dimanche 28 novembre 2021

"Les usines", de Georges Oucif

 

Publié dans la collection Polder de la revue Décharge, "Les usines", de Georges Oucif, est un recueil qui tient tout entier dans son titre.

En effet, chacun des trente poèmes qui composent ce volume consacre l'apparition renouvelée de ces usines.

En cela, j'ai trouvé ces poèmes plutôt inactuels, qui m'ont fait penser à la démarche d'un Emile Verhaeren. Car les usines semblent exercer une fascination sur l'auteur, qui les compare d'ailleurs fréquemment à des femmes. 

Je comprends cette attirance, j'apprécie moi aussi ces paysages urbains, mais à une époque où beaucoup d'usines ferment, provoquant des charrettes de licenciements, où on s'inquiète de la pollution et de la destruction de la planète, les usines n'apparaissent plus du tout comme des alliées de la poésie (si tant est qu'elles l'ont été un jour !).

Bien sûr, Georges Oucif n'omet pas de signaler qu'elles sont aussi synonymes d'esclavage salarié.

Il n'empêche : l'impression qui domine de tous ces poèmes est celle d'une poésie immédiate qui se lit facilement et ne manque pas de vitesse dans ses images. Cela me change de tant d'espaces naturels décrits dans les poèmes de 2021 !

Extrait de "Les usines", de Georges Oucif :

"les usines ont leur chevelure dans le vent
   déployée
les femmes aussi jouent du charme de leurs
   cheveux défaits
aux traits parfois quelconques d'une façade
   au désordre d'un visage mal bâti
un entrelacs mouvant de volutes vient apporter
   la beauté
à l'insignifiance des formes on trouve soudain
   de la prestance
laissez à vos ciels flotter les attributs de Vénus
et les yeux se tournent plein d'envie d'embrasser
   de factices amours
les usines sur le sol rampent et se font altières
   ainsi parées
les hommes lisent dans ces fumées des désirs
   inespérés
des rêves s'élèvent là qui frisent l'illusion"

La préface est de Daniel Brochard.

L'illustration de la première de couverture est d'Amenech Moayedi.

Si vous souhaitez en avoir plus sur "Les usines", de Georges Oucif, qui est vendu au prix de 6 €, rendez-vous sur le site des éditions : https://www.dechargelarevue.com/Polder-191.html

dimanche 14 novembre 2021

"Entre les gonds", de Robert Roman

 

Publié par les Éditions du Port d'Attache, "Entre les gonds", de Robert Roman porte bien son sous-titre de "Proses électriques".

En effet, quand elles ne sont pas construites sur le principe de l'aggravation (un homme qui perd son pouce, son index, ses yeux, puis ses jambes, etc), ces proses sont prises d'énervement, comme si les protagonistes de l'histoire se débattaient dans un cauchemar ou dans une ambiance de fin de monde. 
C'est la guerre pour le corps autant que le brainstorming (dans la tête).

Textes singuliers, les proses poétiques de Robert Roman, dans leur vocabulaire varié, mettent à distance le lecteur qui, loin du bien ou du mal, se contente du spectacle de l'immédiateté des choses.

Extrait de "Entre les gonds", de Robert Roman :

"Voilà soixante ans que cela dure. Le soir, je disparais. Le matin, je renais. Et je m'étonne de respirer encore, de trouver la force de couper ces poils qui s'exhibent loin de mes pores. Un fatras silencieux m'accompagne. Ce ne sont que papiers blancs, enveloppes kraft, cachets de cire et encre noire. Les mots sont toujours les mêmes : ciel ouvert, chiendent amical, mousse dévastatrice… Je change seulement le sens en cours de route et me retrouve au point de départ : voilà soixante ans que cela dure. Le soir, je disparais. Cent démangeaisons l'obligent à me gratter. Mes ongles miment un générique. Celui que personne ne regarde jamais. Parce que trop intime. Trop personnel. Mon cinéma est exquis. Je perçois les mouvements de caméra. Quelqu'un a dit : "Moteur !" Je répète les mots. Je répète le texte. Pour la réplique, nul n'est admis. Que ce soit un rêve ou la réalité, la psychose est la même. Un univers se déploie… Je parcours la nef en volant et je crie que je suis le mal. Je sais que c'est faux, pourtant les nonnes relèvent leur robe quand je passe devant le banc de bois qui leur sert de prothèse. Quelqu'un a dit : "Coupez !" Mais les projecteurs restent allumés. Il suffit alors d'une expression parfaitement choisie pour rejouer la scène. Voilà soixante ans que cela dure. Le soir, je disparais…"

La préface de "Entre les gonds" est de Jacques Lucchesi, l'illustration de couverture, de Robert Roman.

Si vous souhaitez vous procurer "Entre les gonds", de Robert Roman, qui est vendu au prix de 6 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : http://editionsduportdattache.blogspot.com/

mardi 2 novembre 2021

"Vidée vers la mer pleine", de Florent Toniello

 


Publié par les Éditions Phi, dans la collection Graphiti, "Vidée vers la mer pleine", de Florent Toniello est un recueil de poèmes divisé en trois parties, qui pourraient se résumer par un avant (poèmes en vers), un pendant (poèmes en prose) et un après (poèmes en vers).

Plutôt qu'illustrer une rupture et une possible libération (de la femme qui parle ici), "Vidée vers la mer pleine" évoque plutôt à mes yeux une permanence.
Et plutôt que de m'attacher à cette voix de femme qu'emprunte l'auteur dans ce recueil, je m'intéresserai à ce qu'elle décrit.

Car pour moi, Florent Toniello est l'auteur qui sait le mieux nous emmener en voyage, mais pas dans n'importe quel voyage : celui des guides touristiques, avec son ambiance bien sentie de bonheur marchand et climatisé, qui se joue de toutes les frontières et distances, le bonheur libéral, en résumé.

Bien sûr, il y a dans ce bonheur décrit beaucoup de malice et d'ironie, trait qui affleure toujours de ces poèmes dans lesquels pointe le sens du détail.

À noter également, l'égale réussite entre poèmes longs de plusieurs strophes et poèmes courts de quelques vers, due au fait que les poèmes longs ont aussi leur côté percutant.

Et l'on se dit, en lisant ces textes, que l'autosatisfaction apparente du je cache bien des zones d'ombre. Non, le monde ne doit pas être aussi merveilleux que celui affiché dans des slogans publicitaires…

En témoigne ce poème extrait de "Vidée vers la mer pleine", de Florent Toniello : "Pas à une contradiction près" :

Dans le grand tout des petits riens
je fais mon miel des choses inutiles
l'inattendu côtoie les divines surprises
le coq et l'âne sautent les moutons
l'ordre établi bouscule les extravagances

dans le melting-pot des fournées matinales
je hume l'odeur du Croissant fertile
l'eau tiédit en soleil de minuit
je fourre mes viennoiseries de chocolat
d'un commerce équitablement pervers

il n'est pas de réaction sans contre-réaction
pas de yin sans… vous l'avez deviné ?
je peux le moins je peux le plus
les expressions consacrées virevoltent
ma tête tourne la Terre aussi

Si vous voulez vous procurer "Vidée vers la mer pleine", de Florent Toniello, qui est vendue au prix de 15 €, rendez-vous sur le site de son éditeur : http://www.editionsphi.lu/fr/francais/517-florent-toniello-videe-vers-la-mer-pleine.html

mercredi 22 septembre 2021

"Chronique des différents silences", de Joëlle Pétillot

 

Publié par les Éditions Douro, "Chronique des différents silences", suivi de "Courts métrages", de Joëlle Pétillot, est son troisième recueil de poèmes édité.

J'avoue avoir préféré lire la première partie de ce livre, intitulée "Chronique des différents silences", plutôt que la deuxième : "Courts métrages", même si cette dernière séquence n'est pas dépourvue d'astuces, s'agissant de très courts poèmes non dépourvus de jeux de mots comme, par exemple : "Rupture / je pose nous / je retiens un".

Pour en revenir à la première partie du livre, derrière la diversité des thèmes des poèmes de "Chronique des différents silences", il y a au moins deux constantes.

Tout d'abord, la présence de l'élément liquide. Ici, on est visiblement plus proche de l'eau que de la montagne.

Et puis, surtout, il y a ce côté clair / obscur, ou plutôt doux / dur, le lecteur passant très vite d'un état à un autre. Bien sûr, c'est le côté dur que je préfère, celui que le côté doux fait ressortir, les passages plus durs étant d'ailleurs, la plupart du temps, mis en exergue.

Extrait de "Chronique des différents silences", de Joëlle Pétillot :

"CORBEAUX

l'azur caisse de résonnance
pare au rebond des noirs oiseaux.
La chanson rauque 
grignote la colline
coupe le silence de soie
en déchirures sonores.

Un crépuscule horticole
plante les étoiles pâles
sans alignement
l'aléatoire sourit de ces semis rebelles
pas encore brûlants
juste taillés aux corbeaux.

Le bonheur enroué
c'est le bonheur quand même
dira plus tard l'aurore
soignez-moi vite
ce mal de gorge du monde

                               mais il n'est pas de miel
                                        assez puissant
                                pour guérir les corbeaux

"Chronique des différents silences" de Joëlle Pétillot est préfacé par Alain Nouvel.

Les dessins, photos (dont la première de couverture) sont de Joëlle Pétillot.

Si vous souhaitez en savoir plus sur "Chronique des différents silences", suivi de "Courts métrages", de Joëlle Pétillot, qui est vendu au prix de 16 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : https://www.editionsdouro.fr/Jo%C3%ABlle-Petillot

lundi 30 août 2021

"Le ring du poète", de Ramiro Oviedo

 


Publié par les Éditions de la Chouette imprévue, "Le ring du poète", de Ramiro Oviedo est un recueil de poèmes divisé en douze parties d'un même match de boxe qui parle des rapports entre la poésie et la vie.

Pour l'auteur, très clairement, la poésie est un sport de combat. C'est aussi une aide à la survie dans un monde en général hostile, celui de la réalité, qui comprend également les rapports parfois de force entre les poètes.

Ainsi, chaque round de ce match se propose de répondre à la question de savoir comment s'en sortir grâce à la poésie. Par exemple, en posant les questions suivantes - titres de deux des chapitres de ce recueil - "Sur un ring, à quoi peut servir la poésie ?" ou "Qui sont les boxeurs-poètes qui t'en ont mis plein la tête ?"

En affirmant haut et fort cette confusion cette poésie et vie passionnée, Ramiro Oviedo prêche un convaincu. Car en effet, si la poésie n'est pas génératrice de vie (rencontres, projets poétiques ou non), à quoi servirait-elle ?

Mais cela va encore plus loin. En Amérique latine et en Équateur, d'où Ramiro Oviedo est originaire, la poésie n'est pas simplement une béquille au figuré. La poésie de rue devient un produit de première nécessité et une valeur d'échange. On parvient encore à échanger un poème contre un plein d'essence ou une coupe de cheveux. Est-ce que notre pays est un pays évolué à côté ?

Extrait de "Le ring du poète", de Ramiro Oviedo :

"Le poète vit sur la ring

Pas de vendanges
Pas de printemps
Il est sans répit sur le ring de la vie
Pas de saison des amours
Par arrêté du Journal Officiel

La détresse
Le désespoir
Les trous noirs
Parfois une petite lumière
C'est le pain de chaque jour

Le vrai poète
Est un éboueur 24h /24, 7j/7..."

La préface du recueil est de Serge Pey. La première de couverture est de Benjamin Teissedre.

Si vous souhaitez en savoir plus sur "Le ring du poète", de Ramiro Oviedo, qui est vendu au prix de 12 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : http://www.lachouetteimprevue.com/

lundi 5 juillet 2021

"Un bruit de bleu", de Louis Raoul

 
Publié par les Éditions "L'Ail des ours", dans la Collection "Grand ours", "un bruit de bleu", de Louis Raoul, est un recueil de poèmes qui parle de l'indistinct, de l'irréalité liée au passage entre deux états.

"Un bruit de bleu" fait-il allusion à ce passage de l'heure bleue, période entre le jour et la nuit où le ciel se remplit d'un bleu plus foncé, ce moment autorisant toutes les furtivités ?

C'est, en tout cas, la couleur bleue qui domine les illustrations de Marie Alloy, dont une vignette figure en page de couverture.

Pour en revenir aux courts poèmes en vers libres qui composent "Un bruit de bleu", de Louis Raoul, le lecteur y croise plusieurs apparitions : celles du calvaire d'un christ, de guerriers, de l'auteur, peut-être et sans doute, d'une petite fille de montagne…

Il se dégage de ces poèmes une impression d'irréalité constante qui traduisent pourtant l'essence de toute réalité, son côté inachevé, comme les images d'un film. Ne pas oublier non plus l'impermanence de ces apparitions fantomatiques dont j'ai apprécié la constante empreinte.

Extrait de "Un bruit de bleu", de Louis Raoul :

"Quelque chose comme
Un cheval cherchant une fièvre
Comme
Un homme au bord
Quelque chose comme
Plus loin que la posologie
Comme
Le portrait d'un homme qui dort
Dans l'ovale de la corde
Quelque chose comme
Un changement d'avis
Des guitares à verse
Sur la mer."

Si vous souhaitez en savoir plus sur "Un bruit de bleu", de Louis Raoul, qui est vendu au prix de 6 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : https://www.editions-aildesours.com/louis-raoul-un-bruit-de-bleu/

jeudi 24 juin 2021

"Scènes d'intérieur..." et "Ce n'est pas ce que... mais la manière dont...", de Myriam Oh

 



Publiés par les Éditions Lunatique, coup sur coup, les deux recueils de Myriam Oh (Ould-Hamouda) dont figure ci-dessus la première de couverture, donnent à lire deux projets d'une même poésie réaliste, mais ennemie des lieux communs et amoureuse de la liberté.

Le premier recueil, intitulé "Scènes d'intérieur  sans vis-à-vis", est constitué d'une série de portraits de gens ordinaires, montrant avec tendresse leurs faiblesses et contradictions.

Chaque partie de ce livre en format paysage est un poème portant comme titre le prénom du personnage dont il est question.

Le deuxième recueil, intitulé "Ce n'est pas ce que tu n'as pas dit, mais la manière dont tu t'es tu", également publié dans la collection "Les mots-cœurs", cette fois-ci en format portrait, est une sorte d'hymne à l'amour, qui se décline en plusieurs poèmes et parties, intitulées par exemple : "Entre ce que je pense...", "...et ce que je veux dire..."; "...ce que je dis...", "...ce que vous avez envie d'entendre..."

Cela fait du bien de lire de temps en temps de la poésie qui se lit "sans prise de tête", comme celle-ci, et qui, en même temps, a du rythme et offre quelques images inattendues.

Plus chaude que froide, cette poésie de Myriam Oh montre son côté chaleureux rien qu'avec la longueur des titres des livres ! 

Depuis ma lecture des poèmes de Marlène Tissot (ça remonte à quelques années, déjà), c'est ma première et meilleure découverte dans ce genre poétique. Je parle ici de la netteté du message, ainsi que du ton employé, qui est souvent celui de la confidence. C'est de la poésie quotidienne, certes, mais pas dépourvue de puissance, qu'elle s'exprime à travers la dureté ou dans la douceur.

J'aime bien aussi cette idée, que la poésie n'est pas forcément du côté des poètes, idée peu exprimée dans les milieux autorisés (forcément), qui est présente dans le texte cité ci-dessous.

Extrait de "Ce n'est pas ce que tu n'as pas dit, mais la manière dont tu t'es tu", de Myriam Oh (Ould-Hamouda), ce poème, intitulé "La poésie sort de la bouche des enfants" :

À la limite, des ondulations de la queue du chat,
La poésie dans la forêt ou la rue.
À la rigueur, dans les allées de la superette du quartier.
La poésie, ce n'est pas la fille facile qu'on croit.
Les enfants les chats ne sont pas faciles.
La forêt la rue ne sont pas faciles.
Ils luttent de toutes leurs forces pour rester qui ils sont.
Dans nos illusions d'optique.
Il en faut de la force pour mêler instinct de survie et foi.
Il en faut du cœur pour dire oui avec la tête en voyage.
Enfants chats forêt rue : mêmes combats.
La poésie, ce n'est pas l'illumination qu'on croit.
Des fois, on la siffle et elle jaillit.
Des fois, on sacrifie une vie ; elle glousse.
Poésie qui rit à moitié dans le lit de qui saura la sentir.
Des fois, les poètes déglinguent tout ce qui tenait bon.
Sans eux.
La poésie sort de la couche qu'on tient.
Voilà."

Les illustrations de "Ce n'est pas ce que..." sont de Pascal Gary aka phormazero.

Si vous souhaitez vous procurer "Scènes d'intérieur sans vis-à-vis", qui est vendu au prix de 8 €, et/ou "Ce n'est pas que tu n'as pas dit, mais la manière dont tu t'es tu", de Myriam Oh (Ould-Hamouda), qui est vendu au prix de 14 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : https://www.editions-lunatique.com/les-mots-coeurs

dimanche 20 juin 2021

"Dans la paroi de verre", de Germain Roesz

 

Publié par les Éditions Les Lieux-Dits, dans sa collection "Les parallèles croisées", "Dans la paroi de verre", de Germain Roesz, donne à lire des poèmes de l'empêchement.

Plus précisément, ce sont plusieurs empêchements qui se télescopent en cette époque difficile à plus d'un titre (comme sans doute, la plupart des époques).

Le lecteur devine le corps qui lâche, qui empêche la plupart des mouvements. Il y a aussi cet univers qui semble désormais trop connu aux yeux de tous, cet espace rempli de trop plein de choses : l'apogée de la civilisation de consommation.

Il y a enfin l'époque des confinements, durant laquelle les individus ne sont plus libres de circuler. Cette époque est d'ailleurs ambivalente. C'est un mal pour un bien, puisqu'elle freine, pour un temps, certes, limité, la frénésie de produire et d'acheter. 

Bien que la poésie soit là pour dénoncer cet état de fait, une identité existe entre le fond et la forme de ce livre. 
En effet, il s'agit d'une poésie du non-dit, où dire la réalité (plus que la vérité) n'est pas chose facile, peut-être parce que ce n'est jamais le bon moment. Mais l'espoir reste de pouvoir exprimer un jour la beauté de ce monde qui existe, malgré toutes ses défigurations.

Extrait de "Dans la paroi de verre", de Germain Roesz :

"Ciel limite

Les satellites limitent le ciel
les robots limitent le ciel
les déchets métalliques limitent le ciel
L'horizon infini est saturé
brisé
Caravanes d'ordures
Manège infernal des frottements sans lumière
Le bleu du ciel se limite
Les oiseaux volent sous la terre
cherchent l'air dans les sillons des vers
Les chevreuils 'enfouissent dans
l'épaisseur des feuilles
Le monde se camoufle
se masque 
disparaît
dans une frange grise que la lumière n'atteint plus
La lumière se limite
se brise dans le spectre originel
Pas un œil pour l'apercevoir
Pas un regard qui revient au regard
Le regard se limite


C'est juste avant le noir
C'est juste avant le voir
La vue se limite
au brouillard sombre
de la solitude
C'est juste avant le soir

Toujours l'effritement
où rien ne tient
Comme une vague
emporte la résistance
ne calme plus
malgré chaleur
Pas de chaleur"

Si vous souhaitez vous procurer "Dans la paroi de verre", de Germain Roesz, qui est vendu au prix de 12 €, adresse postale : Les Lieux-Dits éditions, Zone d'art, 2 rue du Rhin Napoléon, 67000 Strasbourg.

"Mon miroir de la salle de bain", de Pierre Tilman

 

Publié par les Éditions la Boucherie littéraire, dans la collection "Sur le billot", "Mon miroir de la salle de bain", de Pierre Tilman, est un texte virtuose.

En effet, il s'agit d'une série de poèmes qui sont autant de variations, sur le thème du miroir, comme le titre l'indique, et pas de n'importe quel miroir, puisqu'il s'agit de celui de la salle de bain.

Ce n'est pas un hasard, car c'est ce miroir qui nous dévisage dans notre acuité la plus intime.

Pierre Tilman décrit ses relations avec ce miroir-là, une histoire d'attirance répulsion, pour résumer, qui se complexifie au fil des pages, avant de revenir à son point de départ, quand revient la tentation de se retrouver de nouveau face au miroir.

En fin de compte, le miroir est à la fois pareil et différent du visage qu'il reflète. Il ne reflète que les apparences d'un être humain, et non la totalité d'un corps, jusqu'à ses entrailles. On a beau prétendre qu'il est le reflet de l'âme. Il ne peut faire tenir toute la vérité d'un être accumulée depuis des années. Pas mal de choses lui demeurent invisibles. Le miroir n'est, en définitive, qu'un imitateur un peu sournois !

Les poèmes qui composent "Mon miroir de la salle de bain" me semblent être facilement lisibles à haute voix. Le miroir, il faut dire, est un sujet qui se prête à la poésie. Image de la tension qui passe à voix haute, il provoque des parties de ping-pong cinglantes avec soi-même, ce qui définit, comme par hasard, l'écriture poétique.

Extrait de "Mon miroir de la salle de bain", de Pierre Tilman :

"7

L'autre nuit,
j'aperçois un pâle reflet de lumière,
luisant à peine dans la salle de bain.

Je m'approche sur la pointe des pieds
en retenant mon souffle.

Il m'a semblé distinguer,
vaguement dessinée,
la silhouette d'un arbre mort,
et la trace blanche
d'un tissu,
peut-être d'une robe.

La trace s'est enfuie
à mon approche.
Le miroir s'est mis à refléter
les murs de la salle de bain,
le métal de la douche.
Sa surface était sombre,
lisse,
calme,
comme si de rien n'"tait.

Avec lui,
de toute façon,
c'est toujours comme si de rien n'était.

La police et l'armée tirent à balles réelles.

J'entends au loin
les voix, les cris, les hurlement,
le bruit des détonations,
les moteurs des camions militaires,
les sirènes des ambulances.

La fumée me pique les yeux.

Je regarde dans mon miroir
de la salle de bain,
je e vois que mon visage.

Je regarde dans mon miroir
de la salle de bain,
je n'entends que le silence.

Je regarde dans mon miroir
de la salle de bain,
je ne sens pas l'odeur des explosions."

Si vous souhaitez vous procurer "Mon miroir de la salle de bain", de Pierre Tilman, qui est vendu au prix de 13 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : http://laboucherielitteraire.eklablog.fr/

Ce livre est disponible, sur commande, dans toutes les bonnes librairies de France et de Navarre.

mercredi 16 juin 2021

"L'homme qui ne dort plus", de Tom Saja - Lou Devaux

 

Publié par les Éditions "Pourquoi viens-tu si tard ?", "L'homme qui ne dort plus", est le premier recueil de Tom Saja.

La citation de l'extrait de l'un des poèmes de Tristan Corbière, qui prélude aux deux textes que contient ce volume, n'est pas fortuite.
En effet, il s'agit là de poèmes d'infortune. Le thème central de "L'homme qui ne dort plus" est effectivement l'insomnie. Il en est de même dans "Aube cessante".

Ce qui m'a plu d'emblée, c'est l'urgence qui se dégage de "L'homme qui ne dort plus", et s'illustre par des vers courts, haletants. Une urgence à dormir, bien sûr. Mais aussi, en fin de compte, une belle entrée en matière pour un jeune poète qui veut en découdre dans cette partie de ping-pong avec soi-même que constitue la poésie.

Le deuxième texte, "Aube cessante", est moins descriptif que "L'homme qui ne dort plus". Il met à distance l'insomnie dans la perspective plus large d'une vie à réaliser.

Mais dans les deux poèmes, le lecteur remarque plusieurs formules qui tuent, ce genre de raccourcis qui vous font dire : oui, la vie (donc la mort ou vice-versa), c'est bien ça.

Extrait de "l'homme qui ne dort plus" :

"Être 
est une drôle d'histoire
je ne sais pas encore
si je léguerai mon corps
à la science à la terre
ou aux flammes
que se repaissent
le scalpel les vers
ce grand rien
qu'on a tous habité
mais dont personne ne se souvient
si aucun n'en est revenu
c'est peut-être que
c'est parce que c'est bien"

Il y a de l'humour aussi, dans ces poèmes. Du comique de situation, avec une dose de vécu :

"Je suis rentré sans bruit
un fantôme vous dis-je
j'ai jeté un œil à mon fils
les poings fermés il était loin
et suis retourné sous la couverture
sans réveiller ma femme
moins qu'un courant d'air
tout son corps son cul
étaient chauds je n'ai fait
que la regarder de mes mains
glacées
le soleil s'est levé
toujours après la bagarre
la lueur froide
poignardant les personnes
insolente
ma femme s'est levée
envoûtante
elle m'a dit
Je vais faire le café
m'a demandé
si j'avais bien dormi
j'ai répondu
Oui"

Les illustrations de "l'homme qui ne dort plus" (dont l'illustration de couverture) est de Lou Devaux.

Si vous souhaitez vous procurer sur "L'homme qui ne dort plus", de Tom Saja, qui est vendu au prix de 10 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : http://www.association-lac.com

"Le Pégase", d'Antoine Sanchez

 


Il m'arrive très rarement de chroniquer un roman. Mais cette fois, c'en est un.
Publié par les Éditions L'Atteinte, "Le Pégase", d'Antoine Sanchez, décrit les journées d'un bar-tabac, comme il en existe de moins en moins en France aujourd'hui.
Le lecteur y croise une clientèle de fidèles qu'il a pu rencontrer plus ou moins régulièrement, selon ses habitudes, dans la "vraie" vie.

Dans ce livre, il y a, par exemple, l'Allemand, le Professeur, le colonel, l'aristo, et puis, bien sûr, le patron du bistrot : Raymond et sa femme, Odile.

Antoine Sanchez décrit cette clientèle "captive", haute en couleurs, signale les présents d'un jour, remarque les absents, et lorsque soudain, une inconnue arrive au bar, ça devient l'ébullition intérieure.

À vrai dire, la mauvaise humeur des uns rencontre la morosité des autres, le tout se résolvant dans une bonne dose d'alcoolisme. Et le patron n'est pas en reste, ponctuant ce roman de fréquents "Crevure", lâchés au fil des indignations du moment.

Ne vous attendez pas cependant à des bagarres. Au Pégase, comme la plupart du temps, dans bien des endroits, les gens sont finalement plutôt calmes.

Antoine Sanchez a le chic pour croquer l'ensemble des attitudes et comportements de ces clients apparemment sans surprises, mais qui gardent une sacrée quantité de non-dits.

En définitive, dans "Le Pégase", l'auteur garde le parfait équilibre entre réalisme et poésie, l'un ou l'autre ne l'emportant jamais vraiment. D'où la valeur de témoignage de ce texte qui colle à la réalité des choses.

Extrait de "Le Pégase", d'Antoine Sanchez (le début du roman) :

"Au PÉGASE, il y a ceux qui sont là depuis toujours. L'Allemand, qui remue des pièces dans sa poche pour dire qu'il est bien là. Le professeur a sa table juste au centre; il fait des ronds sur le bord du verre.
Le colonel marmonne dans sa barbe, vautré sur sa chaise.
Le musicien se tient debout au comptoir. Le derrière du libraire déborde du tabouret.
Quand l'aristo passe, c'est jour de fête, tout le monde se sent plus important.
Le matin, les patrons sortent la terrasse sur un coin de trottoir en bord de route. On y échoue généralement faute de trouver mieux ailleurs."

La maquette et la couverture (très jolie à mes yeux) sont réalisés par l'Atelier AAAA, Marie Sourd et Léopold Roux. En plus du papier et de la police de caractères utilisés, ce livre réserve des coquetteries de détail qui contribuent à lui donner un aspect soigné et pas ordinaire à la fois.

Si vous souhaitez en savoir plus sur "Le Pégase", d'Antoine Sanchez, qui est vendu au prix de 15 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : http://www.latteinte.com/

dimanche 13 juin 2021

"Chant must go on (Poèmes farandole)"

 

Publié par "Mots Nomades éditions", "Chant must go on", sous-titré "Poèmes farandoles", constitue une anthologie de 150 pages environ d'un échange de textes nourris qui a eu lieu entre ses participants durant le premier confinement, du 23 mars 2020 au 11 mai 2020.

Comme précisé dans la préface, il ne s'agit pas d'un atelier d'écriture, au sens courant du terme, dans la mesure où il n'y avait pas de maître d'atelier rémunéré pour sa prestation.

En revanche, au cours de ce jeu d'écritures qui s'est fait en distanciel (circonstances obligent), les participants à "Chant must go on" ont écrit sur des thèmes quotidiens. 
ce livre contient donc 24 chapitres qui sont autant de thèmes d'écriture, assez larges, comme "Voyages immobiles", "Végétales", "Voisins voisines", ou bien départs d'écriture, comme "Fallait pas que", ou bien encore, formes d'écritures précises, comme le haïku.

Outre ces ensembles de poèmes, le livre est rythmé par l'apparition, au fil des pages d'une gazette intitulée, comme ce volume "Chant must go on", déclinée en 5 numéros, originalité et respiration de ce travail collectif.

Ont participé aux "Poèmes farandole" : Adrien de Guez M'Bongo, Afi, Aline Viche Terra poeta, Andenn, Angélique Condominas, Anne Rizzolo, Ariette, Avocatte, Béatrice Amodru, Béatrice Lecomte, Brigitte Rousseau, Cécile, Chantal, Christine Cadoret, Éclat d'Albia, Eni, François G., François R., Ginette Renard, Guar, Jasmine, Joyce, La garance voyageuse, Laura Atcha-Bahian, Laurence Sartirano, Leib, leng Tan, Lil Manoïe, Marie-Françoise Jason, Marion Napou, Michelle, Myrtille, Odile, Pascale A., Pascale M., Pia Pia, Sara Benani, Sof Quiveut, Toudou, Véronique Palmier.

Les textes ont été choisis et rassemblés par Angélique Condominas. Les dessins et couverture sont d'Anne Rizzolo, le maquettage de Dorine Joubert.

Extrait de "Chant must go on", ce poème de Laurence Sartirano :

"Je commence tu
Nais, et c'est déjà
La mort qu'on nous
Promet.
Venant de néant
De cette inexistence particulière.

Droit de regard sur cette Fin.
Quand où pourquoi
Qu'y puis-je
Tu es née on a vécu cahin-caha
Par où commencer ?
Du livre de la vie qui ne se décline qu'aux plurielles
On a la fin en appétence
Suspendue
Suspensive
Aux dernières pages.
Parmi la mort
Ils sont tous nés.
Enfants, voyez
Comme les destins ruissellent et font
De jolies couleurs."

Si vous souhaitez vous procurer "Chant must go on", qui est vendu au prix de 12 €, rendez-vous sur le site des éditions : http://motsnomades.fr/editions

Vous pouvez aller également visiter le blog Poèmes farandole, qui contient images et textes non publiés dans cette anthologie : http://www.poemesfarandole.wordpress.com

mercredi 9 juin 2021

"Numéro masqué", de Jacques Barbier et Patrick Oustric

 

Publié par les Éditions Le Contentieux, "Numéro masqué" de Jacques Barbier et Patrick Oustric est un livre pas comme les autres !

Il s'agit de 300 pages environ de photos anonymes familiales (en noir et blanc ou couleurs) en pleine page par Jacques Barbier, annotées, "délirées" par Patrick Oustric, et parfois beaucoup plus : en effet, sur soixante-dix pages, Patrick Oustric écrit des poèmes complets à partir des images situées en vis à vis.

Il ressort de ce livre une poésie inépuisable, d'autant plus que la richesse de ces photos anonymes appartient à toutes et à tous. Qui n'a pas de telles photos de famille dans ses cartons ?

Patrick Oustric, en commentant ces photos, leur donne une seconde vie.
Quant au style de l'auteur, il n'est pas commun, il ne donne pas dans l'économie, mais dans les images. L'auteur recréé de manière continue des images à partir des images existantes. Un vrai générateur de poésie ! Pas commun je vous dis !

Extrait de ce "Numéro masqué", un poème de Patrick Oustric (sans son image ici) :

"Lui aimait le foot je préférais le siège
du château
Par mes petits soldats

Cela nous rendit l'un pour l'autre
invisibles
L'appartement donnait sur une place à
monument aux morts
De chef-lieu de canton imprononçable
Dans une province évacuée
J'en reconnus le schéma directeur
valable pour les foires
Et les guerres de religion
Lui allait fort loin en supporter
Beaucoup de photographies l'attestent
jusqu'à l'étranger

Elle voyageait en machine à coudre
Je me cultivais en feuilletant les
magazines
Dont les mots et les images
Ne coïncident pas toujours
Enfant unique trop d'inconnu me plongea
Solitaire en surface

Le château a été pris et repris"

Saluons la mise en page d'Élise Pic.

Si vous souhaitez vous procurer ce "Numéro masqué", de Jacques Barbier et Patrick Oustric, qui est vendu au prix de 25 € (excellent rapport qualité / prix), rendez-vous sur le blog des éditions :  https://lecontentieux.blogspot.com/

mardi 8 juin 2021

"La portée de l'Ombre", de Marie-Anne Bruch

 
Publié par les Éditions Rafael de Surtis, dans sa collection "Pour un Ciel désert", "La Portée de l'Ombre", de Marie-Anne Bruch, est composé de courts textes en prose qui semblent se répondre, de la page de gauche à la page de droite.

En effet, le rapprochement entre ces deux types de textes, qui constituent les thèmes et ossature du livre, n'est pas d'emblée évident.

Sur la page de gauche, et en caractères italiques, Marie-Anne Bruch décrit son expérience de la folie, la vraie, la "folie qu'on enferme", pour reprendre l'expression de Rimbaud. Elle décrit dans quel état on se voit, ce que ça produit, lorsque l'on est tombé dans la folie.

Sur la page de droite, en caractères "normaux", l'autrice donne ses impressions à l'écoute de plusieurs morceaux musicaux, qui sont cités en tête de paragraphes.

Dès lors, si, en apparence, le rapport entre la folie et la musique ne coule pas de source, dans les deux cas, il y a une même introspection. Ajoutons à cela que la musique peut être aussi une thérapie, un baume pour les blessures de l'âme. Reconnaissons enfin que les thèmes musicaux sont autant de personnages heureux ou malheureux, ou les deux à la fois, qui ne sont pas nous, mais qui mettent à distance nos tristesses, en nous les montrant.

Description de la folie et écoutes musicales ont beaucoup de choses en commun, en fin de compte.

Dans ce livre, Marie-Anne Bruch se livre avec une sincérité et une simplicité remarquables du premier coup d'œil. Comme quoi, la valeur humaine d'un projet d'écriture peut faire la valeur d'un texte. C'est particulièrement évident ici. Plus que de longs discours alambiqués sur la folie, "La Portée de l'Ombre" vous montrera ce que c'est que de tomber dans la folie. Et vous vous direz peut-être, si vous êtes un peu franc du collier, que vous n'en étiez pas si loin que ça, à certains moments de votre vie.

Extrait de "La Portée de l'Ombre", de Marie-Anne Bruch :

   "J'ai remarqué que, lors de mes périodes de délire, j'étais dans un état d'éveil paroxystique : non seulement je n'arrive plus à dormir, mais ma vigilance devient extrême et mes perceptions ont une acuité décuplée. Mes émotions s'amplifient et s'expriment mieux dans ma mémoire, ma sensualité s'intensifie également, envahissant l'ensemble de mon corps, et criant famine - ou appelant au secours, comme on voudra.
    Ce débordement émotionnel et perceptif, je le vois survenir avec une certaine frayeur, un peu comme une poussée de fièvre, avec l'impression de subir le dérèglement de mon corps, de ne plus m'appartenir.
   Mais paradoxalement, lors de mes périodes de délire, alors que j'ai des croyances sur le monde qui devraient m'alarmer et me désespérer, je n'arrive plus à pleurer ou à ressentir de profonde tristesse. Il m'arrive même d'être prise de fous rires interminables en évaluant la perversité du monde et ma propre indignité."

La première de couverture est une reproduction d'une peinture de Gustave Klimt : "Musique" (1895).

Si vous souhaitez en savoir plus sur "La Portée de l'Ombre", de Marie-Anne Bruch, qui est vendu au prix de 15 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : http://www.rafaeldesurtis.fr/index.php?q=bruch

lundi 7 juin 2021

"La présence", de Bruno Sourdin

 

Publié par les Éditions Le Contentieux, "La présence", de Bruno Sourdin est un recueil de poèmes en vers maigres, souvent plus hauts que larges, qui sont autant de jours (40 dans ce volume).

Simple et efficace avec ses reprises de mots en cours de poème, ce recueil est un vrai moment de poésie simple et d'introspection.

Extrait de "La présence", de Bruno Sourdin :

Jour 15

songe
à
l'effet
du
soir

à
la fluidité
du ciel
et
des nuages

songe

songe

et
soit
en paix

L'illustration de couverture est de Pascal Ulrich.

Si vous souhaitez vous procurer "La présence", de Bruno Sourdin, qui est vendu au prix de 6 €, rendez-vous sur le blog des éditions : https://lecontentieux.blogspot.com/

dimanche 6 juin 2021

"Chuchot et trompettes", de Denis Guillec




Publié par les éditions Gros Textes, "Chuchots et trompettes", de Denis Guillec, semble être un recueil très divers, ce qui n'est d'ailleurs pas forcément un défaut, à moins de vouloir absolument chercher une unité de façade à tout recueil de poésie.

Néanmoins, les petits ensembles qui composent ce recueil de petit format, qui sont intitulés "Rocking-pouls", "Chu...", "Echos" et "Abracadacrache !", présentent à peu près les mêmes caractéristiques. Ça se passe peu ou prou toujours dans notre univers urbain, parfois entrecoupé de fleurs.

De plus, derrière ces vers mesurés, comptés, des vrais vers quoi, même si libres, et dans lesquels l'auteur joue avec son langage bien en bouche, se fait jour une inquiétude générale.

En effet, il faudrait compter dans les poèmes de "Chuchots et trompettes", le nombre d'interrogations qui s'y trouvent. L'auteur ne cesse de relever les difficultés qu'ont les êtres humains à communiquer entre eux, ainsi que le flou de leurs intentions. C'est ben vrai tout ça !

Extrait de "Chuchots et trompettes", de Denis Guillec, le poème suivant :

"Combien d'hommes entendent-ils chanter la note
que le sage entend ?
l'homme est un pot.
Le sage est un pot et une ouïe.
Combien de notes dans le pot du sage ?

Combien d'hommes voient-ils tomber le pétale 
que le sage voit ?
L'homme est un dos.
Le sage est un dos et un œil.
Combien de pétales dans le dos du sage ?"

La première de couverture est de Guillaume Linard-Osorio.

Si vous souhaitez vous procurer "Chuchots et trompettes", de Denis Guillec, qui est vendu au prix de 6 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : https://grostextes.fr/publication/chuchots-et-trompettes/

"Smog rosé", de Thibault Marthouret

 


Publié par les Éditions Atelier de l'agneau, "Smog rosé", de Thibault Marthouret, est son 3e recueil édité après "En perte impure" et "Qu'en moi Tokyo s'anonyme".

Cependant, ce texte est fort différent des deux premiers. Si "En perte impure" et "Qu'en moi Tokyo s'anonyme" étaient des recueils de poèmes, il n'en est pas de même ici à mes yeux.

L'auteur joue clairement - si je puis dire - à brouiller les genres : si "Smog rosé" contient parfois des poèmes en vers libres, et si la plupart des textes qui le composent peuvent être considérés comme des poèmes en prose, ce serait passer à côté de l'ambition du livre qui s'inscrit dans un ensemble bien plus vaste (125 pages tout de même) qui se tient et qui constitue une sorte de récit futuriste (enfin, presque) éclaté, contenant des séquences répétitives (cycles des HAPPÉ.E.S), faites pour la musique.

Le sujet de "Smog rosé" s'inscrit pleinement, quant à lui, dans l'un des vrais problèmes de l'époque, à savoir le réchauffement climatique. Tout part de là, au début, et tout au long du livre, Thibault Marthouret en tire les conséquences à l'échelle macro-humaine. 

En effet, il n'y a pas de personnages dans "Smog rosé", mais un collectif qui tente de survivre, tout le monde étant logé à la même enseigne.

Ne croyez pas pour autant que ce livre soit désespéré. Au contraire, l'auteur fait preuve d'une ironie constante, même si cela peut tourner à l'humour noir. 

Ainsi, l'être humain semble être rendu à l'état d'enfance dans tout ce marasme, comme si tout cela n'était pas très sérieux, alors que ça l'est, justement.

Le style de Thibault Marthouret est très riche : multiplication des listes pour décrire la diversité du monde, jeu de mots présents ici et là, utilisation de mots parfois rares, ces instruments d'écriture étant là pour rendre compte au plus près (de la réalité) des sensations produites sur les corps des protagonistes.

Extrait de "Smog rosé", de Thibault Marthouret :

"L'annonce est officialisée au journal télévisé : il fait chaud. La ville se remplit de bels gens, femmes, hommes, enfants, des gens si beaux qu'ils n'existent pas quand il pleuvait sans cesse. Ils entrent dans l'été à pas retenus, lins et tissus légers, cheveux longs, secs brillants, et nous dans nos gangues, bourgeons duveteux, prisonniers poisseux du changement de saison.

Les températures s'envolent derrière la présentatrice talquée du bulletin météo qui accuse le coup. Quasi statique, elle nous répète qu'il fait chaud et nous répétons qu'il fait chaud, à la radio, sur nos écrans, dans le métro, chaud comme une seule fois avant, puis la chaleur bat son propre record, enflamme les transports, déclenche une nouvelle vague de constats incessants contribuant à la calorification apocalyptique de notre environnement. Le mercure est dans toutes les bouches, sort par tous les nez. Les bels gens s'évaporent, se brumisent au Cap Ferret mais nos sucs nous pèguent à l'asphalte."

L'illustration de la première de couverture est de Lisa Gervassi.

Si vous souhaitez en savoir plus sur "Smog rosé", de Thibault Marthouret, qui est vendu au prix de 18 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : https://atelierdelagneau.com/fr/accueil/251-smog-rose-9782374284462.html

dimanche 16 mai 2021

"Viens, marchons", de Josiane Gelot

 

Publié par les Éditions l'Harmattan, dans sa collection "Témoignages poétiques", "Viens, marchons", de Josiane Gelot n'est pas tout à fait ce que laisse penser sa couverture (titre et image).

Derrière l'aspect consensuel de la randonnée (une activité de surface, consensuelle, peu onéreuse et peu exigeante en matière d'écologie, d'ailleurs, j'aime la randonnée), Josiane Gelot nous convie à revivre des bribes d'histoire familiale, voire, d'histoire tout court.

Ainsi, la marche, c'est aller à la rencontre de ses souvenirs. C'est aussi un élan de vie qui est presque plus fort que la mort, et qui, parfois, passe par la fuite. C'est un appel à la résistance, à l'insoumission. Un "en marche" qui n'a rien d'un consensus politique.

Extrait de "Viens, marchons", de Josiane Gelot :

"Roubaix, New York, Montréal...
J'ai marché dans des rues interminables.
L'anonymat n'est pas
Dans le grouillement des corps
Ni le vague des regards
Il est dans la dureté du sol
Sa ferme résistance à se laisser creuser.
Je ne laisserai pas plus de traces que toi."

Si vous souhaitez en savoir plus sur "Viens, marchons", de Josiane Gelot, qui est vendu au prix de 10 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : https://www.editions-harmattan.fr/livre-viens_marchons_josiane_gelot-9782343228129-68515.html

"Prix Con-court universel", de Denis Parmain

 



Publié par "L'invisible éditrice", ce "Prix Con-Court universel", de Denis Parmain, est un livre qui n'a pas l'air de se prendre trop au sérieux (quoique son bandeau est bien réel).

C'est rare en poésie, les livres qui ne se prennent pas trop au sérieux. Bien sûr, aucun poète ne se prétend sérieux, sauf les moins modestes, mais dans les faits, c'est moins vrai.
Vous me direz ? Ce n'est pas parce que ce livre est "Prix Con-Court universel" qu'il n'est pas sérieux. Peut-être, après tout...

En tout cas, placé sous le patronage explicite de Jean L'Anselme, l'auteur des "Poèmes cons", ce livre en reprend les ingrédients.

J'ai apprécié sa lecture pour deux raisons essentielles :

- le bordel calculé qui y règne et qui ressemble plutôt aux différents tableaux d'une pièce de théâtre, quand on ne sait pas quand est-ce que le livre qui nous est présenté va démarrer et alors que finalement, il a déjà démarré;

- les aphorismes qui le composent, dont une bonne partie m'a amusé. Bref, à l'arrivée, un menu plutôt copieux.

Par exemple :

"Évidence dominicale.

Si l'on voit l'homme le dimanche matin aller chercher le pain c'est d'une part pour la boulangère et d'autre part parce que le troquet est sur le chemin."

***

"La retraite.

"Rien faire et ne rien faire d'autre", a déclaré un retraité par cette parole entendue dans le train. En y réfléchissant bien, j'ai fini par me gratter la tête comme avec les Pensées de Pascal… et je me suis dit : Vivement la retraite."

***

"Évidence vitale.

Faut surtout pas se mettre mortel en tête on y passera bien un jour.
Après la vidéo, la vie des bas."

Si vous souhaitez vous procurer ce "Prix Con-Court universel", de Denis Parmain, le prix de vente du livre est libre. Contact : poetarbrut@yahoo.fr

"Apostilles", de Gaël Guillarme

 

Publié par les Éditions Henry, dans sa collection "Les écrits du Nord", "Apostilles", de Gaël Guillarme, est un ensemble de courts poèmes en vers libres.

Une précision, tout d'abord, sur la définition du mot "Apostilles". Il s'agit d'une note ajoutée à un écrit.

Sauf qu'ici, le lecteur comprend assez vite que ces notes s'ajoutent, non pas à un texte, mais à plusieurs aspects de la vie. En voici plusieurs, pris au hasard : mer, musique, baiser, mort, suicide, forêt, église, dureté, première fois…

Le choix du terme d'apostilles est donc constitutif de ce recueil. Ecrire une apostille, c'est mettre à distance les choses de la vie et ainsi ne pas laisser trop de prise au passage du temps, même si on le sent passer, le temps…

C'est raconter les choses de la vie dans une permanence qui n'appartient à personne en particulier.

En même temps, cette mise à distance n'est pas une garantie d'objectivité. Le lyrisme de l'auteur, Gaël Guillarme, s'y exprime pleinement (on dirait une pincée de Jules Laforgue, là-dedans, le genre de style qui peut exister !) entre tristesse et nostalgie, ce qui donne à ces poèmes leur profondeur non feinte.

Les lycéens, qui ont décerné à "Apostilles", de Gaël Guillarme, le prix des Trouvères, ne sont pas passés à côté de cette sensibilité.

Extrait de "Apostilles", de Gaël Guillarme :

"Apostille au baiser 

Sait-on ce qui passe du ciel à la terre
quand l'oiseau s'en mêle ou bien le baiser
On n'embrasse jamais qu'à contre-jour
une bouche qui en sait plus long que nous
Même écrasé sous le talon
le soleil garde une marque de ces lèvres
qui auront toujours un temps d'avance sur la nuit"

"Apostille à l'horizon

On se tient toujours seul
sans père ni mère
sans nul amour
à la frontière du visible
et de la mort
où l'épine de la ronce
distille de toute éternité
une unique goutte de silence"

"Apostille au parc Monceau

Le soir meurt dans les yeux des statues
Le ciel ratisse largement les allées
Le gardien referme les grands arbres
où sont soigneusement pliés les enfants
et rangés par couleur les jolis yeux des mamans"

La préface du livre est de Jean Le Boël, secrétaire du Prix des Trouvères. La vignette de couverture est d'Isabelle Clément.

Si vous souhaitez vous procurer "Apostilles", de Gaël Guillarme, qui est vendu au prix de 10 €, rendez-vous sur le site des éditions : https://www.editionshenry.com/index.php?id_dossier=14

samedi 15 mai 2021

« Retour à Znamenskoye », d’Arnoldo Feuer







Sous-titré « Vignettes et tampons pour un voyageur », ce « Retour à Znamenskoye », d’Arnoldo Feuer, est un ensemble de poèmes en vers libres, publié par « Les Lieux-Dits éditions, dans sa collection « Les parallèles croisées ».

Si les dates d’écriture de ces poèmes sont très précisément déterminées (entre le 27 octobre 2020 et le 21 janvier 2021), le reste est plus flou. S’agit-il d’une fiction complète ou totale ? Difficile de le dire. Pas grave de le savoir, me direz-vous. Sauf que la soif de vérité et la curiosité légitime s’exprime aussi chez le lecteur. 
Bref, disons qu’il s’agit de la mise au propre de souvenirs qui seraient destinés, pourquoi pas, à d’autres voyageurs.

En tout cas, j’ai bien aimé l’ambiance qui émane de ce livre. Une ambiance pas ordinaire, de guerre froide, entre armée, diplomatie et espionnage. Et… fourgons blindés. Ici, le travail de la journée est effacé au profit de ce qui en constitue les intermèdes, déplacements, réceptions, déjeuners ou dîners.

La caractéristique principale est que l'action (ou l'inaction) se déroule dans un pays sujet aux attentats : la Tchétchénie. Et donc, le danger est permanent, surtout dès qu’on sort de chez soi.
En résumé, dans ces pages, le lyrisme s’efface au profit des faits bruts.

Chaque poème de la page de gauche n’est pas identique formellement. Cependant, il se termine invariablement, sur la page de droite, par quelques vers très courts (formant le plus souvent tercet), en forme de moralité. Ainsi, ces courts poèmes remettent les choses à leur place, avec de l’humour, plutôt noir, et compensent (ou confirment!) par un clin d’œil la dureté de la description contenue sur la page de gauche.

Extrait de « Retour à Znamenskoye », d’Arnoldo Feuer :

"Encore des pannes
Pas seulement le gaz
se met en panne
parfois l’eau
le plus souvent l’électricité

c’est la raison d’être du générateur sous la terrasse
qu’il faut savoir faire fonctionner un engin bruyant
mais nécessaire été comme hiver celui de tes voisins
internationaux est moins sonore et plus performant

on craint pour les denrées périssables au frigo
mais les gardes dans leur abri ont aussi besoin
du générateur et appris à le mettre en route vous
êtes une petite communauté interdépendante

lampes de poche et bougies
se trouvent à portée de main
prêtes à servir à tout moment
le versant ordinaire de la paranoïa"

(page de gauche)

"aux marchés de rue
on s’éclaire aussi
en perçant les
tuyaux de gaz"

(page de droite)

Si vous souhaitez en savoir plus sur « Retour à Znamenskoye », d’Arnoldo Feuer, qui est vendu au prix de 15 €, vous disposez d’une adresse postale (Zone d’Art, 2 rue du Rhin Napoléon 67000 Strasbourg), mais pas de site Internet.