samedi 5 janvier 2013

"Tout ce que la vie nous souffle", de Jacques Lucchesi

Le recueil de ces poèmes et textes courts de Jacques Lucchesi, qui vient d'être publié par les Editions du contentieux de Robert Roman, est d'abord un hommage à Pascal Ulrich, poète, peintre et illustrateur mort en 2009, puisque le recueil lui est dédié et que l'illustration de couverture est de Pascal Ulrich.
Pascal Ulrich, il n'y a peut-être que 3 personnes au monde qui s'en préoccupent aujourd'hui, Robert Roman, Jacques Lucchesi et votre serviteur. Mais, vous verrez, nous aurons dans quelque temps l'occasion d'en reparler...
Pour en revenir au recueil de Jacques Lucchesi, si le genre du poème court est très souvent pratiqué, il est plus rare que ce soit pour évoquer notre monde contemporain (avions, ordinateur, villes en général), comme ici.
La particularité des poèmes de "Tout ce que la vie nous souffle" réside également dans le fait qu'ils sont numérotés, ce qui gomme en partie leur caractère trop littéraire. Marre d'entendre dire que les poètes sont des rêveurs. Ils savent aussi compter !
Bon, des fois, les poèmes font mouche, des fois moins. C'est le problème avec ce genre d'écriture difficile à réussir complètement. Mais chacun peut y trouver sans problème ses pépites. J'avoue pour ma part préférer les textes les plus purement imagés à ceux qui contiennent une (a)moralité. Un de mes préférés, par exemple : "Il y a toujours quelqu'un / La nuit, dans cette rue, / Qui guette le moment / D'égorger le silence".
Mais plus encore que dans "Tout ce que la vie nous souffle", j'ai trouvé de l'originalité dans "Petites fables pour lecteurs pressés", deuxième partie du recueil. Les courtes proses qui la composent présentent les mêmes caractéristiques que les poèmes qui les précèdent. Mais ils racontent en plus toujours des petites histoires, résumés de vies, de solitudes superposées, dont le plus grand mérite est de ne pas baigner dans la satisfaction de leur sort, d'être toujours en quête de quelque chose... Soit que leurs acteurs recherchent le grand amour ("Speed dating"), soit qu'ils sont obsédés par une baleine blanche ("Vieillesse des lutteurs")...
Enfin, pour qualifier le style de Jacques Lucchesi, je dirai qu'il est concis et précis. Même dans les textes courts, ça peut être utile !

Un exemple pour la route :
"A force de marcher en regardant le sol, je rencontre davantage les regards des chiens que ceux des humains.
Si tu savais comme leurs yeux sont doux et apaisants. Ils me reposent de toute cette agitation autour de moi.
Parfois, il m'arrive de caresser leur tête sans voir la main et le visage à l'autre bout de la laisse" (Le dit de Josiane).

Pour vous procurer le recueil au prix de 6 €, vous pouvez écrire aux Editions du contentieux, Robert Roman, 7 rue des Gardénias, 31100 Toulouse.
Sachez également que Jacques Lucchesi est éditeur, pour en savoir sur ses textes et publications, http://editionsduportdattache.over-blog.com/


dimanche 30 décembre 2012

"Passant l'été", de Jean-Baptiste Pédini


Avec ce recueil poétique intitulé "Passant l'été", Jean-Baptiste Pédini a obtenu le prix de la Vocation 2012, ce qui a permis à son texte de se voir publié par "Cheyne éditeur", l'un des éditeurs les plus connus de notre réseau.
Bon, ces précisions apportées, je quitte au plus vite l'histoire officielle de ce recueil qui pour moi n'est pas la plus importante, même si elle constitue un premier aboutissement pour ce jeune auteur, dont les textes ont été remarqués à plusieurs reprises et par plusieurs revuistes et éditeurs depuis quelques années déjà.
Alors, décrire l'écriture et les caractéristiques du style de Jean-Baptiste Pédini n'est pas si simple que cela, car il ne s'agit ici que de sensations, souvent visuelles d'ailleurs. Mais au lieu de m'y employer, je vais plutôt dire à quoi me fait penser "Passant l'été".
Tous les ans ou presque, l'été, je reviens dans le pays de mon enfance et retourne me baigner dans un étang dans lequel j'ai passé beaucoup de temps, étant adolescent. J'y suis allé à pied, en courant, à vélo et à chaque fois, je retrouve le passé qui redevient illico le présent, lorsque je recommence les mêmes gestes, attendant par exemple d'être sec sur la petite plage au bord de l'étang, dans la tranquillité d'un soir d'été.
Eh bien c'est exactement ce que décrit Jean-Baptiste Pédini dans son recueil. A part que les mêmes choses ne se passent plus près d'un étang, mais près de l'océan. Et d'ailleurs, ce n'est sans doute pas un hasard si le "on" est plutôt utilisé ici que le "je".
La valeur du texte de "Passant l'été" réside donc bien dans ce partage des sensations.

Un exemple choisi parmi tant d'autres : "Le jour décline. On sort de l'eau et on s'écroule brutalement sur les serviettes de lumière qui traînent là. Qui suivent la lente retraite du soleil. On voudrait le pousser d'un coup de pied aux fesses mais on découvre de petites algues sèches sur nos chevilles. Elles s'accrochent comme des sangsues improbables. Et pourtant on y croit. Aux étoiles échouées. A la prochaine veillée. Aux bouches qui fatiguent avec le crépuscule.
On y croit et plus personne n'ose bouger. La plage est constellée de cuisses blanches"

Alors là, s'il ne s'agit pas de vraies vacances, je ne sais plus ce que c'est, moi... D'ailleurs, dans ces vacances là, des absences aussi se devinent... 
A remarquer pour finir, la belle couleur d'orage du livre, si caractéristique.


Et pour en savoir plus, contact : jbpedini@gmail.com

dimanche 9 décembre 2012

"Étranges anges anglais", de Walter Ruhlmann



Le dernier volume en date de poèmes publié par Walter Ruhlmann (par ailleurs animateur du webzine "Mauvaise graine") regroupe trois recueils assez courts, successivement "La naissance des anges", "Deux anges sous la lune" et "Au sortir de la nuit".
L'enjeu de ces poèmes n'est pas la poésie en soi, mais constitue plutôt un hommage rétrospectif de l'auteur à l'un de ses inspirateurs, l'illustrateur Craig McCafferty, avec qui il a vécu une histoire d'amour entre 1995 et 1997, comme Walter Ruhlmann l'explique d'ailleurs dans la préface.
Ces poèmes entretiennent l’ambiguïté, que résume déjà le titre du livre : "Étranges anges anglais", qui joue avec les mots, tout en se moquant d'assonances difficiles à prononcer.
Il s'agit là de poèmes de jeunesse écrits pendant et après un amour de jeunesse. Ce qui transparaît donc, c'est la fragilité de cet amour, en même temps que l'incertitude stylistique des textes qui le raconte : succession de vers moins que plus rimés, formes classiques (sonnets), mélanges d'images qui nous parlent ou ne concernent au contraire que l'intimité des protagonistes. A cet égard, Walter Ruhlmann s'excuse par avance de ces imperfections ou incomplétudes.
Il n'empêche : au fil des pages, les images fortes apparaissent, notamment dans les proses que j'ai tendance à préférer aux poèmes à vers courts : "Toutes ces bouteilles d'eau vidées au-dessus des cendriers sont des réceptacles gris des rêves de l'hiver torturé", "J'ai tant vécu de nuits à ne savoir pourquoi j'avais abandonné les fleurs, les papillons et les églises sombres aux vitraux lumineux", "Tu tapes sur le système décimal à grand fracas de marteau..."
En fin de compte, le lecteur de ces pages ne peut que sentir la mise à nu de son auteur, cette fraîcheur d'inspiration, en perte de vitesse à l'âge adulte...
Et c'est là que réside la valeur de ces poèmes, dans leur honnêteté toujours naturelle. Dans la vie, il faut choisir, et curieusement, la plupart du temps, les poètes préfèrent la pureté de leurs poèmes à celle de leurs sentiments. Eh bien là non, pour une fois...

Pour en savoir plus, écrivez à l'adresse mail suivante : mgv2publishing@gmail.com 

dimanche 18 novembre 2012

"Un jour on a jamais rien vu", de Simon Alloneau

Supplément de la revue de poésie Décharge, la collection Polder permet souvent de découvrir de nouveaux poètes, jeunes ou moins jeunes, dont les styles éclectiques tranchent sur l'élitisme de nombreuses publications (revues ou éditions).
Bref, le dernier Polder en date, "Un jour on a jamais rien vu" de Simon Allonneau, m'a plu comme pas toujours des fois.
Est-ce que c'est de la poésie ? A vrai dire, on s'en fout. C'est de la poésie de loubard, en tout cas, et ça, ça n'a pas de prix. Dans ce recueil, beaucoup de formules sont poétiques. Les mises en situation sont poétiques. Que demander de plus ? En plus, ce recueil se lit bien, atout non négligeable.
Et puis, Simon Allonneau ne s'embête pas avec plein de choses. Son grand-père de 99 ans passe sa journée à fumer, les gosses sont interdits de yaourts.
Dans l'écriture, il faut savoir lâcher prise.
L'auteur aime raconter des histoires de tous les jours, décalées. Il s'interroge aussi souvent sur sa mort et là c'est moins drôle. Mais ça passe...
Son recueil est une suite de poèmes qui se succèdent les uns aux autres sans interruption ou presque. Autre leçon de liberté.
Bon, les vieux poètes diront sans doute que quand même décidément ce jeune il exagère un peu, on a beau être dans la France de 2012 (!), y a des limites. Je les laisse donc ruminer sur ces quelques extraits bien sentis :
"Je ne veux pas mourir cette semaine parce que / j'ai quelque chose à faire la semaine prochaine".
"Madame / si vos enfants n'ont pas les épaules, ils n'ont rien à faire ici; qu'ils quittent l'école et commencent une formation / patineuse".
"on va aimer les chiottes".
"On se serre la main pour savoir qui a la plus grosse main".
"Pendant que les chiens pissent à tous les arbres, / je pense à me poncer les doigts".
Quant aux autres lecteurs qui ont envie d'en savoir plus sur ce recueil, allez sur le site de la revue Décharge : http://www.dechargelarevue.com/


dimanche 7 octobre 2012

"L'homme percé", de Marc Sastre



"L'homme percé" de Marc Sastre a été édité en 2011 par l'auteur et ses Editions Les Cyniques.
Auparavant, Marc Sastre avait publié quatre recueils aux éditions n & b, successivement "Rien qu'une chute", "Soif", "La maison vide", "A défaut de martyrs".
J'ai beaucoup aimé "L'homme percé" pour plusieurs raisons : tout d'abord, parce que passages en proses et poèmes en vers libres sont alternés. Et ensuite, surtout, par le thème traité. En apparence, il est question de la vie en usine, il s'agit de décrire l'usure du corps et de l'esprit chez les personnes qui y travaillent.
Mais ce n'est pas ce qui m'intéresse le plus. Le propos, surtout s'il est teinté de misérabilisme, ne peut que paraître très ordinaire.
Non, ce qui m'intéresse, c'est la tension vécue par l'ouvrier, sans doute l'auteur, qui sait que derrière l'usine il y a une autre vie qui existe. Attention, cette tension demeure inassouvie. Il n'y a pas de victoire nette du gentil intellectuel sur la brute manuelle. L'idéal serait sans doute, mais à quel prix, de savoir se placer des deux côtés des mêmes gestes. Mais la tension est aussi celle qui existe entre les mondes de l'intellectuel et du manuel, synonyme d'incompréhension totale.
Il n'y a pas d'issue à cette tension dans ce livre, par contre, il en ressort de la vraie lucidité qui réchauffe le cœur et c'est déjà beaucoup. Rare qu'un intellectuel parle bien des manuels, sans les glisser dans du papier cadeau.
Un petit extrait : "Il s'en moque bien du vrai et du faux, ce maçon au ventre riche et rond qui aligne son mur, sans compter ni les pierres, ni les heures, ni les jours qui suffisent à compter son destin. (...)
Le politique ne le touche pas. Il ne touche pas à la politique. Il se fout de tout, sauf de l'alignement de ses pierres. Bientôt, les maisons ne seront plus.
Alors les maçons ne seront plus."
Mention spéciale pour finir à la couverture que vous pouvez découvrir ci-dessous.
Pour en savoir plus sur ce livre et/ou le commander, c'est ici : 

"Aucun souvenir assez solide", d'Alain Damasio


Une fois n'est pas coutume, je vais chroniquer un auteur professionnel.
En effet, ce recueil de nouvelles intitulé "Aucun souvenir assez solide", qui vient de paraître aux Editions de la Volte, m'a paru tellement riche et dense que je ne peux le passer sous silence.
Voici donc quelques remarques sans doute un peu désordonnées, quelques pistes pour vous donner l'envie de découvrir cet ensemble de textes.
D'abord, ce n'est pas de la poésie, c'est de la science-fiction. Enfin, j'aurais presque envie de dire : c'est les deux. Car non seulement les mondes décrits sont très poétiques, mais en plus le style de l'auteur l'est également. Pas toujours facile à suivre, d'ailleurs, avec ses néologismes, ses changements de vitesse pour "rythmer l'action", comme dirait l'autre.
Déjà, rien que le titre, n'est-ce pas une réussite ? "Aucun souvenir assez solide" : je me suis d'ailleurs demandé pourquoi il résonnait bien à mes oreilles. En fait, c'est très simple, il y a deux fois AS dedans, ne me demandez pas ce que veulent dire ces initiales, cependant il se pourrait qu'elles signifient quelque chose !...Le contraire m'étonnerait. Un symbole connu ? Peut-être...
Ensuite, à chaque nouvelle son nouveau monde créé. Bref, un tour de force de l'imagination. Vous voyagez des affres de la dématérialisation aux messages d'amour postés entre des lumières de phares, d'une course en véli-vélo à un livre écrit sur le ciel, des sculptures pétrifiées aux murmures d'un samovar etc.
Et puis, il n'y a pas que ça. La place occupée par le langage est cruciale pour l'auteur et pour ses personnages, le langage que l'on écrit, celui que l'on parle. Et ça c'est déjà plus original, comme arme, dans la science-fiction.
Car malgré la noirceur de quelques uns de ces mondes (pas tous), une note d'espoir est presque toujours là pour valider l'action. Enfin, la réflexion de nature politique n'est pas effacée. Il n'y a pas dans ces histoires que des robots qui font du surplace (on dirait qu'ils ressemblent à des humains). L'homme réfléchit et sait prendre des risques, sans que ça augmente forcément son chiffre d'affaires !
Une bonne dose d'anarchisme serait-elle la solution qui permettrait de modifier le cours des choses, avec l'amour toujours ?
A vous de vous faire votre opinion en lisant "Aucun souvenir assez solide", en allant sur le site des Editions de La Volte : http://www.lavolte.net/


jeudi 4 octobre 2012

"Un poème nous sépare", de Louis Savary


Je viens de recevoir ce recueil de cent aphorismes poétiques de Louis Savary, intitulé "Un poème nous sépare".
Le sujet est poétique par excellence, puisqu'il concerne la poésie.
Bon, de manière générale, je n'aime pas trop que l'on écrive des mots sur les mots, mais là, ce n'est pas tout à fait pareil. Louis Savary écrit sur la poésie et la poésie, est-ce qu'il ne s'agit que de mots ? Je ne le crois pas du tout. Il y a là aussi l'importance du ressenti, qui, chez certains lecteurs, trop logiques, peut ne pas exister !...
Dans ce recueil, je ne prétends pas avoir apprécié tous les aphorismes, c'est la loi du genre de ne pouvoir toujours grimper aux sommets, par contre, l'auteur me semble avoir une sacrée expérience de la poésie, comprenez, de la vie !
Et donc, j'ai par dessus-tout quand, sans saborder la profession de poète, Louis Savary fait preuve d'ironie, voire de cruauté envers (et en vers) lui-même.
Exemple : "sans doute avais-je besoin/ de me consacrer à la poésie/ pour me donner l'illusion/ d'avoir vécu" ! Excellent : combien de poètes veulent ne pas voir cette réalité là en face ?
Pas mal aussi celui-là : "la poésie/ c'est l'enfant/ que la vie/ m'a fait dans le dos"...
Pour en savoir plus sur ce recueil, vous pouvez écrire à Louis Savary : louis.savary@skynet.be

Sachez en outre qu'à partir du 11 octobre 2012, à Bruxelles (Théâtre-Poème 2), aura lieu la première du spectacle "Blind poets blues", avec des textes de Laurence Ferlinghetti et Louis Savary.