samedi 2 juillet 2022

"Les nocturines", d'Yve Bressande

 

Écrire comme une envie de pisser : jamais cette image n'aura été si justifiée qu'en parlant de "Les nocturines" (joli jeu de mots pour un joli titre, au demeurant).

En effet, ce recueil d'Yves Bressande, publié par Milagro Éditions, comprend de courts poèmes qui évoquent ces instants de la nuit, découpés en saisons, durant lesquels le poète se lève pour aller pisser.

Il en profite, le poète, pour faire le tour de son domaine extérieur (ce qu'il y a autour de lui) et intérieur : l'occasion rêvée pour faire preuve, lorsqu'on est pris en flagrant délit d'impudeur, d'humour et d'autodérision sur sa condition d'humain limitée.

Avec ces poèmes, Yves Bressande ne s'embarrasse pas de fausse poésie. Il va droit au but. Faut dire qu'il y a déjà assez de poésie dans la réalité :

Extrait de "Les nocturines", d'Yves Bressande :

"21 juin - 01 h 66

Fête de la musique des poules
à peine nuit que déjà
circulez braves gens
pas moyen de s'endormir
descendre à poil dans le jardin
penser trop tard à la caméra du voisin
il aura mon cul en photo"

Le dessin de couverture est de Paula Cohen.

Si vous souhaitez vous procurer "Les nocturines", d'Yves Bressande, qui est vendu au prix de 15 €, rendez-vous sur le site des éditions : https://milagro-editions.com/livres/les-nocturines/

lundi 13 juin 2022

"Autour du pot", de Marc Tison

 

Publié par les Éditions MTNGMT, dans sa collection "Les phonations flexibles", "Autour du pot", de Marc Tison, est un recueil de poèmes futuristes et spatialistes, qui sont surtout remplis d'espoir.

Futuristes, parce que les poèmes ont pour décor un espace urbain ultra moderne (déjà le nôtre !), et spatialistes, parce qu'ils décrivent de grands ensembles et montrent de vastes perspectives.

Alors que d'habitude la ville est connotée de manière négative, quand le stress, la pauvreté et la surveillance dominent, ici, l'apport de ces poèmes est bien de considérer la ville comme un réservoir de solidarités possibles, porteuse d'espoirs, d'une sorte de "Soft power", plutôt que d'une révolte assassine.

Marc Tison donne vie à ces espaces que nous traversons chaque jour. Pour une fois qu'il n'est pas question des seules nature et campagne dans des poèmes au conformisme désuet !

Ici, les poèmes sont brillants, car axés sur la lumière et la verticalité. Le style de l'auteur, aisément reconnaissance, participe beaucoup de cette fête moderniste.

Extrait de "Autour du pot", "Souvent", de Marc Tison :

"Des harangues hallucinées oppressent le sens commun d'humanité
L'asservissement des peuples de nature
Dans les vents de foehn et de poussières

Que s'élèvent et ses dispersent ces humeurs disloquées
Sur le couchant démesuré du soleil
Qui abrogera nos hontes

Des fleurs poussent dans les fissures des trottoirs
Malmenés par les contrastes thermiques irrévocables
Des mégapoles affolées
Incontrôlables

            Où est l'engagement cellulaire de nos gestes
            Qui récuse nos artefacts
            Où sont les pensées de nos nerfs
            Qui flambent les détestations

Les rêves éloquents s'évadent
Fécondent en fragments de mémoire l'attente
Des jours inertes

On voudrait s'aimer mais il est trop tard

Souvent."

La mise en page et le calligraphisme de ce recueil sont de Jean-Jacques Tachdjan.

Si vous souhaitez vous procurer "Autour du pot", de Marc Tison, qui est vendu au prix de 10 €, rendez-vous sur le blog de l'auteur : https://marctison.wordpress.com/publications-librairie/

samedi 28 mai 2022

"Kaïros", de Nathanaëlle Quoirez

 


Publié par la revue Décharge dans sa collection Polder, "Kaïros", de Nathaëlle Quoirez est un recueil publié qui sort de l'ordinaire.

En effet, chaque poème de ce recueil, associé à des heure et minute bien précises, celle de son écriture ou de la révélation qui la précède de peu - d'où le titre "Kaïros" - m'a paru être un précipité de poésie, qui décourage l'analyse.

La signification de chaque poème résiste et pourtant, j'y reviens en lecture, car il y a des passages qui me saisissent et aussi parce que les images s'y succèdent avec exubérance.

Ça devient rare, une poésie coup de poing comme celle-là, qui explore le spectre d'une révolte essentielle.
Et pourtant, la poésie devrait être un espace de liberté, dans lequel tout est permis.

Et finalement, je me laisse emporter par le flux de ces poèmes qui, souvent, bousculent les mots dans leur confort, notamment par l'insertion de néologismes.

Extrait de "Kaïros", de Nathanaëlle Quoirez :

"22 h 24

le bien du monde
petit chagrin de paume
d'enfant tout déchiré
que dans le sang qui cogne
que bruit trop fort de cœur
alors j'ai de visage
une couleur pétale
défigurée par la passion
je suis une héliotrope
au cul des prophéties
on m'a versée dans le futur
sans me sevrer de la présence
je demande eau et pain
le sucre à la cuillère
et la main pour bâillon
car je suis un mot de vérité
qui silencie et fait peur au vacarme
je tiens une taverne de pleurs et de tarlouzes
au noce du croissant c'est-à-dire à la nuit
ne me regardez pas par le trou d'équipage
j'appellerai les flics à vos secousses d'intrusion
elles viendront hordes bodybuildées
mes pousseusses de fontes
à caractère verbaliser
pistolet de marquage
sur la cuisse du porc
de vous nous sommes les exclues
et vous avez gardé nos larmes
je prie contre vos cooptations
contre votre servage d'idiotie
je somme la pluie de caillasser
sachez que mon dieu n'a qu'une seule religion
s'entourer près du feu d'un chant traditionnel."

La préface est de Milène Tournier, l'illustration de couverture de Quentin Désidéri.

Si vous souhaitez vous procurer "Kaïros", de Nathanaëlle Quoirez, qui est vendu au prix de 6 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : https://www.dechargelarevue.com/Polder-194.html

"Prolégomènes au huitième manifeste", de Jehan Van Langhenhoven

 


Nostalgie, quand tu nous tiens !

Publié par les Éditions de l'Harmattan, dans sa collection "Poètes des cinq continents", "Prolégomènes au huitième manifeste", de Jehan van Langhenhoven, est un hommage rendu au surréalisme et à ses poètes précurseurs (Rimbaud, Lautréamont par exemple).

Ce livre, divisé en deux parties, respectivement dénommées "Prolégomènes au huitième manifeste", suivi de "Du surréalisme raconté à Mamadou Slang et à sa bande au Rendez-vous des amis", fonctionne à la manière d'une rétrospective cinématographique, ce qui donne à ce livre une légèreté qui aurait pu lui échapper, dans un hommage plus frontal, monolithique.

Dans les fragments en prose (ou en vers) qui composent chacune des deux parties du livre, sont cités des vers d'œuvres surréalistes et/ou des anecdotes de quelques temps forts du mouvement.

La deuxième partie est encore plus originale puisque, comme son titre l'indique, une tentative d'explication du surréalisme a lieu auprès de plus jeunes générations.
Cette tentative n'est pas totalement vaine, car même si les repères culturels sont différents, l'état d'esprit peut toujours se retrouver, avec cet amour de la liberté, irréductible, du moins dans la tête.

À signaler également que dans ce livre, les récupérations du mouvement surréaliste (la bourgeoisie de ses fondateurs, le stalinisme d'Aragon et d'Éluard) ne sont pas escamotées, mais plutôt soulignées avec humour.

Avec ses "Prolégomènes au huitième manifeste", Jehan van Langhenhoven prêche un converti.

Extrait de "Du surréalisme raconté à Mamadou Slang et à sa bande au Rendez-vous des Amis" :

"Le Surréalisme, c'est Aragon désireux de gifler un mort, iconoclastie majeure, et Breton, sublime éclaireur sans relâche à la manœuvre systématiquement ratant ses rendez-vous avec l'Histoire. Le surréalisme c'est Salut les gars de Ménilmontant tout le monde en piste… le juke-box de nouveau faisait rage et pour eux le surréalisme c'était moi… Ptérodactyle attardé encombré de bons mots et de citations au cœur d'un monde où le livre, comme le politique - à l'exception du refus du bourge ! - et L'Histoire ne pouvait que s'avérer interdit de séjour. Aussi comment, mesurant la totale inadéquation et pourquoi impudeur de mes paroles, ne pas ici enfin me souvenir du Capitaine Nemo proférant : Mon électricité n'est pas la vôtre…"

Si vous souhaitez vous procurer "Prolégomènes au huitième manifeste", de Jehan van Langhenhoven, qui est vendu au prix de 9 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : https://www.editions-harmattan.fr/livre-prolegomenes_au_huitieme_manifeste_ente_de_jehan_van_langhenhoven-9782343235059-70717.html

"Joseph Karma", de Denis Hamel

 


Publié dans la collection "Derrière les pages du Semainier", par les Éditions du Petit Pavé, "Joseph karma", est, comme le précise la quatrième de couverture, "un récit autobiographique en partie fictionnel."

Pour une fois, vous me reprocherez peut-être de ne pas trop me fouler, mais je continue de citer cette quatrième de couverture qui dit très bien les choses, et à laquelle je ne pourrai rien ajouter de plus précis : "Le narrateur y conte les déboires, déconvenues, désillusions du personnage éponyme, un anti-héros, double de l'auteur Denis Hamel."

Si je parle donc de ce livre, c'est parce que j'ai aimé le ton employé par l'auteur dans ces pages : écriture sans fard, mais précise, pas d'apitoiement, ni de haine contre une société si peu "compréhensive", ce qui pourrait pourtant se concevoir.

À titre d'exemple, ce passage : "Il y eut d'autres déceptions, d'autres ratages, et les choses allèrent de mal en pis. Non seulement il était de plus en plus solitaire et isolé, mais il renonça bientôt à faire le moindre effort pour sortir de cette situation."

Cependant, si Joseph Karma ne cherche pas des excuses quant à sa vie. de manière en apparence paradoxale, c'est sans doute dans le domaine artistique que ses opinions sont les plus tranchées et sévères. Mais là encore, cela peut se comprendre, d'autant plus qu'il y a effectivement du vrai là-dedans :

"Sa poésie [celle de Joseph Karma], plutôt classique, était en contradiction totale de la plupart des éditeurs et revues subventionnés, qui privilégiaient un formalisme basé sur la primauté du signifiant et dénigraient les notions d'émotion et d'expérience vécue, dans la lignée des objectivistes américains et de la poésie conceptuelle [...]"

En annexe à ce récit, est publié un "Échange avec Denis Hamel, par Loan Diaz, pour la revue Poetisthme (mai 2021)."
L'illustration de couverture est de Marie-Anne Bruch.

Si vous souhaitez vous procurer "Joseph Karma", de Denis Hamel, qui est vendu au prix de 12 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : https://www.petitpave.fr/petit-pave-joseph-karma-890.html

"Un nerf de famille" et "Broutilles", de Tom Saja

 



Il m'a été impossible de "départager" ces deux recueils de Tom Saja, publiés en même temps. C'est pourquoi je parle ici de tous les deux.

"Un nerf de famille" a été publié par les Éditions Balade à la Lune, tandis que "Broutilles" a été publié par Bruno Guattari Éditeur, dans sa collection Cahiers [appareil].

Formellement, ces deux livres n'ont rien à voir.
"Un nerf de famille" est composé de courtes proses, et tient plus du recueil conceptuel, car derrière le nerf, dont il est partout question ici, se cache bien autre chose.
"Broutilles" est, quant à lui, composé de poèmes en vers libres, et comporte cinq parties, qui n'ont pas de rapports apparents entre elles.

Au-delà de ces différences, "Un nerf de famille" et "Broutilles" ont, à mes yeux, un point commun essentiel, puisque le thème sous-jacent de ces deux livres me semble être les origines.

Tom Saja explore ainsi son côté "bandit," rebelle, sauvage, qui m' a rappelé l'exploration de Rimbaud dans "Une saison en enfer".

Cependant, que ce soit dans "Un nerf de famille" ou dans "Broutilles", il n'y a rien de dramatique dans cette recherche, rien de vital. Ou bien alors, ça passe en douce, avec philosophie, avec, tout de même, quelques formules qui claquent bien.

Alors qu'il s'agit seulement des deuxième et troisième recueils publiés par l'auteur, je suis étonné par leur sens de l'équilibre, la précision de l'écriture aussi. Dans ces deux textes, il n'y a rien de trop, mais tout de même ce qu'il faut.

Extrait de "Un nerf de famille", de Tom Saja :

"je me souviens, j'étais dans le paradis et des gens m'en ont sorti. des gens avec des blouses des pinces et des cernes sous les yeux. ils m'ont sorti parce que c'est leur métier que je puisse continuer hors du paradis."

Extrait de "Broutilles", de Tom Saja :

"ma barbe est fine encore
n'est pas né le rasoir qui
pourra la tailler
le coupe-chou qui saurait
reposer sur ma gorge
mon gras de poulet
sans tâter de la carotide
juste une goutte de sang
un filet de nectar rouge
et la terre tremblerait
avec mes ancêtres se retournant
dans leurs tombes
piaillant dans leurs cages thoraciques
s'arrachant les cuticules
à lacérer le bois de leurs cercueils
suppliant
de revenir à la ville
pour juguler mes velléités de
m'arracher à mes racines"

La photo de couverture de "Broutilles" est de Philippe Agostini.

Si vous souhaitez vous procurer "Un nerf de famille", qui est vendu au prix de 13,90 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : https://www.editions-ballade-a-la-lune.com/?pgid=kl9y0ffi-5506e2c4-388b-4bd9-b000-acb676d3037d
ainsi que "Broutilles", qui est vendu au prix de 10 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : http://brunoguattariediteur.fr

jeudi 28 avril 2022

"Fiefs", de Xavier Frandon

 

Publié par les Éditions du Cygne, dans sa collection "Le chant du cygne", "Fiefs" est le quatrième recueil publié de Xavier Frandon.

À cet égard, le titre de "Fiefs" renvoie à une réalité qui me parle : celle de chaque personne enfermée sans sa forteresse d'individualisme : voilà ce que donne la vie dans les villes, la majorité des personnes y habitant.

"Fiefs" de Xavier Frandon fonctionne donc comme une galerie de portraits réalistes, s'employant à montrer les contradictions de chaque personne, ses aspirations vers le haut, comme ses envies d'aller vers le bas.

Du point du style, "Fiefs" me semble être un retour aux sources (pour l'auteur, et par rapport à "L'adieu au Loing, que j'ai publié en 2016), vers plus de classicisme. Beaucoup de vers sont assonancés, et le rythme est très présent (au milieu du vers, par exemple).
Or, écrire une poésie classique avec un contenu moderne est quelque chose d'assez rare, aujourd'hui, pour être signalé.

Ainsi, le lecteur que je suis ne doute pas d'avoir affaire à de la poésie, même quand les vers ne sont pas rimés.

Extrait de "Fiefs", de Xavier Frandon :

"Même si la vie est complexe, difficile d'agir;
Il bosse de la nuit à la nuit, et le soir,
Il est saoul de fatigue. tout relâche, chez lui,
Ou dans un bar, où il embrasse ses amis.

Il laisse passer : ça passe. Après tout, c'est détente,
Pause connexe, et vide, à parler du boulot,
Mais un voyage ce serait super, et l'amour
Passe au loin : le Temps est si précieux.

Il prend l'air dans la nuit aseptisée de Paris.
Oh ! Voici une autre conversation sérieuse !
Il s'en fout, il se moque, essuie le sujet, passe

Du rire à l'obscurité. Puis, sans plaisir,
Une saine, et vague tristesse ramène le lendemain,
À neuf heures, le vieux petit garçon au bureau."

Si vous souhaitez vous procurer "Fiefs", de Xavier Frandon, qui est vendu au prix de 10 €, rendez-vous sur le site des éditions : http://www.editionsducygne.com/editions-du-cygne-fiefs.html