jeudi 7 novembre 2013

"Cracheur de mots", de Louis Savary



Avec "Cracheur de mots", Louis Savary cherche de nouveau à appréhender ce qu'est la poésie. Cette recherche n'a rien d'absolu, le but importe peu, c'est plutôt le plaisir pris avec l'écriture qui compte.
D'ailleurs, l'auteur le dit très simplement à travers une maxime que tous les poètes devraient reconnaître comme s'appliquant à eux-mêmes :
"écris ton poème /qu'importe pour qui/ qu'importe pourquoi".
L'occasion aussi de remarquer que tous les textes composant ce livre sont, comme dans tous les autres recueils de l'auteur, des aphorismes.
Mais cette fois-ci, j'ai trouvé que Louis Savary avait plus la rage que parfois, ce qui donne des textes assez imprévus comme celui-ci, par exemple : "on ne roule pas impunément / à tombeau ouvert / dans le cerveau / d'Antonin Artaud".
J'aime aussi cette verve impertinente qui n'est pas entièrement à côté de la plaque, il faut bien le reconnaître :
"certains poèmes / sont à la poésie ce que / le massacre du printemps / est à la musique"(même si j'aime beaucoup "le sacre du printemps") !
Ou : "je suis un vieux con / et pourtant / j'ai lu tous mes livres". Pas mal, non ?
Bref, "Cracheur de mots" est un livre dans lequel il est fort facile de se reconnaître, avec un minimum de lucidité. C'est pourquoi je vous en conseille la lecture !...
Si vous souhaitez vous procurer ce recueil, écrivez à l'auteur : louis.savary@skynet.be

mercredi 23 octobre 2013

"Ricochets", d'Alain Jean Macé


 
"Ricochets" constitue, à ce jour, le dernier recueil publié par les éditions de l'Arbre.
Ici, nous ne sommes pas du tout dans l'édition Internet, mais dans l'édition traditionnelle, l'imprimerie au plomb, qui a justement du plomb dans l'aile, comme me le signale l'auteur, tant les équipements de remplacement deviennent difficiles à trouver dans ce domaine.
Néanmoins, le recueil d'Alain-Jean Macé ne perd en rien de sa bonne humeur. Et franchement, les haïku de ce poète sont ceux que je préfère. En effet, ils sont remplis de jeux de mots. Bon, des fois, c'est un peu facile, il y a des jeux de mots laids, mais ça fait rire quand même !
Une fois lu, ce recueil étonne car - chose rare avec les textes courts - la plupart de ces poèmes (sur une bonne centaine), sont de qualité égale et atteignent même, parfois, à la poésie tout court.
Par exemple, ici :
 
"Mieux qu'un chemin creux
Est une route en lacet
Pour deux amoureux"
 
Ou là :
 
"Rêver de la mer
Des millions d'enfants le font
Dans les terrains vagues"
 
Cela ne m'empêchera pas d'aimer également certains petits poèmes plus vaches mais terriblement vrais, comme celui-ci :
 
"La télévision
Rien qu'au moyen d'une chaîne
Des millions d'esclaves"
 
Vous l'aurez compris, comme disait l'autre : cette poésie relativement intemporelle détend bien le lecteur et le fait réfléchir, tout en l'obligeant à être attentif à une tripotée de jeux de mots.
Pour vous procurer ce recueil, disponible au prix de 10 €, écrivez aux Editions de l'Arbre, 02370 AIZY-JOUY ou à l'auteur, Alain-Jean MACE, Le Clézio, 56500 PLUMELIN.

jeudi 19 septembre 2013

"Fire notice", de Frederick Houdaer


Autant le dire d'emblée : la lecture de "Fire notice" m'a procuré beaucoup de plaisir, déjà parce qu'elle est facile. Ainsi, le lecteur ne se prend pas la tête avec des soi-disant originalités de langage, surtout soporifiques.
Sauf qu'à y regarder de plus près, ce que veut dire l'auteur n'est pas forcément si simple que ça en a l'air. Et les circonstances même de chaque poème demeurent, en fin de compte, un vrai mystère, bien qu'elles relèvent souvent de l'autobiographie.
Globalement, la poésie de Frédérick Houdaer paraît inspirée de celle de chers américains, comme Bukowski, Brautigan ou Kerouac, par exemple, dont nous sommes plusieurs à défendre les poèmes, aujourd'hui en France, mais qui, semble t-il, ne prêtent pas encore suffisamment patte blanche pour être publiés massivement par les éditeurs de poésie ayant pignon sur rue (quand ils éditent de la poésie !).
Qu'importe, puisqu'en attendant meilleure reconnaissance, on vit bien sans !
En effet, ces textes nous disent que l'immédiat, avant même d'être écrit, c'est déjà de la poésie.
Quant à la spécificité de l'écriture de Frédérick Houdaer, elle réside sans doute dans le fait que ses poèmes sont plus sombres et moins sages, ou rigolards, que ceux des cités plus haut. Bref, ils sont plutôt de couleur grise. Ce sont des textes qui reflètent une époque de crise et de désenchantement, même si les compensations humaines existent. Moi, ça ne me gêne pas, bien au contraire !
Pour vous donner une idée de "Fire notice", voici "Petite faiblesse" :
"Mon fils me demande si je sais
pourquoi il ne faut JAMAIS faire
ce que je viens de le contraindre à faire
je me retourne
regarde la place que nous venons de traverser
en diagonale
ça porte malheur
ce qu'on vient de
ma maîtresse me l'a appris
j'ai peine à imaginer
cette petite cartésienne moche comme un pou
en train d'enseigner ce genre de salade à sa classe
mon fils précise
autrefois
en France
y'avait la guillotine au milieu de chaque place
tu comprends pourquoi les gens doivent pas la traverser
par le milieu
maintenant ?"
Pour vous procurer ce recueil vendu au prix de 12 € port compris, voir le blog des éditions "Le pont du Change", http://lepontduchange.hautetfort.com/ ou commander à l'adresse suivante : Editions Le Pont du Change 161 rue Paul Bert 69003 LYON.

mercredi 24 juillet 2013

"En train de dérailler", de Jany Pineau




Ces quelques poèmes de Jany Pineau sont publiés dans une nouvelle collection lancée début 2013 par les éditions Asphodèle, intitulée "Confettis", et qui compte également des poèmes de Thomas Vinau, Pierre Soletti, Cathy Garcia et Marlène Tissot.
Comme le titre le montre quelque peu mais pas complètement, "En train de dérailler" raconte un voyage en train, je dirai même plutôt en TER ! Mais ce voyage n'a rien de tragique, malgré les événements récents. Il y a juste quelques pincements au coeur, l'auteur accordant son attention à tout ce qui se passe autour d'elle et le traduisant très bien. Il y a ce que l'on voit, mais également ce que l'on entend et cela, c'est moins souvent décrit. Et il s'en passe des choses, y compris dans un Omnibus ! En fin de compte, cette situation crée, comme qui dirait, des interactions entre soi et les autres et les choses...
Un texte donc, pour vous mettre dans l'ambiance :
 
"Vite fait
Etre dans le wagon. Regarder par la fenêtre. Se laisser happer, mentalement, par le train fonçant à contresens du tien. Juste pour voir ce que cela ferait, peut-être. Là c'est violent, c'est bruyant, c'est définitif. Plus rien. C'est bien. C'est rapide. Puis renaître dans le vert flou des champs. Contempler les barrières qui s'effacent les unes après les autres. Penser. Se dire qu'on a payé pour cette petite mort provisioire. Que la vraie pourrait être gratuite. Préférer encore payer le train."
Pour vous procurer ce confetti, il vous en coûtera 2 €, l'occasion d'acheter tous les autres.
Contact : Asphodele-edition@orange.fr et http://asphodele-edition.pagesperso-orange.fr/
 

mardi 23 juillet 2013

"Aux confins du printemps", de Marie-Françoise Ghesquier-Di Fraja



Le titre de ce premier recueil (mais certainement pas le dernier) publié par l'auteur, "Aux confins du printemps", résume bien l'ensemble des 17 poèmes publiés ici.

S'il ne s'était agi que de printemps, j'aurais moins apprécié ces textes. Cependant, les confins du printemps ont pour effet de nous ramener dare-dare vers une vision plus concrète de la nature, plus organique aussi.

Et le lecteur se retrouve d'emblée dans l'épaisseur des choses, avec ces messagers de la nature que constituent les oiseaux, les fleurs et les arbres. On trouve pèle-mêle et par exemple un oiseau blessé, des forsythias ou un paon inquiets, ou bien les fleurs appellent l'humus, étant très près de la terre, comme si l'auteur voyait les végétaux avec une loupe. Même les arbres souffrent en silence, comme partagés par l'ambiguïté des saisons.

Ainsi, cette vision en demi-teinte de la nature, dont Marie-Françoise Ghesquier-di Fraja saisit les moindres nuances, m'a paru proche de la réalité, et c'est ce qui fait la caractéristique, sinon la force, de ces poèmes.

Un extrait ci-après :


"Fleurs peintes

comme autant de solitudes

émaillées au pied des arbres.


Les mots écaillés

se tiennent en retrait

à la lisière des rumeurs,

en équilibre sur l'obscur tranchant.


Fleurs funambules

sur une ligne entre ombre

et soleil.

Mince d'espoir."


A signaler que le recueil est fait à 100% par des femmes (si l'on excepte tout de même l'éditeur qui est Michel Cosem), avec une présentation de l'auteur par Colette Andriot en 4e de couverture, et une illustration de Cathy Garcia à la une.

Pour vous procurer "Aux confins du printemps", qui est vendu au prix de 6,10 €, vous pouvez écrire à Michel Cosem, 2 allée des Allobroges 31770 COLOMIERS.

"Je est un peintre", de Jacques Cauda




Une fois n'est pas coutume. Pour une fois, c'est un peintre qui écrit de la poésie. Je veux dire par là qu'il ne s'agit pas d'un poète qui utilise des images visuelles. Pour moi, il y a une différence de taille dans le résultat obtenu.

Ce recueil dégage une joie de vivre qui n'est pas feinte, assagie. C'est qu'à travers les choses décrites, perce avant tout la lumière.

Il y a dans ces poèmes l'œuvre d'un magicien, au sens trivial du terme. Le lecteur sent que ce qui est décrit ne préexiste pas au pinceau du peintre. Les visuels sortent des mots comme la peinture d'un pinceau.

Mes préférences vont assez nettement aux deux premières parties de recueil intitulées "Je" (l'invention d'un monde ci-dessus décrit) et "Je est" (récit voyeur à la plage).

Dans la dernière partie, "Je est un peintre", vous avez tout de même la possibilité de vous amuser en comptant le nombre de fois que le verbe peindre est employé dans la suite des 5 poèmes rimés. C'est bien sûr volontaire de la part de l'auteur et cela semble faire partie d'un jeu auquel Jacques Cauda nous incite à participer.

Un poème pour la route :

"Je peins des fleurs
aux dires
de ma bouche
Je peins des bêtes
en témoignage
Je peins des femmes
en tireur armé
En tout cela
je peins
jusqu'au saccage
le modèle
tombé
dans le noir
de mes mains
En tout cela
je me réjouis"

Pour vous procurer "Je est un peintre" (vendu au prix de 11,90 €), allez rendre visite au site de l'éditeur http://www.jacquesflament-editions.com, ou contactez l'auteur : caudajacques@yahoo.fr

jeudi 11 juillet 2013

"Disparaître", d'Etienne Ruhaud




Comment s'en sortir quand on est célibataire, que l'on vient de perdre son emploi, même précaire, et que l'on vit seul en région parisienne ? Renaud est le personnage principal du premier roman d'Etienne Ruhaud, qui se trouve confronté à cette problématique du pire.
Si cela continue comme ça, d'ailleurs, nous allons assister à la naissance d'un nouveau genre littéraire, comme une sorte de roman d'apprentissage à l'envers. La faute à notre société et surtout à ses décideurs, qui savent très bien s'occuper de la jeunesse, en pensant d'abord à eux-mêmes ! Ainsi, sans le vouloir, "Disparaître" peut être vu comme une oeuvre engagée dans une dénonciation, même a minima, de ces ravages sociaux.
Ici, la réponse à la question de la survie en milieu urbain tient dans un seul mot : disparaître, qui donne le titre du roman.
Mais je ne peux vous en révéler davantage, auquel cas ce texte n'aurait plus de mystère pour vous.
J'ai en tout cas beaucoup aimé "Disparaître" pour plusieurs raisons : d'abord, l'excellente connaissance et description des paysages urbains, qui ne se limitent pas aux seuls immeubles et rues qui les desservent, mais également à moult friches industrielles ou immobilières situées au milieu de nulle part...
Ensuite, l'auteur sait très bien rendre la solitude en milieu urbain, quelque chose de profondément déshumanisé, où seules les pensées ont encore une consistance humaine.
Enfin, le style de l'auteur, qui reste dans la retenue, ajoute encore à la crédibilité du chemin de croix de Renaud.
Ainsi, "Disparaître" constitue une description fidèle des conditions de vie d'aujourd'hui, entre réussite scolaire et faillite sociale, à laquelle est trop souvent destinée notre génération perdue.
Pour en savoir plus sur ce livre, vendu au prix de 13 €, vous pouvez vous renseigner sur le site de son nouvel éditeur basé dans la région parisienne, Unicité, http://www.editions-unicite.com/, dont le mail est editionsunicite@laposte.net