mercredi 19 septembre 2018

"Ivar Ch'Vavar", par Charles-Mézence Briseul



Publié par les Éditions des Vanneaux, dans sa collection "Présence de la poésie", "Ivar Ch'Vavar" est le livre idéal pour découvrir l'oeuvre de ce poète contemporain important, d'abord auto-édité, et que les Éditions Flammarion (entre autres) ont fini par publier.

Comme quoi, il n'y a pas de recette toute faite pour la reconnaissance, même si je ne perds pas de vue que je parle de poésie, domaine peu médiatisé.

Ce livre est aussi l'histoire d'une aventure collective, continuée durant pas mal d'années, à travers la publication de revues ("L'invention de la Picardie", "Le Journal Ouvrier", dont Ivar Ch'Vavar fut l’initiateur, et qui a publié, par exemple, Lucien Suel, Christophe Tarkos et Christophe Manon).

De ce point de vue et pour mesurer l'influence d'Ivar Ch'Vavar sur de jeunes poètes, la présentation de Charles-Mézence Briseul est éclairante.

Ce livre est enfin le résumé d'expérimentations poétiques, motivées par cette question centrale : comment réinventer le vers, le vrai ? D’où la pratique, en réponse, du vers justifié (comme la mise en forme des paragraphes dans les traitements de textes) ou arithtmonyme (même nombre de mots pour chaque vers d'un même poème).

Outre de très nombreux extraits de ses poèmes (choisis pas Charles-Mézence Briseul), "Ivar Ch'Vavar" comprend une notice bio-bibliographique détaillée, et plusieurs articles critiques (ou fragments de lettres).

Extrait de ce livre  et de "Berck (un poème)" :

"J'ai essayé toutes les pêches
Jeté la corde et le filet.
Je n'ai pas tiré, camarades,
Le dernier poisson de la mer.

Berck est un monde misérale
Mais on n'en touche pas le fond.
La sonde a déroulé son câble
Sans trouver où porter son plomb.

Berck est la manne inépuisable
De notre riche pauvreté.
Elle a coulé comme le sable
Entre mes dix doigts écartés."

Si vous souhaitez en savoir plus sur "Ivar Ch'Vavar", qui est vendu au prix de 16 €, rendez-vous sur le site des Éditions les Vanneaux : http://lesvanneauxedition.wixsite.com/les-vanneaux-ed/accueil

"Journal d'un mégalo", de Jean Jacques Nuel


Publié par les Éditions Cactus Inébralable, dans la collection "Les p'tits cactus", "Journal d'un mégalo", de Jean-Jacques Nuel, est une suite d'aphorismes, divisée en cinq parties, qui couvrent à peu près la vie de celui qui parle, c'est à dire de la naissance à la mort, voire post-mortem.

Car celui qui parle, c'est le mégalo. Il est tellement fort qu'il peut parler de lui-même, même une fois mort.

En effet, rien qu'au titre, on l'aura compris, ce journal est tout entier dédié à la célébration du moi. Et cette célébration est parfaitement réussie, tant du point du style, que de ce qui est écrit.

Malgré tout, si toutes ces phrases peuvent faire rire et font rire, ce n'est pas sans arrière-pensées. D'ailleurs, ce "Journal d'un mégalo" pourrait s'intituler "Journal d'un écrivain". Comme pour le confirmer, dans la vie, le mégalo est aussi un écrivain. Je n'ai pas dit, par contre, que cet écrivain était Jean-Jacques Nuel !

Il n'empêche que ces pensées d'un mégalo se rapprochent de ce que pensent d'eux-mêmes certains écrivains, j'en suis certain. Seulement voilà, en général, cela ne s'écrit pas, tandis que là, oui.

Et le lecteur se sent démuni, car le mégalo a tout prévu pour sa défense. Le plus intrigant, toutefois, de mon point de vue, est de trouver au milieu de ces aphorismes, une phrase qui ne relève pas de la célébration de l’ego, comme par exemple :

"On meurt tous d'être nés trop tôt."

"On naît sans expérience de la vie, on meurt sans expérience de la mort."

"La source amère, c'est la mère."

"Les seules personnes qui pourraient désirer l'anonymat sont les criminels en cavale."

Étaient-elles prévues au programme par le mégalo, ces pensées ? J'hésite à trancher.

En tout cas, voilà ce qu'un mégalo peut écrire :

"Si j'avais eu un frère jumeau, je l'aurais gardé précieusement pour les pièces de rechange."

"Mes précepteurs ont tenté vainement de m'inculquer leur médiocrité."

"Si mes chaussures pouvaient parler, elles me diraient merci quand je leur pisse dessus."

"Mon lit ne peut accueillir toute la misère sexuelle du monde."

"Je veux être enterré avec les miens, pour relever un peu le niveau du caveau."

L'image de couverture est de Jean-Claude Salemi, la mise en page de Styvie Bourgeois.

Si vous souhaitez en savoir plus sur "Journal d'un mégalo", de Jean-Jacques Nuel, qui est vendu au prix de 9 €, rendez-vous sur le site des éditions : http://cactusinebranlableeditions.e-monsite.com/

lundi 3 septembre 2018

"Puis tu googlas le sens du vent pour savoir d'où il venait", d'Emanuel Campo

Quand j'ai commencé à lire "Puis tu googlas le sens du vent pour savoir d'où il venait", deuxième recueil d'Emanuel Campo, publié par les Éditions Gros Textes, je me suis d'abord demandé si je lisais une suite de phrases sans rapport les unes avec les autres, ou bien, un récit en pièces détachées.

Ah ! Toujours cette envie de classification, alors que c'est le texte qui devrait seul compter.

Confirmation faite au fil des pages, et dans la postface de Grégoire Damon, c'est bien de fragments qu'il s'agit ici. Sauf que deux ou trois fois, les fragments s'étirent sur plus d'une page.

Il y a des pépites là-dedans, aucun doute là-dessus. Souvent, des jeux de mots, avec dans une expression déjà connue par ailleurs, un changement de mot qui change la saveur des mots. Par exemple, dans "une personne à mobylette réduite".

De manière générale, j'ai beaucoup aimé ce regard affiné jeté sur notre monde actuel. C'est bien de lui qu'il s'agit, ici. Car pas facile, hein, d'en parler, tellement la vie des villes l'a rendu divers et sans conséquences. Quelque chose de très nul, en tout cas, quelque chose dont on voudrait toujours avoir la clé, alors qu'elle n'existe pas. Ou bien, avec sa clé, on ouvre une seule petite porte, bien insignifiante. Déjà mieux que rien, me direz-vous.

Et puis d'abord, pas la peine d'en mettre des tartines sur un monde qui s'oublie vite.

C'est ce que montre Emanuel Campo, dans "Puis tu googlas le sens du vent pours avoir d'où il venait" (un de ses fragments qui donne le titre au recueil, ça c'est du titre !).

Extraits :

"Au commencement était le vieux."

"Passée une certaine heure, les laveries automatiques deviennent tout le contraire."

"Quand elle m'a dit vouloir faire un break
j'ai d'abord cru
qu'elle se mettait à la danse hip-hop."

"J'ai des troubles du soleil".

L'illustration de couverture est de Mathilde Campo. En voici le lien  http://www.ecampo.phpnet.org/wordpress/wp-content/uploads/2018/07/couvcadre_puistugooglaslesensduvent.jpg

Si vous souhaitez en savoir plus sur "Puis tu googlas le sens du vent pour savoir d'où il venait", d'Emanuel Campo, qui est vendu au prix de 6 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur: https://sites.google.com/site/grostextes/

lundi 27 août 2018

"Foutu poète improductif", de Florent Toniello


Publié par les Éditions Rafael de Surtis, dans sa collection "Pour un Ciel désert", "Foutu poète improductif", de Florent Toniello, est une suite de trente poèmes en vers libres, consacrés à la vie en entreprise.

Rien de plus opposé, en apparence, à la vie d'un poète, sauf qu'ici, il s'agit de l'ancienne vie de l'auteur.

Et puis, l'homme est doté de plusieurs hémisphères dans son cerveau. Il est tout à fait capable de faire quelque chose sans y croire réellement. Il sait aussi trouver de la poésie à ce qui ne veut surtout pas en avoir.

C'est à cet exercice que se livre avec naturel Florent Toniello, laissant traîner son imagination à partir des graphiques, des discours du travail et des acteurs de ce monde clos.

L'humour, voire l'ironie, sont omniprésents dans ces poèmes.

En fin de compte, le lecteur se dit que l'entreprise, bien à son insu, et en partie grâce à ses tics bizarres, n'est pas dépourvue de dimension poétique, à condition d'y survivre dans le décalage.

Extrait de "Foutu poète improductif", de Florent Toniello :

"Les carpes qui peuplent l'étang
au bord duquel nous mangeons l'été
lorsqu'il ne pleut pas
m'ont confié avant de se figer
LE SECRET DE LEUR HIBERNATION.
Mes collègues sont plongés
dans les traités de gestion optimale
des projets d'envergure;
c'est pourquoi eux s'interrogent
chaque année la saison venue
sur la survie de ces poissons
sous une épaisse couche de glace.
Moi je sais : suis-je donc le seul
à parler aux animaux ?"

La couverture et la vignette intérieure sont d'Eloïse Rey.

Si vous souhaitez en savoir plus sur "Foutu poète improductif", de Florent Toniello, qui est vendu au prix de 15 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : http://rafaeldesurtis.fr/POESIE.html

"Un carnage", d'Emmanuelle Le Cam


Publié par les Éditions Citadel Road, "Un carnage", d'Emmanuelle Le Cam, décrit la guerre de fond en comble.

Dans ce court recueil, en effet, on n'est jamais loin du champ de bataille et quand bien même on s'en éloigne, c'est pour en rappeler les méfaits à plus ou moins long-terme, dans le temps et dans l'espace (mutilations, vies brisées aussi).

Emmanuelle Le Cam, dans ses poèmes, ne cherche pas à passer sous silence l'atrocité de ce qu'elle voit. Elle le dit simplement, mais sans prendre de gants. Peu importe de quelle guerre il s'agit, d'ailleurs. Elles sont toujours trop nombreuses de par le monde, et se ressemblent toutes :

Comme l'écrit l'auteur :

"Elle reviendra, la guerre
elle est éternelle
elle sait se faufiler
jusqu'au cœur retors
de l'homme

Pour l'instant nous goûtons
la vacance, et l'ennui

d'être sur terre comme si 
l'on y avait été

vomi."

Pour se procurer "Un carnage", d'Emmanuelle Le Cam, qui est vendu au prix de 9 €, contact : citadel.road@gmail.com

lundi 9 juillet 2018

"Petite histoire essentielle de la futilité", de Bruno Toméra


Publié par Cathy Garcia, en tant que supplément de la revue Nouveaux Délits (même si ce texte s'achète indépendamment de la revue), "Petite histoire essentielle de la futilité", de Bruno Toméra est son troisième supplément (collection des délits buissonniers).

Cela fait plusieurs années que j'espérais relire des poèmes de Bruno Toméra, que j'ai publié à plusieurs reprises dans les premiers numéros de "Traction-brabant".

Heureux, donc, de retrouver cette poésie inchangée., qui suit, au plus près, des vies d'infortunes, faites de petits boulots mal payés, de misères de la rue, de ces réalités impossibles à cacher, à moins d'être de mauvaise foi.

Si la poésie de l'auteur sort souvent cabossée de ces malheurs ordinaires, ne croyez pas pour autant qu'elle s'y enfonce. Une lueur d'espoir traverse tous ces poèmes, qui est celle d'une fraternité humaine non feinte, et non basée sur l'intérêt. Quelque chose de franc, de direct, de solide, qui s'affirme contre vents et marées. 

Rien de malsain dans ces textes, juste une soif de révolte renouvelée, qui s'exprime avec le sourire, qualité rare qui fait que le style des poèmes, chaleureux dans ses images comme dans ses mains tendues, est reconnaissable et rare entre tous.

Extrait de "Petite histoire essentielle de la futilité", de Bruno Toméra :

"Le nouveau testament personnel et subjectif"

En m'invitant dans la fiesta de la vie,
l'univers a égaré le carton d'invitation
et me voilà loufiat (comme des milliards d'autres)
à chercher une planque pas trop inconfortable,
un peu d'amour et de calme
mais c'est sans compter
sur la panne d'électricité au seuil du Grand Soir
sur la dernière chanson déprimée du rebelle Renaud
sur dieu et sa bande d'abrutis sanguinaires
sur les grossistes des boutiques multinationales
sur le salon de la motoculture et du tripatouillage animal
sur la délocalisation des entreprises de confettis
sur la peine-à-jouir de l'égocentrique poésie
sur le one man show de la spectaculaire connerie
et son public connaisseur et ravi.
Sur un tas de fatras que nous enjambons chaque jour,
pauvres cloches.
Quand la mort m’enlacera sur un slow éculé
avec ses clins d’œil d'allumeuse pubère
ou sur un dico débridé avec des petits cris jouissifs de travelo
sortir de la fête à son bras sera le point final
de foutus SOS éparpillés en pointillés
avec la satisfaction de celui qui s'est exténué
à rafistoler la ligne de flottaison du radeau jusqu'au bout
et hypocrite jure que c'était bien mais que toute
bonne a une fin... Enfin."

Les illustrations de la couverture et des pages intérieures sont de Jean-Louis Millet.

Si vous souhaitez en savoir plus sur "Petite histoire de la futilité", de Bruno Toméra, qui est vendu au prix de 10 €, rendez-vous sur le blog de la revue Nouveaux Délits : http://larevuenouveauxdelits.hautetfort.com/ 

jeudi 5 juillet 2018

"Après la nuit après", de Thierry Radière


Publié par les Éditions Alcyone, "Après la nuit après", dernier recueil, à ce jour (?), de Thierry Radière, est une série de poèmes en prose.

J'en profite pour signaler qu'il s'agit du 20e livre (tous genres confondus) de l'auteur publié en l'espace de 7 ans (chez une dizaine d'éditeurs). D'où cette constatation, d'ordre général : parfois, les éditeurs éditent...

Mais revenons à nos moutons : ces poèmes en prose, semblant écrits d'une seule traite, et qui sont, en tout cas, dépourvus de ponctuation, agissent comme des expériences de chimie, comme le contenu d'un verre qui se déverserait dans une éprouvette. Chimie ou alchimie des réalités ?

Le titre du livre - "Après la nuit après" - est révélateur de ce changement d'état. D'une observation des apparences, on aboutit à un résultat, souvent surprenant, car plus grave, plus métaphysique, sur fond de souvenirs d'enfance qui remontent à la surface du présent, de regrets mal dissipés.

Entre-temps, la magie des images poétiques, transcrit du réel, est passée par là. Ici réside la valeur de ce texte.

Extrait de "Après la nuit après", de Thierry Radière :

"Les rêves sont les souvenirs d'une autre vie que l'on bricole à la lumière à peine ouverte et entêtée afin que l'écume de la dernière fois attablée les bras en croix tel un pantin au bout du rouleau soit bonne à regarder en face se remette à crépiter dans la cuisine où les murs salivent et les assiettes se teignent de sauce à épaissir au fouet des habitudes à retenir les pentes."

La réalisation graphique du logo de couverture est de Silvaine Arabo.

Si vous souhaitez en savoir plus sur "Après la nuit après", de Thierry Radière, qui est vendu au prix de 18 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : http://www.editionsalcyone.fr/

mardi 3 juillet 2018

"Milieu de gamme", de J-B. Happe



Deuxième recueil seulement de J-B. Happe publié, cette fois-ci aux Éditions Le Pédalo Ivre, et pourtant, voilà déjà un livre emblématique, y compris pour les éditions.

Vous me demanderez alors : de quoi ça parle ? Eh bien, justement, de tout et de rien à la fois. Ce n'est pas ça l'important dans "Milieu de gamme". C'est le style de son auteur qui importe. Et celui-là est caractéristique.

Et pour cause : quand J-B. Happe écrit des vers, on dirait qu'il cause "presque" naturellement, et ce qui en sort, ce sont bel et bien des "vrais" vers, pas de la prose. 

Voilà pourquoi je dis que ce livre est emblématique de pas mal d'autres autres auteurs publiés par le Pédalo Ivre. Pour le profane, habitué (le pauvre !) à la poésie classique, ces auteurs devraient écrire en prose.

Sauf qu'ici, plus que jamais, J-B. Happe trouve sa respiration dans le vers. D'où aussi la longueur importante (plusieurs pages) d'une bonne partie des poèmes de "Milieu de gamme" (ou alors, ils sont très courts).

En réalité, l'auteur ne fait que débattre avec lui-même et le résultat est plutôt amusant, nimbé d'humour noir, et surtout déconcertant, car on ne sait pas vraiment ce dont il sera question plus loin. L'argument de départ fait tache d'huile, et on se retrouve bientôt (par des sauts de puce, si vous préférez) dans autre chose, comme si on avait glissé dans un univers parallèle.

Un style vraiment singulier (rythmé, scandé, nerveux), qui me plait.

Extrait de "Milieu de gamme", de J-B. Happe :

"dans mon lit au bord de la route
j'attends un éditeur
j'attends le sommeil
j'attends le jugement dernier
j'attends de tes nouvelles
je tape du pied, me tourne et me retourne
je me joue au tiercé gagnant
ce sera d'abord le tiercé gagnant
ce sera d'abord le jugement dernier
ensuite un éditeur
à la toute fin du sommeil
apparaîtra turquoise, poitrine offerte
comme dans une pub pour un soda
toi tu me dirais
ce n'est pas une attitude constructive dans la vie
l'attente comme ça
c'est idiot et masochiste
tu aurais raison j'en suis certain
je ferais mieux d'écrire
je ferais mieux de t'oublier
les heures passent
sur le bord de la route dans mon lit
avec deux cailloux
dans une canette de bière
je bricole un maracas
je commence un rêve
puis j'ouvre les yeux et j'attends encore
je me lève je sors sur le balcon
et j'attends un carambolage
ce n'est pas une attitude constructive
dans la vie
je ferais mieux de t'oublier
je ferais mieux de te laisser
au bord de la route
et m'éloigner
dans mon lit
sur des rivières
d'encre blonde
houblonnée"

Si vous souhaitez en savoir plus sur "Milieu de gamme", de J-B. Happe, qui est vendu au prix de 11 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : http://www.lepedaloivre.fr


lundi 2 juillet 2018

"Cinéma inferno", de Jean-Marc Flahaut et Frédérick Houdaer


Publié par les Éditions Le pédalo ivre, "Cinéma inferno", de Jean-Marc Flahaut et Frédérick Houdaer décrit la passion qu’éprouvent pour le cinéma les deux auteurs. Une passion infernale !

En effet, ce livre de poèmes montre surtout les relations qu'entretiennent avec la réalité les films rêvés, et mélange rêves éveillés à souvenirs d'enfance ou d’adolescence.

Moyennant quelques libertés prises avec la lettre des films, la passion des auteurs pour le cinéma demeure intacte. C'est bien cela la magie du septième art. Il est facile de modifier des images, afin de les faire coïncider avec ses rêves personnels.

Les films évoqués, directement ou indirectement, épousent plusieurs styles, époques et origines : une majorité de films américains et de films d'horreur, mais également quelques longs-métrages français ou italiens.

Sans surprise, on y croise quelques jolies femmes, mais aussi quelques grands durs. Toute une série de héros à qui s’identifier sans peine, surtout quand on ne leur ressemble pas vraiment. Sans doute cela vaut-il mieux d'ailleurs, car, la plupart du temps, ces personnages hors norme finissent mal.

Ici, l'ambiance oscille entre humour et nostalgie d'une époque révolue, celle où le septième art n'était pas encore celui des multiplexes.

Peut-être parviendrez-vous à distinguer qui (Jean-Marc Flahaut ou Frédérick Houdaer ou les deux) a écrit quoi dans ce livre. En tout cas, moi, je n'y suis pas parvenu et je ne pense pas que cela soit grave, bien au contraire.

Extrait de "Cinéma inferno", "Le cinéma français" :

" dire juste ça
le cinéma français
avec la gourmandise d'un enfant
dans les années 80
le cinéma français
celui qui passait tous les dimanches soirs à la télé
le cinéma français
ses dialogues a minima
ses personnages génétiquement tragiques
le cinéma français
ses intérieurs dépouillés
ses paysages tristes à pleurer
ses meurtres par camions interposés
le cinéma français
ses aires d'autoroute
ses pavillons de banlieue
ses ascenseurs vides
ses villes de Province
le cinéma français
ses inspecteurs de police
ses dames aux chats
ses contrôleurs SNCF
ses vendeuses de stylo
dire juste ça
le cinéma français
avant de l'oublier".

Si vous souhaitez en savoir plus sur "Cinéma inferno", de Jean-Mrc Flahaut et Frédérick Houdaer, qui est vendu au prix de 11 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : http://www.lepedaloivre.fr

mercredi 27 juin 2018

"Sans cesse", de Gilles Venier

Publié par les Éditions Tarmac, "Sans cesse", de Gilles Venier, est sous-titré avec justesse "rhapsodie à ciels ouverts". Je précise que ce texte est d'abord paru en partie aux Éditions Encres Vives, animées par Michel Cosem.

Il s'agit d'un livre qui ne se circonscrit pas facilement. En effet, c'est un texte anti-formaliste (quel vilain mot, pourtant beaucoup pratiqué dans la poésie contemporaine), par excellence. Cela se sent à la forme du livre, justement, mais aussi à ce qui s'y dit, forme et fond découlant naturellement l'un de l'autre.

Cette suite de fragments, qui ne sont pas toujours des fragments, mais parfois aussi de solides blocs de textes sans séparations, répartis en plusieurs chapitres, ne semble pas suivre un thème apparent.

Alors de quoi s'agit-il, pour finir ? De notes de voyages, de transcriptions de souvenirs de partout en France et de toutes les époques, de réflexions philosophiques, métaphysiques ? D'un peu tout cela à la fois...

Mais je ne crois pas que le véritable enjeu soit là.

"Sans cesse", de Gilles Venier, m'a rappelé certains textes de la Beat Generation (Kerouac, Ginsberg). Ce qui est montré ici, c'est l'amour de la liberté et de la vie, la beauté des paysages, le désir des corps, bref, le côté solaire des choses...Une poésie de la lucidité également, envers et contre tout.

Le style de "Sans cesse" est riche, résolument lyrique, presque hymnique. Un style pas assez souvent édité aujourd'hui en France, où l'on préfère d'ordinaire la retenue (mais pour quoi en rien faire ?).

Extrait de "Sans cesse", de Gilles Venier :

"Ça s'enfonce loin, non pas depuis la secousse des mots - leurs à-coups - mais sous la lumière et depuis la lumière. Ça se déplace d'ailleurs plus vite qu'eux, et, sans reconnaissance à leur égard, monte aux étages les plus sombres du dire, prend une cambuse et en tapisse les murs de graphes dont l'amorphisme des jambages en disperse les sources.

Ainsi trouble d'abord, abîme chaque fois un peu plus la perspective, heurte le regard lequel peu à peu s'aiguise, glisse sous les contrastes et dépasse les apparences. D'abord la joie - poudreuse -, puis la confusion - un maelstrom de voix - bien sûr. Des paysages, des immeubles, des affiches de rue aux en-têtes colorés ceignent harmonieusement ce lieu indéfini où tout ce qui s'y produit ne semble témoigner que d'une différance, d'un saut à la fois obscur et transparent, à la fois vide et jalonné de repères que rythment les heures claires et volatiles du matin, puis celles de l'après-midi, lourdes et dorées, et les plus graves - presque ennuyeuses - qui lentement précèdent le mystère du nocturne, égrenant l'immobile rythme des ombres, comme le pas d'un cheval au travail à la longe trace le cerne étroit et répété d'un seuil."

L'image de couverture est de Régis Nivelle et la postface de Onuma Nemon.

Si vous souhaitez en savoir plus sur "Sans cesse", de Gilles Venier, qui est vendu au prix de 14 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : http://www.tarmaceditions.com


samedi 16 juin 2018

"Partout ailleurs", de Fabrice Farre


Publié par les Éditions p.i.sage intérieur, "Partout ailleurs", de Fabrice Farre, est un recueil de poèmes en prose.
Cette forme d'écriture est inhabituelle chez cet auteur, qui, les autres fois, pratique le vers libre.

Ce qui ne change pas, toutefois, c'est le fait que ces les textes restent courts. Et cela se justifie, car ils ont déjà assez d'épaisseur et de densité pour ne pas avoir besoin de se répandre sur plusieurs pages.

En même temps, la prose leur donne une épaisseur peut-être plus naturelle que dans les vers libres (consubstantielle à cette forme d'écriture, où seuls les sauts de lignes séparent les mots).

Comme le titre l'indique, il est ici question d'ailleurs, mais pas d'un ailleurs mobile, plutôt d'un ailleurs suspendu dans le temps (à tel point que l'on se demande si l'objet du voyage compte encore : en même temps, ramener un voyage aux seuls déplacements, c'est un peu bête aussi ?)

De plus, dans le choix de ces lieux de séjour, ce qui frappe, c'est leur indétermination, comme si ces lieux, plus que les personnes (parfois, ces dernières semblent l'être aussi), étaient interchangeables. 

En effet, l'enjeu est "ailleurs" (façon de parler !). C'est de montrer le rapport entre ces personnes, y compris lorsque les endroits varient.

Parfois, le voyage n'est pas pour le "je", mais pour celles et ceux qui viennent le voir.

Ainsi, le voyage n'est pas un aller sans retour, c'est parfois aussi un retour sans aller.

Avec toujours, dans l'écriture de Fabrice Farre, cette impression de rêve planant, mais bien éveillé, et surtout réel.

Extrait de "Partout ailleurs", de Fabrice Farre :

"26.      Les promesses de retour se multiplient, jusque tard dans la nuit. Venues du port par le bateau français, elles gravissent les coteaux couverts d'étoupe. Elles glissent dans le bassin rocheux, entrent dans la chambre du mourant. Promettre de revenir un jour est une trahison, une pierre qui retombe."

Et cet autre :

"33.      Au rez-de-chaussée, nous avons des histoires interminables de rues. Au-dessus, nous bavardons, loin des lacets urbains. Plus haut, nous nous résignons à oublier en dormant. Dans nos greniers sanctuarisés butinent les abeilles. Avides d'un miel, entre l'être et l'avoir, nous ne touchons pas au ciel, même après plusieurs essais."

Si vous souhaitez en savoir plus sur "Partout ailleurs", de Fabrice Farre, qui est vendu au prix de 10 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : http://p-i-sageinterieur.fr/la-maison

jeudi 14 juin 2018

"Coups d'oeil", de Patrick Le Divenah

Publié par les Éditions du Contentieux, "Coups d’œil", de Patrick Le Divenah est un livre de poèmes, divisé en deux parties semblables par la thématique et même par l'écriture, s'agissant de "Coups d’œil" et de "Clins d’œil".

Bien sûr, il est facile de remarquer qu'il y a une sacrée différence entre des coups d’œil et des clins d’œil. Ainsi, la deuxième partie, celle des clins d’œil, est davantage parodique que la première.

Par exemple, on y trouve plus facilement des poèmes en vers réguliers, qui sont déjà une parodie de la poésie classique, celle que l'on apprend à l'école.

Il n'empêche que je vois plus de traits d'union que de différences entre les deux parties de ce même livre.

Cela vient de la thématique surtout. En référence à Raymond Queneau, je dirais facilement que c'est un livre champêtre, où tout se passe par les rues, ou par les champs, même si les textes de Patrick Le Divenah sont plus actuels que ceux de son aîné.

Le style de l'auteur est d'ailleurs très original, à part par rapport à ce que je lis habituellement, ni moderne, ni ancien, ni lyrique, ni expérimental, mais un peu tout ça à la fois.

L'humour est presque toujours présent aussi dans ces textes, même si parfois, on ne sait pas si c'est du lard ou du cochon.

Mais avant tout, l'originalité des textes de Patrick Le Divenah tient au fait qu'ils me semblent être toujours très aérés, comme si les sujets d'extérieur contribuaient à créer cette impression de respirer à l'air libre.

Oui, je sais, c'est un peu étrange, mais par exemple, je n'imagine pas ces poèmes se succéder sans un espacement entre leurs lignes.

Il faut que la forme colle à son sujet. Il y a sans doute également une part de virtuosité dans cette écriture.

Extrait de "Coups d’œil", de Patrick Le Divenah :

"la poupée


yeux palpés

enfoncés

martelés au fond des orbites

cheveux crin de cheval fou

jambes en labyrinthe

la tête lui tourne

l'ogre

a planté son couteau dans le ventre plein

du son

éclaté au rire du vent


le sable emplit ton bras vide

tu flottes en dentelles chiffonnées

une lame

entre les seins


et sur la lande un sorcier

brûle tes jupes de papier"


L'illustration de couverture (et celle des pages intérieures) est également de Patrick Le Divenah.

Si vous souhaitez en savoir plus sur "Coups d’œil", de Patrick Le Divenah, qui est vendu au prix de 15 €, contact auprès de son éditeur (Robert Roman) : romanrobert60@gmail.com

lundi 11 juin 2018

"La poésie, personne n'en lit", de Marc Guimo



Publié par les Éditions la Boucherie littéraire, dans sa collection "Sur le billot" , "La poésie, personne n'en lit" est le deuxième recueil de Marc Guimo. Et le premier poème de ce livre lui donne son titre. Poème manifeste donc, d'ailleurs, je crois, le plus long du volume.

Le titre est provocateur, certes, mais il se vérifie généralement. N'allez surtout pas croire que le contenu de ce livre soit dépité. Non, pas du tout, je trouve. On dirait plutôt que cette situation serait souhaitable pour l'auteur.

Et en effet, si l'on considère que la poésie perdrait son âme en ayant plus de succès, le péril n'est pas imminent.

Ce qui m'a plu dans "La poésie, personne n'en lit", de Marc Guimo, c'est surtout l'humour dont fait preuve son auteur, le dégagement du ton dans le constat du titre, développé au fil des pages.

Il y a de l'humour, mais ce n'est pas non plus trop gentil. Il y a du nerf dans ces textes. Bref, ça vit. 

Et on lit :

"La poésie c'est une botte de foin dans un champ d'aiguilles" ou : "ton livre c'est un sommier mais où est le matelas ?"

Contre quelques formules de ce genre-là, personnellement, je filerais bien quelques barils de vieille poésie lyrique, aux vertus soporifiques.

Bien sûr - mais c'était déjà le cas dans "Un début de réalité - l'auteur n'oublie pas d'évoquer le monde d'actif dans lequel il vit. Et je lui en sais gré.

Extrait de ce livre, "Quatre-vingts grammes de monde" :

"Ce qui est bien quand tu fais de la poésie, c'est que tu oublies très vite tes dettes et la pression au travail : elles ne s'effacent pas, aucun miracle, mais leur arrogance s'est éteinte. Le géant devenu petit soldat. Sous le talon. Au début tu écris parce que tu n'as pas de quoi te payer un massage ou un psy, puis tu continues comme on déroule la notice d'un remède, pour voir s'éloigner les conditions administratives de ce monde. Avec la poésie, tu ne montes pas dans l'échelle sociale, tu ne descends pas non plus, mais lorsque fatigué des écrans tu plaques devant toi quatre-vingts grammes de papier, une fois, deux fois, dix fois, c'est comme si tu faisais des faux billets. Quoi de plus palpitant que d'inventer sa propre monnaie ? Ta journée, c'est de la matière première, ta nuit c'est ta presse. Bien sûr il faut être patient et enchaîner les cafés, si la nature a mis neuf mois pour t’offrir une origine, il est inutile de courir après le bus, marcher n'est pas ralentir, et le temps que tu perds à écrire n'est pas si paumé."

Si vous souhaitez vous procurer "La poésie, personne n'en lit", de Marc Guimo, dont le prix de vente est de 12 €, rendez-vous sur le site de son éditeur : http://laboucherielitteraire.eklablog.fr/

Ce livre est disponible, sur commande, dans toutes les bonnes librairies de France et de Navarre.

mardi 5 juin 2018

"Necro manigances Dandois saisissantes", de Necromongers et Pascal Dandois


Publié par les Éditions Urtica, ce recueil intitulé "Necro manigances Dandois saisissantes" n'est pas écrit comme les profs voudraient que l'on écrive. Et pourtant, c'est peut-être l'oeuvre d'un prof !..

En effet, laissez ici tomber les cours de lyrisme retenu pour vous embarquer dans la lecture de cet empilement de strophes qui n'a pas peur des adjectifs et des néologismes. Ça va nous changer les idées !

Les textes sont signés Negromongers et les illustrations que je trouve très réussies, Pascal Dandois.

Pour ma part, j'ai préféré le texte de la première partie ("les tentacules de l'esprit") à celui de la seconde partie ("La prière d'une foi meurtrière"), qui est écrit en vers rimés et ressemble plus à une chanson.

Il n'empêche... Cette poésie est loin d'être sombre, même quand elle n'est pas drôle. En tant que lecteur, j'ai l'impression que le gars qui l'écrit rigole tout le temps. Et du coup, cela m'amuse aussi.

C'est de la poésie avec de la science-fiction et qui semble parler du futur, alors qu'elle parle déjà de notre enfermement présent. Malgré tout, ici, l'individu se fond avec plaisir dans un univers virtuel qui le dépasse. À ce titre, "Necro manigances Dandois saisissantes" est une oeuvre qui célèbre le collectif de l'homme, une fois qu'il est devenu complètement indifférencié.

Extrait de "Necro manigances Dandois saisissantes" :

"Et puis enfin, la résurrection des couleuvres céphalopodes.
Le caractère grisant des enveloppes de mots susurrés.
L'aiguille serpentaire du revival de l'ombre des pensées.
L'indice caractériel des pages à trancher dans le vif.
Le Kraken littéraire parsemeur de songes sédentarisés.
L'oubli quasi régulier des attentes à imaginer les leurres.
L'idiome ancré comme un roc sans coquillages à sucer.
L'affront végétalisé des encornures à feuilleter en silence.

On ploie sous l'évidence, sous le soc des jachères comatiques.
Il parait qu'avant les paragraphes parlaient pour dormir.
On nage à l'incertitude, entre les reflets dorés de lignes cajoleuses.
Il apparaît dorénavant qu'un seul instant peut enlacer le sommeil.
Commerce étatique confluent, vers des limbes allégoriques.
Sensations d'un lendemain parfait pour recommencer l'hier.
Le feu des pupilles sous les paupières, résiste à l'éblouisseur.
Carcan sous Prozac élévateur, tarissent d'éloge nos consommateurs.

Mais le pire reste à lire, au creux des contours imagés.
Une histoire qui s'écrit à l'encre de sèche, bleu citron.
Un rêve qui s’étire plus longtemps que le monde..."

Si vous souhaitez en savoir plus sur "Necro manigances Dandois saisissantes", qui est vendu au prix de 6 €, voici le contact de l'éditeur : urticalitblog@gmail.com

lundi 4 juin 2018

"Gorgonzola", de Laurent Robert


"Gorgonzola", de Laurent Robert, publié par les Éditions "La chasseur abstrait", relate la vie d'Émile Zola, racontée en tankas, cette forme poétique du Japon en 5 vers courts et libres.

J'ai beaucoup aimé la part de mystère que dégage ce livre.

La forme du tanka met de la distanciation et de la retenue avec son sujet. Elle empêche le lyrisme de s'épancher sur un personnage (et son oeuvre) que tout le monde n'est pas obligé d'apprécier.

Même si je n'ai pas forcément tout compris des épisodes de ces tankas, leur mystère, née de la brièveté des poèmes, crée la poésie, et contribue à réactualiser l'histoire d'Émile Zola, avec aussi une vision kaléidoscopique de tout ce qui tourne autour de lui.

Extraits de "Gorgonzola", de Laurent Robert :

"          62

            Les chambres de bonnes
La beauté dans les latrines
             La vaisselle sale
L'insipide nourriture
Des bourgeois bouffeurs de liards


            63

            On cherche un soleil
Une chaude épiphanie
             La consolation
Sur aucune page rien
Fors la bourgeoise tambouille


            64

            Au Bonheur des Dames
Temple des frivolités
             Nymphes et déesses
Enivrées par la réclame
Les rendus le bon marché


             65

             Savante anarchie
Aux régiments des rayons
              Désordre voulu
Des chemises des dentelles
Froufrou continu des robes"

Si vous souhaitez en savoir plus sur "Gorgonzola", de Laurent Robert, qui est vendu au prix de 15 €, rendez-vous sur le site des éditions : http://www.lechasseurabstrait.com/

"La tentation", d'Alain Wexler


Voilà un livre qui est intéressant à plus d'un titre.

"La tentation", d'Alain Wexler, publié par les Éditions Henry, est tout d'abord intéressant pour des raisons, je dirais, externes.

Il apporte la preuve qu'un revuiste (Alain Wexler anime la revue Verso depuis 1977) peut être un bon, voire un très bon poète, et du moins, a le droit d'être reconnu en tant que poète. Et cela, poètes publiés en revues (je suis bien placé pour le savoir), vous l'oubliez régulièrement et vous l'oublierez dès demain, concentrés que vous êtes sur vos propres textes qui ne sont pas plus mauvais, mais pas  non plus meilleurs que ceux de votre revuiste !...

Ensuite, en ayant publié 5 livres en 35 ans, Alain Wexler montre qu'on peut continuer à respirer quand même. À nouveau, prenez en de la graine, poètes pressés d'éditer et à qui l'édition n'apporte pourtant aucune joie durable !
Vous êtes trop nombreux, tous comme vos livres, et personne ne s'en souvient ! Mais vous continuez quand même à espérer quelques chimères...

En tout cas, je me souviendrai de "la tentation", qui, à mes yeux, est, à ce jour de juin 2018, l'un des deux ou trois meilleurs textes de poésie que j'ai lus cette année, ce qui n'est déjà pas une si mince affaire, rien que par rapport aux nombres de chroniques rédigées ici...

Bon, je ne vais pas disserter sur le fait de savoir si les poèmes d'Alain Wexler ressemblent à ceux de Francis Ponge. À mon avis, seuls leurs titres y ressemblent : "La lime", "La guêpe", "Les toits"...

À première vue, le lecteur voit qu'il est question de choses matérielles.

Cependant, certains mots sont beaucoup moins matériels : "Train de nuit", ou encore "La tentation", qui donne son titre au livre et qui pour moi, est une énigme.

Derrière ces titres se cache, en fait, une belle construction lyrique, qui n'est pas qu'une construction.

Ce qui me sidère, c'est qu'en parlant d'une seule chose, à chaque fois, Alain Wexler recrée la totalité d'un monde, dans lequel toutes les choses s'imbriquent. Et les mêmes choses reviennent souvent dans des textes différents. L'escargot, par exemple, qu'il m'a semblé voir ramper dans plusieurs poèmes. L'escargot qui pourrait parfaitement résumer cette poétique du tout.

Ce n'est pas en une seule lecture que vous épuiserez les mystères de "la tentation", d'Alain Wexler. C'est un livre qui vous tient chaud et vous apporte plein d'images à imaginer.

Extrait de "La tentation", d'Alain Wexler, la première strophe de "Train de nuit" :

"Ignoré, le voyageur se replie sur l'essieu.
Qui s'écarte de la nuit ?
Ô double destinée de l'acier
Qui déroules un lit sonore !
Un orchestre de percussions et de vents
Cloue le dormeur dans son lit.
Qui veut être seul ?
L'air du dehors ébouriffe l'insomniaque
Et s'engouffre dans l'accordéon.
L'insomnie lance
Des trains aveuglants à sa rencontre.
Les vents assourdissent les transports.
Les transports couchent le voyageur sur la voie.
Mais les transports raient le verre.
Comme un doigt sur la soie !
Les vents assourdissent les transports.
On efface toutes les gares.
Entre le départ et l'arrivée, l'accordéon s'étire
Et le son meurt dans la dernière gare.
La nuit et son cortège de vents mélancoliques
S'engouffrent dans l'accordéon,
Le voyageur, das un effort surhumain,
Tente d’assourdir le vent
Et ne replie que l'accordéon."

"La tentation" d'Alain Wexler est préfacée par Louis Dubost (son premier éditeur au Dé Bleu). Et l'illustration de couverture est d'Isabelle Clément.

Si vous souhaitez en savoir plus sur ce recueil, qui est vendu au prix de 10 €, rendez-vous sur le site de son éditeur : http://www.editionshenry.com/

dimanche 27 mai 2018

"A l'insu de nos lèvres", de Léon Bralda

"A l'insu de nos lèvres", de Léon Bralda, édité dans la collection Polder de la revue Décharge, et l'un des premiers textes publiés de son auteur, est résolument un recueil rétrospectif.

Le lecteur y traverse des souvenirs de l'enfance, c'est à dire, par exemple, de lieux, du père, de l'école.

Cette évocation continue m'a plu par l'ambiance suggérée d'un monde disparu, d'endroits propices au rêve.

Reviennent souvent à travers ces pages des "murs", prétextes comme nuls autres au travail de l'imagination. Sans doute cette autre casquette de l'auteur, Léon Bralda, qui est également peintre, joue t-elle dans le rendu des images.

En dépit, à mes yeux, de formules parfois grandiloquentes à mes yeux (le Vivre, le verbe, les Ô), j'ai aussi et surtout aimé la tenue de ces poèmes en prose, qui me rappelle d'autres écritures de plus en plus rares aujourd'hui.

Ainsi, la nostalgie d'une époque renvoie à la nostalgie d'un style.

Extrait de "A l'insu de nos lèvres", de Léon Bralda :

"Le mur avait dressé son manque de sommeil sur l'épiderme de nos rêves, laissant les cauchemars poindre au plus profond des draps. Nous écoutions la forge humaine qui martelait au fond du domicile...

Nous écoutions se faire les crevasses du vide en ces voix façonnés à coups de tempes et de pas. Nous entendions le froissement des mots contre la chair éparse des papiers peints. Et le mur infusait des relents de désastre et d'incompréhension pour une éternité sur les lèvres des fils."

La préface est de Chantal Dupuy-Dunier. L'illustration de couverture est de Lionel Balard, autre nom de l'auteur.

Si vous souhaitez en savoir plus sur "A l'insu de nos lèvres", de Léon Bralda, qui est vendu au prix de 6 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : http://www.dechargelarevue.com/-La-collection-Polder-.html

samedi 26 mai 2018

"Grand Centre", de Leafar Izen


Il s'agit du premier roman, publié par les Éditions du Bord du Lot, de Leafar Izen, qui écrit par ailleurs des poèmes et qui a été publié dans le numéro 78 de "Traction-brabant".

"Grand Centre" est un roman d'anticipation qui se passe en France, aux alentours des années 2050. Le Grand centre est ce qui reste des grandes villes, la très grande majorité des humains (quelle que soit leur origine) ayant été rejetée dans les dépotoirs de ce qui pourrait s'appeler banlieue (en plus grave encore) et survivant sans aucune source de revenus officiels.

Les seules personnes qui relient le "Grand Centre" au reste du pays sont des marchands qui se comportent comme des dealers (de drogue) et se déplacent dans des véhicules myriapodes, appelés cloportes.

L'impression dominante laissée par ce roman est son côté sombre; même quand il se déroule le jour, on a l'impression qu'il se déroule la nuit.

L'histoire est celle d'une vengeance conduite par deux amis plus ou moins destroy. 

"Grand Centre" est un roman construit par bribes de séquences, où alternent des séquences temporelles différentes, des points de vue de personnages également différents, exprimés en direct ou par le truchement d'un dictaphone.

Il ne m'est pas possible de vous en dire plus, au risque d’abîmer le suspens.

En voici le tout début :

" En matière d'homicide, selon l'idée reçue, le plus difficile serait de tuer pour la première fois. "Ce n'est pas le souvenir que j'en garde" disait-il. Lui qui prélevait les existences avec la même indifférence qu'on éprouvait à cueillir un coquelicot le long d'un chemin de campagne, quand les printemps promettaient des étés radieux et qu'il existait encore des filles et des garçons assez insouciants pour prendre ces promesses au sérieux.
  Félix prétendait n'avoir rien ressenti de particulier au moment de mettre fin à la vie d'autrui. "Les images demeurent, mais mon esprit, au moment de presser la détente, paraissait s'absenter", m'avait-il affirmé.
  Il vous faisait l'effet d'un spectateur distrait, indifférent à sa propre fiction.
  Les souvenirs de cette époque n'avaient pas disparu, mais ils lui étaient devenus aussi étrangers que ces portraits de familles inconnues dont il fit longtemps collection. Et ce néant émotionnel m'étonnait davantage encore que les événements improbables qui jalonnent son existence."

Si vous souhaitez en savoir plus sur "Grand Centre", de Leafar Izen, qui est vendu au prix de 17 €, rendez-vous sur le site de son éditeur : http://www.bordulot.fr/detail-grand-centre-355.html
Quant au site de l'auteur, en voici le lien : http://www.leafar-izen.com/

dimanche 13 mai 2018

"Les tweets du pinson et autres aléatoires", de Jean-Claude Touzeil


Les quelques poèmes de Jean-Claude Touzeil publiés dans ce livre par les Éditions Gros Textes, sous le titre de "Les tweets du pinson et autres aléatoires", sont apaisants de simplicité.

Occupés le plus souvent par l'enfance et la campagne, avec les animaux qui l'occupent, ces textes remettent les pieds sur terre au lecteur, tout en gardant la tête dans les nuages.

Avec quelques jeux de mots, des mises en situation humoristiques, ils vous montrent que le bonheur peut exister sans chichis, ici-bas, loin de l’immatérialité des écrans et des métaphysiques torturées et guerrières.

Extrait de : "Les tweets du pinson et autres aléatoires", de Jean-Claude Touzeil :

"Frères

Entre un filet d'accordéon
dans les quartiers sensibles
une bouffée de feuilles mortes
sous les pieds de l'enfance
et des copeaux d'utopie
le long des chemins de halage
nous sommes toujours en partance
pour des pays paisibles
où l'on cueille des étoiles

des pays sans limites
où les jardins sont des îles

des pays à bâtir
où les hommes sont frères"

La couverture et les pages intérieures de ce livre sont joliment illustrées par Yves Barré.

Si vous souhaitez en savoir plus sur "Les tweets du pinson et autres aléatoires", de Jean-Claude Touzeil, qui est vendu au prix de 7 €, contact sur le site de l'éditeur (Gros Textes) : https://sites.google.com/site/grostextes/

dimanche 15 avril 2018

"Soleil plouc", de Laurent Bouisset


Publié par les Éditions "Le Pédalo ivre", "Soleil plouc" est le deuxième livre de Laurent Bouisset.

Le premier, je le connais bien, l'ayant édité à l'enseigne du Citron Gare.

Alors, commençons par dire quelque chose de simple et d'imprécis : "Soleil plouc" se situe dans la continuité, et en même temps, constitue une évolution, par rapport à "Dévore l'attente".

En effet, le lecteur y trouve ce qui fait l'originalité de l'écriture de Laurent Bouisset.

Un côté énervé, célinien (avec tout de même quelques points d’exclamation, des caractères en italique ou en majuscules, des points de suspension, marquant des changements d'intensité).

La différence avec Céline (pour citer cette référence d'ordre général), c'est qu'il y a là le vrai souci de l'humanité souffrante, son obsession même, et une lucidité constante par rapport à son impuissance à changer les choses.

En ce sens, "Soleil plouc" reprend "Dévore l'attente", là où il l'avait laissé.

Les poèmes, ici, digèrent davantage leur révolte, le temps aidant, devenant plus lyriques et adoptant un sourire lucide et lumineux qui vient sans doute de l'Amérique latine. 

Ces poèmes donnent aussi plus dans l'humour. Ils trouvent surtout leur format naturel, leur respiration évidente, je devrais peut-être dire, leur "souffle". Cette manière de commencer à raconter une histoire en vers, puis de digresser. Et plus des mots sont ajoutés, plus l'auteur semble en retrancher, comme s'il cherchait à retenir une vérité, avant qu'elle ne s'échappe malgré tout. 

Il faut préciser aussi que Laurent Bouisset pratique avec aisance la lecture orale, la performance, et donc il sait rythmer ses poèmes, les faire progresser, si la nécessité de leur développement est là (car à l'inverse, certains poèmes dans "Soleil plouc" sont très courts).

Extrait de "Soleil plouc", "Un sourire vrai" :

                              " Pour mes amis guatémaltèques

valeur entière à ce cliché
ce lent cliché que mentalement
du grand volcan
je suis en train de développer
parce que justement : il n'a rien d'immortel
l'impression essaimée par mes seuls yeux
aura la beauté d'être brève
et détachée du lieu bientôt

déjà je vois que se retire
un petit gant de brume molle
des hauteurs apaisées du grand cratère

déjà j'entends couler de l'eau
et je le découvre volatil, le caféier

mouillée de nuit cette prairie impertubable
dont l'herbe fuit,
les arbres courent et le vert sombre...

au bord sans bruit de disparaître
ou de rêver...
un cheval brun discret attend...

pour n'avoir rien voulu garder de ce tableau
pour avoir oublié le mot vouloir sur un caillou
j'ai regardé ma vie sans haine
j'ai goûté l'heure obscure intensément

debout, seul
égaré de mes projets

face au silence assis
du géant rocailleux en arrière-plan
qui sans peine aurait pu
me terrasser de suffisance
mais préférait, je crois
régner sas morgue
massif et léger face au temps

un peu de pluie chaude approchait, je me souviens...
ou je croirai m'en souvenir un jour, faible nuance...

alors j'ai semé pour conclure
un sourire vrai dans la terre calme
avant d'emprunter le chemin du soir
allégé d'un volcan entier et le pas lent"

Si vous souhaitez en savoir plus sur "Soleil plouc", de Laurent Bouisset, qui est vendu au prix de 10 € (+ 3 € de frais de port si achat par correspondance), rendez-vous sur le site de l'éditeur (le Pédalo ivre) : http://www.lepedaloivre.fr

mercredi 11 avril 2018

"Sang & diesel" et "Chute de fiel", de Morgan Riet

Publiés par les Éditions Gros Textes, "Sang & diesel" et "Chute de fiel", de Morgan Riet, sont deux recueils indépendants, réunis en un seul volume par le même éditeur.

L'un est illustré en couleurs par Chantal Godé-Victor ("Sang & diesel") et l'autre est illustré en noir et blanc par Matt Mahlen ("Chute de fiel"), les deux textes étant imprimés l'un à l'envers de l'autre, et constituant les deux faces d'un même livre.

"Sang & diesel" regroupe des poèmes routiers, impressions traduites en vers par le poète, lorsqu'il conduit sa voiture, surtout pour aller et revenir du travail. Il y est question de ronds-points, de paysages, d'embouteillage, d'accident.

"Chute de fiel" regroupe, toujours écrits en vers libres, quelques attaques bien senties contre des archétypes de poètes qui se prennent pour des (h)auteurs. Et là, je ris ! Cela peut d'ailleurs aussi concerner l'auteur de ces textes lui-même, qui se piège parfois, sans le vouloir.

À mes yeux, un point commun existe entre ces deux recueils, qui montrent une même méfiance vis à vis de la chose naturellement poétique, car volontiers coupée du monde réel. Ce cliché de poète adepte de l'art pour l'art.

Ainsi, Morgan Riet met la distance et l'humour avec ces choses qui devraient être obligatoirement ressenties par un poète normal, comme lorsqu'il écrit que les "sanglots longs des violons" ne sont pas qu'une question d'automne, par exemple.

Le style de l'auteur, assez aisément reconnaissable, est la signature de cette distance prise avec le lyrisme "classique".

Bien sûr, l'écriture demeure poétique, mais elle aime couper ses vers, quand ils sont pris par des élans trop étirés, et en appelle à la précision des micro-effets poétiques, bref à une sorte de taille dans le maigre.

La préface de "Chute de fiel" est signée Vincent Motard-Avargues.

Extrait de "Sang & diesel", de Morgan Riet :

"Ellipse vespérale

Collée à un phare
de la voiture,
une aile de papillon.

Calée
contre l'instant,
cette échelle

par où elle monte, 
masquée par le gaz

d'échappement
d'un sourire,
                     l'angoisse."

Extrait de "Chute de fiel" :

"Calimero

Ah ! la fraternité
entre poètes !
C'est curieux,
c'est étrange
comme cette notion
soudain se vide
de toute sa substance,
lorsqu'il t'arrive
parfois
de poser un œil,
comme ça, 
morne sur les bords
de tes piles d'invendus...

Oui
c'est vrai,
c'est un faix,
mon pauvre
Calimero,
mais,
en même temps,
si l'on se penche bien
sur la chose :
quelle fratrie fidèle,
quels lecteurs mordus,
tous ces grains de poussière !
non ?"

Si vous souhaitez en savoir plus sur "Sang & diesel" et "Chute de fiel", de Morgan Riet, qui est vendu au prix de 8 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : https://sites.google.com/site/grostextes/

mardi 10 avril 2018

"Trans'Hôtel Express", de Jean Azarel

Publié par les Éditions Tarmac, "Trans'Hôtel Express", de Jean Azarel, est une évocation "en tous sens" des chambres d'hôtel, sous forme de nouvelle : tout ce qu'on y trouve, dans ces chambres, l'ensemble étant énuméré avec minutie.

Je précise que cette évocation descriptive n'est pas un catalogue touristique des plus belles chambres des plus beaux hôtels de la planète. Sont au contraire énumérés des preuves de la misère, du passage d'individus peu recommandables (prostituées, politiques).

À cette évocation descriptive se superposent les souvenirs plus personnels de Jean Azarel : hommage à des personnes "rock and roll" rencontrées, souffrantes et disparues : Jimbo, Estrella. H, Philippe D.
C'est ainsi le résumé de toute une vie de voyages et d'errances.
Nostalgie d'époques disparues.

Ce n'est pas parce que les choses sont parfois pouilleuses, qu'on ne les aime pas, à l'image de ces chambres d'hôtel déshéritées.

"Trans'Hôtel Express" constitue l'amplification poétique de ce paradoxe humain.

Extrait de "Trans'Hôtel Express", de Jean Azarel :

"Dans les salons blafards où je sommeillais entre deux trains, des coups de feu suivis de cris trouaient parfois le silence du bout des voies, là où l'enchevêtrement des rails, l'odeur de rouille mêlée à celle de pisse, imposent la loi des marges. Visage collé à la vitre des chambres d'hôtel sans âme, nez aplati contre le verre froid, rongé par l'abstinence, j'arrivais encore à extirper de la poésie dans l'expression de la misère."

La photographie de couverture est de Louise Imagine.

En outre, le livre est accompagné d'un CD audio qui regroupe de larges extraits du livre.

Si vous souhaitez en savoir plus sur "Trans'Hôtel Express", de Jean Azarel, qui est vendu au prix de 10 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur (Tarmac) : http://www.tarmaceditions.com

lundi 9 avril 2018

"Passe en caisse", d'Elsa Hieramente


Publié par les Éditions Gros Textes, "Passe en caisse", d'Elsa Hieramente, est avant tout de la poésie souple et légère.

C'est ce qui saute aux yeux du lecteur que je suis et c'est une constante qui demeure vraie pendant tout le recueil.

Quand je dis "légère", ce n'est pas dans le sens de la musique "légère", quelque chose qui serait juste un délassement superficiel. Non, je parle plutôt de la légèreté des corps faits pour la danse, qui ne s'attardent pas sur la pesanteur.

Je parle aussi d'un monde qui se joue de ses dimensions, où l'immense est rejoint par le petit. Telle l'image de couverture d'Elsa Hieramente elle-même...

Les vers libres de ces poèmes sont courts. Il y a des jeux de mots dedans parfois, et surtout, le lecteur ne sait pas à l'avance ce qui va se mettre en travers de ses yeux.

Et l'on glisse dans la rapidité de cette écriture comme sur une piste de danse aérienne. Si bien que rien ne paraît jamais grave, dans ces poèmes, même quand ça l'est.
En tout cas, ici, tout passe, comme les pensées plus ou moins heureuses.

Extrait de "Passe en caisse", d'Elsa Hieramente :

"je vis maintenant
dans un château

mes cheveux fous s'envolent
par dessus la muraille

j'aime les robes décidément rouges
et du haut de ma tour
les poules n'ont pas d'ailes
cela ne change rien
et je te remercie

j'aime toujours les saisons

j'aime toutes les saisons
pourvu qu'elles ne durent pas

c'est peut-être un arbre
ou peut-être pas
qui cache la forêt

je vis maintenant
dans un château
je n'y tiens pas

les poules s'en fichent
pas moi

les robes se froissent
moi pas"

La postface est de Laurence Vielle.

Si vous souhaitez en savoir plus sur "Passe en caisse", d'Elsa Hieramente, qui est vendu au prix de 6 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur (Gros Textes) : https://sites.google.com/site/grostextes/

samedi 7 avril 2018

"Juste qu'on peut vivre", de Cyril C. Sarot


Publié par les Éditions Gros Textes, "Juste qu'on peut vivre", de Cyril C. Sarot est sous-titré "Carnet de notes littéraires et turbulences".

Il s'agit d'un recueil de fragments plus ou moins courts, et que j’appellerais volontiers, pour ma part, des moralités ou (im)moralités.

C'est ce qui distingue ces textes de la plupart des aphorismes que j'ai l'occasion de lire. Il ne s'agit pas seulement ici de raccourcis saisissants qui démontrent un sens de l'observation affiné. Il ne s'agit pas non plus seulement de jeux de mots.

Non, dans ses textes, Cyril C. Sarot ne refuse pas de prendre parti, de faire preuve d'impertinence et d'humour, sans pour autant se cantonner à des traits d'esprit, car c'est plus sérieux que ça.

C'est le cas, par exemple, lorsque cet auteur, se moque des poses que l'on trouvé habituellement chez les (h)auteurs pas que "professionnels".

Il y a de ce fait, et par hasard, communauté d'esprit avec ce que j'ai pu écrire dans les éditos de "Traction-brabant".

J'ai bien aimé aussi, dans ce livre, la précision et la richesse de l'écriture, qui reflètent la multiplicité des centres d'intérêt de Cyril C. Sarot, qui ne parle pas que d'écriture !

De plus, ces notes littéraires, si elles sont rangées par chapitres, ne sont pas classées ensemble par thèmes convergents, ce qui va aussi à l'encontre de ce qui se trouve dans la plupart des livres, dans lesquels l'ordre des petits soldats règne.

À cet égard, les titres des chapitres sont aussi amusants, car ils ne constituent qu'un résumé, certes précis, de leur contenu.

Par exemple, "Notes sur le fair play des pâquerettes et l'ordre impérieux des choses", ou "Notes sur le selfie-mitrailleur et les reflets des vitrines".

Extraits de "Juste qu'on peut vivre", de Cyril C. Sarot :

"Le bruit de chaque bouteille venant se fracasser sur les autres lui évoque un cœur brisé. Le passage au container à verre est un moment déchirant pour l'âme sensible."

"Un magazine littéraire. La photo d'un écrivain de face, absorbé, profond, pensif, dans une pose à la Rodin. Quelques pages en suivant la photo d'un autre, légèrement de profil, méditatif, le regard lointain, comme porté par la force de sa pensée, pénétrante et inspirée. Cliché, cliché, cliché ! Voit-on vraiment dans ces postures l'image projetée de l'écriture ? Je doute que ces lieux communs de l'écrivain plaident réellement en sa faveur, lui dont on attend plutôt - ou plutôt dont on devrait attendre - qu'il se départisse des postures et des rôles pour aller au-devant de lui-même, de sa liberté, de sa singularité, de sa solitude."

"Quand je n'ai eu aucun mal à écrire un fragment, j'ai le sentiment étouffant d'avoir trahi quelque chose, que ce que je viens d'écrire est mauvais, le résultat d'une aisance dangereuse et suspecte, sournoisement piégeuse, comme si seuls la difficulté et l'effort étaient aptes à me préserver de moi-même, de mes manques, de mes limites."

"Je ne souhaite la mort de personne, pas même de mon pire ennemi. Je voudrais juste qu'il disparaisse de la surface de la terre, rien de plus."

La photo de couverture est de Nicolas Anglade.

Si vous souhaitez en savoir plus sur "Juste qu'on peut vivre", de Cyril C. Sarot, qui est vendu au prix de 10 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur (Gros Textes) : https://sites.google.com/site/grostextes/

lundi 2 avril 2018

"La rotation du cuivre", de Nicolas Gonzales


Publié par les Éditions de la Boucherie littéraire, dans la collection "Sur le billot", "La rotation du cuivre", de Nicolas Gonzales, semble être un livre de poète maudit.

Je fais exprès d'utiliser ce terme fort, peut-être galvaudé, mais qui, du point de vue du contenu de ce livre, me paraît justifié.

Je ne sais pas si c'est l'auteur qui l'est (maudit), en tout cas, son personnage, qui dit "je", vit mal son présent.

Il faut dire qu'il n'a pas l'air d'être terrible, ce présent.

Tour à tour échappé dans une errance automobile ou immergé dans la solitude d'une ville inhumaine, peut-être dans une chambre d'hôtel, ce "je" ne trouve pas le sommeil et se cogne la tête contre les murs à chaque instant.

En tout cas, cette poésie, très imagée, claque à chaque vers. D'où l'image de "se cogner la tête contre les murs".

Chaque vers semble être justement une vague (déferlante) qui se brise contre un mur et ensuite, il n'y a plus qu'à repartir à zéro.

Cette impression vient aussi du fait que les strophes de ces poèmes en vers libres sont très courtes, parfois réduites à un seul vers, voire à une seule phrase.
Les vers aux aussi sont courts, comme coupés au couteau. Normal, me direz-vous, si l'on est édité à la Boucherie littéraire !...

Il n'y a pas de progression dans ce livre, encore moins de progrès. Ce qui ne me dérange pas, en tant que lecteur. Mais le réflexe naturel serait d'espérer que la situation s'améliore au fil des pages. Au lieu de ça, c'est peut-être la mort qui vient à la fin, et puis non...

Bref, pour une fois, voilà un livre qui ne fait pas dans l'intimisme, ou alors, c'est de l'intimisme grave.

Extrait de "La rotation du cuivre", de Nicolas Gonzales :

"j'ai quitté mon visage
dans les profondeurs d'un évier

aucune issue
ni trace de l'autre rive

il me reste une reprise
à supporter
et les coups bas de l'enfance


un ciel gris m’envahit les poumons

je m'aiguise les poignets sur le tranchant du
couloir
et proclame mes blessures
grandes ouvertes

je tourne en rond sur le matelas
drapé de bile
sans camisole de rechange

le vent siffle
un air de condamné

je me retourne encore une fois
et lève mon silence à ta santé"

Si vous souhaitez en savoir plus sur "La rotation du cuivre", de Nicolas Gonzales, qui est vendu au prix de 12 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : http://laboucherielitteraire.eklablog.fr/

Ce livre est disponible, sur commande, dans toutes les bonnes librairies de France et de Navarre.