dimanche 20 juin 2021

"Dans la paroi de verre", de Germain Roesz

 

Publié par les Éditions Les Lieux-Dits, dans sa collection "Les parallèles croisées", "Dans la paroi de verre", de Germain Roesz, donne à lire des poèmes de l'empêchement.

Plus précisément, ce sont plusieurs empêchements qui se télescopent en cette époque difficile à plus d'un titre (comme sans doute, la plupart des époques).

Le lecteur devine le corps qui lâche, qui empêche la plupart des mouvements. Il y a aussi cet univers qui semble désormais trop connu aux yeux de tous, cet espace rempli de trop plein de choses : l'apogée de la civilisation de consommation.

Il y a enfin l'époque des confinements, durant laquelle les individus ne sont plus libres de circuler. Cette époque est d'ailleurs ambivalente. C'est un mal pour un bien, puisqu'elle freine, pour un temps, certes, limité, la frénésie de produire et d'acheter. 

Bien que la poésie soit là pour dénoncer cet état de fait, une identité existe entre le fond et la forme de ce livre. 
En effet, il s'agit d'une poésie du non-dit, où dire la réalité (plus que la vérité) n'est pas chose facile, peut-être parce que ce n'est jamais le bon moment. Mais l'espoir reste de pouvoir exprimer un jour la beauté de ce monde qui existe, malgré toutes ses défigurations.

Extrait de "Dans la paroi de verre", de Germain Roesz :

"Ciel limite

Les satellites limitent le ciel
les robots limitent le ciel
les déchets métalliques limitent le ciel
L'horizon infini est saturé
brisé
Caravanes d'ordures
Manège infernal des frottements sans lumière
Le bleu du ciel se limite
Les oiseaux volent sous la terre
cherchent l'air dans les sillons des vers
Les chevreuils 'enfouissent dans
l'épaisseur des feuilles
Le monde se camoufle
se masque 
disparaît
dans une frange grise que la lumière n'atteint plus
La lumière se limite
se brise dans le spectre originel
Pas un œil pour l'apercevoir
Pas un regard qui revient au regard
Le regard se limite


C'est juste avant le noir
C'est juste avant le voir
La vue se limite
au brouillard sombre
de la solitude
C'est juste avant le soir

Toujours l'effritement
où rien ne tient
Comme une vague
emporte la résistance
ne calme plus
malgré chaleur
Pas de chaleur"

Si vous souhaitez vous procurer "Dans la paroi de verre", de Germain Roesz, qui est vendu au prix de 12 €, adresse postale : Les Lieux-Dits éditions, Zone d'art, 2 rue du Rhin Napoléon, 67000 Strasbourg.

"Mon miroir de la salle de bain", de Pierre Tilman

 

Publié par les Éditions la Boucherie littéraire, dans la collection "Sur le billot", "Mon miroir de la salle de bain", de Pierre Tilman, est un texte virtuose.

En effet, il s'agit d'une série de poèmes qui sont autant de variations, sur le thème du miroir, comme le titre l'indique, et pas de n'importe quel miroir, puisqu'il s'agit de celui de la salle de bain.

Ce n'est pas un hasard, car c'est ce miroir qui nous dévisage dans notre acuité la plus intime.

Pierre Tilman décrit ses relations avec ce miroir-là, une histoire d'attirance répulsion, pour résumer, qui se complexifie au fil des pages, avant de revenir à son point de départ, quand revient la tentation de se retrouver de nouveau face au miroir.

En fin de compte, le miroir est à la fois pareil et différent du visage qu'il reflète. Il ne reflète que les apparences d'un être humain, et non la totalité d'un corps, jusqu'à ses entrailles. On a beau prétendre qu'il est le reflet de l'âme. Il ne peut faire tenir toute la vérité d'un être accumulée depuis des années. Pas mal de choses lui demeurent invisibles. Le miroir n'est, en définitive, qu'un imitateur un peu sournois !

Les poèmes qui composent "Mon miroir de la salle de bain" me semblent être facilement lisibles à haute voix. Le miroir, il faut dire, est un sujet qui se prête à la poésie. Image de la tension qui passe à voix haute, il provoque des parties de ping-pong cinglantes avec soi-même, ce qui définit, comme par hasard, l'écriture poétique.

Extrait de "Mon miroir de la salle de bain", de Pierre Tilman :

"7

L'autre nuit,
j'aperçois un pâle reflet de lumière,
luisant à peine dans la salle de bain.

Je m'approche sur la pointe des pieds
en retenant mon souffle.

Il m'a semblé distinguer,
vaguement dessinée,
la silhouette d'un arbre mort,
et la trace blanche
d'un tissu,
peut-être d'une robe.

La trace s'est enfuie
à mon approche.
Le miroir s'est mis à refléter
les murs de la salle de bain,
le métal de la douche.
Sa surface était sombre,
lisse,
calme,
comme si de rien n'"tait.

Avec lui,
de toute façon,
c'est toujours comme si de rien n'était.

La police et l'armée tirent à balles réelles.

J'entends au loin
les voix, les cris, les hurlement,
le bruit des détonations,
les moteurs des camions militaires,
les sirènes des ambulances.

La fumée me pique les yeux.

Je regarde dans mon miroir
de la salle de bain,
je e vois que mon visage.

Je regarde dans mon miroir
de la salle de bain,
je n'entends que le silence.

Je regarde dans mon miroir
de la salle de bain,
je ne sens pas l'odeur des explosions."

Si vous souhaitez vous procurer "Mon miroir de la salle de bain", de Pierre Tilman, qui est vendu au prix de 13 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : http://laboucherielitteraire.eklablog.fr/

Ce livre est disponible, sur commande, dans toutes les bonnes librairies de France et de Navarre.

mercredi 16 juin 2021

"L'homme qui ne dort plus", de Tom Saja - Lou Devaux

 

Publié par les Éditions "Pourquoi viens-tu si tard ?", "L'homme qui ne dort plus", est le premier recueil de Tom Saja.

La citation de l'extrait de l'un des poèmes de Tristan Corbière, qui prélude aux deux textes que contient ce volume, n'est pas fortuite.
En effet, il s'agit là de poèmes d'infortune. Le thème central de "L'homme qui ne dort plus" est effectivement l'insomnie. Il en est de même dans "Aube cessante".

Ce qui m'a plu d'emblée, c'est l'urgence qui se dégage de "L'homme qui ne dort plus", et s'illustre par des vers courts, haletants. Une urgence à dormir, bien sûr. Mais aussi, en fin de compte, une belle entrée en matière pour un jeune poète qui veut en découdre dans cette partie de ping-pong avec soi-même que constitue la poésie.

Le deuxième texte, "Aube cessante", est moins descriptif que "L'homme qui ne dort plus". Il met à distance l'insomnie dans la perspective plus large d'une vie à réaliser.

Mais dans les deux poèmes, le lecteur remarque plusieurs formules qui tuent, ce genre de raccourcis qui vous font dire : oui, la vie (donc la mort ou vice-versa), c'est bien ça.

Extrait de "l'homme qui ne dort plus" :

"Être 
est une drôle d'histoire
je ne sais pas encore
si je léguerai mon corps
à la science à la terre
ou aux flammes
que se repaissent
le scalpel les vers
ce grand rien
qu'on a tous habité
mais dont personne ne se souvient
si aucun n'en est revenu
c'est peut-être que
c'est parce que c'est bien"

Il y a de l'humour aussi, dans ces poèmes. Du comique de situation, avec une dose de vécu :

"Je suis rentré sans bruit
un fantôme vous dis-je
j'ai jeté un œil à mon fils
les poings fermés il était loin
et suis retourné sous la couverture
sans réveiller ma femme
moins qu'un courant d'air
tout son corps son cul
étaient chauds je n'ai fait
que la regarder de mes mains
glacées
le soleil s'est levé
toujours après la bagarre
la lueur froide
poignardant les personnes
insolente
ma femme s'est levée
envoûtante
elle m'a dit
Je vais faire le café
m'a demandé
si j'avais bien dormi
j'ai répondu
Oui"

Les illustrations de "l'homme qui ne dort plus" (dont l'illustration de couverture) est de Lou Devaux.

Si vous souhaitez vous procurer sur "L'homme qui ne dort plus", de Tom Saja, qui est vendu au prix de 10 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : http://www.association-lac.com

"Le Pégase", d'Antoine Sanchez

 


Il m'arrive très rarement de chroniquer un roman. Mais cette fois, c'en est un.
Publié par les Éditions L'Atteinte, "Le Pégase", d'Antoine Sanchez, décrit les journées d'un bar-tabac, comme il en existe de moins en moins en France aujourd'hui.
Le lecteur y croise une clientèle de fidèles qu'il a pu rencontrer plus ou moins régulièrement, selon ses habitudes, dans la "vraie" vie.

Dans ce livre, il y a, par exemple, l'Allemand, le Professeur, le colonel, l'aristo, et puis, bien sûr, le patron du bistrot : Raymond et sa femme, Odile.

Antoine Sanchez décrit cette clientèle "captive", haute en couleurs, signale les présents d'un jour, remarque les absents, et lorsque soudain, une inconnue arrive au bar, ça devient l'ébullition intérieure.

À vrai dire, la mauvaise humeur des uns rencontre la morosité des autres, le tout se résolvant dans une bonne dose d'alcoolisme. Et le patron n'est pas en reste, ponctuant ce roman de fréquents "Crevure", lâchés au fil des indignations du moment.

Ne vous attendez pas cependant à des bagarres. Au Pégase, comme la plupart du temps, dans bien des endroits, les gens sont finalement plutôt calmes.

Antoine Sanchez a le chic pour croquer l'ensemble des attitudes et comportements de ces clients apparemment sans surprises, mais qui gardent une sacrée quantité de non-dits.

En définitive, dans "Le Pégase", l'auteur garde le parfait équilibre entre réalisme et poésie, l'un ou l'autre ne l'emportant jamais vraiment. D'où la valeur de témoignage de ce texte qui colle à la réalité des choses.

Extrait de "Le Pégase", d'Antoine Sanchez (le début du roman) :

"Au PÉGASE, il y a ceux qui sont là depuis toujours. L'Allemand, qui remue des pièces dans sa poche pour dire qu'il est bien là. Le professeur a sa table juste au centre; il fait des ronds sur le bord du verre.
Le colonel marmonne dans sa barbe, vautré sur sa chaise.
Le musicien se tient debout au comptoir. Le derrière du libraire déborde du tabouret.
Quand l'aristo passe, c'est jour de fête, tout le monde se sent plus important.
Le matin, les patrons sortent la terrasse sur un coin de trottoir en bord de route. On y échoue généralement faute de trouver mieux ailleurs."

La maquette et la couverture (très jolie à mes yeux) sont réalisés par l'Atelier AAAA, Marie Sourd et Léopold Roux. En plus du papier et de la police de caractères utilisés, ce livre réserve des coquetteries de détail qui contribuent à lui donner un aspect soigné et pas ordinaire à la fois.

Si vous souhaitez en savoir plus sur "Le Pégase", d'Antoine Sanchez, qui est vendu au prix de 15 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : http://www.latteinte.com/

dimanche 13 juin 2021

"Chant must go on (Poèmes farandole)"

 

Publié par "Mots Nomades éditions", "Chant must go on", sous-titré "Poèmes farandoles", constitue une anthologie de 150 pages environ d'un échange de textes nourris qui a eu lieu entre ses participants durant le premier confinement, du 23 mars 2020 au 11 mai 2020.

Comme précisé dans la préface, il ne s'agit pas d'un atelier d'écriture, au sens courant du terme, dans la mesure où il n'y avait pas de maître d'atelier rémunéré pour sa prestation.

En revanche, au cours de ce jeu d'écritures qui s'est fait en distanciel (circonstances obligent), les participants à "Chant must go on" ont écrit sur des thèmes quotidiens. 
ce livre contient donc 24 chapitres qui sont autant de thèmes d'écriture, assez larges, comme "Voyages immobiles", "Végétales", "Voisins voisines", ou bien départs d'écriture, comme "Fallait pas que", ou bien encore, formes d'écritures précises, comme le haïku.

Outre ces ensembles de poèmes, le livre est rythmé par l'apparition, au fil des pages d'une gazette intitulée, comme ce volume "Chant must go on", déclinée en 5 numéros, originalité et respiration de ce travail collectif.

Ont participé aux "Poèmes farandole" : Adrien de Guez M'Bongo, Afi, Aline Viche Terra poeta, Andenn, Angélique Condominas, Anne Rizzolo, Ariette, Avocatte, Béatrice Amodru, Béatrice Lecomte, Brigitte Rousseau, Cécile, Chantal, Christine Cadoret, Éclat d'Albia, Eni, François G., François R., Ginette Renard, Guar, Jasmine, Joyce, La garance voyageuse, Laura Atcha-Bahian, Laurence Sartirano, Leib, leng Tan, Lil Manoïe, Marie-Françoise Jason, Marion Napou, Michelle, Myrtille, Odile, Pascale A., Pascale M., Pia Pia, Sara Benani, Sof Quiveut, Toudou, Véronique Palmier.

Les textes ont été choisis et rassemblés par Angélique Condominas. Les dessins et couverture sont d'Anne Rizzolo, le maquettage de Dorine Joubert.

Extrait de "Chant must go on", ce poème de Laurence Sartirano :

"Je commence tu
Nais, et c'est déjà
La mort qu'on nous
Promet.
Venant de néant
De cette inexistence particulière.

Droit de regard sur cette Fin.
Quand où pourquoi
Qu'y puis-je
Tu es née on a vécu cahin-caha
Par où commencer ?
Du livre de la vie qui ne se décline qu'aux plurielles
On a la fin en appétence
Suspendue
Suspensive
Aux dernières pages.
Parmi la mort
Ils sont tous nés.
Enfants, voyez
Comme les destins ruissellent et font
De jolies couleurs."

Si vous souhaitez vous procurer "Chant must go on", qui est vendu au prix de 12 €, rendez-vous sur le site des éditions : http://motsnomades.fr/editions

Vous pouvez aller également visiter le blog Poèmes farandole, qui contient images et textes non publiés dans cette anthologie : http://www.poemesfarandole.wordpress.com

mercredi 9 juin 2021

"Numéro masqué", de Jacques Barbier et Patrick Oustric

 

Publié par les Éditions Le Contentieux, "Numéro masqué" de Jacques Barbier et Patrick Oustric est un livre pas comme les autres !

Il s'agit de 300 pages environ de photos anonymes familiales (en noir et blanc ou couleurs) en pleine page par Jacques Barbier, annotées, "délirées" par Patrick Oustric, et parfois beaucoup plus : en effet, sur soixante-dix pages, Patrick Oustric écrit des poèmes complets à partir des images situées en vis à vis.

Il ressort de ce livre une poésie inépuisable, d'autant plus que la richesse de ces photos anonymes appartient à toutes et à tous. Qui n'a pas de telles photos de famille dans ses cartons ?

Patrick Oustric, en commentant ces photos, leur donne une seconde vie.
Quant au style de l'auteur, il n'est pas commun, il ne donne pas dans l'économie, mais dans les images. L'auteur recréé de manière continue des images à partir des images existantes. Un vrai générateur de poésie ! Pas commun je vous dis !

Extrait de ce "Numéro masqué", un poème de Patrick Oustric (sans son image ici) :

"Lui aimait le foot je préférais le siège
du château
Par mes petits soldats

Cela nous rendit l'un pour l'autre
invisibles
L'appartement donnait sur une place à
monument aux morts
De chef-lieu de canton imprononçable
Dans une province évacuée
J'en reconnus le schéma directeur
valable pour les foires
Et les guerres de religion
Lui allait fort loin en supporter
Beaucoup de photographies l'attestent
jusqu'à l'étranger

Elle voyageait en machine à coudre
Je me cultivais en feuilletant les
magazines
Dont les mots et les images
Ne coïncident pas toujours
Enfant unique trop d'inconnu me plongea
Solitaire en surface

Le château a été pris et repris"

Saluons la mise en page d'Élise Pic.

Si vous souhaitez vous procurer ce "Numéro masqué", de Jacques Barbier et Patrick Oustric, qui est vendu au prix de 25 € (excellent rapport qualité / prix), rendez-vous sur le blog des éditions :  https://lecontentieux.blogspot.com/

mardi 8 juin 2021

"La portée de l'Ombre", de Marie-Anne Bruch

 
Publié par les Éditions Rafael de Surtis, dans sa collection "Pour un Ciel désert", "La Portée de l'Ombre", de Marie-Anne Bruch, est composé de courts textes en prose qui semblent se répondre, de la page de gauche à la page de droite.

En effet, le rapprochement entre ces deux types de textes, qui constituent les thèmes et ossature du livre, n'est pas d'emblée évident.

Sur la page de gauche, et en caractères italiques, Marie-Anne Bruch décrit son expérience de la folie, la vraie, la "folie qu'on enferme", pour reprendre l'expression de Rimbaud. Elle décrit dans quel état on se voit, ce que ça produit, lorsque l'on est tombé dans la folie.

Sur la page de droite, en caractères "normaux", l'autrice donne ses impressions à l'écoute de plusieurs morceaux musicaux, qui sont cités en tête de paragraphes.

Dès lors, si, en apparence, le rapport entre la folie et la musique ne coule pas de source, dans les deux cas, il y a une même introspection. Ajoutons à cela que la musique peut être aussi une thérapie, un baume pour les blessures de l'âme. Reconnaissons enfin que les thèmes musicaux sont autant de personnages heureux ou malheureux, ou les deux à la fois, qui ne sont pas nous, mais qui mettent à distance nos tristesses, en nous les montrant.

Description de la folie et écoutes musicales ont beaucoup de choses en commun, en fin de compte.

Dans ce livre, Marie-Anne Bruch se livre avec une sincérité et une simplicité remarquables du premier coup d'œil. Comme quoi, la valeur humaine d'un projet d'écriture peut faire la valeur d'un texte. C'est particulièrement évident ici. Plus que de longs discours alambiqués sur la folie, "La Portée de l'Ombre" vous montrera ce que c'est que de tomber dans la folie. Et vous vous direz peut-être, si vous êtes un peu franc du collier, que vous n'en étiez pas si loin que ça, à certains moments de votre vie.

Extrait de "La Portée de l'Ombre", de Marie-Anne Bruch :

   "J'ai remarqué que, lors de mes périodes de délire, j'étais dans un état d'éveil paroxystique : non seulement je n'arrive plus à dormir, mais ma vigilance devient extrême et mes perceptions ont une acuité décuplée. Mes émotions s'amplifient et s'expriment mieux dans ma mémoire, ma sensualité s'intensifie également, envahissant l'ensemble de mon corps, et criant famine - ou appelant au secours, comme on voudra.
    Ce débordement émotionnel et perceptif, je le vois survenir avec une certaine frayeur, un peu comme une poussée de fièvre, avec l'impression de subir le dérèglement de mon corps, de ne plus m'appartenir.
   Mais paradoxalement, lors de mes périodes de délire, alors que j'ai des croyances sur le monde qui devraient m'alarmer et me désespérer, je n'arrive plus à pleurer ou à ressentir de profonde tristesse. Il m'arrive même d'être prise de fous rires interminables en évaluant la perversité du monde et ma propre indignité."

La première de couverture est une reproduction d'une peinture de Gustave Klimt : "Musique" (1895).

Si vous souhaitez en savoir plus sur "La Portée de l'Ombre", de Marie-Anne Bruch, qui est vendu au prix de 15 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : http://www.rafaeldesurtis.fr/index.php?q=bruch