mardi 10 octobre 2023

"C.O.M.M.E.N.T. L.'I.D.É.E. D.'U.N. T.I.T.R.E. S.U.F.F.I.T. À. D.É.C.R.I.R.E. L.E. S.O.R.T. D.'U.N. L.I.V.R.E. C.R.E.U.X.", de Philippe Jaffeux


Avec "C.O.M.M.E.N.T. L.'I.D.É.E. D.'U.N. T.I.T.R.E. S.U.F.F.I.T. À. D.É.C.R.I.R.E. L.E. S.O.R.T. D.'U.N. L.I.V.R.E. C.R.E.U.X.", Philippe Jaffeux créé l'accident dans les 53 pages de son livre, publié par les Éditions Milagro.

Mais repartons du commencement. Déjà, c'est à partir des 53 lettres du titre qu'est construit le texte.
Construit ? Pas vraiment en apparence. Ou alors construit à l'envers. Car c'est plutôt l'absence d'une seule lettre du titre qui perturbe chaque page du livre. À chacune des 53 pages sa lettre du titre disparue.

Pour rompre la monotonie de la lecture de toutes ces phrases qui se succèdent les unes aux autres comme sur l'écran d'un ordinateur, il n'y a rien de tel que d'insérer ces accidents "par déduction", accidents créés par l'absence d'une lettre.

Du coup, l'attention du lecteur redouble pour identifier les mots incomplets. Afin de nous accompagner dans ce jeu, l'auteur et l'éditeur ont identifié en rouge les fragments des mots manquants.

D'ailleurs, chaque page de "C.O.M.M.E.N.T. L.'I.D.É.E. D.'U.N. T.I.T.R.E. S.U.F.F.I.T. À. D.É.C.R.I.R.E. L.E. S.O.R.T. D.'U.N. L.I.V.R.E. C.R.E.U.X." forme un tout. Elle peut être lue indépendamment, même si une phrase peut se retrouver sur deux pages à la fois. Cette indépendance de la page est la plus signifiante, puisque seules les pages de droite sont écrites et non celles de gauche, introduisant une rupture par rapport à un livre "classique", facilité de lecture là aussi.

Quant au sujet du livre, il s'agit uniquement et tout simplement de variations sur la perturbation causée dans la routine de la lecture par ces lettres manquantes.

Et c'est comme si les accidents d'un livre (en tout petit) devenaient les accidents d'un monde (en tout grand).

Extrait de "C.O.M.M.E.N.T. L.'I.D.É.E. D.'U.N. T.I.T.R.E. S.U.F.F.I.T. À. D.É.C.R.I.R.E. L.E. S.O.R.T. D.'U.N. L.I.V.R.E. C.R.E.U.X.", de Philippe Jaffeux :


Si vous souhaitez vous procurer "C.O.M.M.E.N.T. L.'I.D.É.E. D.'U.N. T.I.T.R.E. S.U.F.F.I.T. À. D.É.C.R.I.R.E. L.E. S.O.R.T. D.'U.N. L.I.V.R.E. C.R.E.U.X.", qui est vendu au prix de 22 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : https://milagro-editions.com/livres/1426-2/

samedi 7 octobre 2023

"Les autres au tamis du regard", de Dorothée Coll

 

Publié par les Éditions Jacques Flament, dans la collection "Paroles de poètes", "Les autres au tamis du regard" de Dorothée Coll, est un recueil de poèmes en vers libres, dont j'ai eu l'occasion de publier récemment trois extraits dans le numéro 105 de "Traction-brabant".

À première vue, chaque poème de cet ensemble constitue un tout étanche. Il s'agit de portraits de femmes réalistes. Je dis "à première vue", car cette approche doit être affinée.
Tout d'abord, il n'y a pas que des portraits de femmes, mais parfois aussi d'hommes. Il y a aussi fréquemment des moments de songe et d'introspection écrits à la première personne du singulier. C'est plus de féminité dont il s'agit ici.

De plus, au réalisme se mélange le conte. D'ailleurs, les deux vont bien ensemble.
Cette écriture précise, qui parfois, pique le lecteur de ses fines pointes, aboutit presque à des chansons, dont ne manquerait que le refrain complet.

En définitive, si portraits il y a, ils constituent des séquences remplies d'adolescence.

Extrait de "Les autres au tamis du regard", de Dorothée Coll :

"Les révoltés

On avait mis le feu aux fleurs
et fait pousser sur le brasier
des graines d'éclaboussures de rire

On avait des vers dans les veines
de ceux qui se mouchent en chansons
sur des airs révolutionnaires

Nos fusils
c'étaient nos crayons
nos bombes qui taguaient sur les murs
les espoirs d'une génération

On étaient des petits cons
c'est sûr
mais on faisait vibrer nos vies
à coups de textes et de chansons

On passait le temps à rêver
et à regarder les étoiles
que l'on pointait de nos canons

Un jour
on éteindrait le ciel
puis arracherait ses habits
Sous le crêpe noir et la dentelle
on mettrait à nu le soleil"

L'illustration de couverture est de l'autrice.

Si vous souhaitez vous procurer "Les autres au tamis du regard", de Dorothée Coll, qui est vendu au prix de 10 €, rendez-vous sur le site de son éditeur : https://www.jacquesflamenteditions.com/561-les-autres-au-tamis-du-regard/

"Ici l'horizon", de Clément Bollenot

 

Troisième recueil de Clément Bollenot, cette fois-ci publié par les Éditions "Le chat polaire", "Ici l'horizon" décrit le paysage et surtout l'ambiance d'une île, nommée "Ouessant".

Cependant, cette description, venant d'un poète, ne peut-être une description "juste" réelle. Elle devient un symbole de notre existence. 

D'ailleurs, il y a une contradiction apparente dans le titre "Ici l'horizon". En général, "ici" n'est jamais l'horizon et ne le sera jamais. C'est une illusion d'optique, l'horizon. Mais justement, sur cette île, on le voit toujours. 

Bien entendu, l'"ici" est un havre de paix, du moins, de nature retrouvée. 
J'aurais moins apprécié ce livre si cet endroit n'avait été qu'un aboutissement, entraînant une satisfaction pleine et entière.
Mais grâce à l'autre terme de l'équation - "L'horizon" - rien de tel. L'insatisfaction, au contraire, demeure. Il faut toujours aller plus loin, même si "l'horizon s'est égaré / et tourne en boucle / sur trois cent soixante degrés".

Extrait de "Ici l'horizon", de Clément Bollenot :

"l'horizon c'est le plateau de la table
dissimulé sous une nappe à carreaux
la poussière incrustée
dans chacun des sillons du bois
et l'évidence
jalousement gardée à l'abri des murs
les jours où
les branches s'indignent
jusqu'à griffer les fenêtres."

Les illustrations (dont celle de couverture) de "ici l'horizon", de Clément Bollenot, sont des aquarelles de Dominique Brisson.

Si vous souhaitez vous procurer "Ici l'horizon", de Clément Bollenot, qui est vendu au prix de 15 €, rendez-vous sur le site de son éditeur : https://www.lechatpolaire.com/2023/08/ici-lhorizon-clement-bollenot.html

mercredi 20 septembre 2023

"Une dent contre le ciel", de Tom Saja

 

Publié par les Éditions "Pourquoi viens-tu si tard ?", "Une dent contre le ciel", de Tom Saja, raconte une histoire à la fois attachante et amusante, celle de l'arrière grand-père qui, arrivé à l'âge de 100 ans, en a marre de ne pas mourir.

J'ignore si cette histoire est autobiographique, en tout cas, elle a un côté merveilleux qui m'a rappelé l'ambiance des livres de Bohumil Hrabal. 

Mais si l'histoire peut paraître merveilleuse, les poèmes qui la composent sont réalistes, voire très directs. Si l'individu attendrit, le monde qui l'entoure révolte plutôt. Et l'on comprend le désir de mort de l'arrière-grand père qui se sent bien seul.

Et mine de rien, les images poétiques surgissent à l'improviste de la parole pour filer leur métaphore tout au long du poème.

Extrait de "Une dent contre le ciel", de Tom Saja :

"beaucoup ne sont que miasmes
& plasma
un cadavre froid recrache parfois le cathéter
trop tard
juste un bouton à presser
l'au revoir déjà loin
l'au-delà peut-être à porter
elle nous raconte ses journées le soir
ça me laisse coi
mon grand-grand-papi il a des yeux écarquillés
quand le patient ne s'en sort pas
il en salive
comme s'il assistait à sa propre fin
tu vois Brett
qu'il me dit
toute vie n'est que liquide
flotte à soixante-dix pour cent
je vais dans ma chambre
je prends le petit carnet noir que grand-grand papi
m'a offert et je note
un jour toutes les pierres redeviendront des torrents
et les volcans pleureront des rivières de cendres"

Les illustrations du livre sont d'Avrile (dont l'image de couverture).

Si vous souhaitez vous procurer "Une dent contre le ciel", de Tom Saja, qui est vendu au prix de 12 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : http://www.association-lac.com/

lundi 11 septembre 2023

"De l'abeille au zèbre", de Philippe Jaffeux

 

Publié par les Éditions "Atelier de l'agneau", "De l'abeille au zèbre", de Philippe Jaffeux est une sorte d'alphabet (tout comme l'était le projet liminaire d'écriture de son auteur), qui tient en 26 pages (autant que le nombre de lettres de l'alphabet), à part que cette fois-ci, cet alphabet est axé sur le règne animal.

Comme dans les autres livres de Philippe Jaffeux, l'unité de compréhension est constituée de la phrase. À chaque phrase (ou à peu près), on efface tout et on recommence. Cette manière de construire est d'ailleurs facilitée par la pratique de l'informatique.

Cette caractéristique constante mise à part, le trait saillant "De l'abeille au zèbre" est sa fantaisie. Ainsi, ce bestiaire alphabétique n'est pas animé en premier par la vérité scientifique. C'est avant tout de la poésie ! 
Ici, les animaux dont il est question n'ont rien à voir les uns avec les autres, sauf leur rang alphabétique. Ils sont de toutes tailles, et le lecteur en rencontre même de légendaires !...
De plus, ces animaux sont parfois atteints d'anthropomorphisme. Les pauvres ! Il arrive même que, derrière la paisible bête, la nature humaine soit dénoncée.

Bref, "De l'abeille au zèbre" sonne parfois comme un précipité des Fables de La Fontaine. Derrière la poésie y pointe de temps à autre une espèce de moralité.

Extrait de "De l'abeille au zèbre", de Philippe Jaffeux (le début) :

"Le langage des abeilles communique avec la parole d'un silence bourdonnant     Des coraux s'emparent de l'espace pour l'offrir à une acanthaster qui les dévorera     La douceur d'un agneau blesse un rédempteur sacrifié à une religion sanguinaire     Un lac gelé recouvre une larve d'agrion qui s'envolera au printemps    Des nations saisies par des drapeaux servent de proies à la liberté d'un aigle    Le Akh s'incarne dans une aigrette qui traduit l'envol d'un esprit transfiguré    Les piaillements aveuglants d'un albatros reflètent le murmure d'un océan    Le sang-froid d'un alligator croque un milieu situé entre la terre et un fleuve"   

Si vous souhaitez vous procurer "De l'abeille au zèbre", de Philippe Jaffeux, qui est vendu au prix de 14 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : https://atelierdelagneau.com/fr/accueil/270-de-l-abeille-au-zebre-par-philippe-jaffeux-9782374280639.html?search_query=philippe+jaffeux&results=6

mercredi 6 septembre 2023

"Terre d'accueil", de Dorothée Coll

 


Publié par les Éditions Fabulla, dans sa collection PoéZi, "Terre d'accueil", de Dorothée Coll, est un recueil de poèmes en vers libres consacré à la Corse, pays d'adoption de l'autrice.

L'ensemble de ces poèmes forme une sorte de guide touristique de cette "Terre d'accueil", étant précisé que sa découverte se fait à pied, au plus proche de la terre, et sans passer sous silence les traces indésirables (ordures) laissées par la faute d'humains négligents.

Le rôle des éléments et des saisons est primordial : vent, soleil, pluie, sable, hiver, blizzard : là encore, les éléments hostiles sont eux aussi décrits.

En résumé, tous ces poèmes constituent autant de paysages enrichis grâce à la flore, avec bien sûr, la présence primordiale de la mer.

Extrait de "Terre d'accueil", de Dorothée Coll : 

"Embouchure

Un chemin escarpé
mène à la corniche
En contrebas
les vagues
et leurs crêtes albinos
les rochers adoucis
les galets qui attendent
poliment sur la plage

La sente serpente
entre les fleurs sauvages
Les cris des mouettes
et l'ombre de leurs corps
découpée de soleil
frôle les herbes folles

Parfum d'iode

Les pas se taisent dans la poussière
quand le sable doux les accueille

À l'embouchure de la rivière
phragmites et joncs
trempent les pieds dans l'eau saumâtre
Les gerris dessinent des ronds
à la surface
Là où le fleuve rejoint la mer"

La composition de la couverture est de Timothée Comte.

Si vous souhaitez vous procurer "Terre d'accueil", de Dorothée Coll, qui est vendu au prix de 11 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : https://www.editionsfabulla.com/product-page/terre-d-accueil

mardi 25 juillet 2023

"Le vieux qui mâchonnait des religieuses", de Jean Pézennec

 

Publié par "Cactus Inébranlable éditions", dans sa collection des Microcactus, "Le vieux qui mâchonnait des religieuses", de Jean Pézennec, est une suite de textes courts en prose, dotés chacun d'un titre.

Si ces textes empruntent leur forme aux poèmes en prose, leur humour lapidaire vient tout droit des aphorismes.

Jeux de mots, chutes réussies, absurdité des situations : il y a beaucoup à dire et il y a encore plus de quoi rire (jaune), car notre époque perfectionnée n'en a, malgré tout, pas fini avec ses contradictions à débusquer.

Par exemple, grâce à Internet, tout est très simple aujourd'hui ! On peut même choisir les modalités de son enterrement, ce qui est montré ici dans la série des "Happy death".
Plus traditionnel, mais toujours efficace, l'écrivain qui est là comme un cheveu sur la soupe, jamais à la mode. Avec lui, on est sûr de ne jamais se tromper. Et pour dire l'écrivain, il faut justement l'écrire !

Extraits de "Le vieux qui mâchonnait des religieuses", de Jean Pézennec :

"Happy death ! (2)

Obsédé par le problème de l'insécurité, cet homme se fit enterrer avec, déniché sur le site happydeath.com, le système anti-intrusion Quiet eternity. Garanti inviolable, équipé d'une serrure haute résistance avec code d'ouverture connu du seul propriétaire et, last but not least,; alarme reliée au commissariat le plus proche, ce système donnait à son acquéreur un contrôle absolu de l'accès à son petit chez lui, lui permettant de dormir sur ses deux oreilles - ou ce qu'il en restait."

"Un drame de la route.

S'étant aventuré sur un terrain glissant, l'humoriste dérapa sur un jeu de mots et alla se fracasser contre le mur des interdits du politiquement correct. Très vite arrivée sur les lieux, la police de la pensée interpella immédiatement le chauffard, qui se vit illico rentrer son permis de plaisanter."

"Un poète

Il disait "Je vis en Poésie "comme d'autres "Je vis en France". Il ne disait pas "mon épouse", il disait "ma muse". Il ne disait pas "Nantes, la ville où j'ai passé ma jeunesse" mais "Nantes, le lieu qui a vu naître ma vocation poétique". Son apparence aussi, avec sa barbe à la Victor Hugo et ses cheveux flottant au vent, criait sa qualité de poète. Hélas ! Quand on ouvrait un de ses recueils, que ce soit Aubade aubadante ou Égérie égérienne, on se rendait vite à l'évidence : si, selon ses propres termes, il avait le virus de la poésie dans le sang, il était asymptomatique."

Si vous souhaitez vous procurer "Le vieux qui mâchonnait des religieuses", de Jean Pézennec, qui est vendu au prix de 10 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : https://cactusinebranlableeditions.com/produit/le-vieux-qui-machonnait-des-religieuses/