jeudi 19 mars 2020

"De l'étoffe dont sont tissés les nuages", d'Adeline Baldacchino

Publié par les Éditions "L'Ail des ours", dans sa collection Grand ours, "De l'étoffe dont sont tissés les nuages", "Carnets grecs", d'Adeline Baldacchino, est un recueil de poèmes d'amour.

Composé de cinq parties comportant chacune sept poèmes en vers libres (symbole d'un tout ?), "De l'étoffe dont sont tissés les nuages" propose cinq déclinaisons de l'amour, aux titres et sous-titres révélateurs, respectivement : "Fil de la contemplation / Métaphysique", "Fil de la révolte / Politique", "Fil du désir / Érotique", "Fil de l'extase / Esthétique" et "Fil de la puissance / Poétique"?.

Ce panorama de l'amour n'est pas seulement analytique ou descriptif, il s'agit d'une histoire intime complète qui n'écarte pas la lucidité de l'amour, ni les réalités de la vie, ni le caractère passager et fragile de nos histoires.

Bref, une vision complète de l'amour, confirmant par les mots les chiffres symboliques du recueil.

Chaque partie (dont la première de couverture) est précédée d’œuvres de Danielle Péan Le Roux.

"Heureux nous l'aurons été puisque
nous aurons été ces amoureux saisis
de plaisir et l'éternité nous aura
tout donné puisque nous aurons
dans un futur à tout jamais antérieur
écrit ces pages et qu'elles seront
ce qui restera de plus sûr de nous
jusque dans l'oubli de nous-mêmes
et quand la nuit
viendra comme inexorablement
viennent les monstres et les fées
nous serons prêts."

Si vous souhaitez en savoir plus sur "De l'étoffe dont sont tissés les nuages", d'Adeline Baldacchino, qui est vendu au prix de 6 € (+ 1,50 € de frais de port), contact par courriel auprès de l'éditeur : aildesours02@orange.fr

mercredi 18 mars 2020

"Anagrammes", de Julien Boutreux


Publié par les Éditions "Lunatique", dans sa collection "Les mots cœurs", "Anagrammes" est un recueil de phrases de Julien Boutreux qui constituent, comme son titre l'indique, des anagrammes.

Il ne me paraît pas inutile d'en rappeler une définition. Je vous demande pardon si elle vient de Wikipédia, c'est pour donner l'idée générale : "construction fondée sur une figure de style qui inverse ou permute les lettres d'un mot ou d'un groupe de mots pour en extraire un sens ou un mot nouveau".

Ce recueil, idéal pour le lecteur pressé, se compose donc de soixante phrases environ, accompagnées d'un titre, et personnellement, si j'éprouve des regrets, c'est qu'il n'y en ait pas davantage...

Mais une anagramme ne se trouve pas comme ça. Cependant, ici, sa valeur poétique et caustique en sort démultipliée.

Quelques exemples :

"Secret de famille

Mon oncle est un clone.


*

Invasion

Un minaret martien.


*

Drame paysan

Grâce à ma carabine j'ai obtenu un prêt bancaire pour acheter un hectare.


*

Prostate

Mon urine me ruine.


Si vous souhaitez vous procurer "Anagrammes", de Julien Boutreux, qui est vendu au prix de 6 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : https://www.editions-lunatique.com/anagrammes

dimanche 1 mars 2020

"L'Époque 2018", de Barbara Auzou et Niala


Publié par les Éditions Traversées, "L'Époque 2018" (sous titré Les Mots Peints), de Barbara Auzou et Niala (alias Alain Denefle) comprend une suite de trois cycles, intitulés "L'Époque 2018", "Autan Occitan" et "Notre Jardin bleu".

Il m'arrive très rarement de lire des recueils de poésie dans lesquels illustrations et poèmes soient aussi inséparables. Je veux dire par là que pour se pénétrer de l'ambiance des textes publiés ici, il faut déjà observer attentivement les illustrations avant d'aller lire les poèmes correspondants.

Le poème n'est d'ailleurs pas le décalque fidèle de l'illustration (acryliques sur toiles ou contrecollés). Cependant, il est la traduction fidèle de son univers.

Le monde de "L'Époque 2018" peut être qualifié d'onirique, de consubstantiel à la nature (couleur verte dominante), de sensuel (représentation de nombreux nus féminins), voire de mystique (élévation des personnages et des choses).

Dans "Autant occitan" et "Notre jardin bleu", les représentations sont moins humaines, tandis que le soleil et l'eau se mélangent davantage à la nature.

Il résulte de ces univers peints des poèmes visuels résolument lyriques, aux images volontiers baroques, mais qui ne sont pas dépourvus de mouvements, ce qui donne à ces textes leur puissance, et une respiration ample.

Le résultat est un recueil ambitieux qui a su retenir mon attention de lecteur, car, mine de rien, il s'y passe plein de choses.

Extrait de "L'Époque 2018", de Barbara Auzou, "Notre jardin bleu 1" :

"Au bout de la route franche
qu'on ne foule que de l'âme
sur les courbes de l'unité et de la spontanéité du geste
se trouve un jardin bleu dont la hanche
tremble comme une mariée aux pieds nus
et qui s'émeut de la caresse
d'écume à ses cheveux et de la rondeur
de ses larmes quand le gant de lierre
qu'elle retourne la détrousse dodue
de ses solides trésors d'enfant
tressés sur les mystères
d'un rire innocent.

Les arbres déroulent leurs arbres au flanc
d'un tendre abri. Que célébrer sinon la vie
et la pensée que l'on existe maintenant
la fleur le sein le fruit en leur juste poids
les mousses de la douceur sur le velours de l'appui ?

L'azur croît pour soutenir la lumière
des mains réciproques qui s'enroulent au hasard
saisonnier des moissons à venir.
Des greniers de la peau qui s’étonnent encore
de leur réserve de sel s'échappent des bourgeons de rires
et quelques boutons d'or."

Si vous souhaitez en savoir plus sur "L'Époque 2018" de Barbara Auzou et Niala, qui est vendu au prix de 20 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : http://traversees.wordpress.com/a-propos/

dimanche 23 février 2020

"Borne 45", de Denis Hamel

Publié par les Éditions du Petit Pavé, dans sa collection "Le Semainier", "Borne 45", de Denis Hamel est décrit comme un récit de voyage, dans la préface de Claire Ceira.

Pourquoi pas, mais moi j'y verrais plus volontiers une confession écrite en vers libres, celle de la borne 45, 45 étant l'âge de l'auteur quand il a écrit ces poèmes.

Délaissant des textes au contenu plus expérimental, Denis Hamel exprime ici avec clarté ses doutes et sa lassitude existentiels, voire aussi son... amour (hé oui : il y a un beau poème d’amour, là-dedans !). Il en profite pour dresser le bilan d'une moitié de vie.

C'est marrant : il y a des recueils qui veulent faire ensemble et qui n'y parviennent pas, malgré les efforts produits par leur auteur. Et là, c'est tout l'inverse : ces moments décousus, qui sont autant de poèmes, forment un véritable ensemble.

Extrait de "Borne 45", de Denis Hamel :

"profession de foi

comme si je pouvais prendre des mots
les jeter sur le papier
et faire quelque chose de beau

les gens diraient c'est bien c'est
comme si les mots étaient vivants
et depuis des années je fais comme si

écrire à partir de l’espérance ou son contraire
faire fleurir un lotus dans la boue et l'ordure
étaient des occupations justifiées

pour archiver des perceptions
je fais avec peu je me protège du bruit de tout
ce qui est écrit sur la pierre repose dans le végétal

les convulsions du monde ne me concernent pas
Poésie nous apporte du bien à tous
(PS : unless one has some other motive for its use)"

L'illustration de couverture est de Marie-Anne Bruch.

Si vous souhaitez vous procurer "Borne 45", de Denis Hamel, qui est vendu au prix de 8 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : http://www.petitpave.fr

lundi 17 février 2020

"Un soleil que j'essaie d'écrire", de Khaled Youssef


Publié par l'éditeur italien Kolibris  en version bilingue français italien (traduction de Chiara de Luca), "Un soleil que j'essaie d'écrire", de Khaled Youssef se partage entre courts poèmes, récits de voyages, témoignages et photographies de l'auteur.

J'ai tout d'abord été séduit par l'objet livre (12 cms X 17 cms, couleur du papier), ainsi que par la qualité poétique des photographies couleur (avec ou sans bulles de savon).

Quant aux poèmes, j'ai tout simplement apprécié leur sobriété et leur simplicité.

Par exemple, dans :

"Il a pleuré toutes les larmes de son corps
Pour quelque chose qui n'existe que dans sa tête"

"Le poète est un hors-la-loi; il défie l'autorité du familier,
Esquive les forces de la routine,
Et vend des rêves dans le marché noir de la nuit"

"Chaque fois que j'essaie d'écrire
Je compte les visages que la vie a dessinés sur mes mots"

À lire également, dans ce volume, le témoignage de l'auteur sur l'attentat de Nice le 13 juillet 2016, intitulé, non sans humour,  "Réfugiés chez un syrien" (pays d'origine de l'auteur).

"Un soleil que j'essaie d'écrire", de Khaled Youssef est en son entier un appel à la tolérance, à la compréhension mutuelle.

Si vous souhaitez en savoir plus sur "Un soleil que j'essaie d'écrire", de Khaled Youssef, qui est vendu au prix de 15 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : http://edizionikilobris.net/

jeudi 6 février 2020

"L'affolement des courbes", de Marc Tison


Publié par les Éditions "La chienne Édith", "L'affolement des courbes", de Marc Tison, est, comme son titre l'indique, un recueil de poèmes plutôt énervé.

Faut dire qu'il y a de quoi : inégal partage des richesses, pollution de la planète, terrorisme, racisme, marketing à outrance, etc.

En ce sens, les poèmes de Marc Tison sont des textes engagés réussis.

Mais la caractéristique principale du recueil ne me semble pas être là. Il s'agit surtout d'une question de contraste. Ce qui se remarque d'abord, dans les poèmes de Marc Tison, c'est leur révolte, leur rage.
Cependant, le lecteur aurait vite fait de passer plus facilement à côté des poèmes plus cool, de vraie détente, de jouissance de l'instant.

Par exemple, extrait de "L'affolement des courbes", "Les chemins de Los Guajares", de Marc Tison :

"Dans les chemins d'escarpe de Los Guajares
À l'aube encore fraîche
On entend le choc des outils de fer contre la terre
Sèche
Rebelle
Plantée de cailloux qui cernent les figuiers

Dans la sierra
Plus haut que le monde
Des silhouettes accrochées au ciel

Sur les terrasses brûlées de poussières
Que l'on garde parce qu'il le faut
Parce que les amandiers sont là depuis toujours
Que les ânes connaissent le sentier
Que les mains épaisses des hommes sinon aussi sécheraient"

La quatrième de couverture est de Franco Mannara.

À signaler l'originalité de la maquette de Jean-Jacques Tachdjian, dans laquelle, au fil des pages, les courbes (et les traits) s'affolent entre les mots.

Si vous souhaitez en savoir plus sur "L'affolement des courbes", de Marc Tison, qui est vendu au prix de 10 € (+ 3,80 € de frais de port), contact de l'éditeur : laniche@lachienne.com et sur le site de l'auteur : https://marctison.wordpress.com/

mercredi 22 janvier 2020

"Ganaha", de Florent Toniello


C'est une des rares fois où je chronique un roman, s'agissant de "Ganaha", de Florent Toniello, publié par les Éditions Jacques Flament.

Il faut dire que Florent Toniello est plutôt connu dans le réseau poétique, jusqu'à présent, pour avoir publié des poèmes.

Sous-titré avec humour "Un conte futur dans une langue passée", ce premier roman tient à la fois de l'utopie (avec des airs, peut-être, de "Paul et Virginie", de Bernardin de Saint-Pierre) et de la science-fiction. 

En effet, l'auteur décrit les rapports entre deux mondes. Le premier monde est moins "moderne" que le nôtre, mais il s'agit surtout d'un monde décroissant, dans lequel les gens - des îliens - ont appris à vivre libres et heureux, au rythme de la lumière, des produits de leurs pêches.

Le deuxième monde est un univers à la 1984, dans lequel les machines ont pris le contrôle des hommes.

Entre les deux mondes, la communication a lieu par les failles spatio-temporelles.

Je précise, même si cela semble être une évidence, que le cœur du narrateur bat pour le monde décroissant. Je n'en dirai pas plus, sous peine de déflorer l'intrigue.

Tout de même, la poésie est loin d'être absente de ce texte, puisque les principaux protagonistes de l'histoire écrivent de la poésie, plutôt expérimentale, d'ailleurs.

Plus qu'une toile de fond, la poésie constitue la principale respiration de "Ganaha".

Extrait de ce roman, un poème :

"brûle des électrons écartelés, corps à vif dégingandé
dans la vitesse impossible, douceur sucrée sous la langue.
je emplie d'amants, je vide de désir, science rude mélange
de mes atomes crochus, secoués, à petit feu distendue.
la lumière au bout du tunnel, vaste hypocrisie, ignominie
rassurante, je hurle au vent des ères, piétine les mémoires.
je pénètre les trous noirs de ma chair, suis l'ange des temps
nouveaux, prêtresse des plans astraux, bouton d'arrêt,
simulation off, moi, toute-puissante, démembrées dans l'éther."

Si vous souhaitez en savoir plus sur ""Ganaha", de Florent Toniello, qui est vendu au prix de 15 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : https://www.jacquesflamenteditions.com/378-ganaha/