lundi 10 août 2020

"A fleur de peau", de Catherine Andrieu, suivi de "Interview"

 

Publié par les Editions Vincent Rougier, dans la collection "Ficelle", "A fleur de peau" de Catherine Andrieu est partagé, d'une part, entre une préface d'Etienne Ruhaud, ainsi qu'un entretien de ce dernier avec l'auteur, et d'autre part douze poèmes.

"A fleur de peau" - recueil qui introduit volontairement d'emblée le lecteur dans l'univers du poète édité - porte bien son titre.

En effet, s'agissant des douze poèmes publiés ici, ils témoignent, derrière leur apparente naïveté - il est notamment question de l'histoire d'un petit chat - d'une sensibilité à fleur de peau. Et rarement, l'écart aura été aussi fort entre le côté clair et le côté sombre des choses, ce qui fait le prix de ce recueil.

Derrière cet univers tourmenté existe la fragilité du poète, et derrière cette fragilité, il y a la laideur de la vie réelle, qui dicte la nécessité de s'en échapper par l'écriture, mécanisme bien connu des poètes.

À cet égard, l'entretien qui suit "A fleur de peau" a le mérite de montrer d'où vient le carburant de la poésie. J'aime cette franchise dans l'expression.

Car on ne choisit pas d'être poète, je le crois aussi. La vie le fait pour nous.

Les images sont de Vincent Rougier.

Extrait de "A fleur de peau", de Catherine Andrieu :

"5.

Sur ton dessin il y a une maison
Avec le toit pointu et des chats qui se
transforment
En cheminées
Sur ton dessin le soleil est plus gros que la fenêtre
Et la fleur, que maman.
Sur ton dessin il y a papa qui a quatre doigts
Il est tout petit à côté de moi.
Sur ton dessin papa ne boit pas
Et maman a des ailes pour butiner.
Sur ton dessin il y a une plante carnivore
Qui te vomit. A l'école le Monsieur
N'a pas le droit de te toucher
Là, tu sais, entre les jambes.
Sur ton dessin le ciel est noir et je crache du sang
La chat est tombé dans la cheminée
Le soleil ne peut entrer dans la chambre
Le toit pique comme un cactus.
Mais sur ton dessin je suis là, petite sœur.
N'oublie pas de tracer le chemin qui conduit hors
                                                                  du dessin."

Si vous souhaitez en savoir plus sur "A fleur de peau", de Catherine Andrieu, qui est venu au prix de 13 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : http://www.rougier-atelier.com/?product=ficelle-n142-a-fleur-de-peau

"Le premier pas", de Chloé Landriot et Marie-Colette Gazet-Vibien

 


Publié par le "Cahier des Passerelles", dont c'est le numéro 38, "Le premier pas" est un recueil qui associe à égalité textes (page de gauche) et images (pages de droite).

Ici, les poèmes en vers libres sont de Chloé Landriot, et les linogravures (dont celle de la première de couverture) de Marie-Colette Gazet-Vibien.

La principale caractéristique de cette publication est, pour moi, la communion constante de la poétesse et de l'artiste avec la nature, sans que celle-ci soit pour autant détaillée en ses composantes. Il s'agit, en effet, de rassembler en soi cet espace que l'on est allé chercher à l'extérieur de soi, suivant le cycle du jour et de la nuit. 

Ainsi, ce "Premier pas" qui est accompli, est générateur de plénitude.

Extrait de "Le premier pas" de Chloé Landriot :

"La source est le silence

Tu as déjà tout reçu
Tu ne peux plus que donner
Car l'infini de ce que tu as reçu
Jamais
Ne s'épuise
Dans le don

La source bouillonnante
Est sous la peau de ton visage
Dans tes mains tendues pour l'offrande
Source jaillissante au lieu même du don
Acte et source
Et aboutissement
La source est le regard
Auquel tu as renoncé par amour
(Il te faut devenir un être sans image)
La source est le toucher que tu sens
Quand personne ne te touche
La source est le silence
De la question amère
Vidée de sa lèpre antique
Abandonnée un jour - tu ne sais quand - sur un banc de 
soleil
Et qui ne laisse en toi
Sur ton cœur
Pas plus qu'un fil défait qui ne retient plus rien

Source aussi
La gratitude inentamée
Devant la vie."

Si vous souhaitez en savoir plus sur "Le premier pas", qui est vendu au prix de 5 €, contact : Les.passerelles@laposte.net

"De toutes mes farces", d'Éric Dejaeger

 



Publié par "Cactus Inébranlable éditions", dans sa collection "Les p'tits cactus", "De toutes mes farces", d'Éric Dejaeger est un recueil d'aphorismes.
Pour moi qui n'écris plus d'aphorismes depuis... une trentaine d'années (!), l'exercice m'est des plus difficiles, si ce n'est le plus difficile.

Donc, rien que pour cette raison, je salue déjà la publication de "De toutes mes farces" d'Éric Dejaeger, pour qui l'aphorisme est une spécialité, et une spécialité qui fait rire.

Bon, bien sûr, il faut avoir l'esprit large pour apprécier toujours cet humour. Je le dis à l'attention de certains lecteurs un peu coincés, ou qui n'auraient pas un sens de l'humour très développé. Mais pour les autres, c'est l'occasion de bien rigoler .

Quelques exemples :

"Les parents veulent toujours plus de pouvoir dans l'école. Ils ne désirent malheureusement pas enseigner."

"Je souhaite à toutes les femmes polonaises profondément catholiques en âge de procréer et qui sont contre l'IVG de se ramasser des triplés trisomiques dans neuf mois."

"Dans un couple végan, interdiction de bouffer de la chatte. Ils sont donc tous les deux frustrés."

"Qui jette la première bière mérite la potence."

"Ses réflexions me font comme des escarres au cerveau."

"Dans cette affaire d'achat d'énergie, Hiroshima n'a gaz acquis."

Il y a tout de même un domaine dans lequel la plaisanterie est difficile. C'est quand est abordée la question du pouvoir (politique) :

"Il ne faut pas changer ceux qui nous dirigent, il ne faut plus nous laisser diriger."

"Quand l'honnêteté deviendra LA règle en politique, plus personne ne voudra être élu."

"Quand un train déraille, on connaît rapidement le nombre de victimes. Quand un politicien déraille, ça prend plus longtemps et il y a toujours prescription."

Trois fois hélas oui.

Le collage de la première de couverture est de Jean-Paul Verstraeten.

Si vous souhaitez en savoir plus sur "De toutes mes farces", d'Éric Dejeager, qui est vendu au prix de 10 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : https://cactusinebranlableeditions.com/produit/de-toutes-mes-farces/

jeudi 16 juillet 2020

"Sonnets de la révolte ordinaire", de Laurent Robert


Publiés par les Editions Aethalidès, ces "Sonnets de la révolte ordinaire", de Laurent Robert, offrent au lecteur un panorama d'une forme d'écriture pas si classique qu'elle en a l'air, même si l’octosyllabe constitue le mètre unique des vers ici réunis.

Ainsi, il est rare de lire un recueil de sonnets dans lequel plusieurs combinaisons de découpes de strophes sont représentées : deux quatrains, puis deux tercets, ou bien trois quatrains, suivis de deux distiques, ou bien sonnets inversés (deux tercets, puis deux quatrains), ou encore un sonnet en une seule strophe.

Il est rare aussi qu'un livre montre autant de références extérieures. En témoignent les nombreux noms propres qui émaillent ces poèmes et facilitent les rimes avec humour.

Plus particulièrement, j'ai aimé ces "Sonnets de la révolte ordinaire" pour les raisons suivantes :

- leur ambiance naturaliste anarcho-décadente, héritée des œuvres de Joris-Karl Huysmans ou de Léon Bloy, avec des ramifications contemporaines du côté de Michel Houellebecq;

- leur désinvolture vis à vis des canons classiques (du moins, qu'ils sont intériorisés par nombre de poètes contemporains), les autorisant à parler de sexe avec des mots crus, à citer des publicités, bref, à dresser le portrait d'un monde moderne et vivant, ce qui aboutit, dans plusieurs poèmes, à un résultat original.

Extrait de "Sonnets de la révolte ordinaire", "Méthode", de Laurent Robert :

"De l'inspiration je n'ai cure
C'est faribole comme Dieu
Source du radotage vieux
Le vers est métier que j'endure

Pratique de juste parlure
De jouir ton corps est le lieu
La terre où se fixe l'épieu
La page où la parole dure

S'enflamme puis chante son feu
Crie alors sans veiller au peu
Qui se proclame jour et norme

Qu'importe la clef du sérail
Seuls comptent le sexe en travail
Le mot où ton rêve prend forme"

Si vous souhaitez en savoir plus sur "Sonnets de la révolte ordinaire", de Laurent Robert, qui est vendu au prix de 16 €, rendez-vous sur le site de son éditeur : https://www.aethalides.com/freaks6-sonnets-de-la-revolte-ordinaire/

mercredi 10 juin 2020

"Trombines", de François-Xavier Farine




Publié par les Éditions Gros Textes, "Trombines", de François-Xavier Farine, est une galerie de portraits, que chacun d'entre nous, s'il est doué de sens d'observation, a pu rencontrer au quotidien. Cependant, il suffit et il faut avoir un regard de poète attentif et malicieux pour les retenir.

Et voici donc cette série de "Trombines". Des portraits variés de personnes issues de milieux socio-professionnels différents, mais modestes, et ordinaires en apparence.
Dans ces proses, poétiques par les situations qu'elles décrivent, prises sur le vif, je vois de la justesse et aussi de la tendresse. J'y reconnais également des souvenirs de ma jeunesse, lorsque j'aimais observer le même genre de personnes.
Ainsi, ce recueil peut donc "parler" à tout un chacun, en toute simplicité.

Extrait de "Trombines", de François-Xavier Farine : "La caissière du supermarché" :

   Elle passe les marchandises sur le tapis roulant devant elle, son cœur, à force, doit ressembler à un code-barres qui bipe à chaque fois qu'on la touche. On remarque vite ses longs ongles fardés, sa bouche au large sourire, fendue d'un rouge à lèvres outrageant. Elle essaye de rester naturelle, or, ses jambes trépignent sous la caisse enregistreuse. Ses chevaux noués lui donnent toutefois un air strict.
    Elle aimerait vous parler de la pluie et du beau temps, mais un client pressé souffle en tempêtant "que ça ne va pas assez vite !"
    Alors esquissant un sourire désappointé, elle vous caresse la main, en vous rendant la monnaie. Car tous les jours, seul, le tapis l'emmène vers son destin mécanique...

L'illustration de la première de couverture est de Benoît Delbroucq.

Si vous souhaitez en savoir plus sur "Trombines", de François-Xavier Farine, qui est vendu au prix de 6 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : https://grostextes.fr/publication/trombines/

"Ballade de 1 ou le compte est bon", de Didier Trumeau




Publié par les Éditions Gros Textes, "Ballade de 1 ou le compte est bon", de Didier Trumeau, est un texte ancien, qui est "paru au milieu des années 80 en feuilleton plus ou moins mensuel dans la revue indépendante L'Echo and Co", comme indiqué en fin de volume.

En lisant "Ballade de 1 ou le compte est bon", j'ai été saisi par l'inventivité de ce feuilleton complètement foutraque, qui s'étend sur cent pages et est parcouru de jeux de mots, mais pas que. Bref, ce texte est poétique par nature.
Il y est question de tout, et surtout de la fin du monde pour tout le monde.
La principale particularité de "Ballade de 1 ou le compte est bon" est que, la plupart du temps, ces personnages sont des chiffres. 
Ainsi, l'histoire démarre avec le numéro 1, et, à chaque nouveau numéro, correspond une nouvelle histoire.

Ce qui est drôle, surtout, c'est qu'au début, la progression des numéros est croissante. Et puis peu à peu s'installe l'anarchie. C'est le mélange complet des nombres.

Ce qui est moins drôle, c'est que cette histoire de fin de monde est de moins en moins drôle, au fur et à mesure des pages. Le lecteur y découvre une préoccupation, d'ailleurs constante, dans les textes de Didier Trumeau. Celle du temps qui passe, et du temps qui se décompte.

Et quand l'échéance approche, il n'y a plus du tout de numéros de personnages et voilà ce qu'on peut lire :

"Les regards sont tournés, qui vers le ciel, qui vers la terre, qui vers les points cardinaux indéfinissables, les dieux magnétisant l'attention pour saisir l'ultime millième de seconde ou cessera ce qui est perceptible, concret et même simplement concevable. D'autres ferment les yeux ou, portent des lunettes de soleil malgré le fait que la lumière qui règne partout sur Terre est douce, que le soleil est directement éteint pour ne pas distraire la vigilance du public. Certains ferment leurs oreilles pour éviter le vacarme infernal que fera la cessation de toute activité. Personne ne fait comme personne et il est intéressant de constater qu'une espèce qui a tout fait pour s'uniformiser, s'unir ou se rassembler, soit maintenant aussi disparate, aussi dissemblable, comme si l’unicité de chacun apparaissait enfin révélée par l'imparable implacable. Comme si les tripes, le cœur, le cerveau de l'homme n'étaient plus cachés par le rideau de la peau, des muscles, de la chair."

L'illustration de la première de couverture est un collage de l'auteur.

Si vous souhaitez en savoir plus sur "Ballade de un ou le compte est bon", de Didier Trumeau, qui est vendu au prix de 7 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : https://grostextes.fr/publication/ballade-de-1-ou-le-compte-est-bon/

vendredi 5 juin 2020

"Menthes- Friches", de Barbara Auzou



Publié par les éditions 5 Sens, "Menthes-Friches", de Barbara Auzou, est son deuxième recueil édité, après "L'Époque 2018".

Le lecteur retrouve, dans ce nouveau livre, les caractéristiques apparentes du style de leur auteur : ce lyrisme floral et végétal, avec la couleur bleue qui l'emporte ici.

Mais plus particulièrement, il y a, dans "menthes-Friches", la recherche du lieu idéal de l'enfance, à la fois, celui vers lequel on tend à retourner, et celui depuis lequel on écrit. 

Et si le lien qui unit l'enfance au jardin semble constituer le paradis perdu, ce dernier existe-t-il seulement ? A-t-il jamais existé, cet idéal ?

Rien n'est moins sûr, car les souvenirs désagréables peuvent aussi venir de l'enfance.

Extrait de "Menthes-Friches", de Barbara Auzou :

"Où ?

Si tu m'attendais quelque part
serait-ce à la pierre de l'enfance pétrifiée
dans les dimanches d'octobre embarqués
dans une lumière qui se fait verre au poignet
ou rebrousserais-tu le sens du manège
sur un cheval de bois mal peigné ?
Te tiendrais-tu dans les fossettes de la distance
dans le nid ancien du pot aux roses
ou dans le soupir d'une saison mort-né au papier à fleurs
pour pan par pan l'arracher de tes mains ?
Serait-ce au seuil d'une cuisine, coincé
entre la confiture et la faim, la fièvre et le feu ?
Ou m'attendrais-tu à la minuterie morne du temps
pour m'enlever à l'autre moitié du monde enfin
et à la faveur d'une phrase péremptoire prononcée
bouche close ?
M'attendrais-tu endormie ou pâmée dans l’ellipse ou la
plainte
dans des pleurs pour te plaire ou posée rose dans un
ciel rare ?
Si tu m'attendais quelque part 
serait-ce au silence de mes statues, mutique au marbre
de mes vers
ou confondu dans le mètre du ruban qui nous toise ?"

L'illustration de couverture est de Niala.

Si vous souhaitez vous procurer "Menthes-Friches", de Barbara Auzou, qui est vendu au prix de 12,80 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : https://catalogue.5senseditions.ch/fr/poesiereflexionpamphlet/345-menthes-friches.html

dimanche 31 mai 2020

"Voix sans issue", de Marlène Tissot


Second roman publié par Marlène Tissot, cette fois-ci aux Éditions "Au diable vauvert", "Voix sans issue" me procure u plaisir identique à celui que j'ai trouvé à lire ou publier les précédents textes poétiques de l'auteur.

En effet, j'y retrouve les mêmes caractéristiques de fond : attention portée aux personnages paumés, cassés, laissés pour compte de la vie, et à l'inverse, totale indifférence à l'égard des gagnants de ce monde, puisqu'ils n'existent même pas. Sens de l'observation des détails de la vie quotidienne. Simplicité apparente de l'écriture, approche par petites touches successives, mais dans le but de finalement tout dire, même si rien ne peut être exprimé de manière définitive.

Bien sûr, ces caractéristiques de la poésie de Marlène Tissot sont ici orchestrées dans le cadre plus vaste du roman, qui convient bien à son auteur. Ainsi, ces portraits par petites touches contribuant, au fil des pages, à asseoir les personnages dans la réalité.

Je ne vous en dirai pas plus, pour ne pas raconter le livre. Mais sachez qu'en plus de l'ambiance, il y a de l'action.

Extrait de "Voix sans issue" de Marlène Tissot, cette citation portée sur la quatrième de couverture :

"Je n'ai jamais su dire non. Si j'avais été une planche posée sur la mer et qu'on m'avait interdit de flotter, je me serais transformée en caillou pour être capable de couler. Je me suis peut-être noyée au fond de moi."

Si vous souhaitez vous procurer "Voix sans issue", de Marlène Tissot, qui est vendu au prix de 18 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : https://audiable.com/boutique/cat_litterature-francaise/voix-sans-issue/

samedi 30 mai 2020

"Intuitions", de Jamila Cornali


J'ai eu l'occasion de publier à plusieurs reprises les poèmes de Jamila Cornali dans "Traction-brabant", dont c'est ici - sauf erreur de ma part - le premier recueil publié, par Citadel Road Éditions.

De ces poèmes se dégage une impression de pureté. Et de pureté à épure, il n'y a pas grande distance. 

En effet, les textes de Jamila Cornali ont, pour les yeux, une forme bien définie. Ils sont centrés sur la page, tout d'abord. De plus, chacun des vers ne comprend que quelques mots, voire un seul mot. D'où l'épure.

Mais la caractéristique principale des poèmes publiés ici est liée à leur objet, que le titre du recueil résume parfaitement : "Intuitions". Je parlerai même d'irrationalité, de spiritualité, voire presque, de mysticisme.

Ça se passe en général à l'air libre, au contact des éléments naturels (eau, glace, forêt, lumière..) et des couleurs du dehors, très marquées. 

Cependant, cette poésie naturelle ne tourne pas à vide. Son but est d'aller chercher, derrière le visible, l'invisible, qui peut être résumé par Dieu. Les poètes d'aujourd'hui sont peu nombreux à le rechercher. Sans entrer dans un débat oiseux, je constate juste que cette recherche contribue à l'originalité de ces poèmes, qui ne sont pas dépourvus d'âme.

Extrait de "Intuitions", de Jamila Cornali :

"Contrée de glace

Embuée
Sur un lac
De glace
J'avance
Dans l'espace
Je glisse
Jusqu'à la neige
D'une blancheur
Ensoleillée
Et je regarde
Ce paysage de feu
Froid brûlant
Les mains
Et l'esprit
Étendue vaste
Décente
Qui m'hypnotise
L'âme
En profondeur
Debout
Dans la neige"

Si vous souhaitez en savoir plus sur "Intuitions", de Jamila Cornali, qui est vendu au prix de 10 €, rendez-vous sur le site de l'éditrice : https://citadelroad.com/livres/

mardi 26 mai 2020

"Rhône", de Claude Vercey


Il est rare de lire de nouveaux poèmes de Claude Vercey aujourd'hui, et c'est dommage. "Rhône" n'en est d'ailleurs pas vraiment un nouveau, puisqu’une première version de ce même poème a été publiée en 2008 dans le numéro 137 de la revue "Décharge".

Aujourd'hui, voici que "Rhône" est édité dans le numéro du Cahier des Passerelles (sur les pages de gauche), avec des estampes infographiques de Jean-Cyrille Etourneaud (sur les pages de droite).

"Rhône" est un poème résolument engagé dans l'écologie, en ce qu'il dénonce la pollution du fleuve éponyme et le manque d'action - pour employer un euphémisme - des pouvoirs publics face à ce problème d'ampleur.

Outre son objet, l'intérêt littéraire de ce texte vient de sa rhétorique, du fait que la dénonciation se fait par étapes, qu'elle est révélée au fur et à mesure des pages, comme au théâtre, comme dans un discours étagé.

Il est "amusant" d'ailleurs de constater qu'à la verticalité de ce texte, qui évolue par cascades, répond l'horizontalité du fleuve, ce mouvement vers l'à quoi-bon, mais aussi vers son estuaire.

À noter enfin, les images, jeux de mots, qui évoquent l'élément liquide.

En témoigne cet extrait de "Rhône", de Claude Vercey :

"Il n'y a pas de raison d'arrêter même si l'on sait, même si l'on voit. La mort du fleuve était seulement inconcevable, ou reportée à plus tard, à jamais : les hommes manquent d'imagination, la réalité à tout moment la déborde, à côté du déjà encombrant cadavre de Dieu reste sur le carreau l'immense trace du cadavre de Rhône qu'on va traîner longtemps, traîner tout le temps de la petite éternité qui nous reste."

Si vous souhaitez vous procurer "Rhône", de Claude Vercey, qui est vendu au prix de 5 €, contact par mail auprès de l'éditeur : Les.passerelles.laposte.net

"Adieu la vie courante", d'Hugo Fontaine


En général, je préfère lire aujourd'hui la poésie qui me surprend, la poésie qui court-circuite ma lecture. Et comme je lis vite, et bien que je lise beaucoup de poésie, ce n'est pas tous les jours la surprise.

Avec "Adieu la vie courante", d'Hugo Fontaine, publié par les Éditions Gros Textes, je ne suis pas déçu. Une fois que j'ai fini de lire chaque (ou à peu près) poème publié dans ce petit volume, rempli à ras bord, je me dis : et maintenant, comment est-ce que je pourrai assembler toutes les pièces du puzzle éparpillé ? Et ça résiste. Et j'y arrive pas vraiment. Eh bien, voilà justement ce qui me plait dans cette poésie-là.

Extrait de "Adieu la vie courante", d'Hugo Fontaine :

"c'est difficile de mettre un terme à un texte
devant un insecte qui te regarde finir
je l'écrase point final,
c'était un insecte volant
qui faisait la taille d'un avion,
j'étais une fourmi
qui rêvait de changer de fourmilière

cut

me voilà à l'aéroport,
les hôtesses de l'air étaient montées sur des
carrés de sucre

atterrissage

j'aimais les cigales de Barcelone

c'est difficile de mettre un point final à ce texte
de retour à Pigalle, page blanche
j'étais un enfant difficile, qui écrasait
des
insectes"

La préface de "Adieu la vie courante" est de Lucien Suel. Les illustrations de première et de quatrième de couverture sont de Camille Nicolle.

Si vous souhaitez vous procurer "Adieu la vie courante", d'Hugo Fontaine, qui est vendu au prix de 6 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : https://sites.google.com/site/grostextes/publications-2019-1/fontaine-hugo

dimanche 24 mai 2020

"Poste restante", d'Oriane Papin


Premier recueil édité d'Oriane Papin, publié dans la collection Polder de la revue Décharge, "Poste restante" renvoie à une romance d'été vécue entre adolescents, dont la personnalité des protagonistes n'a que peu d'importance. Cette romance pourrait tout aussi bien n'avoir jamais existé. Ou différemment.

L'histoire commence quand tout est fini, ou plutôt, quand rien n'a commencé. Ce tissu de contradictions est là pour décrire du dedans la séparation. Ce que ça produit sur l'âme. Ni plus ni moins. Pas de pleurs ici, que de la distance, mais de l'émotion.

Oriane Papin met ses mots au service de sa sensibilité d'une assez exceptionnelle justesse. C'est clair, net et précis.

Extrait de "Poste restante", d'Oriane Papin :

".08.

Je te veux pour moitié
celle des rayons sombres
que les volets mi-clos
dessinent à même la peau

le murmure qu'on devine
sous le buvard posé
contre les lignes qu'on ne lira jamais

le sable à marée haute
et les rochers perdus
comme main qui s'éloigne
pour mieux garder la mer

et la tienne qui revient
pleine d'odeurs étrangères
repousser l'horizon
et de la soif
faire terre."

La préface est de Sylvestre Clancier. L'illustration de la première de couverture de Sophie Belle.

Si vous souhaitez en savoir plus sur "Poste restante", d'Oriane Papin, qui est vendu au prix de 6 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : https://www.dechargelarevue.com/-La-collection-Polder-.html

"La ballade de Ridgeway Street", de Samuel Martin-Boche


Premier recueil édité de Samuel Martin-Boche, publié dans la collection Polder de la revue Décharge, "La ballade de Ridgeway Street" est une évocation des souvenirs d'études de l'auteur en Irlande.

Dit comme ça, ça ne semble pas très excitant, si je puis dire. mais la référence à une période de la vie de l'auteur (début de ce vingt et unième siècle ?) est loin d'être la plus importante ici Ce qui l'est, par contre, c'est l'évocation d'un pays, l'Irlande, que Samuel Martin-Boche a eu le temps d'apprendre à connaître bien, en le sillonnant. D'ailleurs, tous les poèmes renvoient à un lieu précis. 

Et plus encore, ce qui est important, c'est de traduire en mots ce qui fait l'âme de l'Irlande. Ce mélange de pluie, de vent, de brouillard, de métal rouillé. Toute une collection de sensations plutôt désagréables qui, contre toute attente, finissent par provoquer l'attachement pour ces lieux qui s'empare de soi. Un rêve de pureté, peut-être, qui s'allie à une soif de liberté plus certaine. Un pays idéal pour un jeune aventurier. 
L'auteur dans son imperméable, évoqué au détour  d'un poème, m'évoque l'image d'un Corto Maltese.

Dans ses poèmes, Samuel Martin-Boche, par la minutie de ses souvenirs, par cette manière de retrancher en accumulant les détails vers à vers, parvient à restituer l'esprit de l'Irlande.

Extrait de la "Ballade de Ridgeway Street", de Samuel Martin-Boche :

"Au printemps bruyères aubépines et genêts
sur la lande brune
entonnent un hymne ancien
derrière la voix du vent le long
des murets de pierre sèche éboulés
leurs paroles t'échappent
elles s'éteignent sous les mousses
ou dans les tourbières fragiles
comme ces fleurs de coton qui poussent
à l'aventure joncs ou linaigrettes et
si tu ne t'es pas hasardé à les cueillir ce jour-là
l'air n'en continue pas moins
année après année
de battre la mesure

                            (Fleurs du Donegal)"

La préface est de Valérie Rouzeau. La première de couverture de Jean-Louis Magnet.

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"L'écorce rouge", de Murielle Compère-Demarcy


Ce qui frappe d'emblée dans "L’écorce rouge", de Murielle Compère-Demarcy, publiée par Z4 Editions dans sa collection "Les 4 saisons", c'est sa diversité formelle, puis sa permanence.

En ce qui concerne la diversité, tout d'abord, il est difficile d'enfermer "L'écorce rouge", qui occupe les trois quarts de ce volume, dans un thème précis. Les poèmes publiés ici ne sont pas davantage atteints de formalisme, ce qui devient plutôt rare, avec les recueils de poésie, que je lis habituellement.

La diversité de "L'écorce rouge", de Murielle Compère-Demarcy, prouve que l'écriture d'un poème est une façon de faire face au quotidien, une manière d'y résister, sans que la réponse soit forcément identique d'un jour à l'autre.

La part de l'intime (et de la douleur, parfois) semble avoir gagné en importance dans ce recueil, par rapport aux textes précédents de Murielle Compère-Demarcy. L'auteur, en tout cas, se confie davantage ici, plusieurs poèmes étant écrits à partir d'anecdotes du quotidien (visite chez le coiffeur, promenade avec un chien, par exemple).
De plus, plusieurs poèmes comportent des dédicaces.

À cette diversité s'oppose la permanence des préoccupations de Murielle Compère-Demarcy : l'écriture du poème vue comme une respiration qui permet l'en-marche, les retours de certaines formules (parfois issues de textes précédents, qui confirment la cohésion de l'univers de l'auteur), la présence de refrains dans un même poème, certains poèmes étant écrits pour être scandés : je pense tout particulièrement à "Espace électrique".

Enfin, la présence des oiseaux est presque obsédante, comme des signaux d'existence tracés dans le ciel pour qui sait les lire, et qui s'oppose, malgré soi, à la déshumanisation des villes.

À "L'écorce rouge" succèdent deux courts poèmes dictés par les circonstances ("Prière pour Notre-Dame de Paris" et "Hurlement" (en hommage à Patti Smith).

La préface à "L'écorce rouge" est de Jacques Darras. L'illustration de la première de couverture est de Jacques Cauda.

Extrait de "L'écorce rouge"", de Murielle Compère-Demarcy :

"Tu as cri en toi plus fort que la vie comptée, calculée, feutrée.

Enfant, tu croyais que les feuilles de l'arbre tombées y remontaient pour renaître au printemps, ailes enflammées aptes à faire entrer sur terre l'éternité, par les voies du ciel naturel.

Arbres, de part et d'autre des fenêtres, la vie vous donne sève de lumière, des pieds à la tête. Tu te rêves analogue à leur double règne, ancrée dans la terre, dressée sur des racines aériennes. Toi, larve de libellule dans l'eau, demoiselle dans l'air..."

Si vous souhaitez vous procurer "L'écorce rouge", de Murielle Compère-Demarcy, qui est vendu au prix de 15 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : https://z4editions.fr/publication/lecorce-rouge-suivi-de-priere-pour-notre-dame-de-paris-hurlement/

mardi 28 avril 2020

"Intailles photoniques", de Pierre Gondran dit Remoux


Publié par les Éditions Christophe Chomant Éditeur, dans sa collection poésie, "Intailles photoniques", de Pierre Gondran dit Remoux, est un recueil de poèmes divisé en quatre parties, - "La ville", "Toi", "La plage" et "En boite", dont la sobriété des intitulés contraste avec le titre général, aux termes plus rares : "Intailles photoniques", l'intaille étant une pierre fine et photonique, étant relatif aux photons.

"Intailles photoniques" est construit comme une suite de strophes en vers libres de cinq vers, respiration naturelle de l'auteur.

Si le début du recueil fait penser à un road movie, assez rapidement, le malaise apparaît, le lecteur ayant davantage l'impression d'une fuite que d'une quête d'aventures. D'ailleurs, cette fuite est aussi une tentative de sortir de la ville, vers l’extérieur (la plage), puis vers l’intérieur (la boite de nuit).

Tout au plus observe-t-on que le monde urbain est un lieu de rencontres. De ce monde ressort une vision, la plupart du temps, artificielle, lumineuse donc, mais surtout en lumière électrique.

Pierre Gondran, dit Remoux, a le sens des détails (photoniques !). Ainsi, cette vision atomique des choses, qui est traduite par l'usage de certains mots rares, n'est pas si négative qu'elle en a l'air. C'est plutôt la traduction d'un monde dépersonnalisé, car moderne. Et aucun doute sur le fait qu'il s'agisse de poésie.

Ci-dessous, un court passage de "Intailles photoniques", de Pierre Gondran dit Remoux :

"Parcourant la ville, enveloppé
De lumière sodique
Je disparais en un plan coloré
Bidimension sans chair
Où tu m'as croisé d'une ligne diamantine


*

Sous la nuit des reflets
Tu as offert l'envers de ton poignet
À mon baiser
Sans arbre, sans lune
Dans la forêt des néons bleus verts


*

Sueur de sueur
Dans la lumière hachée
Ton corps si près si loin
Le son épais entre nous
Qui nous enserre et nous relâche sans trêve"

Si vous souhaitez vous procurer "Intailles photoniques", de Pierre Gondran dit Remoux, qui est vendu au prix de 13 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : http://chr-chomant-editeur.42stores.com/store/Boutique/Po%C3%A9sie

jeudi 19 mars 2020

"De l'étoffe dont sont tissés les nuages", d'Adeline Baldacchino

Publié par les Éditions "L'Ail des ours", dans sa collection Grand ours, "De l'étoffe dont sont tissés les nuages", "Carnets grecs", d'Adeline Baldacchino, est un recueil de poèmes d'amour.

Composé de cinq parties comportant chacune sept poèmes en vers libres (symbole d'un tout ?), "De l'étoffe dont sont tissés les nuages" propose cinq déclinaisons de l'amour, aux titres et sous-titres révélateurs, respectivement : "Fil de la contemplation / Métaphysique", "Fil de la révolte / Politique", "Fil du désir / Érotique", "Fil de l'extase / Esthétique" et "Fil de la puissance / Poétique"?.

Ce panorama de l'amour n'est pas seulement analytique ou descriptif, il s'agit d'une histoire intime complète qui n'écarte pas la lucidité de l'amour, ni les réalités de la vie, ni le caractère passager et fragile de nos histoires.

Bref, une vision complète de l'amour, confirmant par les mots les chiffres symboliques du recueil.

Chaque partie (dont la première de couverture) est précédée d’œuvres de Danielle Péan Le Roux.

"Heureux nous l'aurons été puisque
nous aurons été ces amoureux saisis
de plaisir et l'éternité nous aura
tout donné puisque nous aurons
dans un futur à tout jamais antérieur
écrit ces pages et qu'elles seront
ce qui restera de plus sûr de nous
jusque dans l'oubli de nous-mêmes
et quand la nuit
viendra comme inexorablement
viennent les monstres et les fées
nous serons prêts."

Si vous souhaitez en savoir plus sur "De l'étoffe dont sont tissés les nuages", d'Adeline Baldacchino, qui est vendu au prix de 6 € (+ 1,50 € de frais de port), contact par courriel auprès de l'éditeur : aildesours02@orange.fr

mercredi 18 mars 2020

"Anagrammes", de Julien Boutreux


Publié par les Éditions "Lunatique", dans sa collection "Les mots cœurs", "Anagrammes" est un recueil de phrases de Julien Boutreux qui constituent, comme son titre l'indique, des anagrammes.

Il ne me paraît pas inutile d'en rappeler une définition. Je vous demande pardon si elle vient de Wikipédia, c'est pour donner l'idée générale : "construction fondée sur une figure de style qui inverse ou permute les lettres d'un mot ou d'un groupe de mots pour en extraire un sens ou un mot nouveau".

Ce recueil, idéal pour le lecteur pressé, se compose donc de soixante phrases environ, accompagnées d'un titre, et personnellement, si j'éprouve des regrets, c'est qu'il n'y en ait pas davantage...

Mais une anagramme ne se trouve pas comme ça. Cependant, ici, sa valeur poétique et caustique en sort démultipliée.

Quelques exemples :

"Secret de famille

Mon oncle est un clone.


*

Invasion

Un minaret martien.


*

Drame paysan

Grâce à ma carabine j'ai obtenu un prêt bancaire pour acheter un hectare.


*

Prostate

Mon urine me ruine.


Si vous souhaitez vous procurer "Anagrammes", de Julien Boutreux, qui est vendu au prix de 6 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : https://www.editions-lunatique.com/anagrammes

dimanche 1 mars 2020

"L'Époque 2018", de Barbara Auzou et Niala


Publié par les Éditions Traversées, "L'Époque 2018" (sous titré Les Mots Peints), de Barbara Auzou et Niala (alias Alain Denefle) comprend une suite de trois cycles, intitulés "L'Époque 2018", "Autan Occitan" et "Notre Jardin bleu".

Il m'arrive très rarement de lire des recueils de poésie dans lesquels illustrations et poèmes soient aussi inséparables. Je veux dire par là que pour se pénétrer de l'ambiance des textes publiés ici, il faut déjà observer attentivement les illustrations avant d'aller lire les poèmes correspondants.

Le poème n'est d'ailleurs pas le décalque fidèle de l'illustration (acryliques sur toiles ou contrecollés). Cependant, il est la traduction fidèle de son univers.

Le monde de "L'Époque 2018" peut être qualifié d'onirique, de consubstantiel à la nature (couleur verte dominante), de sensuel (représentation de nombreux nus féminins), voire de mystique (élévation des personnages et des choses).

Dans "Autant occitan" et "Notre jardin bleu", les représentations sont moins humaines, tandis que le soleil et l'eau se mélangent davantage à la nature.

Il résulte de ces univers peints des poèmes visuels résolument lyriques, aux images volontiers baroques, mais qui ne sont pas dépourvus de mouvements, ce qui donne à ces textes leur puissance, et une respiration ample.

Le résultat est un recueil ambitieux qui a su retenir mon attention de lecteur, car, mine de rien, il s'y passe plein de choses.

Extrait de "L'Époque 2018", de Barbara Auzou, "Notre jardin bleu 1" :

"Au bout de la route franche
qu'on ne foule que de l'âme
sur les courbes de l'unité et de la spontanéité du geste
se trouve un jardin bleu dont la hanche
tremble comme une mariée aux pieds nus
et qui s'émeut de la caresse
d'écume à ses cheveux et de la rondeur
de ses larmes quand le gant de lierre
qu'elle retourne la détrousse dodue
de ses solides trésors d'enfant
tressés sur les mystères
d'un rire innocent.

Les arbres déroulent leurs arbres au flanc
d'un tendre abri. Que célébrer sinon la vie
et la pensée que l'on existe maintenant
la fleur le sein le fruit en leur juste poids
les mousses de la douceur sur le velours de l'appui ?

L'azur croît pour soutenir la lumière
des mains réciproques qui s'enroulent au hasard
saisonnier des moissons à venir.
Des greniers de la peau qui s’étonnent encore
de leur réserve de sel s'échappent des bourgeons de rires
et quelques boutons d'or."

Si vous souhaitez en savoir plus sur "L'Époque 2018" de Barbara Auzou et Niala, qui est vendu au prix de 20 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : http://traversees.wordpress.com/a-propos/

dimanche 23 février 2020

"Borne 45", de Denis Hamel

Publié par les Éditions du Petit Pavé, dans sa collection "Le Semainier", "Borne 45", de Denis Hamel est décrit comme un récit de voyage, dans la préface de Claire Ceira.

Pourquoi pas, mais moi j'y verrais plus volontiers une confession écrite en vers libres, celle de la borne 45, 45 étant l'âge de l'auteur quand il a écrit ces poèmes.

Délaissant des textes au contenu plus expérimental, Denis Hamel exprime ici avec clarté ses doutes et sa lassitude existentiels, voire aussi son... amour (hé oui : il y a un beau poème d’amour, là-dedans !). Il en profite pour dresser le bilan d'une moitié de vie.

C'est marrant : il y a des recueils qui veulent faire ensemble et qui n'y parviennent pas, malgré les efforts produits par leur auteur. Et là, c'est tout l'inverse : ces moments décousus, qui sont autant de poèmes, forment un véritable ensemble.

Extrait de "Borne 45", de Denis Hamel :

"profession de foi

comme si je pouvais prendre des mots
les jeter sur le papier
et faire quelque chose de beau

les gens diraient c'est bien c'est
comme si les mots étaient vivants
et depuis des années je fais comme si

écrire à partir de l’espérance ou son contraire
faire fleurir un lotus dans la boue et l'ordure
étaient des occupations justifiées

pour archiver des perceptions
je fais avec peu je me protège du bruit de tout
ce qui est écrit sur la pierre repose dans le végétal

les convulsions du monde ne me concernent pas
Poésie nous apporte du bien à tous
(PS : unless one has some other motive for its use)"

L'illustration de couverture est de Marie-Anne Bruch.

Si vous souhaitez vous procurer "Borne 45", de Denis Hamel, qui est vendu au prix de 8 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : http://www.petitpave.fr

lundi 17 février 2020

"Un soleil que j'essaie d'écrire", de Khaled Youssef


Publié par l'éditeur italien Kolibris  en version bilingue français italien (traduction de Chiara de Luca), "Un soleil que j'essaie d'écrire", de Khaled Youssef se partage entre courts poèmes, récits de voyages, témoignages et photographies de l'auteur.

J'ai tout d'abord été séduit par l'objet livre (12 cms X 17 cms, couleur du papier), ainsi que par la qualité poétique des photographies couleur (avec ou sans bulles de savon).

Quant aux poèmes, j'ai tout simplement apprécié leur sobriété et leur simplicité.

Par exemple, dans :

"Il a pleuré toutes les larmes de son corps
Pour quelque chose qui n'existe que dans sa tête"

"Le poète est un hors-la-loi; il défie l'autorité du familier,
Esquive les forces de la routine,
Et vend des rêves dans le marché noir de la nuit"

"Chaque fois que j'essaie d'écrire
Je compte les visages que la vie a dessinés sur mes mots"

À lire également, dans ce volume, le témoignage de l'auteur sur l'attentat de Nice le 13 juillet 2016, intitulé, non sans humour,  "Réfugiés chez un syrien" (pays d'origine de l'auteur).

"Un soleil que j'essaie d'écrire", de Khaled Youssef est en son entier un appel à la tolérance, à la compréhension mutuelle.

Si vous souhaitez en savoir plus sur "Un soleil que j'essaie d'écrire", de Khaled Youssef, qui est vendu au prix de 15 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : http://edizionikilobris.net/

jeudi 6 février 2020

"L'affolement des courbes", de Marc Tison


Publié par les Éditions "La chienne Édith", "L'affolement des courbes", de Marc Tison, est, comme son titre l'indique, un recueil de poèmes plutôt énervé.

Faut dire qu'il y a de quoi : inégal partage des richesses, pollution de la planète, terrorisme, racisme, marketing à outrance, etc.

En ce sens, les poèmes de Marc Tison sont des textes engagés réussis.

Mais la caractéristique principale du recueil ne me semble pas être là. Il s'agit surtout d'une question de contraste. Ce qui se remarque d'abord, dans les poèmes de Marc Tison, c'est leur révolte, leur rage.
Cependant, le lecteur aurait vite fait de passer plus facilement à côté des poèmes plus cool, de vraie détente, de jouissance de l'instant.

Par exemple, extrait de "L'affolement des courbes", "Les chemins de Los Guajares", de Marc Tison :

"Dans les chemins d'escarpe de Los Guajares
À l'aube encore fraîche
On entend le choc des outils de fer contre la terre
Sèche
Rebelle
Plantée de cailloux qui cernent les figuiers

Dans la sierra
Plus haut que le monde
Des silhouettes accrochées au ciel

Sur les terrasses brûlées de poussières
Que l'on garde parce qu'il le faut
Parce que les amandiers sont là depuis toujours
Que les ânes connaissent le sentier
Que les mains épaisses des hommes sinon aussi sécheraient"

La quatrième de couverture est de Franco Mannara.

À signaler l'originalité de la maquette de Jean-Jacques Tachdjian, dans laquelle, au fil des pages, les courbes (et les traits) s'affolent entre les mots.

Si vous souhaitez en savoir plus sur "L'affolement des courbes", de Marc Tison, qui est vendu au prix de 10 € (+ 3,80 € de frais de port), contact de l'éditeur : laniche@lachienne.com et sur le site de l'auteur : https://marctison.wordpress.com/

mercredi 22 janvier 2020

"Ganaha", de Florent Toniello


C'est une des rares fois où je chronique un roman, s'agissant de "Ganaha", de Florent Toniello, publié par les Éditions Jacques Flament.

Il faut dire que Florent Toniello est plutôt connu dans le réseau poétique, jusqu'à présent, pour avoir publié des poèmes.

Sous-titré avec humour "Un conte futur dans une langue passée", ce premier roman tient à la fois de l'utopie (avec des airs, peut-être, de "Paul et Virginie", de Bernardin de Saint-Pierre) et de la science-fiction. 

En effet, l'auteur décrit les rapports entre deux mondes. Le premier monde est moins "moderne" que le nôtre, mais il s'agit surtout d'un monde décroissant, dans lequel les gens - des îliens - ont appris à vivre libres et heureux, au rythme de la lumière, des produits de leurs pêches.

Le deuxième monde est un univers à la 1984, dans lequel les machines ont pris le contrôle des hommes.

Entre les deux mondes, la communication a lieu par les failles spatio-temporelles.

Je précise, même si cela semble être une évidence, que le cœur du narrateur bat pour le monde décroissant. Je n'en dirai pas plus, sous peine de déflorer l'intrigue.

Tout de même, la poésie est loin d'être absente de ce texte, puisque les principaux protagonistes de l'histoire écrivent de la poésie, plutôt expérimentale, d'ailleurs.

Plus qu'une toile de fond, la poésie constitue la principale respiration de "Ganaha".

Extrait de ce roman, un poème :

"brûle des électrons écartelés, corps à vif dégingandé
dans la vitesse impossible, douceur sucrée sous la langue.
je emplie d'amants, je vide de désir, science rude mélange
de mes atomes crochus, secoués, à petit feu distendue.
la lumière au bout du tunnel, vaste hypocrisie, ignominie
rassurante, je hurle au vent des ères, piétine les mémoires.
je pénètre les trous noirs de ma chair, suis l'ange des temps
nouveaux, prêtresse des plans astraux, bouton d'arrêt,
simulation off, moi, toute-puissante, démembrées dans l'éther."

Si vous souhaitez en savoir plus sur ""Ganaha", de Florent Toniello, qui est vendu au prix de 15 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : https://www.jacquesflamenteditions.com/378-ganaha/

dimanche 5 janvier 2020

"Le souci du bien", de Xavier Frandon


Après "L'adieu au Loing" (que j'ai édité à l'enseigne du "Citron Gare" en 2016) et "Le caractère sacré", Xavier Frandon publie ici son troisième recueil de poèmes aux Éditions du Cygne.

Et le moins que l'on puisse dire, c'est que son titre - "Le souci du bien" - se justifie vraiment.

Si j'ai retrouvé inchangé le style de Xavier Frandon, à la fois dans la forme des poèmes (assez courts poèmes en vers séparés par des strophes à peu près régulières) et dans le fond (ironie devenue rire, mélange de formules concrètes et abstraites), l'auteur, avec ces nouveaux textes, semble être passé du côté pile (le sombre) au côté face (le clair).

En effet, cette suite de poèmes décrit le bonheur de l'auteur de renouer avec l'enfance, à travers son expérience de la paternité, ce goût retrouvé des choses simples de la vie.
L'occasion d'opérer un retour sur le passé, à la campagne plutôt qu'à la ville et de se projeter dans le futur de la vieillesse, avec la satisfaction du fait accompli.

La clarté du sujet passe dans les poèmes. Et tant pis si la poésie est moins performante que la réalité - du moins, c'est ce que dit le poète dans plusieurs de ses textes - puisque la poésie parle de la réalité.

Extrait de "le souci du bien", de Xavier Frandon :

"J'ai la chance de bénéficier de votre enfance
Alors si vous me l'excusez, je tente une poésie

De là où nous sommes,
C'est-à-dire aujourd'hui
Il n'est de sujet que la vie

Mais des vieillards ou des bébés
De tous les animaux
Et de toutes les espèces
Je n'en connais pas lourd

Demain il fera beau
Et après-demain aussi

Des boucles d'or, des rires de pluie
Des danses qui se pâment
Des bisous dans le cou

Des bras qui se tiennent aux choses."

Si vous souhaitez en savoir plus sur "Le souci du bien", de Xavier Frandon, qui est vendu au prix de 10 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : http://www.editionsducygne.com/

jeudi 2 janvier 2020

"Urangst", de Julien Guezennec et Marc-Albéric Lestage


Attention : beau livre d'artiste !

"Urangst" est constitué de quinze images en couleurs ou noir et blanc, de Julien Guezennec, accompagnées de poèmes de Marc-Albéric Lestage, le tout figurant dans un grand format paysage carré (21 cms X 21 cms).

Les illustrations de Julien Guezennec sont plus précisément des "photogrammes ou chimigrammes transformés par la suite en caissons lumineux", dont le format original est de taille humaine.

Et pour cause : les motifs des photogrammes, le plus souvent reconnaissables, sont ceux de corps humains apparaissant en transparence.

L'effet artistique et poétique de ces images est indéniable, puisqu'il évoque quelque chose d'à la fois très proche de soi et d'inconnu : la vie d'avant la naissance, la position des corps avant ou après l'amour. Tout ce qui, caché, soudain, est révélé en pleine lumière.

Les poèmes de Marc-Albéric Lestage saisissent avec justesse ces instants de fragilité, de peur ancestrale (traduction du titre : "Urangst"), d'effroi, mais également de recomposition de soi.

Extrait de "Urangst" :

"Spero Lucem

J'oublierai l'enjeu
           du lendemain

cette aspérité singulière
         disséquée par chaque
demi-sommeil

bref prélude au départ

césure amniotique
                   douceur
         fragilité

devant ce qui s'affirme
            ce qui rôde

à l'interstice des
          volutes refroidies
                   tatouant la paroi

reconnaissance
          ou bien mirage ?"

Si vous souhaitez en savoir plus sur "Urangst", de Julien Guezennec et Marc-Albéric Lestage, qui est vendu au prix de 15 € (+ 5 € de frais de port), contacts : http://www.julienguezennec.com/ et http://www.marcalbericlestage.com/