mercredi 20 septembre 2023

"Une dent contre le ciel", de Tom Saja

 

Publié par les Éditions "Pourquoi viens-tu si tard ?", "Une dent contre le ciel", de Tom Saja, raconte une histoire à la fois attachante et amusante, celle de l'arrière grand-père qui, arrivé à l'âge de 100 ans, en a marre de ne pas mourir.

J'ignore si cette histoire est autobiographique, en tout cas, elle a un côté merveilleux qui m'a rappelé l'ambiance des livres de Bohumil Hrabal. 

Mais si l'histoire peut paraître merveilleuse, les poèmes qui la composent sont réalistes, voire très directs. Si l'individu attendrit, le monde qui l'entoure révolte plutôt. Et l'on comprend le désir de mort de l'arrière-grand père qui se sent bien seul.

Et mine de rien, les images poétiques surgissent à l'improviste de la parole pour filer leur métaphore tout au long du poème.

Extrait de "Une dent contre le ciel", de Tom Saja :

"beaucoup ne sont que miasmes
& plasma
un cadavre froid recrache parfois le cathéter
trop tard
juste un bouton à presser
l'au revoir déjà loin
l'au-delà peut-être à porter
elle nous raconte ses journées le soir
ça me laisse coi
mon grand-grand-papi il a des yeux écarquillés
quand le patient ne s'en sort pas
il en salive
comme s'il assistait à sa propre fin
tu vois Brett
qu'il me dit
toute vie n'est que liquide
flotte à soixante-dix pour cent
je vais dans ma chambre
je prends le petit carnet noir que grand-grand papi
m'a offert et je note
un jour toutes les pierres redeviendront des torrents
et les volcans pleureront des rivières de cendres"

Les illustrations du livre sont d'Avrile (dont l'image de couverture).

Si vous souhaitez vous procurer "Une dent contre le ciel", de Tom Saja, qui est vendu au prix de 12 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : http://www.association-lac.com/

lundi 11 septembre 2023

"De l'abeille au zèbre", de Philippe Jaffeux

 

Publié par les Éditions "Atelier de l'agneau", "De l'abeille au zèbre", de Philippe Jaffeux est une sorte d'alphabet (tout comme l'était le projet liminaire d'écriture de son auteur), qui tient en 26 pages (autant que le nombre de lettres de l'alphabet), à part que cette fois-ci, cet alphabet est axé sur le règne animal.

Comme dans les autres livres de Philippe Jaffeux, l'unité de compréhension est constituée de la phrase. À chaque phrase (ou à peu près), on efface tout et on recommence. Cette manière de construire est d'ailleurs facilitée par la pratique de l'informatique.

Cette caractéristique constante mise à part, le trait saillant "De l'abeille au zèbre" est sa fantaisie. Ainsi, ce bestiaire alphabétique n'est pas animé en premier par la vérité scientifique. C'est avant tout de la poésie ! 
Ici, les animaux dont il est question n'ont rien à voir les uns avec les autres, sauf leur rang alphabétique. Ils sont de toutes tailles, et le lecteur en rencontre même de légendaires !...
De plus, ces animaux sont parfois atteints d'anthropomorphisme. Les pauvres ! Il arrive même que, derrière la paisible bête, la nature humaine soit dénoncée.

Bref, "De l'abeille au zèbre" sonne parfois comme un précipité des Fables de La Fontaine. Derrière la poésie y pointe de temps à autre une espèce de moralité.

Extrait de "De l'abeille au zèbre", de Philippe Jaffeux (le début) :

"Le langage des abeilles communique avec la parole d'un silence bourdonnant     Des coraux s'emparent de l'espace pour l'offrir à une acanthaster qui les dévorera     La douceur d'un agneau blesse un rédempteur sacrifié à une religion sanguinaire     Un lac gelé recouvre une larve d'agrion qui s'envolera au printemps    Des nations saisies par des drapeaux servent de proies à la liberté d'un aigle    Le Akh s'incarne dans une aigrette qui traduit l'envol d'un esprit transfiguré    Les piaillements aveuglants d'un albatros reflètent le murmure d'un océan    Le sang-froid d'un alligator croque un milieu situé entre la terre et un fleuve"   

Si vous souhaitez vous procurer "De l'abeille au zèbre", de Philippe Jaffeux, qui est vendu au prix de 14 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : https://atelierdelagneau.com/fr/accueil/270-de-l-abeille-au-zebre-par-philippe-jaffeux-9782374280639.html?search_query=philippe+jaffeux&results=6

mercredi 6 septembre 2023

"Terre d'accueil", de Dorothée Coll

 


Publié par les Éditions Fabulla, dans sa collection PoéZi, "Terre d'accueil", de Dorothée Coll, est un recueil de poèmes en vers libres consacré à la Corse, pays d'adoption de l'autrice.

L'ensemble de ces poèmes forme une sorte de guide touristique de cette "Terre d'accueil", étant précisé que sa découverte se fait à pied, au plus proche de la terre, et sans passer sous silence les traces indésirables (ordures) laissées par la faute d'humains négligents.

Le rôle des éléments et des saisons est primordial : vent, soleil, pluie, sable, hiver, blizzard : là encore, les éléments hostiles sont eux aussi décrits.

En résumé, tous ces poèmes constituent autant de paysages enrichis grâce à la flore, avec bien sûr, la présence primordiale de la mer.

Extrait de "Terre d'accueil", de Dorothée Coll : 

"Embouchure

Un chemin escarpé
mène à la corniche
En contrebas
les vagues
et leurs crêtes albinos
les rochers adoucis
les galets qui attendent
poliment sur la plage

La sente serpente
entre les fleurs sauvages
Les cris des mouettes
et l'ombre de leurs corps
découpée de soleil
frôle les herbes folles

Parfum d'iode

Les pas se taisent dans la poussière
quand le sable doux les accueille

À l'embouchure de la rivière
phragmites et joncs
trempent les pieds dans l'eau saumâtre
Les gerris dessinent des ronds
à la surface
Là où le fleuve rejoint la mer"

La composition de la couverture est de Timothée Comte.

Si vous souhaitez vous procurer "Terre d'accueil", de Dorothée Coll, qui est vendu au prix de 11 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : https://www.editionsfabulla.com/product-page/terre-d-accueil

mardi 25 juillet 2023

"Le vieux qui mâchonnait des religieuses", de Jean Pézennec

 

Publié par "Cactus Inébranlable éditions", dans sa collection des Microcactus, "Le vieux qui mâchonnait des religieuses", de Jean Pézennec, est une suite de textes courts en prose, dotés chacun d'un titre.

Si ces textes empruntent leur forme aux poèmes en prose, leur humour lapidaire vient tout droit des aphorismes.

Jeux de mots, chutes réussies, absurdité des situations : il y a beaucoup à dire et il y a encore plus de quoi rire (jaune), car notre époque perfectionnée n'en a, malgré tout, pas fini avec ses contradictions à débusquer.

Par exemple, grâce à Internet, tout est très simple aujourd'hui ! On peut même choisir les modalités de son enterrement, ce qui est montré ici dans la série des "Happy death".
Plus traditionnel, mais toujours efficace, l'écrivain qui est là comme un cheveu sur la soupe, jamais à la mode. Avec lui, on est sûr de ne jamais se tromper. Et pour dire l'écrivain, il faut justement l'écrire !

Extraits de "Le vieux qui mâchonnait des religieuses", de Jean Pézennec :

"Happy death ! (2)

Obsédé par le problème de l'insécurité, cet homme se fit enterrer avec, déniché sur le site happydeath.com, le système anti-intrusion Quiet eternity. Garanti inviolable, équipé d'une serrure haute résistance avec code d'ouverture connu du seul propriétaire et, last but not least,; alarme reliée au commissariat le plus proche, ce système donnait à son acquéreur un contrôle absolu de l'accès à son petit chez lui, lui permettant de dormir sur ses deux oreilles - ou ce qu'il en restait."

"Un drame de la route.

S'étant aventuré sur un terrain glissant, l'humoriste dérapa sur un jeu de mots et alla se fracasser contre le mur des interdits du politiquement correct. Très vite arrivée sur les lieux, la police de la pensée interpella immédiatement le chauffard, qui se vit illico rentrer son permis de plaisanter."

"Un poète

Il disait "Je vis en Poésie "comme d'autres "Je vis en France". Il ne disait pas "mon épouse", il disait "ma muse". Il ne disait pas "Nantes, la ville où j'ai passé ma jeunesse" mais "Nantes, le lieu qui a vu naître ma vocation poétique". Son apparence aussi, avec sa barbe à la Victor Hugo et ses cheveux flottant au vent, criait sa qualité de poète. Hélas ! Quand on ouvrait un de ses recueils, que ce soit Aubade aubadante ou Égérie égérienne, on se rendait vite à l'évidence : si, selon ses propres termes, il avait le virus de la poésie dans le sang, il était asymptomatique."

Si vous souhaitez vous procurer "Le vieux qui mâchonnait des religieuses", de Jean Pézennec, qui est vendu au prix de 10 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : https://cactusinebranlableeditions.com/produit/le-vieux-qui-machonnait-des-religieuses/

dimanche 16 juillet 2023

"Juste vivre", de Luc Marsal

 
Publié par les Éditions "Donner à Voir", dans la collection Tango, "Juste vivre", de Luc Marsal est, à ma connaissance, le premier recueil (mais sûrement pas le dernier) de cet auteur.

Il s'agit là d'un ensemble de courts poèmes de cinq vers, dont le premier vers est un "Je veux", qui sont disposés deux par deux par page et accompagnés par les encres de Nour Cadour, .

L'objet du propos de "Juste vivre" est résumé dans ce titre. Plutôt que de prendre comme modèles des artistes maudits (Hemingway, Rimbaud, Van Gogh), Luc Marsal ramène la poésie à hauteur d'homme. C'est peut-être moins héroïque, mais les cimetières étant peuplés d'autant de héros que de personnes indispensables, mieux vaut savoir raison garder. 

Et puis, "juste vivre", c'est déjà pas mal comme programme, surtout quand il s'agit de communier avec les éléments du monde entier et avec les êtres chers.

Extraits de "Juste vivre", de Luc Marsal :

"JE NE FINIRAI PAS
comme Hemingway,
la cervelle
sur le plancher.

(...)

Je veux
des vols de nuit
à remonter le temps
et des soleils levants
qui balaient l'horizon.

(...)

Je veux
des cris d'enfants
dévalés de la dune
et plus tard dans les vagues
m'enivrer d'océan."

La quatrième de couverture est de Marylise Leroux. À noter enfin le "design" agréable de ce livre de petit format à la couverture solide qui se déplie en accordéon à partir d'une page collée et dont les rectos comme les versos sont remplis de mots et de signes.

Si vous souhaitez vous procurer "Juste vivre", de Luc Marsal, qui est vendu au prix de 6 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : http://www.donner-a-voir.net/

mercredi 12 juillet 2023

"Traverser" (Anthologie poétique)

 

Cette anthologie de 31 poèmes, intitulée "Traverser" et publiée par les Éditions La Chouette Imprévue, présente plusieurs caractéristiques originales.

Sous-titrée "Anthologie poétique sans frontière", ce petit volume, par la taille, regroupe des poèmes qui sont faits pour être lus, mais également entendus au téléphone, en composant le numéro du Serveur Vocal Poétique (SVP) : 03/74/09/94/24 (depuis la France).

Soit l'autrice ou l'auteur lit son poème, soit c'est une tierce personne.

De plus, ces poèmes comportent tous au moins chacun un vers dans une autre langue que le français. 

Le verbe "Traverser", puisqu'il s'agit du thème de cette anthologie, autorise toutes sortes d'interprétations. Par exemple, c'est aller d'un endroit à l'autre. Cela peut vouloir dire également passer d'un état à un autre, "traverser des épreuves", comme on dit, mais pas uniquement.

Au-delà de la diversité de styles des poètes participants, l'impression générale laissée par ce recueil est celle procurée par un regard introspectif d'apaisement.

Extrait de "Traverser", "Les ancolies", de Laura Dans l'Air (Laura Schlichter) :

"J'ai traversé l'hiver
Cousue de fil blanc
Un manteau bien trop large
Et une bouche minuscule
J'attendais de de la neige
Qu'elle efface
L'amnésie
On croit que c'est l'immense
Qui sait nous renverser
Alors que c'est
L'infime
L'intime
Le cil
Le détail
Du flocon
Ses arêtes
Délicates
Acérées.

The fluff of a dendelion
Softly
Fiercely
Flowing away (1)

Je suis 
À la lisière
De l'hiver que j'enterre
Dans le vase de ma gorge
Un bouquet d'ancolies
Espère revoir le jour.

J'écarte
Un bout de l'horizon
Et laisse le givre
Lécher
Mes papilles endormies
Sur ma
Langue
Trouée."

(1) L'aigrette d'un pissenlit / Doucement / Sans peur / Dans la coulée du vent

La photographie de couverture est de Benjamin Teissèdre.

Si vous souhaitez vous procurer "Traverser", qui est vendu au prix de 4 € (+ 2 € de frais de port), rendez-vous sur le site de l'éditeur : https://www.lachouetteimprevue.com/product-page/traverser

mercredi 14 juin 2023

"Nature morte avec page blanche, ombre et corbeaux", de Christian Viguié

 

Avec "Nature morte avec page blanche, ombre et corbeaux", publié par "L'Ail des ours", dans sa collection "Grand ours", Christian Viguié dit clairement les choses à son lecteur : le monde naturel qu'il décrit naît directement de sa plume.

Comme s'il s'agissait d'une peinture, il compose sa nature morte (pas si morte que ça, d'ailleurs), au fur et à mesure qu'il écrit ses poèmes. Car c'est vrai, surtout en poésie, le poète souvent pense qu'il décrit une réalité, alors que dès le départ, il décrit sa réalité.

Alors, autant le dire d'emblée : cette réalité là démarre du "je" très présent dans ces pages. D'ailleurs, même les corbeaux et les hirondelles écrivent leur poème dans le ciel. Il n'y a plus qu'à l'assembler sur la page.

Dans les différents poèmes qui composent ce même tableau, celui d'une "nature morte avec page blanche, ombre et corbeaux", un style puissant, clair et concret s'exprime.

Extrait de "Nature morte avec page blanche, ombre et corbeaux", de Christian Viguié :

"Il y a quelque chose
qui tourne dans l'écriture
comme un corbeau

Je sais que l'encre
n'est pas le vol du corbeau
mais une couleur provisoire
pareille que la nuit
lorsqu'elle touche la nuit

Je sais que cette couleur
n'a pas d'ailes
pas de cris suffisants
pour fracturer la forme même de la nuit

Pourtant je sais qu'un corbeau écrit
et que son croassement
est le premier quartier d'une lune."

Les illustrations (dont celle de la couverture) sont de Cécile A. Holdban.

Si vous souhaitez vous procurer "Nature morte avec page blanche, ombre et corbeaux", de Christian Viguié, qui est vendu au prix de 8 € (+2,50 € de frais de port), rendez-vous sur le site de l'éditeur : https://www.editions-aildesours.com/nos-livres/