vendredi 7 octobre 2016

« Lexique élémentaire », de Jean-Luc Le Cleac'h


Je n'ai pas l'habitude de chroniquer des livres de poésie heureux, mais celui-ci me paraît en être un.

Il s'agit de « Lexique élémentaire », de Jean-Luc Le Cleac'h, édité par « Interventions à Haute Voix ».

A travers le titre de ce recueil est déjà énoncé son objet : donner une succession de tentatives réussies de définitions poétiques de la « nuit », du « vent », de « l'archipel », du « regard », mais aussi « des choses dont on ne se lasse pas », à savoir les saisons.

Cela donne une poésie simple, mais pas gênée aux entournures, qui sait quoi faire de cette nature qu'elle exprime, et qui en jouit.

Bien entendu, les images sont très visuelles et évoquent souvent le lieu d'habitat de l'auteur, à savoir les paysages maritimes de sa Bretagne.

Extrait de « lexique élémentaire », de Jean-Luc Le Cleac'h :

« Il faut tendre l'oreille
pour cueillir tous les bruits de la nuit
les paroles diffuses
dans le taillis des signes »

*

« le vent
dans l'abondant feuillage
du peuplier argenté

Le même registre sonore
qu'une robe que l'on défait
un soir d'été »

*

« Quelles correspondances unissent les nuages blancs et frais comme des ventres de chats, et le vol lent des hérons qui passent le soir au-dessus du jardin ? »


Pour en savoir plus sur ce « lexique élémentaire », de Jean-Luc Le Cleac'h, vendu au prix de 10 €, contact : gerard.faucheux@numericable.fr

"Diplômes", d'Alain Jean Macé

Avec « Diplômes », qui vient d'être publié aux Éditions de l'Arbre, Alain Jean Macé nous fait parcourir un brin d'histoire des écoles, un brin inactuel ou éternel, suivant comment on se place : du certificat d’Études au Doctorat, en passant, bien entendu, par le Baccalauréat.

Il faut dire qu'en matière d'études, cet exposé, tout en poèmes, nous fait surtout reprendre les chemins de l'école buissonnière, bien que, sans doute, Alain Jean Macé était un bon élève.

Le style de l'auteur se reconnaît aisément, à travers ces poèmes en vers courts et percutants, dans lesquels, chaque effet, jeux de mots y compris, sont à leur place. On ne pourrait certes glisser, au cœur de ces vers, un mot de plus.

Extrait de « Diplômes » :

« Ma parole il avait bu
L'auteur de la loi
Imposant
Même au possesseur d'un doctorat
La licence quatre
Donnant le feu vert
D'ouverture
De son débit de boisson

Quand le poissonnier
Pour ouvrir un bar
N'a besoin de rien
Hormis un couteau
Comme il lui en faut
Pour une barbue
Un rouget barbet
Ou contre un loubard »

Pour vous inscrire aux « Diplômes » d'Alain Jean Macé, dont le prix est de 12 €, il faudra en passer par la case courrier postal, en vous adressant à l'éditeur, Éditions de l'Arbre, 7 rue d'Hameret 02370 AIZY-JOUY.

mercredi 5 octobre 2016

"13 poèmes taillés dans la pierre", de Patrick Dubost


Cet ensemble de treize poèmes, publiés par les éditions la Boucherie littéraire dans sa nouvelle collection « La feuille et le fusil », ne sont pas là pour porter malheur à leur lecteur.

Bien au contraire : ils existent pour faire méditer celles et ceux qui les liront.

J'aime beaucoup le plan selon lequel ils sont construits.

En effet, chacun de ces textes commence par le mot « on ». Ils énoncent d'abord une vérité générale,  censée être valable pour la plupart des humains, qui est aussitôt démentie dans la suite du texte.

De cette façon, le lecteur va de la certitude vers l'incertitude.

La forme de ces « 13 poèmes taillés dans la pierre » obéit également à des règles spécifiques, présentant tous une mise en page qui s'évase de bas en haut.

En réalité, cette disposition dans l'espace découle du fait que ces poèmes ont été composés, dans le cadre d'une résidence d'écriture, afin d'être exposés dans les encoignures de la Chartreuse Notre-Dame-des-Prés de Neuville-sous-Montreuil (Pas-de-Calais).

C'est aussi pour cette raison qu'ils parlent des hôtes pouvant être présents en ces lieux (clochers, chouettes, oiseaux).

Leur thématique fait qu'ils s'inscrivent là où ils sont destinés à être lus "en direct" et en dehors de ce livre.

Je signale qu'une version sonore existe également de ces « 13 poèmes taillés dans la pierre ».

Extrait de ce livre ci-dessous :



Pour en savoir plus sur ces "13 poèmes taillés dans la pierre" bicolores et à la couverture « foulée », vendu au prix de 13 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : http://laboucherielitteraire.eklablog.fr/

Sachez cependant que pour toute commande, les livres de la Boucherie littéraire s'achètent en librairie.

dimanche 2 octobre 2016

"Sémiotique de la crasse", de Lukrate


"Sémiotique de la crasse" de Lukrate, n'est pas un livre de poésie au sens étroit du terme, sauf que la poésie peut être partout, même dans la crasse.

Cette remarque mise à part, il s'agit d'un recueil de 26 histoires courtes, que j'ai trouvées plus proches du conte que de la nouvelle.

Elles ont toutes en commun qu'elles racontent des scènes de la vie d'un quasi-SDF, vivant souvent dans la crasse ou pas très loin. C'est un livre de survie au quotidien, qu'une misère noire aiderait à qualifier de gothique. D'où la référence au diable, évidente, qui est inscrite dans la numérotation de la dernière histoire.

Les instants de cette vie en noir ou en gris pourraient paraître déprimants s'ils n'étaient contrebalancés par une paradoxale joie de "mal" vivre, qui se mesure à travers toutes les remarques humoristiques, dont est parsemé le livre, ainsi qu'à travers moult références artistiques et notamment musicales (la préface cite à cet égard, Georges Brassens, Léo Ferré, Hubert Félix Thiéfaine).

De quoi vous éclairer sur l'univers de ce projet anarchiste que je partage en commun.

Les histoires sont racontées à la première personne du singulier, mais ce "je" là ne manque pas de dérision, ce qui fait passer aisément la pilule.

Malgré les difficultés à vivre (manque d'argent et d'amour, alcoolisme, solitude), "Sémiotique de la crasse" peut être vu comme une revendication de la marginalité, autant recherchée que subie. Car faire partie de la norme - on l'oublie un peu trop souvent - ce n'est pas non plus ressembler à quelque chose de particulièrement beau, ce n'est pas forcément avoir un sort enviable.

D'où cet hymne en négatif que j'ai trouvé réjouissant à lire.

Histoire de vous mettre dans l'ambiance, je cite le début de la première histoire : "La fille de l'aube" :

"Elle se tenait droite, inflexible face au monde, les yeux perdus dans le vague.

C'eût été une idole païenne si elle ne portait pas ces frusques à la mode, puant le brillant et le trop serré.

Frêle, encore nimbée de la candeur faussement virginale des enfants nées trop tard, elle crachait par intermittence des geysers de fumée épaisse.

La fine pluie qui nous séparait ne suffisait pas à masquer sa détresse.

Tendant alors de rationaliser ma "pseudo-relation" avec cette inconnue, je relevai le col de mon vieux cuir élimé roulant fébrilement un mégot.
Je voulais détacher les yeux de ce puits de tristesse tout en analysant ce tableau presque vivant : la rue à six plombes du mat."

La fabrication du livre "Sémiotique de la crasse" a la particularité d'avoir été financée sur Internet, avant autoédition, par une campagne de crowdfunding (Kisskissbankbank).

Pour en savoir plus sur ce livre, vendu au prix de 12 €, rendez-vous sur https://www.kisskissbankbank.com/semiotique-de-la-crasse ou pour le lire sur Internet, https://ebook.nolim.fr/ebook/9791022754569/semiotique-de-la-crasse-lukrate

dimanche 25 septembre 2016

"Les jouets rouges", de Jacques Cauda


Pour une fois, on ne pourra pas reprocher à un éditeur - il s'agit ici de "Contre-ciel" - d'avoir publié un texte tempéré et fade.
 
Pour résumer les faits, "Les jouets rouges" est un livre constitué d'une alternance de textes en prose, à dominante narrative, ou en vers, qui décrivent en termes crus des rapports sexuels entre un homme et une femme.
 
Le problème pour la femme, c'est que ces rapports finissent mal, puisqu'elle est tuée à la fin, dans une chute expédiée en quelques lignes.
 
Pour le lecteur, on dirait que ces fins brutales et cruelles sont là pour rompre l'enchantement de l'amour, caractérisé par des luxuriantes images.
 
Ainsi, la métaphore des "jouets rouges", que l'on brise, est effective dans tous ces mots.
 
Toujours est-il que la richesse des images, éclairant la complémentarité entre peinture et poésie, est ce qui demeure de la lecture de "Les jouets rouges".
 
Une richesse de couleurs, mais aussi de saveurs, bref tout ce qui caractérise la poésie qualifiée de partie fine.
 
Extrait de "Des jouets rouges" :
 
"Dans l'accueil de son cul
je ne me fie qu'à ma main
qui porte le thermomètre
cette figure de mercure
jusqu'à son ouverture
 
finement couchée sur le drap
elle jouit
de sa température
bien prise un peu partout
comme au sortir de l'anneau
 
elle feint la maladie
elle crie : "Foutre là ! Mets-y ton remède ! J'ai mal !"
potions liqueurs et sirops
ferments de ses jouissances
qui montent jusqu'à ses yeux
qui ressortent vainqueurs
 
elle a gardé ses poils
collés à l'aspirine
elle sue la fièvre
aussi bien mouillée qu'elle en veut toujours
 
je prends sa route
armé d'un clystère si démon
que je rentre tout
par la trompette arrière
là où est l'éclat
 
elle finit avec moi
vaincue
et plusieurs fois
de fortes évacuations
 
"J'ai vraiment (aimé) la maladie !"
sont ses derniers mots"
 
Je précise que l'illustration de couverture est de Jacques Cauda, qui est également peintre.
 
Pour en savoir plus sur "Les jouets rouges", de Jacques Cauda, qui est vendu au prix de 12 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : http://www.editionscontre-ciel.fr/

samedi 24 septembre 2016

"Aïeul", de Jeanpyer Poëls


Voici un texte qui vous fera aimer la vieillesse, loin du naufrage évoqué par un certain général.

Selon une formule déjà employée par l'auteur, Jeanpyer Poëls, édité par "La Porte", chaque page de ce court texte contient un morceau de phrase, le poème n'étant en définitive composé que de deux ou trois phrases.

Cette phrase est elle-même entourée par trois citations (une avant, deux après) de Jean Guéhenno, Jean Rostand et La Rochefoucauld, sur les avantages du grand âge.

Vous me direz, il n'y a guère le choix, d’aimer ce qu'il y a dans sa gamelle !

Enfin, là au moins, on peut trouver dans "Aïeul", tout ce qui caractérisait la richesse d'avoir beaucoup d'années : attachement à la terre qui, après tout, est destinée à nous accueillir. Dommage que cela se perde, cette conception des choses.

"Aïeul" est un moment de douceur, comme un retour à l'essentiel. A lire pour se faire de bonnes raisons de continuer à exister :

"Des bêlements bataves / ont suivi un berger / que son chemin émouvait / vers des champs de chicorée..."

Pour vous procurer "Aïeul", de Jeanpyer Poëls, vendu au prix de 4 €, vous pouvez écrire à l'éditeur, Yves Perrine, 215 rue Moïse Bodhuin 02000 LAON.

dimanche 18 septembre 2016

"Maintenant que je suis un vieux singe", de Louis Savary

L'avantage avec les recueils d'aphorismes, c'est que le lecteur peut toujours y trouver chaussure à son pied, même s'il sera difficile qu'il apprécie toutes les nombreuses phrases qui composent un livre.
Louis Savary a du talent pour ce genre littéraire qu'il pratique régulièrement.
Dans "Maintenant que je suis un vieux singe", qui est édité par les "Presses littéraires", j'ai beaucoup aimé le parallèle qui est fait entre la vie d'un singe et celle d'un homme : de l'enfance à la vieillesse. A part que le regard de l'auteur sur les différentes étapes de sa vie est toujours celui du vieux singe. Ce regard porte tout particulièrement sur la pratique de l'écriture.
Et ce que je préfère dans ces aphorismes, c'est lorsque Louis Savary se montre conscient des limites de l'écriture et surtout, de la supériorité de l'écriture sur l'écrivain.
En voici des exemples :
"Si je dis que tout est dit
ou que tout reste à dire
j'entends déjà de la poésie
le fou rire glacial"
"n'importe qui
peut s'autoproclamer poète
c'est bien ça le drame"
Et voici la lueur d'espoir :
"il n'est jamais trop tard
pour redire la même chose"
J'aime bien quand on ne croit pas trop à l'écriture : ça change !
Ce qui est dit des mots est d'ailleurs transposable au sujet d'une certaine race d'hommes :
"Les vrais criminels
sont ceux qui tuent
les rêves des autres"
"camarades
il y a si longtemps
que je retiens ce besoin
de me soulager dans vos urnes"
Si je puis dire, "Maintenant que je suis un vieux singe" est un livre qui décape.

Pour en savoir plus sur ce recueil, qui est vendu au prix de 15 €, contact : louis.savary@skynet.be