mercredi 19 septembre 2018

"Ivar Ch'Vavar", par Charles-Mézence Briseul



Publié par les Éditions des Vanneaux, dans sa collection "Présence de la poésie", "Ivar Ch'Vavar" est le livre idéal pour découvrir l'oeuvre de ce poète contemporain important, d'abord auto-édité, et que les Éditions Flammarion (entre autres) ont fini par publier.

Comme quoi, il n'y a pas de recette toute faite pour la reconnaissance, même si je ne perds pas de vue que je parle de poésie, domaine peu médiatisé.

Ce livre est aussi l'histoire d'une aventure collective, continuée durant pas mal d'années, à travers la publication de revues ("L'invention de la Picardie", "Le Journal Ouvrier", dont Ivar Ch'Vavar fut l’initiateur, et qui a publié, par exemple, Lucien Suel, Christophe Tarkos et Christophe Manon).

De ce point de vue et pour mesurer l'influence d'Ivar Ch'Vavar sur de jeunes poètes, la présentation de Charles-Mézence Briseul est éclairante.

Ce livre est enfin le résumé d'expérimentations poétiques, motivées par cette question centrale : comment réinventer le vers, le vrai ? D’où la pratique, en réponse, du vers justifié (comme la mise en forme des paragraphes dans les traitements de textes) ou arithtmonyme (même nombre de mots pour chaque vers d'un même poème).

Outre de très nombreux extraits de ses poèmes (choisis pas Charles-Mézence Briseul), "Ivar Ch'Vavar" comprend une notice bio-bibliographique détaillée, et plusieurs articles critiques (ou fragments de lettres).

Extrait de ce livre  et de "Berck (un poème)" :

"J'ai essayé toutes les pêches
Jeté la corde et le filet.
Je n'ai pas tiré, camarades,
Le dernier poisson de la mer.

Berck est un monde misérale
Mais on n'en touche pas le fond.
La sonde a déroulé son câble
Sans trouver où porter son plomb.

Berck est la manne inépuisable
De notre riche pauvreté.
Elle a coulé comme le sable
Entre mes dix doigts écartés."

Si vous souhaitez en savoir plus sur "Ivar Ch'Vavar", qui est vendu au prix de 16 €, rendez-vous sur le site des Éditions les Vanneaux : http://lesvanneauxedition.wixsite.com/les-vanneaux-ed/accueil

"Journal d'un mégalo", de Jean Jacques Nuel


Publié par les Éditions Cactus Inébralable, dans la collection "Les p'tits cactus", "Journal d'un mégalo", de Jean-Jacques Nuel, est une suite d'aphorismes, divisée en cinq parties, qui couvrent à peu près la vie de celui qui parle, c'est à dire de la naissance à la mort, voire post-mortem.

Car celui qui parle, c'est le mégalo. Il est tellement fort qu'il peut parler de lui-même, même une fois mort.

En effet, rien qu'au titre, on l'aura compris, ce journal est tout entier dédié à la célébration du moi. Et cette célébration est parfaitement réussie, tant du point du style, que de ce qui est écrit.

Malgré tout, si toutes ces phrases peuvent faire rire et font rire, ce n'est pas sans arrière-pensées. D'ailleurs, ce "Journal d'un mégalo" pourrait s'intituler "Journal d'un écrivain". Comme pour le confirmer, dans la vie, le mégalo est aussi un écrivain. Je n'ai pas dit, par contre, que cet écrivain était Jean-Jacques Nuel !

Il n'empêche que ces pensées d'un mégalo se rapprochent de ce que pensent d'eux-mêmes certains écrivains, j'en suis certain. Seulement voilà, en général, cela ne s'écrit pas, tandis que là, oui.

Et le lecteur se sent démuni, car le mégalo a tout prévu pour sa défense. Le plus intrigant, toutefois, de mon point de vue, est de trouver au milieu de ces aphorismes, une phrase qui ne relève pas de la célébration de l’ego, comme par exemple :

"On meurt tous d'être nés trop tôt."

"On naît sans expérience de la vie, on meurt sans expérience de la mort."

"La source amère, c'est la mère."

"Les seules personnes qui pourraient désirer l'anonymat sont les criminels en cavale."

Étaient-elles prévues au programme par le mégalo, ces pensées ? J'hésite à trancher.

En tout cas, voilà ce qu'un mégalo peut écrire :

"Si j'avais eu un frère jumeau, je l'aurais gardé précieusement pour les pièces de rechange."

"Mes précepteurs ont tenté vainement de m'inculquer leur médiocrité."

"Si mes chaussures pouvaient parler, elles me diraient merci quand je leur pisse dessus."

"Mon lit ne peut accueillir toute la misère sexuelle du monde."

"Je veux être enterré avec les miens, pour relever un peu le niveau du caveau."

L'image de couverture est de Jean-Claude Salemi, la mise en page de Styvie Bourgeois.

Si vous souhaitez en savoir plus sur "Journal d'un mégalo", de Jean-Jacques Nuel, qui est vendu au prix de 9 €, rendez-vous sur le site des éditions : http://cactusinebranlableeditions.e-monsite.com/

lundi 3 septembre 2018

"Puis tu googlas le sens du vent pour savoir d'où il venait", d'Emanuel Campo

Quand j'ai commencé à lire "Puis tu googlas le sens du vent pour savoir d'où il venait", deuxième recueil d'Emanuel Campo, publié par les Éditions Gros Textes, je me suis d'abord demandé si je lisais une suite de phrases sans rapport les unes avec les autres, ou bien, un récit en pièces détachées.

Ah ! Toujours cette envie de classification, alors que c'est le texte qui devrait seul compter.

Confirmation faite au fil des pages, et dans la postface de Grégoire Damon, c'est bien de fragments qu'il s'agit ici. Sauf que deux ou trois fois, les fragments s'étirent sur plus d'une page.

Il y a des pépites là-dedans, aucun doute là-dessus. Souvent, des jeux de mots, avec dans une expression déjà connue par ailleurs, un changement de mot qui change la saveur des mots. Par exemple, dans "une personne à mobylette réduite".

De manière générale, j'ai beaucoup aimé ce regard affiné jeté sur notre monde actuel. C'est bien de lui qu'il s'agit, ici. Car pas facile, hein, d'en parler, tellement la vie des villes l'a rendu divers et sans conséquences. Quelque chose de très nul, en tout cas, quelque chose dont on voudrait toujours avoir la clé, alors qu'elle n'existe pas. Ou bien, avec sa clé, on ouvre une seule petite porte, bien insignifiante. Déjà mieux que rien, me direz-vous.

Et puis d'abord, pas la peine d'en mettre des tartines sur un monde qui s'oublie vite.

C'est ce que montre Emanuel Campo, dans "Puis tu googlas le sens du vent pours avoir d'où il venait" (un de ses fragments qui donne le titre au recueil, ça c'est du titre !).

Extraits :

"Au commencement était le vieux."

"Passée une certaine heure, les laveries automatiques deviennent tout le contraire."

"Quand elle m'a dit vouloir faire un break
j'ai d'abord cru
qu'elle se mettait à la danse hip-hop."

"J'ai des troubles du soleil".

L'illustration de couverture est de Mathilde Campo. En voici le lien  http://www.ecampo.phpnet.org/wordpress/wp-content/uploads/2018/07/couvcadre_puistugooglaslesensduvent.jpg

Si vous souhaitez en savoir plus sur "Puis tu googlas le sens du vent pour savoir d'où il venait", d'Emanuel Campo, qui est vendu au prix de 6 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur: https://sites.google.com/site/grostextes/

lundi 27 août 2018

"Foutu poète improductif", de Florent Toniello


Publié par les Éditions Rafael de Surtis, dans sa collection "Pour un Ciel désert", "Foutu poète improductif", de Florent Toniello, est une suite de trente poèmes en vers libres, consacrés à la vie en entreprise.

Rien de plus opposé, en apparence, à la vie d'un poète, sauf qu'ici, il s'agit de l'ancienne vie de l'auteur.

Et puis, l'homme est doté de plusieurs hémisphères dans son cerveau. Il est tout à fait capable de faire quelque chose sans y croire réellement. Il sait aussi trouver de la poésie à ce qui ne veut surtout pas en avoir.

C'est à cet exercice que se livre avec naturel Florent Toniello, laissant traîner son imagination à partir des graphiques, des discours du travail et des acteurs de ce monde clos.

L'humour, voire l'ironie, sont omniprésents dans ces poèmes.

En fin de compte, le lecteur se dit que l'entreprise, bien à son insu, et en partie grâce à ses tics bizarres, n'est pas dépourvue de dimension poétique, à condition d'y survivre dans le décalage.

Extrait de "Foutu poète improductif", de Florent Toniello :

"Les carpes qui peuplent l'étang
au bord duquel nous mangeons l'été
lorsqu'il ne pleut pas
m'ont confié avant de se figer
LE SECRET DE LEUR HIBERNATION.
Mes collègues sont plongés
dans les traités de gestion optimale
des projets d'envergure;
c'est pourquoi eux s'interrogent
chaque année la saison venue
sur la survie de ces poissons
sous une épaisse couche de glace.
Moi je sais : suis-je donc le seul
à parler aux animaux ?"

La couverture et la vignette intérieure sont d'Eloïse Rey.

Si vous souhaitez en savoir plus sur "Foutu poète improductif", de Florent Toniello, qui est vendu au prix de 15 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : http://rafaeldesurtis.fr/POESIE.html

"Un carnage", d'Emmanuelle Le Cam


Publié par les Éditions Citadel Road, "Un carnage", d'Emmanuelle Le Cam, décrit la guerre de fond en comble.

Dans ce court recueil, en effet, on n'est jamais loin du champ de bataille et quand bien même on s'en éloigne, c'est pour en rappeler les méfaits à plus ou moins long-terme, dans le temps et dans l'espace (mutilations, vies brisées aussi).

Emmanuelle Le Cam, dans ses poèmes, ne cherche pas à passer sous silence l'atrocité de ce qu'elle voit. Elle le dit simplement, mais sans prendre de gants. Peu importe de quelle guerre il s'agit, d'ailleurs. Elles sont toujours trop nombreuses de par le monde, et se ressemblent toutes :

Comme l'écrit l'auteur :

"Elle reviendra, la guerre
elle est éternelle
elle sait se faufiler
jusqu'au cœur retors
de l'homme

Pour l'instant nous goûtons
la vacance, et l'ennui

d'être sur terre comme si 
l'on y avait été

vomi."

Pour se procurer "Un carnage", d'Emmanuelle Le Cam, qui est vendu au prix de 9 €, contact : citadel.road@gmail.com

lundi 9 juillet 2018

"Petite histoire essentielle de la futilité", de Bruno Toméra


Publié par Cathy Garcia, en tant que supplément de la revue Nouveaux Délits (même si ce texte s'achète indépendamment de la revue), "Petite histoire essentielle de la futilité", de Bruno Toméra est son troisième supplément (collection des délits buissonniers).

Cela fait plusieurs années que j'espérais relire des poèmes de Bruno Toméra, que j'ai publié à plusieurs reprises dans les premiers numéros de "Traction-brabant".

Heureux, donc, de retrouver cette poésie inchangée., qui suit, au plus près, des vies d'infortunes, faites de petits boulots mal payés, de misères de la rue, de ces réalités impossibles à cacher, à moins d'être de mauvaise foi.

Si la poésie de l'auteur sort souvent cabossée de ces malheurs ordinaires, ne croyez pas pour autant qu'elle s'y enfonce. Une lueur d'espoir traverse tous ces poèmes, qui est celle d'une fraternité humaine non feinte, et non basée sur l'intérêt. Quelque chose de franc, de direct, de solide, qui s'affirme contre vents et marées. 

Rien de malsain dans ces textes, juste une soif de révolte renouvelée, qui s'exprime avec le sourire, qualité rare qui fait que le style des poèmes, chaleureux dans ses images comme dans ses mains tendues, est reconnaissable et rare entre tous.

Extrait de "Petite histoire essentielle de la futilité", de Bruno Toméra :

"Le nouveau testament personnel et subjectif"

En m'invitant dans la fiesta de la vie,
l'univers a égaré le carton d'invitation
et me voilà loufiat (comme des milliards d'autres)
à chercher une planque pas trop inconfortable,
un peu d'amour et de calme
mais c'est sans compter
sur la panne d'électricité au seuil du Grand Soir
sur la dernière chanson déprimée du rebelle Renaud
sur dieu et sa bande d'abrutis sanguinaires
sur les grossistes des boutiques multinationales
sur le salon de la motoculture et du tripatouillage animal
sur la délocalisation des entreprises de confettis
sur la peine-à-jouir de l'égocentrique poésie
sur le one man show de la spectaculaire connerie
et son public connaisseur et ravi.
Sur un tas de fatras que nous enjambons chaque jour,
pauvres cloches.
Quand la mort m’enlacera sur un slow éculé
avec ses clins d’œil d'allumeuse pubère
ou sur un dico débridé avec des petits cris jouissifs de travelo
sortir de la fête à son bras sera le point final
de foutus SOS éparpillés en pointillés
avec la satisfaction de celui qui s'est exténué
à rafistoler la ligne de flottaison du radeau jusqu'au bout
et hypocrite jure que c'était bien mais que toute
bonne a une fin... Enfin."

Les illustrations de la couverture et des pages intérieures sont de Jean-Louis Millet.

Si vous souhaitez en savoir plus sur "Petite histoire de la futilité", de Bruno Toméra, qui est vendu au prix de 10 €, rendez-vous sur le blog de la revue Nouveaux Délits : http://larevuenouveauxdelits.hautetfort.com/ 

jeudi 5 juillet 2018

"Après la nuit après", de Thierry Radière


Publié par les Éditions Alcyone, "Après la nuit après", dernier recueil, à ce jour (?), de Thierry Radière, est une série de poèmes en prose.

J'en profite pour signaler qu'il s'agit du 20e livre (tous genres confondus) de l'auteur publié en l'espace de 7 ans (chez une dizaine d'éditeurs). D'où cette constatation, d'ordre général : parfois, les éditeurs éditent...

Mais revenons à nos moutons : ces poèmes en prose, semblant écrits d'une seule traite, et qui sont, en tout cas, dépourvus de ponctuation, agissent comme des expériences de chimie, comme le contenu d'un verre qui se déverserait dans une éprouvette. Chimie ou alchimie des réalités ?

Le titre du livre - "Après la nuit après" - est révélateur de ce changement d'état. D'une observation des apparences, on aboutit à un résultat, souvent surprenant, car plus grave, plus métaphysique, sur fond de souvenirs d'enfance qui remontent à la surface du présent, de regrets mal dissipés.

Entre-temps, la magie des images poétiques, transcrit du réel, est passée par là. Ici réside la valeur de ce texte.

Extrait de "Après la nuit après", de Thierry Radière :

"Les rêves sont les souvenirs d'une autre vie que l'on bricole à la lumière à peine ouverte et entêtée afin que l'écume de la dernière fois attablée les bras en croix tel un pantin au bout du rouleau soit bonne à regarder en face se remette à crépiter dans la cuisine où les murs salivent et les assiettes se teignent de sauce à épaissir au fouet des habitudes à retenir les pentes."

La réalisation graphique du logo de couverture est de Silvaine Arabo.

Si vous souhaitez en savoir plus sur "Après la nuit après", de Thierry Radière, qui est vendu au prix de 18 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : http://www.editionsalcyone.fr/