lundi 5 avril 2021

"Imprécis de cuisine", de Dorothée Coll et Philippe Chevillard

 

Publié par les Éditions Jacques Flament, "Imprécis de cuisine" est un recueil de poèmes en vers - la plupart du temps - libres de Dorothée Coll, illustrés par Philippe Chevillard.

Comme le titre du livre l'indique, chacun des poèmes publiés ici constitue une recette. Mais si vous comptez manger autrement après avoir lu "Imprécis de cuisine", vous risquez d'être déçus, comme l'indique également le titre du livre.

D'ailleurs, les recettes publiées ici ne sont pas si imprécises que cela. Cependant, plutôt que de recettes de cuisine, il s'agit de recettes de poésies.

À la précision des termes employés dans les livres de cuisine, répond la multiplicité des objets et images poétiques. 

Même s'il existe des poèmes composés d'animaux, voire d'ingrédients de cuisine, j'ai plus particulièrement apprécié les recettes paysagères, dans laquelle la nature diversifie ses ingrédients, les variations de lumières remplaçant les bouquets de saveurs. 
Ces poèmes sont destinés au sourire du cœur, en quelque sorte.

Extrait de "Imprécis de cuisine", "Liqueur de lumière", de Dorothée Coll :

À l'aurore
Épier le jour pour voir
De quel pied il se lève
S'il darde ses rayons
En immense sourire
Capturer la lumière
Dans un polaroîd

Mettre ensuite la photo
Le cliché à tremper
Dans du vin jaune ou vin de paille
Ajouter l'eau-de-vie
Attendre une semaine
Puis filtrer

Conserver le liquide
Dans une bouteille en verre
Sucrer de miel ambré
Et laisser reposer
À l'ombre des fougères

Quand celles-ci s'assèchent
Tant la lueur est vive
Comme sous la chaleur
D'un projecteur de scène
Votre liqueur est prête

À déguster la nuit
Quand on a peur du noir
Une veilleuse au ventre
Vous serez envahis
D'un sommeil de loir

Si vous souhaitez en savoir plus sur "Imprécis de cuisine", de Dorothée Coll et Philippe Chevillard, qui est vendu au prix de 16 €, rendez-vous sur le site des éditions : https://www.jacquesflamenteditions.com/460-imprecis-de-cuisine/

dimanche 4 avril 2021

"Passé le point de rupture", de Christophe Brégaint

 


Publié par les Éditions Douro, "Passé le point de rupture", de Christophe Brégaint est un recueil de poèmes en vers libres, entrecoupés de photographies en noir et blanc de l'auteur (dont celle de la première de couverture).

Dans ce livre, Christophe Brégaint décrit à la fois l'imminence et l'après d'une rupture amoureuse. Il en détaille les différentes répliques, qui s'étalent dans le temps depuis la blessure fatale jusqu'à son atténuation progressive.

À la fin du livre, le bonheur, même à un plutôt qu'à deux, semble de nouveau possible.

J'ai apprécié la lecture de "Passé le point de rupture", pour la sobriété des textes qui composent ce recueil, cette objectivité subjective, cette manière froide de noter la moindre fêlure (et elles sont nombreuses), en faisant appel aux images plutôt qu'aux personnages du couple.

À travers ces poèmes d'introspection qui se lisent avec facilité, sans être pour autant faciles à vivre, Christophe Brégaint rappelle au lecteur qu'une rupture amoureuse ne se fait pas un jour et que ses effets vont se nicher dans des détails qui ne sont jamais innocents.

Extrait de "Passé le point de rupture", de Christophe Brégaint :

"Au plus profond
de notre osmose
s'introduisit une disjonction

Cause
à
effet de l'arrêt d'une liaison
devenue équation
irrésolvable

Dos à dos
nous avons fini d'être
sur la même longueur d'onde

De choc en choc électrique
notre connexion s'est retrouvée
hors circuit"

La préface de "Passé le point de rupture" est de Céline Debayle.

Si vous souhaitez vous procurer "Passé le point de rupture", de Christophe Brégaint, qui est vendu au prix de 18 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : https://www.editionsdouro.fr/christophe-br%C3%A9gain


vendredi 12 mars 2021

"Sauf", de Fabrice Farre

 


Publié par les Editions du Cygne, "Sauf", de Fabrice Farre, est - mine de rien - son dix-neuvième recueil édité, comme indiqué en 4e de couverture.

J'y retrouve effectivement ici la manière évidente d'un habitué de la poésie (que j'ai édité en 2014), sauf que le plaisir de lecture est toujours là, intact.

Même si "Sauf" comporte une cinquantaine de pages, chaque poème (en vers ou en prose) qui le compose est un tout.

Le lecteur remarquera d'emblée la brièveté de chacun de ces textes, leur concentration sur le haut de la page. Brièveté non totale, d'ailleurs. À mes yeux, le miracle est que les poèmes de Fabrice Farre sont des phrases découpées en vers (ce qui raccourcit la distance entre poèmes en vers et poèmes en prose). Et pourtant, chaque vers est un vrai vers. 

J'y vois là la preuve d'une respiration naturelle à l'auteur de ses poèmes. Et le plaisir de la lecture vient de là.

Sur le fond, il est finalement toujours question de passages, comme par exemple, de la lumière du dehors à l'ombre du dedans ou vice-versa. Les déplacements, pas forcément rapides, sont importants, ainsi que le regard porté qui, en se focalisant sur quelque chose, assiste à ses variations infimes.

Extrait de "Sauf", de Fabrice Farre :

Dérive

Pourtant, il faut terminer le voyage, telle
est la mission confiée.
Nous avons franchi la moitié du monde,
nous connaissons l'itinéraire depuis
le début, depuis que nous sommes oiseaux :
martinets fidèles continuons
à voler tout en dormant.
Nous n'avons qu'à nous laisser
porter par la source incandescente
brûlée par nos ailes.

L'image de couverture est un détail de "Sans titre", une peinture de l'auteur.

Si vous souhaitez vous procurer "Sauf", de Fabrice Farre, qui est vendu au prix de 10 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : http://editionsducygne.com/editions-du-cygne-sauf.html

samedi 13 février 2021

"Premiers poèmes", de Maxime Rigaux

 

Voici un recueil d'un jeune poète (Maxime Rigaux) publié par un jeune éditeur (Julien Noël, premier livre que fait paraître la maison).

Même si j'ai moins aimé certains poèmes - ceux consacrés à l'amour, sujet casse-gueule en poésie - que d'autres, l'impression générale laissé par ces poèmes est… poétique.

Je m'explique sur ce terme de poétique : c'est l'impression pour le lecteur que tout est (encore) possible, non prévisible. 

Bref, de la fraîcheur dans l'écriture d'un jeune poète, qualité qui tend à disparaître avec le temps, mais qui devrait toujours exister, et c'est valable pour tous les poètes, hein ?

Extrait de "Premiers poèmes", de Maxime Rigaux :


"le ciel s'est ouvert comme un crâne sur une ruine

j'apprends à danser et à coudre comme un affrontement

j'envoie partout ma voix pour rassembler ma vie

mon âme mon âme s'est ouverte je suis à la merci

de toute la lumière

sur toutes les maisons

mon ventre est un ballon trois fois béni

béni béni béni

mon crâne s'est ouvert et là coule un ruisseau

le ciel le ciel est à la surface de mon rêve

oh la guerre la guerre la guerre la guerre

je ne sais plus m'arrêter d'écrire

que je vis"


Si vous souhaitez vous procurer "Premiers poèmes", de Maxime Rigaux, qui est vendu au prix de 10 €, contact : http://juliennoel.be/editeur 

dimanche 7 février 2021

"Vers l'affluence", de Marc-Albéric Lestage


"Vers l'affluence", de Marc-Albéric Lestage, est un très joli livre objet, dont l'originalité saute aux yeux: c'est un triangle !

Peut-être que la pointe du triangle désigne la destination de ce texte. En tout cas, ce que j'ai aimé dans "Vers l'affluence", c'est ce mouvement continu et progressif, chaque page s'inscrivant dans un plus grand ensemble.

Le lecteur assiste, à chaque page, à la progression du marcheur dans sa course d'orientation. 

Difficile à reproduire sur un même plan dans ce blog, je vous propose de couvrir, ci-après, deux extraits d'une même page, les deux voix qui se répondent et se complètent à la verticale :

"     j'enjambe
le
  fossé"

(petits caractères, vers l'extérieur de la page);

et :

"De la

gouttière
cabossée

tombe

            un

tic-tac."

(plus grands caractères, vers l'intérieur du livre)

Si vous souhaitez vous procurer "Vers l'affluence", de Marc-Albéric Lestage, qui est vendu au prix de 10 € (+ 3 € de port), rendez-vous sur le site de l'auteur : http://www.marcalbericlestage.com/

"Banlieue ville", d'Aline Recoura


Publié par les Éditions "La Lucarne des Écrivains", "Banlieue ville", d'Aline Recoura est son premier recueil édité.

Et pour un premier recueil, c'est réussi ! 290 pages entrecoupées de nombreuses et très belles illustrations de Marjan (qui a également illustré la première de couverture).

Le livre se divise en deux parties principales : "Banlieue" et "Ville", qui se suivent et sont rassemblées dans le titre. 

Il s'agit donc d'un ensemble de poèmes urbains qui va de la périphérie (banlieue) vers le centre (ville), en l'occurrence Paris. C'est un déplacement effectif, puisqu'est notamment décrit l'arrivée en gare.

"Banlieue ville" se caractérise avant tout par le fait que les poèmes en vers libres, qui composent le livre, sont des poèmes narratifs;

Au-delà de cette apparence, se dégage une préoccupation sociale constante, marque principale des poèmes réunis ici.

Ainsi, "Banlieue ville" est une suite de portraits de gens, jeunes ou moins jeunes, qui se situe à l'opposé d'une poésie châtiée et élitiste. Une poésie qui se lit facilement, aussi, ce qui n'est pas rien.

Extrait de "Banlieue ville", d'Aline Recoura :

"Athlète du quotidien

Pour être tranquille elle se tait
porte des poids elle est balaise
jeux olympiques invisibles médailles d'or
beaucoup trop de fois elle s'est égosillée
contre son mari irascible

Ombre d'elle-même de conflits en conflits
aux yeux de ses amies elle s'est ternie
son caractère devenu une mise en plis
dressé au fer et à chaud

Ses sentiments se perdent dans les flots
paroles encombrantes encombrées de mots indésirables
insubmersible pour celle qui
les entend de jour comme de nuit
rien pour les faire disparaître
au plus profond de la vase

Que ces mots deviennent enfin silencieux
quand s'ouvre en grand une fenêtre
impossible de les souffler dans le lointain

ils restent là à portée de main
échos lancinants de ce qu'elle voit
reins brisés le vide tournoie

Elle est perdue sans son mari
sans sa voix tonitruante
une habitude dont elle est dépendante

Enlisée dans des sables mouvants
avalée jusqu'au bout de son sang
chaque geste est un combat
La hargne tapie dans son ventre
sort un jour un couteau
et tranche la viande 
de son mari qui la charcute"

Si vous souhaitez vous procurer "Banlieue ville" d'Aline Recoura, qui est vendu au prix de 20 €, contact de l'éditeur ci-après : lalucarnedesecrivains2@gmail.com

"Cri", de Damien Paisant


Publié par les Éditions Bruno Doucey, dans la collection "Soleil noir", "Cri", de Damien Paisant est son deuxième recueil édité.

Ce livre est dicté par une inspiration, celle qui suit la mort du père, et qui en constitue le deuil.

L'écriture des poèmes, verticale et empêchée, caractérisée par des vers brefs et des sauts de vers, cherche, malgré tout, à exprimer l'inexprimable.

Le lecteur sent bien ce que ça coûte à l'auteur, cette écriture qui fait que chaque mot est craché et imprime le cerveau avec précision.

"Cri" n'est pas pourtant un texte rendu atone par le désespoir.

En effet, si ce recueil est traversé par la brièveté, cette brièveté de façade n'est pas synonyme de sécheresse. Au contraire, à travers la rage qui domine, après cette mort cruelle, je ressens surtout une vie exaspérée. Une vraie vie, qui cherche à abolir les frontières et qui court d'une pensée à une autre.

C'est - je crois - la valeur cardinale de ce "Cri". Une qualité pas si évidente que cela à trouver dans d'autres textes, écrits à partir d'une même réalité, mais une qualité qui s'exprime constamment ici.

Extrait de "Cri", de Damien Paisant :

"Dans l'égarement

au trébuchement de ma vérité
sur une route indécise

je choisis de ne pas choisir

le repère qui me conduit
à contresens du père

je choisis de
rouler mon corps
dans la poussière

jusqu'au sang répandu

pour opérer avec elle     avec lui

dans l'égarement

au trébuchement
de ma vérité

sur une route indécise"

Si vous souhaitez vous procurer "Cri", de Damien Paisant, qui est vendu au prix de 13 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : https://www.editions-brunodoucey.com/cri/