateau dériver loin derrière. Car la rivière est noire, de tissu, de velours noir et calme. Est-il possible de rêver pareille scène sans l'avoir effectivement vécue ? Fiesta de Colectividades. Petits mondes d'argile sur les étals aux couleurs de sous-bois. Sacs d'herbe, teintures, de tous les côtés je vois s'activer une si agréable engeance, si touchante, que mon cœur allégé s'y retrouve".

L’illustration de couverture est d'Anouchka Wood.

Pour en savoir plus sur « Cahier d'Argentine », de Pierre Andréani, vendu au prix de 4,50 €contact sur le blog de l'éditeur : http://editionsduportdattache.over-blog.com/

« Simplesses », de Jean-Marie Alfroy


« Simplesses », qui est édité aujourd'hui par « Encres vives », dans la collection Encres blanches, est l'un des rares recueils de poèmes publiés par Jean-Marie Alfroy, romancier d'abord publié chez... Gallimard et aujourd'hui rédacteur en chef de la revue « Cahiers de la rue Ventura ».

Il y a beaucoup de couleurs dans ces poèmes mêlant paysages, époques et ambiances différentes.

Comme le résumé en accéléré d'une vie, parsemé d'auto-dérision.

Il y a aussi beaucoup de puissance dans cette succession de courts poèmes en vers libres, mais volontiers plus longs que des alexandrins, fait assez rare pour être signalé.

Enfin, c'est le mouvement qui caractérise ces textes. On y retrouve un peu de l'imagerie américaine, celle des Beatniks et du jazz (ou du blues).

Cependant, ces influences sont intégrées dans notre bonne vieille province de France, qui a son charme, parce qu'hétéroclite.

D'ailleurs, pourquoi s'étonnerait-on de la variété de ces poèmes, quand les devantures de nos magasins empruntent à tout ce qui est à la mode dans les images ?

Au final, ce qui transparaît dans « Simplesses », comme dans beaucoup de poésies, malgré l’humour, c'est le regret des choses ou êtres qui sont partis.

Extraits de « Simplesses » :

« C'était comme un exode au volant d'une Peugeot noire.
La nationale fendait les départements mieux qu'un sabre
et nous roulions au son des wah-you-do-you-ah. »

***

« la ville est lasse d'avoir tant travaillé pour le roi de Prusse.
Ses toits se creusent et pèlent comme des épaules brûlées par des soleils mal invités.
Ses trottoirs s'effondrent sous les pas incertains d'ivrognes plus honteux que des douairières oublieuses du code de leur coffre. »

***

« Vous êtes les sœurs lentes qui cheminez sous les ombrages,
pensives comme ce bétail que vous ignorez superbement.
Sans remords ni haine, fières comme des déesses ,
vous souriez à des anges sans ailes ni motocyclettes.
Vous n'êtes pas si belles que sur vos photos,
mais tellement plus archaïques.
Ça rassure. »

L'illustration de couverture est également de Jean-Marie Alfroy.

Pour en savoir plus sur « Simplesses », de Jean-Marie Alfroy, qui est vendu au prix de 6,10 €, rendez-vous sur le site de son éditeur : http://encresvives.wix.com/michelcosem

jeudi 16 juin 2016

« Le plein des sens », de Salvatore Sanfilippo


Publié par « Voix Tissées éditions », « Le plein des sens » est un joli recueil de poèmes sur papier glacé, qui comporte des illustrations (figuratives) de Chrisal, dont les couleurs pastel se marient à merveille à la teinte du papier.

Quant aux poèmes de Salvatore Sanfilippo, j'ai eu l'occasion d'en publier plusieurs dans le poézine « Traction-brabant », d'autres poèmes extraits de ce recueil ayant été publiés dans d'autres revues, ce qui est signalé en fin de volume (merci à l'auteur et à l'éditeur d'avoir pensé à ce genre de "détails" !).

Derrière les jeux de mots et l'humour évident de ces poèmes, qui ne s’embarrassent pas de prétention, je ressens aussi un soupçon d’incompréhension pour un monde moderne, en hommes et en objets, qui semble manquer d'humanité.

Et puis cette douceur, trompeuse.

Extrait de « Le plein des sens » « Je l'attends » :

« Je l'attends celle qui va m'emporter
Me prendre dans ses bras
Celle qui va mes signifier
Que le grand jour est arrivé
Alors je serai comme soulagé
Apaisé
Je l'ai tant attendue
Tous ces jours d'ennui
A guetter sa venue
Ces jours qui s'étiraient à l'infini
A regarder par la fenêtre
A essayer de la reconnaître
Dans chaque frémissement
Dans chaque ombre fugace
Je lui dirai en souriant
La tête sur son épaule
Que ça fait longtemps que je l'attends
Que je n'ai attendu qu'elle
Il me semble
Et que je suis prêt à la suivre

La fausse soyeuse »

Pour en savoir plus sur « Le plein des sens », vendu au prix de 12 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : http://www.voixtissees.com