vendredi 14 juin 2024

"Cyclitude", de Jean-Claude Touzeil

 

Ils ne sont pas si courants, les recueils de poésie sportive.

Publié par les Éditions Gros Text'es, "Cyclitude", de Jean-Claude Touzeil est un recueil de poèmes en vers libres qui dresse un panorama du cyclisme professionnel ou amateur, au passé comme au présent.

Une façon aussi de rappeler que les compétitions existent aussi dans le sport amateur et que ce n'est pas forcément signe de mauvaise ambiance ! Bien sûr, le cyclisme, c'est également la randonnée ou l'entraînement !

"Cyclitude" montre qu'au-delà des controverses justifiées sur le dopage (dont il n'est pas question ici, ce qui aurait été un contresens), l'image des sportifs exerce une influence positive sur les passionnés de la Petite Reine.

Dans ces poèmes aux vers très courts, la bonne humeur est de mise (loin du spleen des poéteux). La nostalgie aussi.

Extrait de "Cyclitude", de Jean-Claude Touzeil :

Les illustrations sont de Claude Leplingard-Gosselin (dont celle de couverture), avec la participation de jiPeG, pour les "petits vélos".

"Chez les cadets

Odeur de musclor
à flotter dans l'air
massage approximatif
plus de cent Don Quichotte
au départ
trois abricots
dans le maillot
du vent dans la plaine
et l'envie d'en découdre

Chez les cadets
braquet imposé
46 X 14
environ 7 mètres
à chaque coup de pédale
quand même

Pour le sprint
ça frotte fort
dans le paquet
chargé d'étincelles
on frise la gamelle
un bras se lève
du côté de la ligne
et le reste est
classé deuxième
ex aequo !"

Si vous souhaitez vous procurer "Cyclitude", de Jean-Claude Touzeil, qui est vendu au prix de 8 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : https://grostextes.fr/publication/cyclitude/

mercredi 5 juin 2024

"D'ordinaires cascades", de Thierry Roquet

 

Publié par les Éditions "Aux cailloux des chemins", dans sa collection "Nuits indormies", "D'ordinaires cascades", de Thierry Roquet est une suite de poèmes en vers libres avec ou sans titres.

Les textes en italique se mélangent aux textes en caractère "normal". Les textes en italique renvoient très souvent à un état de crise d'une personne hospitalisée pour dépression (figure féminine ? Compagne ?). Les autres textes sont plus paisibles, mais n'écartent pas pour autant les notions d'échec, d'impuissance face à la dureté de la vie quotidienne traversée par la violence, voire la mort : au travail, dans les transports en commun.

Au final, malgré ces aller-retour entre poèmes plus ou moins sombres, dominent en ces pages l'acceptation, plus que la révolte, et la bienveillance, plus que la critique. 
Soit au final, un réalisme dépouillé avec parfois, un vers surprenant qui surgit sans crier gare !...

Extrait de "D'ordinaires cascades", de Thierry Roquet :

"L'autre jour, je lisais un poème de Pessoa.
Un beau poème.
Une phrase m'est restée en tête.
Une phrase sortie du lot.
Jusqu'à me faire oublier le reste du poème.
Un beau poème.
C'est souvent comme ça dans la vie.
J'avais sur moi mes vieux habits.
Ceux qui se portent sur des ancrages obsessionnels.
Une phrase m'est restée en tête.
Je n'y penserai bientôt plus.
Sans doute penserai-je à autre chose.
À quelque chose qui n'a strictement rien à voir.
C'est souvent comme ça dans la vie.
Cette fausse permanence des choses ordinaires.
Les fresques sont labiles."

Si vous souhaitez vous procurer "D'ordinaires cascades", de Thierry Roquet, qui est vendu au prix de 12 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : https://www.aux-cailloux-des-chemins.fr/d-ordinaires-cascades

dimanche 26 mai 2024

"Toi, moi, miroir, etc", de Morgan Riet

 


Publié par Christophe Chomant Éditeur, « Toi, moi, miroir, etc » de Morgan Riet est un recueil de poèmes en vers libres et proses qui, comme le précise l’auteur, dans sa préface, a pour un départ un échange de textes et d’images avec le photographe, Cédric Cahu, en vue d’une exposition sur le thème de la réflexion.

Il est à noter que ce thème de la réflexion est naturellement associé à l’image, puisque l’image de l’autre en tableau, en photographie ou en réel amène automatiquement la réflexion. Interagir avec l’image c’est déjà réfléchir.

Morgan Riet, avec « Toi, moi, miroir, etc » ne cherche pas à nous enfermer dans ce thème, il est vrai, très large.

Le titre le montre assez, qui constitue un début de liste.

La réussite de ce livre est justement qu’il laisse libre le lecteur, malgré sa thématique fixée au départ. Dès lors, si une parenté entre les textes publiés ici est soupçonnée ici, elle n’oblige pas le lecteur à se focaliser sur le sujet des poèmes.

Peut-être est-ce dû au fait que c’est le caractère évanescent de la réflexion qui ressort avant tout ici…

Extrait de « Toi, moi, miroir, etc », « Autre méthode d’ouverture », de Morgan Riet :

« Ouvrir
le dictionnaire
et fixer de nouveau
le mot « miroir »
droit dans les lettres.
Après quoi, en poursuivre
selon son inclinaison, les reflets
plus ou moins nets
qui nous viennent sous les doigts.
Et de la sorte, dériver, dériver -
l’esprit radeau -
tant et plus,
plongé dans la brume
épaisse du volume en main -
          et tout cela,
en espérant qu’au moins
l’un de ces poissons d’encre,
          qui y dansent
          en tous sens,
voudra bien se laisser surprendre
au-delà de ce jeu. »

La photographie de la couverture est de Cédric Cahu.

Si vous souhaitez vous procurer « Toi, moi, miroir, etc. », de Morgan Riet, qui est vendu au prix de 16,50 €, rendez-vous sur le site des éditions : http://chr-chomant-editeur.42stores.com/store/Boutique http://chr-chomant-editeur.42stores.com/store/Boutique

mercredi 15 mai 2024

"Quelques bois", de Pierre Gondran dit Remoux

 


Publié par PhB éditions, "Quelques bois" de Pierre Gondran dit Remoux nous donne à lire les poèmes d'un amour véritable pour la nature.

Je l'affirme de manière légèrement provocante, car l'auteur, dans ce livre, ne se cantonne pas à une description superficielle et idyllique de ces assemblées d'arbres, différentes selon les populations et régions d'implantation. 

Pierre Gondran dit Remoux traduit ses impressions intérieures, mais également les environs immédiats de la population décrite, par exemple : "Une pinède côtière à l'air térébenthine" ou "Un peuplement de feuillus envahi de ronciers", ce qui va nettement plus loin qu'un rapport à la nature complètement stylisé.

En effet, ces arbres peuvent être tristes et sombres, ce qui ne les rend pas pour autant laids.

Ainsi, le lecteur se retrouve transplanté dans la réalité des caractéristiques physiques et chimiques du terrain exploré. 

À cet égard, le texte présente présente plusieurs particularités formelles.

Le première séquence, plus nettement poétique, s'apparente à un poème en prose, dont chaque phrase sans majuscules est délimitée par deux points noirs en caractères gras. Elle figure sur chaque page droite du livre.
Lui succèdent, sur la page gauche derrière, des annotations d'ordre pratique ou théoriques : explications de ce qui est écrit sur la page précédente.
Parfois d'ailleurs, ce commentaire n'a pas de rapport évident avec le texte d'avant.

En tout cas, "Quelques bois" est un livre plutôt facile à lire, bien aéré entre ses différents "troncs".

Deux extraits consécutifs de "Quelques bois", de Pierre Gondran dit Remoux :





Si vous souhaitez vous procurer "Quelques bois", de Pierre Gondran dit Remoux, qui est vendu au prix de 10 €, rendez-vous sur le site des éditions : https://www.phbeditions.fr/Accueil.html

dimanche 12 mai 2024

"Sur mon chemin, le fleuve", de Marianne Duriez

 

Avec "Sur mon chemin, le fleuve", de Marianne Duriez, 201e Polder des Éditions Décharge, le lecteur part vraiment en voyage. Quand je dis "vraiment", c'est pour signifier qu'il ne s'agit pas que de tourisme ici !...

L'autrice met en vers (libres) des moments vécus (plusieurs années) en Afrique, avec comme point de ralliement, le fleuve Congo.

Il s'agit là de plonger dans l'ambiance d'un pays, dans lequel la beauté se mêle à la misère.
Ces poèmes, la plupart du temps descriptifs, font ressortir naturellement les impressions laissées par ces paysages, rencontres, évènements du quotidien, chez Marianne Duriez qui les revit. Un monde pauvre et multicolore comme jamais. On y est réellement !

Extrait de "Sur mon chemin, le fleuve", de Marianne Duriez, "De Mboua à Boméké" :

"L'eau luit et ondule,
Porphyrique,
Parée de nénuphars
Aux longues tiges helminthes aquatiques.

Délicate corolle, un lotus écartelé,
Offre au jour la fleur sacrificielle
Et tend son fier pistil vers le ciel.

La pirogue avance au rythme des rameurs
Trouve son chemin dans la forêt marécage
Entre les prairies d'eau et les racines
tentaculaires d'arbres séculaires.

L'eau luit et ondule,
Porphyrique
Par sa texture noire et ses reflets rouges.
Le soleil ici n'est qu'un faire-valoir
L'histoire déchue d'un monde illusoire.

Les pêcheurs invisibles ont laissé leurs nasses
Et leurs lignes en bambou
Un serpent vert ondoie le long d'un tronc
La canopée se referme sur cet écrin liquide.
De quel souverain pénétrons-nous le royaume ?"

La préface est de Florent Toniello et la couverture (photographie) de Marianne Duriez.

Si vous souhaitez vous procurer "Sur mon chemin, le fleuve", de Marianne Duriez, qui est vendu au prix de 7 €, rendez-vous sur le site des éditions : https://www.dechargelarevue.com/-La-collection-Polder-.html

"L'amour, sans une aile", de Marine Giangregorio

 

Publié par RAZ Éditions, dans sa collection RAZ/FRA/ITA, "L'amour, sans une aile", de Marine Giangregorio, est une suite de poèmes en vers libres (plus deux proses) figurant ici en version bilingue. La première partie comprend la version française, et la deuxième partie du livre, la version en italien, dans sa traduction par Auriane Sturbois.

Comme son titre le suggère en partie, "L'amour, sans une aile" consiste en une succession de portraits de femmes seules, de retour (au petit matin, souvent) d'amours malheureuses.

L'intérêt poétique de cette écriture est qu'elle oscille entre réalisme et idéal. Ainsi, une foule de détails contribue à donner à ces apparitions des formes vaporeuses, ce qui les rend plus légères : incertitude des contours (enfumés), lueurs de l'aube, chevelure et sperme (formes allongées) mêlés…

Et voici l'exception qui confirme la règle. Dans ce poème, il est question d'un homme, mais l'ambiance est la même que dans les autres textes :

"L'homme cerf-volant

Le regard porté par un fil
au bout duquel dansaient
ici et là
les couleurs d'une liberté
avortée de l'aube
de rêves taillés dans
les veines de l'enfance
À le voir avancer le pas
chaloupé, la bouche
engloutissant le ciel
habité d'une
étrange fougue
bousculant les passants
car le vent, le vent
tournait vite
on se demandait, qui
de l'homme ou du cerf-volant
tenait l'autre
vivant"

Si vous souhaitez vous procurer "L'amour, sans une aile", de Marine Giangregorio, qui est vendu au prix de 5 €, rendez-vous sur le site des éditions : https://razeditions.jimdofree.com/catalogue/collection-raz-fra-ita/

"Il fut un temps", d'Igor Quézel-Perron

 

202e Polder de la collection Polder des éditions Décharge, "Il fut un temps" d'Igor Quézel-Perron est placé sous le signe du conte, ou plutôt des contes. D'ailleurs, toutes les proses qui composent ce recueil commencent par "Il fut un temps".

J'ai aimé lire ce recueil pour plusieurs raisons.
Tout d'abord, pour ses ambiances volontiers nocturnes, ces mondes clos (boites de nuit, trou, club numérique), comme si les contes étaient des rêves perfectionnés par l'écriture.
Ensuite, par la précision des faits décrits qui contribuent, avec leurs cascades de mots, à resserrer les décors.
Enfin, comme dans les poupées russes, il arrive souvent que ces contes sont des histoires dans lesquels le narrateur raconte des histoires.

Extrait de "Il fut un temps", "Extrémisme", d'Igor Quézel-Perron :

"Il fut un temps où j'étais à l'extrémité de tout. Je fuyais les milieux, les tièdes, les modérés. Je n'aimais que le lait brûlant, les colériques. Les mièvres m'épuisaient, je les prenais par le cou et je les secouais fort pour les décoiffer. Certains ne s'énervaient même pas, s'excusaient, c'était à désespérer. Dans la rue, je parlais fort, dans le métro, je jouais des coudes. Dans n'importe quelle conversation, je coupais la parole, je disais que moi il m'était arrivé des choses beaucoup plus importantes. Pendant le Covid, j'avais failli mourir dix fois. J'avais des ganglions gros comme des oranges sous les bras. Mes enfants étaient très malheureux pour une moitié, bénis des dieux pour l'autre. Ils avaient fait des études prestigieuses parce qu'ils me ressemblaient, ou très médiocres parce que moi, je respectais leur choix. J'avais un scooter plus rapide que toutes les motos, même les Allemandes. Mes malheurs étaient abyssaux, mes vacances proches d'un séjour sur l'Olympe. Je dinais dans des restaurants inconnus, au charme fou, comme chez les plus grands étoilés. Je connaissais des gens )à très haut niveau, que j'appelais par leur prénom tellement ils m'aimaient. J'avais eu des parents extraordinaires, qui m'avaient légué des valeurs d'acier. C'était certes grâce à eux que j'étais devenu qui j'étais, mais j'avais eu aussi de la chance dans la vie. Enfin, pas toujours, parce que j'avais traversé des épreuves terribles. Le soir, je rentrais chez moi, tellement content de ces journées. Je me faisais réchauffer un plat et je regardais Netflix."

La préface est de Chloé Landriot, et l'illustration de couverture de Joseph de Rosen.

Si vous souhaitez vous procurer "Il fut un temps", d'Igor Quézel-Perron, qui est vendu au prix de 7 €, rendez-vous sur le site des éditions : https://www.dechargelarevue.com/-La-collection-Polder-.html