samedi 7 décembre 2019

"Géographies fugueuses", d'Éric Barbier


Publié par les Éditions Le Contentieux, "Géographies fugueuses", d'Éric Barbier, est une série d'histoires plus ou moins courtes, dont le début prend pied dans le quotidien et s'achève dans le fantastique, l'inexplicable, du moins.

Les personnages de ces histoires sont des solitaires, qui sont le plus souvent victimes du syndrome de l'invisibilité.

Il s'agit parfois d'écrivains ou d'artistes. Faut-il y voir une image de l'indifférence frappant les créateurs qui ne sont pas reconnus par leur public ? Pas certain.

En tout cas, ces textes se lisent bien et, mine de rien, parlent du monde d'aujourd'hui. 

Par exemple, la dernière histoire du volume constitue un témoignage sur l'écroulement de notre civilisation. Cette situation peu envieuse de ces créateurs solitaires (nous !) n'est-elle pas le reflet d'une situation bien réelle : leur nombre important, dans la société d'aujourd'hui, due à l'élévation du niveau culturel, favorisant leur anonymat ?

Extrait de "Géographies fugueuses", d'Éric Barbier, le premier paragraphe de "Pratiques" (je vous laisse deviner la suite) :

"Ce docteur, médecin généraliste en exercice depuis plusieurs années dans la ville de Salezan, jouissait d'une excellente réputation que certains de ses actes semblait renforcer. La salle d'attente de son cabinet était toujours bondée, ses journées s'allongeaient excessivement, le médecin aurait dû refuser de nouveaux patients mais il ne pouvait s'y résoudre et acceptait tous ceux qui se présentaient. Étaient plébiscités la qualité de son écoute, la sûreté de son diagnostic, sa patience et aussi sa fermeté quand celle-ci s'avérait nécessaire, son dévouement. Il était de plus un homme sympathique qui avait le don de par sa conversation de susciter la confiance des malades."

L'illustration de couverture est de Pascal Ulrich (décédé voici maintenant 10 ans).

Si vous souhaitez en savoir plus sur "Géographies fugueuses", d'Éric Barbier, qui est vendu au prix de 10 €  (10 € seulement pour un volume de 111 pages), rendez-vous sur le blog de l'éditeur : https://lecontentieux.blogspot.com/

jeudi 7 novembre 2019

"Tercets du dimanche", de Thierry Radière


Quand je lis "Tercets du dimanche", de Thierry Radière (publié par les Éditions Gros Textes), c'est bizarre mais je lis plutôt "Tiercé du dimanche". Je ne pense pas que cela soit trop grave, d’autant plus que cette confession me semble éclairer en partie le contenu de ce livre.

En effet, cet ensemble de courts poèmes de trois vers - des tercets - est l'occasion de retourner au folklore des souvenirs d'une génération (celle des années soixante-dix), dont peut tout à fait faire partie le "tiercé du dimanche", mais aussi la messe, le film à la télé, la lessive, Starsky et Hutch. Tout un tas de choses bien ordinaires qui font que, malgré tout, les dimanches ne sont pas des jours comme les autres.
Ce sont, bien sûr, des moments de repos, mais aussi d'angoisse, le soir, si l'on embraye sur une nouvelle semaine de travail ou d'école.

Toutefois, il semble moins évident que les dimanches servent également à rêver d'autre chose.

Extrait de "Les tercets du dimanche", de Thierry Radière :

"On dirait qu'il y a dans la maison
dès que le générique retentit
une autre musique que chacun garde pour lui."

"A-t-on inventé ce jour
pour donner une pointe d'espoir à la vie
des travailleurs bien tranquilles ?"

"En un rien de temps 
quelque chose se glisse dans les cœurs
et ne veut plus partir"

"Si proche les uns des autres
qu'un goût de malabar dans la bouche
colle au plafond le souvenir tel un mobile."

La photographie de couverture est de Cédric Merland.

Si vous souhaitez en savoir plus sur "Tercets du dimanche", de Thierry Radière, qui est vendu au prix de 6 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : https://sites.google.com/site/grostextes/

lundi 4 novembre 2019

"Vracquentaire ou Fracas d'une course en détraque", de Christine Zhiri


Il y a deux façons d'aborder "Vracquentaire ou Fracas d'une course en détraque", de Christine Zhiri, publié dans la collection Polder de la revue Décharge.

Bien sûr, la première façon ne va pas sans la deuxième.

La première façon, c'est par le biais du langage. Celui est vraiment remarquable : très musical à mon goût, mais d'une musique syncopée par des k ou q. Question de rythme donc.

La deuxième façon, c'est que ce langage mouvementé décrit une progression à travers le monde réel des villes. 

À cet égard, chaque ensemble de poèmes en vers est précédé d'une sorte d'argumentaire en prose et en italique dans lequel le sujet de cette partie du recueil est exposé : celui de la file d'attente devant un guichet, du remplissage de formulaires, du passage devant une caméra de vidéo-surveillance ou un interphone, d'une journée d'un être humain envisagée sous son angle purement qualitatif.

Ainsi, le langage employé dans "Vracquentaire" est mis au service d'un sujet qu'il qualifie avec justesse, sans exagération ni apitoiement, mais avec la certitude d'une absence de liberté. 

Bien sûr, chaque poème est également un ressenti, voire un échappatoire dans la fuite, la seule attitude possible sans dégâts.

Extrait de "Vracquentaire ou Fracas d'une course en détraque", de Christine Zhiri :

"dézingue le fracas des pieds sauvent qui peut
jamais s'arrête le grand branle-bas des saccages

mains de tête échafaudent rampe de
   lancement
tirs à vue en clafoutis de bonbec

cours cours

des figures rocambolent leurs équilibres
de joies patraques en bousculade

cours cours au-dessus du réel
à grandes foulées sauvages"

La préface est de James Sacré et l'illustration de première de couverture de Janna Zhiri.

Si vous souhaitez vous procurer "Vracquentaire ou Fracas d'une course en détraque", de Christine Zhiri, qui est vendu au prix de 6 €, rendez-vous sur le site de l’éditeur : http://www.dechargelarevue.com/-La-collection-Polder-.html

mardi 29 octobre 2019

"Dans les landes de Hurle-Lyre", de Murielle Compère-Demarcy



Publié par "Z4 Editions", "Dans les landes de Hurle-Lyre", de Murielle Compère-Demarcy, est un livre atypique, en ce sens qu'il est divisé en plusieurs parties dont les thèmes n'ont a priori rien à voir entre eux. Il en est de même des formes d'écriture, très diverses : amples poèmes en vers libres, poèmes plus courts isolés, aphorismes, proses...

Ainsi, il s'agit tout d'abord d'un hommage rendu tous azimuts à certains auteurs, dont Murielle Compère-Demarcy chérit les œuvres et les personnages : Cendrars, Artaud, mais aussi, par exemple, aux indiens à travers un voyage effectué dans le Montana, appel à l’aventure et surtout au dépassement du quotidien.

Cette dimension internationaliste est complétée, plus que contredite, par sa dimension régionaliste, celle de la Picardie, où vit Murielle Compère-Demarcy, car c'est toujours une histoire de terre et de culture qu'il s'agit de défendre.

Et qui dit terre, dit nature et qui dit nature, dit retour aux saisons, et aux oiseaux qui la traversent, "dans les landes de Hurle-Lyre".

Ainsi, ce livre est un résumé de toutes les préoccupations de la poétesse 

Le lecteur sent très nettement que par le Poème et par l’écriture, l'auteur cherche à créer un appel d'air qui vivifie l'existence. C'est là qu'il faut rechercher la véritable unité du livre.

Par l'écriture en train de se dérouler, par son "En marche", Murielle Compère-Demarcy se fraye un passage dans le monde extérieur - celui-là l'intéresse - le remue, le secoue.

Et avec l'air pour respirer vient la lumière du dehors...

Extrait de "Dans les landes de Hurle-Lyre", de Murielle Compère-Demarcy :

"28 août

Est, jaune
Le ciel coupé en d eux prend sa part de soleil
utilise les éclats de la connaissance
Les sens tournent Grand Tournesol
S'ouvre brèche incandescente les affres de la lumière

Sud, rouge
La force tellurique des fleurs de lactescence
flammes d'iris rayonnant comme des sabres
Leur langue énonce des songes perdus en route
de racines en pollen pour le monde des Esprits,
semant une Voie Lactée nouvelle
revenant par le voyage des Abeilles d'où la vie vient,
où la vie va

Nord, blanc
L'air froid nettoie le charnier natal
Les vents purifient les cerveaux-chacals
Tombent les feuilles mortes, le sol se repose
sous le linceul de Terre-Neige.
Bison avance,
seul,
un homme semblable
défiant la tempête
- Patience, endurance, courage

Ouest, noir
L'Oiseau-Tonnerre
entonne, égrène la pluie
son aile ensemence le soir
où le jour s'éteint,
où la vie prend fin"

L'illustration de la première de couverture, qui représente Blaise Cendrars, est de Jacques Cauda.

Si vous souhaitez en savoir plus sur "Dans les landes de la Hurle-Lyre", de Murielle Compère-Demarcy, qui est vendu au prix de 14 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : https://z4editions.fr/publication/dans-les-landes-de-hurle-lyre/

"Ouvrier Poète Revuiste Une vie", de Jean-Pierre Lesieur


Publiés par "Comme en poésie" (supplément au numéro 76 de la revue de poésie qu'anime Jean-Pierre Lesieur), les deux premiers tomes (près de 400 pages de texte au total) de cette biographie romancée sont résumés par leur titre : "Ouvrier Poète Revuiste".

Il s'agit de l'histoire, grosso modo, des trente premières années de vie de Jean-Pierre Lesieur, né en 1935, qui coïncident, comme chez tout un chacun, avec les années d'apprentissage.

Le titre de ces deux volumes peut être encore un peu plus précisé : premières années avec les parents, école, puis armée, reprise des études, passage du métier de mécanicien en aviation à celui d'instituteur remplaçant, et plus exotique, pour finir, participation à, puis animation d'une première revue de poésie : "Le Puits de l'ermite".

À travers ce passage dans les années cinquante et soixante, époque déjà bien lointaine, le lecteur se rend vite compte que finalement, les choses n'ont pas tellement changé que ça : il faut toujours se frayer une place dans ce monde et ça ne va jamais tout seul.

Par exemple :

"Et bien voilà, tout est pour le mieux dans le meilleur des enseignements, je vais faire une classe que je ne connais pas, dans une école que je ne connais pas, et sans plus de formation professionnelle qu'à la fin de l'année précédente : débrouille toi petit bonhomme."

Comme toujours avec Jean-Pierre Lesieur, le ton est alerte et malicieux.

Le monde des poètes n'a pas non plus beaucoup changé depuis les années soixante : toujours aussi désintéressé, je vous rassure !

Si vous souhaitez vous procurer les deux tomes de "Ouvrier Poète Revuiste Une vie", de Jean-Pierre Lesieur, vendus chacun au prix de 10 €, rendez-vous sur le blog de la revue "Comme en poésie" : http://www.comme.en.poesie.over-blog.com/

lundi 28 octobre 2019

"Le violon pisse derechef sur son powète", d'Éric Dejaeger


Publié par les Éditions Les Carnets du Dessert de Lune, dans sa collection "Pousse-Café", "Le violon pisse derechef sur son powète", d'Éric Dejaeger est le deuxième volet du violon qui pisse sur son powète.

Hé oui, depuis le premier petit tome, les poètes, en général, ont encore frappé avec leur tonne de poèmes. Je suis bien placé pour le savoir, moi qui reçois et lis pas mal de textes, et en vois aussi passer d'autres que je ne lirai jamais. Tout cela dans un cloisonnement la plupart du temps parfaitement réussi. Et ils continuent, pourtant, les poètes !

C'est pour cela qu'ici Éric Dejaeger les appelle des "powètes".

Au moins, en faisant publier ces quelques aphorismes, le lecteur ne pourra pas dire que l'auteur est pris en flagrant délit de contradiction avec ce qu'il dit des powètes, lui-même en étant un.

En effet, le livre compte une dizaine de pages et se compose de 50 phrases environ. Pas de quoi avoir le temps de s'endormir ou d'attraper le mal de crâne !

Extrait de "Le poète pisse derechef sur son powète", quelques aphorismes bien sentis :

"Quand les poètes penseront aux lecteurs plutôt qu'à leur nombril, la poésie s'en portera mieux."

"Contrairement à ses textes, le poète est teigneux."

"Le powète ne peut habiter qu'une maison de la powésie, même insalubre."

"Le powète n'a jamais dit la vérité, il ne doit pas être exécuté."

La première de couverture est illustrée par André Stas, avec "Le poète écorché".

Si vous souhaitez en savoir plus sur "Le violon pisse derechef sur son powète", d'Éric Dejaeger, qui est vendu au prix de 6 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : https://www.dessertdelune.be/eacuteric-dejaeger.html

dimanche 27 octobre 2019

"Le cercueil à deux places", de Daniel Birnbaum


Publié par les éditions Gros Textes, "Le cercueil à deux places", de Daniel Birnbaum, est une suite de courts poèmes en vers libres, bel ensemble de superpositions de solitudes.

Comme le dit lui-même l'auteur, dans sa préface très pertinente, il s'agit là de poésie du quotidien, dans sa signification la plus forte.

C'est d'autant plus vrai que Daniel Birnbaum décrit la solitude de personnes âgées, la plupart du temps veuves, pour qui le quotidien est répétition de choses insignifiantes, et qui finissent par s'enfermer dans des rituels bizarres, voire inquiétants, préludes d'une perte de conscience, ou tout simplement, manières de meubler le temps.

À travers ces portraits, l'auteur montre, avec un style précis et très clair, son attachement pour ces gens qui sont les vrais héros des apparences, par leur consentement au moindre mal de leur solitude.

Extrait de "Le cercueil à deux places", de Daniel Birnbaum : "Tout est bien en vacances"

Les vagues
toujours trop pressées d'en finir
lui caressent les pieds
elle est heureuse de passer cette semaine
au bord de la mer
tout est bien
la chambre confortable
les repas excellents
bien sûr ce serait encore mieux
si quelqu'un était étendu à côté d'elle
sur ce sable de carte postale
mais au bout d'un moment
il lui dirait que
la clim est trop froide
la viande trop cuite
les rochers trop durs
les mouettes trop criardes
l'avion trop cher
la langue incompréhensible
les coups de soleil trop douloureux
alors elle se dit
que les caresses des vagues sont silencieuses
et que oui vraiment la mer
c'est bien aussi seule
ou peut-être juste avec les mouettes.

L'illustration de couverture, initulée "Renée", est d'Isabelle Hasegawa.

Si vous souhaitez en savoir plus sur "Le cercueil à deux places", de Daniel Birbaum, qui est vendu au prix de 6 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : https://sites.google.com/site/grostextes/