lundi 8 octobre 2018

"Fast food", de Grégoire Damon



Il y a du vécu, traduit avec justesse, dans "Fast food", deuxième roman de Grégoire Damon, publié par les Éditions Buchet-Chastel.

Ce texte raconte une tranche de vie (comme on dirait d'un Big Mac) passée dans un fast food, comme le titre l'indique sobrement.

Et à part ça ? La dureté de ce boulot : conditions de ce travail, management à la con (un pléonasme peut-être ?), histoires de salariés qui tournent mal, et surtout, camaraderie existant entre ces condamnés au travail. De la tendresse, presque, même, pour ces membres, malgré eux, d'un prolétariat plus éternel que nouveau.

Cette camaraderie rend ce livre attachant et l'histoire réaliste à 100% - on y apprend d'ailleurs pas mal de choses sur le métier très physique de cuisinier dans un fast-food.

Et le narrateur s'obstine à chercher de la poésie dans cette vie, si bien qu'il va finir par trouver un poème, un vrai, dans les dernières pages du roman.

"Fast food" de Grégoire Damon réussit à jongler entre retenue et sentiment, sans fausse note, celle qui serait de trop, justement.

Voici le début du livre :

"Tangage.
Je m'extrais de la fascination de la pointeuse et je regarde Christ.
Christ. Notre mascotte. C'est le début de l'après-midi, fatigue et digestion, mais j'y mets toute l'énergie dont je suis encore capable, parce qu'en trois ans dans cette cuisine, c'est la première fois que j’assiste à un vrai licenciement.
Trois ans. Et encore, j'ai de la chance -Jack, par exemple, ça en fait quatre. Ça l'a rendu moitié dingue, trois quarts parano, mais comme moi, il est toujours capable d'arriver à l'heure, de mettre une tenue à peu près propre et de garder sa verticale huit heures de suite.
On s'est faits à cette idée - on ne travaille pas dans cette cuisine. On y vit. Et c'est ici qu'on mourra. C'est le destin, c'est l'époque qui veut ça, et on l’assumera jusqu'au bout, en faisant tous les jours les mêmes gestes à la même heure, avec le même mal de dos et la même crise de foie."

Si vous souhaitez en savokir plus sur "Fast food", de Grégoire Damon, qui est vendu au prix de 16 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : http://www.buchetchastel.fr/

lundi 1 octobre 2018

"Quotidiennes pour survivre", de Georges Cathalo


Publié par les Éditions "La Porte", "Quotidiennes pour survivre", de Georges Cathalo est un nouveau tome de la série des "Quotidiennes", dont certains volumes ont été déjà édités par le même éditeur.

Quand je dis "tome" et "volume", je fais de l'humour, car en fait, cette série de poèmes de 7 à 10 vers chacun, se lit en quelques minutes.

Écrits avec simplicité, c'est à dire sans obscurité provocante, mais aussi sans bavures, ces "Quotidiennes pour survivre" évoquent le monde d'aujourd'hui dans ces excès et sa folie autodestructrice (pensons au sort fait au climat et à certaines espèces animales, dont... l'homme).

Et s'il est question de survie, ici, il ne s'agit pas d'oublier pour autant les problèmes.

Extrait de ces "Quotidiennes pour survivre", de Georges Cathalo :

"c'est la mort qui nous guide
et c'est encore la peur
qui fit de nous des verticaux
se dressant aux aguets
pour mieux repérer
d'où venait le danger
alors que maintenant
le danger peut venir de partout
et que l'homme même debout
ne voit plus grand-chose."

Si vous souhaitez en savoir plus sur "Quotidiennes pour survivre", de Georges Cathalo, qui est vendu au prix de 4 €, vous pouvez écrire à l’éditeur : Yves Perrine, La Porte, 215 rue Moïse Bodhuin 02000 LAON.

"Saharabande", d'Alain Jean Macé


Publié par "Les Cahiers de l'Arbre", "Saharabande", d'Alain Jean Macé, parle de pays où il n'y a pas beaucoup d'arbres : le désert. Et je ne serais pas étonné si cette évocation était liée à des souvenirs réels. Cela semble, en tout cas...

Derrière l'écriture ciselée de ces courts poèmes aux vers encore plus courts, derrière les jeux de mots, caractéristiques du style des textes d'Alain Jean Macé, "Saharabande" m'a plu par son pouvoir d'évocation d'un monde bien différent du nôtre : monde de l'économie plus que de la chaleur (nous n'avons plus guère à envier au désert dans ce domaine, puisque devenus des as de la canicule). Et l'économie dont on parle ici n'a rien à voir avec celle des marchés, plutôt synonymes de gabegie. C'est bien sûr de cette gestion du manque, comme du vide, dont il s'agit ici. Economie bien en rapport, finalement, avec la concision de ces poèmes.

Extrait de "Saharabande", d'Alain Jean Macé, "Du bleu en erg" :

"Avec tout l'océan
Séant en ma cuiller
J'irai pleurer ma mère
À sec au Sahara
Le soleil n'aimant pas
Qu'on lui fasse de l'ombre
J'atteindrai cet enfer
À bord d'un vrai mirage
Sus hercule en sueur
Vas-y mets à dissoudre
Toute cette eau en poudre
En vrac depuis longtemps
Dès la première nuit
Un puits verra le jour
Puis un ru la seconde
Le fleuve du roman
Un lac un bras de mer
Un détroit quat'cinq six
Dix-huit trous pour un golfe
Enfin la grande bleue
Pas la moindre oasis
Qui ne verra une île
Pour que les ouadi
Ne tarissent d'éloges
Et nous mettrons les voiles
À dos de méhari
Le vaisseau du désert
Vers l'autre paradis
Nous y voyant radieux
Tous les deux sur la plage
Dieu m'en voudra peut-être
D'avoir fait un tel plagiat"

Si vous souhaitez en savoir plus sur "Saharabande", qui est vendu au prix de 10 €, je sais, _ça devient inhabituel, mais prenez votre stylo (à défaut de plume) et écrivez à l'auteur : Alain Jean Macé, 7 Le Clézio 56500 Plumelin.