jeudi 10 septembre 2020

"la vie, et caetera", d'Henri-Michel Polvan

 


Publié par les Éditions Le Contentieux, "La vie, et caetera", d'Henri-Michel Polvan n'est pas un texte poétique en sens strict du terme. Des poèmes ne sont pas publiés ici. Le texte de "la vie, et caetera" se présente comme un récit découpé en chapitres, qui séparent les différentes étapes de la vie d'un être humain : "Genèse", "Élaboration", "Apogée", "Déclin" et "Fin".

Cependant, "la vie, et caetera" est un texte on ne peut plus poétique par son contenu. J'ai particulièrement apprécié le ton humoristique employé par l'auteur, qui créé de la philosophie bidon -j'aime bien quand on se moque de la philosophie sentencieuse - en jouant sur les mots. C'est une façon efficace de dédramatiser des choses sérieuses, comme l'amour ou la mort. Cette légèreté de ton constante, qui a quelque chose d'aristocratique (hors du temps), permet de survoler la vie sans rencontrer trop d'encombres.

Extrait de "La vie, et caetera", d'Henri-Michel Polvan :

"Le début de la descente ne se distingue en effet que très confusément de la fin de la montée. Il peut même arriver que le palier, entre les deux, soit assez long pour qu'on le croie perpétuel. C'est un sentiment qui laisse traîner par-ci, par-là, une petite illusion d'éternité, mais rien de grave. Au contraire : lorsque c'est le cas, le sujet en profite pour trouver la vie belle, ce qui l'entraîne dans une sorte de campagne publicitaire en faveur de sa conception, et qu'il va en développant auprès de tous ceux qui veulent bien l'entendre."

Le dessin de couverture est de Pascal Ulrich.

Si vous souhaitez en savoir plus sur "La vie, et caetera", d'Henri-Michel Polvan, qui est vendu au prix de 8 €, rendez-vous sur le blog des éditions : https://lecontentieux.blogspot.com/

lundi 31 août 2020

"Lapidaires", de Gabriel Zimmermann

 

Publié par les Éditions Tarabuste, dans sa collection "DOUTE B.A.T.", "Lapidaires", de Gabriel Zimmermann est le quatrième recueil édité de l'auteur.  De dimensions importantes (174 pages), "Lapidaires" regroupe des poèmes divers, mais à la densité singulière.

La poésie de Gabriel Zimmermann est-elle une poésie naturelle du dehors, comme chez beaucoup de poètes lyriques ? Pas vraiment. Plutôt que de promenades, il s'agit plutôt d'échappées vers le dehors qui finissent immanquablement à l'intérieur, voire dans un tombeau. Le jour ici en appelle à la nuit, sans que le désespoir s'installe pour autant. 

De plus, les formes que prend la nature sont souvent figées (les pierres sont très présentes). Ce n'est pas le vert ou le bleu qui parcourt de préférence ces objets inanimés, mais plutôt le noir et le blanc. Comme dans un film ancien, comme si l'action était avant tout une représentation légendaire d'un peuple défunt (les étrusques sont évoqués à un moment).

Parfois aussi, il y a des souvenirs d'enfance qui reviennent. Avec ce compagnonnage mystérieux avec l'autre, le disparu ? Avec cette communion d'inspiration religieuse.

Cette ambiance est très bien résumée par plusieurs des titres des différentes parties du livre, par exemple : "Des furtifs", "Itinéraires accompagnés de prières", "Sculptures étrusques qui font salve de mémoire", et "Au lendemain des reliques".

Extrait de "Lapidaires", de Gabriel Zimmermann :

"Je te le dis avant que des voix nous recouvrent
Bientôt mes mots se perdront parmi des cris sans mémoire
Et face à ma bouche hagarde
Tu répondras que la parole a besoin de décombres

Écoute un ami, diras-tu
En cherchant ma main dans l'ombre
Le soir peut falsifier, quittons la fête inerte
Et rentrons chez nous par un chemin sans montueux

Dans moins d'une heure,
le sommeil unira nos maisons

Pourquoi ajourner la paix qui s'offre ?
Demain, grâce à ta tendresse
Je reviendrai vite à mon visage

La veille, où mon regard ralentissait
Jusqu'à imiter l’œil troué des fantômes,
Se sera diluée dans un songe blanc

Avant un repos d'innocents
Prends mon épaule
Nous marcherons humblement, en respirant le vent noir,
Prêts à chuter d'un même souffle."

Si vous souhaitez en savoir plus sur "Lapidaires", de Gabriel Zimmermann, qui est vendu au prix de 15 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : http://www.laboutiquedetarabuste.com/fr/contacts

lundi 17 août 2020

"Pages", de Philippe Jaffeux

 




Publié par les Éditions "Plaine page", dans sa collection "Calepins", "Pages" de Philippe Jaffeux, dont voici la couverture (ci-dessus), associe à chacune de ces pages, un texte qui forme un tout et qui est consacré à un style musical, à un musicien, de jazz ou de rock, à une oeuvre de musique classique, ou à un instrument.

Ici, le livre comporte 52 pages, comme il y a 52 semaines dans une année.

De même que les musiciens sont virtuoses de leurs instruments, "Pages" est un exercice de virtuosité. Car Philippe Jaffeux utilise, pour chaque texte, toutes les ressources de la mise en page informatique : police de caractères différentes, formes imprimés en fond de page, textes écrits à l'envers, remplissage des fonds d'écriture etc.

"Pages" est d'ailleurs sans doute le texte le plus accessible de Philippe Jaffeux que j'ai lu, car l'écriture n'est plus son propre sujet, mais bel et bien la musique décrite. Et la musique est aussi écriture (de notes), la musique peut être composée selon certaines formes (fugue, par exemple), la musique peut se faire imitative (du chant d'un oiseau), les sons forment eux-mêmes des oscillations qui peuvent être représentées sur la page. 
Bref, la musique peut donner lieu à des représentations visuelles. C'est ce qui se passe dans ces "Pages", de Philippe Jaffeux.

Quant au texte écrit, il décrit avec précision les caractéristiques de chaque style musical. 

Par exemple, fragment extrait de "Air de la reine de la nuit" (musique de Mozart) :

"Le deuxième air de la Reine de la nuit exprime la performance d'une lune qui met en page le rôle d'une bouche transfigurée La vibration époustouflante d'un chant lyrique cisèle des lignes de mots tendus par les cordes vocales d'une interprète virtuose La voie d'une page paroxystique s'articule avec une soprano colorature qui défie les confins de la voix suraiguë L'éclat d'une cascade de vocalises résonne dans la respiration féerique d'une mélodie irréelle Le royaume de la nuit libère la souplesse d'une tessiture qui règne sur un contraste illisible L'appel d'une limite périlleuse reflète le drame d'une écriture soulevée par le rythme d'une performance affolante..."

Si vous souhaitez en savoir plus sur "Pages" de Philippe Jaffeux, qui est vendu au prix de 10 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : http://www.plainepage.com/

lundi 10 août 2020

"A fleur de peau", de Catherine Andrieu, suivi de "Interview"

 

Publié par les Editions Vincent Rougier, dans la collection "Ficelle", "A fleur de peau" de Catherine Andrieu est partagé, d'une part, entre une préface d'Etienne Ruhaud, ainsi qu'un entretien avec l'auteur conduit par sa sœur, Jacqueline Andrieu, et d'autre part, douze poèmes.

"A fleur de peau" - recueil qui introduit volontairement d'emblée le lecteur dans l'univers du poète édité - porte bien son titre.

En effet, s'agissant des douze poèmes publiés ici, ils témoignent, derrière leur apparente naïveté - il est notamment question de l'histoire d'un petit chat - d'une sensibilité à fleur de peau. Et rarement, l'écart aura été aussi fort entre le côté clair et le côté sombre des choses, ce qui fait le prix de ce recueil.

Derrière cet univers tourmenté existe la fragilité du poète, et derrière cette fragilité, il y a la laideur de la vie réelle, qui dicte la nécessité de s'en échapper par l'écriture, mécanisme bien connu des poètes.

À cet égard, l'entretien qui suit "A fleur de peau" a le mérite de montrer d'où vient le carburant de la poésie. J'aime cette franchise dans l'expression.

Car on ne choisit pas d'être poète, je le crois aussi. La vie le fait pour nous.

Les images sont de Vincent Rougier.

Extrait de "A fleur de peau", de Catherine Andrieu :

"5.

Sur ton dessin il y a une maison
Avec le toit pointu et des chats qui se
transforment
En cheminées
Sur ton dessin le soleil est plus gros que la fenêtre
Et la fleur, que maman.
Sur ton dessin il y a papa qui a quatre doigts
Il est tout petit à côté de moi.
Sur ton dessin papa ne boit pas
Et maman a des ailes pour butiner.
Sur ton dessin il y a une plante carnivore
Qui te vomit. A l'école le Monsieur
N'a pas le droit de te toucher
Là, tu sais, entre les jambes.
Sur ton dessin le ciel est noir et je crache du sang
La chat est tombé dans la cheminée
Le soleil ne peut entrer dans la chambre
Le toit pique comme un cactus.
Mais sur ton dessin je suis là, petite sœur.
N'oublie pas de tracer le chemin qui conduit hors
                                                                  du dessin."

Si vous souhaitez en savoir plus sur "A fleur de peau", de Catherine Andrieu, qui est venu au prix de 13 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : http://www.rougier-atelier.com/?product=ficelle-n142-a-fleur-de-peau

"Le premier pas", de Chloé Landriot et Marie-Colette Gazet-Vibien

 


Publié par le "Cahier des Passerelles", dont c'est le numéro 38, "Le premier pas" est un recueil qui associe à égalité textes (page de gauche) et images (pages de droite).

Ici, les poèmes en vers libres sont de Chloé Landriot, et les linogravures (dont celle de la première de couverture) de Marie-Colette Gazet-Vibien.

La principale caractéristique de cette publication est, pour moi, la communion constante de la poétesse et de l'artiste avec la nature, sans que celle-ci soit pour autant détaillée en ses composantes. Il s'agit, en effet, de rassembler en soi cet espace que l'on est allé chercher à l'extérieur de soi, suivant le cycle du jour et de la nuit. 

Ainsi, ce "Premier pas" qui est accompli, est générateur de plénitude.

Extrait de "Le premier pas" de Chloé Landriot :

"La source est le silence

Tu as déjà tout reçu
Tu ne peux plus que donner
Car l'infini de ce que tu as reçu
Jamais
Ne s'épuise
Dans le don

La source bouillonnante
Est sous la peau de ton visage
Dans tes mains tendues pour l'offrande
Source jaillissante au lieu même du don
Acte et source
Et aboutissement
La source est le regard
Auquel tu as renoncé par amour
(Il te faut devenir un être sans image)
La source est le toucher que tu sens
Quand personne ne te touche
La source est le silence
De la question amère
Vidée de sa lèpre antique
Abandonnée un jour - tu ne sais quand - sur un banc de 
soleil
Et qui ne laisse en toi
Sur ton cœur
Pas plus qu'un fil défait qui ne retient plus rien

Source aussi
La gratitude inentamée
Devant la vie."

Si vous souhaitez en savoir plus sur "Le premier pas", qui est vendu au prix de 5 €, contact : Les.passerelles@laposte.net

"De toutes mes farces", d'Éric Dejaeger

 



Publié par "Cactus Inébranlable éditions", dans sa collection "Les p'tits cactus", "De toutes mes farces", d'Éric Dejaeger est un recueil d'aphorismes.
Pour moi qui n'écris plus d'aphorismes depuis... une trentaine d'années (!), l'exercice m'est des plus difficiles, si ce n'est le plus difficile.

Donc, rien que pour cette raison, je salue déjà la publication de "De toutes mes farces" d'Éric Dejaeger, pour qui l'aphorisme est une spécialité, et une spécialité qui fait rire.

Bon, bien sûr, il faut avoir l'esprit large pour apprécier toujours cet humour. Je le dis à l'attention de certains lecteurs un peu coincés, ou qui n'auraient pas un sens de l'humour très développé. Mais pour les autres, c'est l'occasion de bien rigoler .

Quelques exemples :

"Les parents veulent toujours plus de pouvoir dans l'école. Ils ne désirent malheureusement pas enseigner."

"Je souhaite à toutes les femmes polonaises profondément catholiques en âge de procréer et qui sont contre l'IVG de se ramasser des triplés trisomiques dans neuf mois."

"Dans un couple végan, interdiction de bouffer de la chatte. Ils sont donc tous les deux frustrés."

"Qui jette la première bière mérite la potence."

"Ses réflexions me font comme des escarres au cerveau."

"Dans cette affaire d'achat d'énergie, Hiroshima n'a gaz acquis."

Il y a tout de même un domaine dans lequel la plaisanterie est difficile. C'est quand est abordée la question du pouvoir (politique) :

"Il ne faut pas changer ceux qui nous dirigent, il ne faut plus nous laisser diriger."

"Quand l'honnêteté deviendra LA règle en politique, plus personne ne voudra être élu."

"Quand un train déraille, on connaît rapidement le nombre de victimes. Quand un politicien déraille, ça prend plus longtemps et il y a toujours prescription."

Trois fois hélas oui.

Le collage de la première de couverture est de Jean-Paul Verstraeten.

Si vous souhaitez en savoir plus sur "De toutes mes farces", d'Éric Dejeager, qui est vendu au prix de 10 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : https://cactusinebranlableeditions.com/produit/de-toutes-mes-farces/

jeudi 16 juillet 2020

"Sonnets de la révolte ordinaire", de Laurent Robert


Publiés par les Editions Aethalidès, ces "Sonnets de la révolte ordinaire", de Laurent Robert, offrent au lecteur un panorama d'une forme d'écriture pas si classique qu'elle en a l'air, même si l’octosyllabe constitue le mètre unique des vers ici réunis.

Ainsi, il est rare de lire un recueil de sonnets dans lequel plusieurs combinaisons de découpes de strophes sont représentées : deux quatrains, puis deux tercets, ou bien trois quatrains, suivis de deux distiques, ou bien sonnets inversés (deux tercets, puis deux quatrains), ou encore un sonnet en une seule strophe.

Il est rare aussi qu'un livre montre autant de références extérieures. En témoignent les nombreux noms propres qui émaillent ces poèmes et facilitent les rimes avec humour.

Plus particulièrement, j'ai aimé ces "Sonnets de la révolte ordinaire" pour les raisons suivantes :

- leur ambiance naturaliste anarcho-décadente, héritée des œuvres de Joris-Karl Huysmans ou de Léon Bloy, avec des ramifications contemporaines du côté de Michel Houellebecq;

- leur désinvolture vis à vis des canons classiques (du moins, qu'ils sont intériorisés par nombre de poètes contemporains), les autorisant à parler de sexe avec des mots crus, à citer des publicités, bref, à dresser le portrait d'un monde moderne et vivant, ce qui aboutit, dans plusieurs poèmes, à un résultat original.

Extrait de "Sonnets de la révolte ordinaire", "Méthode", de Laurent Robert :

"De l'inspiration je n'ai cure
C'est faribole comme Dieu
Source du radotage vieux
Le vers est métier que j'endure

Pratique de juste parlure
De jouir ton corps est le lieu
La terre où se fixe l'épieu
La page où la parole dure

S'enflamme puis chante son feu
Crie alors sans veiller au peu
Qui se proclame jour et norme

Qu'importe la clef du sérail
Seuls comptent le sexe en travail
Le mot où ton rêve prend forme"

Si vous souhaitez en savoir plus sur "Sonnets de la révolte ordinaire", de Laurent Robert, qui est vendu au prix de 16 €, rendez-vous sur le site de son éditeur : https://www.aethalides.com/freaks6-sonnets-de-la-revolte-ordinaire/