lundi 17 décembre 2018

"Laisse tomber la poussière", d'Olivia Del Proposto

Publié par les Éditions du Petit Rameur, "Laisse tomber la poussière", d'Olivia Del Proposto, raconte tout ce qu'on peut faire ou pas faire) de ses dimanches, quand on attend quelqu'un qui ne viendra pas.

Ce court recueil se lit facilement et surtout, il est écrit avec justesse : sans pathos, mais avec la sensibilité qui sort de quelque part entre les mots.

"Laisse tomber la poussière", d'Olivia Del Proposto, est préfacé par Valérie Canat de Chizy et la quatrième de couverture est de Clara Regy.

La photographie de couverture est de l'auteure.

Extrait :

"Un dimanche toujours
Un dimanche soir même
Je me dis que je vais téléphoner aux alcooliques
anonymes parce que je suis soûle
Je suis soûle de moi-même
J'appelle & on me dit qu'il n'y a pas de traitement
Que mes anonymes ne se réunissent jamais
Pas de cure envisageable non
Rien du tout contre l'ivresse de moi pas besoin
d'attendre"

Si vous souhaitez en savoir plus sur "Laisse tomber la poussière", d'Olivia Del Proposto, qui est vendu au prix de 5 €, rendez-vous sur le site des Éditions : http://petitrameur.com/home.html

jeudi 13 décembre 2018

"Distorsion", de Tsvetanka Elenkova


Publié par les Éditions Corps Puce, dans la collection Liberté sur Parole, "Distorsion", de Tsvetanka Elenkova, est traduit du bulgare par Krassimir Kowaldjiev et préfacé par Samira Negrouche.

Il s'agit d'une suite de courts poèmes en vers libres.

Le lecteur passionné s'est est déjà rendu compte : souvent, la poésie sert à abolir les distances. C'est l'art de réunir des choses qui n'ont rien à voir les unes avec les autres.

La poésie de Tsvetanka Elenkova est singulière pour cette raison.

D'ailleurs, l'auteur le reconnaît, a contrario, quand elle écrit : La question de l'amour et de la douleur / a autant à voir avec la physique / qu'avec la doctrine de Lao Tseu".

Tsvetanka Elenkova, qui a un sens aigu de l'observation, part de constatations précises, tirées du monde extérieur. Puis, vers la moitié du poème, on quitte le champ de la réalité de petite dimension, pour aller vers quelque chose de moins logique, de plus tragique aussi, parfois.

La "Distorsion", qui sert de titre à ce recueil, naît de cet espace important entre le réel et ce qu'il inspire.

Extrait de "Distorsion", de Tsvetanka Elenkova, "Aveuglement" :

La ligne de ton épaule
ou de cette feuille de papier-là
est la seule limite
entre passé et futur
que traverse ton pouce
en auto-stop
étudiant les temps
et non levé comme le pouce des empereurs
ni collé sur une salière
ou sur un pistolet ce qui pourrait passer pour
une bénédiction
non avec cet écrasement par les murs
qui précède l'écroulement
mais à l'instar des quatre tunnels
par lesquels nous voyageons avec
notre fils encore enfant
qui ne les distingue pas des ponts
cette longue-vue de la main repliée
à-demi
pour que tu focalises mieux
et il y enfonce son doigt
profondément"

Le tableau, représenté en première de couverture, est l'oeuvre de Boyko Kolev, intitulée "Perdus II".

Si vous souhaitez en savoir plus sur "Distorsion", de Tsvetanka Elenkova, qui est vendu au prix de 9 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : http://corps-puce.org/

mercredi 12 décembre 2018

"Des nuits au mixer", de Marc Tison


Après "Des abribus pour l'exode", que j'ai eu le plaisir d'éditer, à l'enseigne du Citron Gare, l'année dernière, Marc Tison vient de sortir un nouveau recueil, intitulé "Des nuits au mixer" et sous-titré "Et quelques sauvages attractions", publié par les Éditions La Chienne Édith (ça, c'est du nom), deuxième volume de la collection Nonosse (ça, c'est du nom, encore).

Je retrouve ici tout ce qui caractérise l'écriture de Marc Tison.

Sa chaleur communicative lâchée dans un monde froid. Beaucoup de "Nous", de "On", de "Tu", ce qui montre que l'autre n'est jamais absent. Beaucoup de pluriels aussi, ce "Des" à célébrer ou à condamner avec véhémence, qui tranche sur l’individualisme morne de nos vies quotidiennes.

Une façon d'exprimer la richesse de la diversité, alors que tout pouvoir préfère toujours circonscrire l'originalité, cloner la neutralité.

Dans ces poèmes, c'est le thème qui fait le style. 

Se reconnaît le goût immuable, infiniment varié, repris, pour l'aventure, l'ailleurs, la musique, la sexualité. S'exprime également l'amour des contrastes (lumière ou nuit, noir et blanc).

Les vers répétés, ces je qui s'expriment et se posent, sans pour autant envahir l’espace, forment des refrains qui s'enroulent comme des vagues d'océan.

Bref ici, tout est passion.

À noter, également, la mise en page aérée de Jean-Jacques Tachdjian, qui semble afficher les poèmes de Marc Tison comme des toiles d'araignée sans filet, pas toujours droites, ce qui a pour effet de rompre la monotonie de la lecture. Les titres des poèmes, imprimés en gros caractères, apparaissent comme en transparence, car grisés sur la page. Enfin, certains passages des poèmes se détachent sur un fond noir, histoire de souligner le ou les centres de gravité d'un texte.

Extrait de "Des nuits au mixer", de Marc Tison, le poème qui donne son titre au volume : "Des nuits au mixer" :

Des nuits au mixer
À courir éventré l'ennui au cul
Comme la mort

Les murs pris en face sans déciller
Bomber le corps

L'affolement en moteur de désir
Et la route qui se barre en chewing-gum
La vrille
Les pieds sur le vide
Plongeons profond dans la mélasse du spleen

T'avais les yeux en stroboscope
Ça faisait un boucan !!!

Des centaines de chevaux sauvages
Toi la crinière au vent du sang dans les naseaux

Dis quand reviendras-tu
Au petit matin blanc
Griffé rouille aux barbelés des solitaires

On s'enlacera dans nos bras scarifiés
On pleurera des perditions

Baisant à l'aube bleue qui puera un peu moins"

Si vous souhaitez vous procurer "Des nuits au mixer", de Marc Tison, qui est vendu au prix de 10 €, rendez-vous sur le site des éditions : http://lachienne.com/

"La concision de l'inaudible", de François Ibanez


Courte plaquette de 16 poèmes publiée par les Éditions Furtives, "La concision de l'inaudible", de François Ibanez, frappe d'emblée par l'originalité de son style.

À mes yeux, cette originalité ne vient pas du fait que le style soit concentré, et donne lieu à de courts poèmes, composés de vers courts, mais bien plutôt du fait qu'il soit vraiment "empêché".

Cela se manifeste par des vers sans verbes, comme fragments de listes, des bouts de phrases, dont ne seraient connus ni le début, ni la fin, le mélange de mots abstraits, philosophiques et de mots plus concrets, la difficulté à accorder, au singulier ou au pluriel, les mots entre eux.

Derrière ce style, il n'y a pas, malgré l'apparence, la volonté de couper les pattes au lyrisme. Il s'agit encore moins, pour moi, de l'expression d'une révolte dirigée contre quelque chose de particulier. Ce texte n'est pas démonstratif et ne contient pas de message.

Par contre, cet ensemble de textes semble traduire la difficulté qu'il y a à se situer dans ce monde avec sa vie intérieure, non pas à cause des autres, mais par la faute d'un moi évolutif, donc mouvant, peut-être, cet "inaudible" du titre.

Extrait de "la concision de l'inaudible", de François Ibanez :

"Calqué sur les valeurs de modèles
Épuisante non-quête
Lassé de refaire l'ancien
Ces traditions
Qui 
Traînent
Qui traînent pendant
Que le temps se défait des
Traditions
Dans les dynamiques face
Au
Statique
L'élément qui rébellion
Même de l'atome qui refuse
Les lois
Si rugueuses et épuisantes
Les marginalités
Qui déterminent la vie
En luttant
Maintenir le chaos pour toujours"

Si vous souhaitez vous procurer "La concision de l'inaudible", de François Ibanez, qui est vendu au prix de 3 €, rendez-vous sur son blog : https://editionsfurtives.wordpress.com/

Sinon, vous pouvez aussi contacter l'auteur en lui envoyant un mail à l'adresse suivante : ibanez.fran.nico@gmail.com

mardi 11 décembre 2018

"L'ultime", de Pré # Carré éditeur



Hervé Bougel, du pré # carré éditeur, a remis le couvert des "36 choses à faire avant de mourir", collection qu'il a créée en 2000, pour "l’ultime" fois, en cette fin 2018.

Certains des auteurs, notamment, qui avaient déjà collaboré il y a plusieurs années sur ce même projet, inspiré de l'oulipien Georges Perec, ont écrit une nouvelle version de leurs "36 choses...",, soit 36 aphorismes, ou vers, à l'intérieur d'une feuille pliée en quatre, et de couleurs différentes, selon les tirages.

La comparaison entre ces deux versions, l’ancienne, rééditée pour l'occasion, et l'ultime, peut être riche d'enseignements, car elle montre des différences dans la façon de percevoir sa vie.

Ont ainsi collaboré : Sandra Della Contrada, Virginie Thuillier, Michel Bonnargent, Édouard Schoene, Carmin Vassor, Jean-Philippe Caviglioli, Mireille Podchlebnik, Christiane Soulat, Marie-Claude San Juan, Élise Tokuoka, Cécile Audouin, Nicolas Vitas, Sylvie Lavoye, Anna Jouy, Marcella, Éric Poindron, François-Xavier Farine, et votre serviteur.

Quelques exemples de ces "36 choses à faire avant de mourir" :

François-Xavier Farine : "Shooter dans un ballon en cuir";
Sylvie Lavoye : "Dormir à la belle étoile sans avoir peur des bêtes qui piquent";
Éric Poindron : "Apprendre à jouer, même mal, de la scie musicale";
Nicolas Vitas : "Écouter les mensonges de l'écho";
Marie-Claude San Juan : "Créer le scénario d'un film posthume";
Virginie Thuillier : "Je disperserai nos âmes";
Christiane Soulat : "Tricoter un faux-col pour la girafe";
Mireille Podchbenik : "Apprendre à ne rien faire, mais apprendre";
Carmin Vassor : "Dormir sans les sombres rêves";
Michel Bonnargent : "Déclouer le christ".

Bref, une belle aventure individuelle et collective à la fois.

Si vous souhaitez en savoir plus sur ces 22 fascicules de "L'ultime" brassée des "36 choses à faire avant de mourir", qui sont vendus au prix de 12 € port compris, rendez-vous sur le site de l'éditeur : http://precarrediteur.fr

"Vox populi", de Jean-Claude Touzeil et Yvon Kervinio



Publié par l'Aventure Carto, "Vox populi", de Jean-Claude Touzeil et Yvon Kervinio, est un beau livre de photographies en noir et blanc, de grand format carré : 22 cms X 22 cms.

Jean-Claude Touzeil est l'un des cinq poètes ayant collaboré avec Yvon Kervinio, en écrivant des poèmes inspirés librement par ces photographies.

Le résultat en dit long sur le temps qui passe car, si ces photos-reportages ne sont pas si anciennes que cela (40 ans en arrière tout au plus), elles semblent déjà appartenir à un passé révolu.

Nostalgie, quand tu nous tiens ! Pas trop quand même ! Jean-Claude Touzeil, dans ses poèmes, ne tombe pas dans ce travers démonstratif, qui consisterait à dire que c’était mieux avant. C'était autre chose, et aussi un peu pareil, tout simplement.

Extrait de "Vox populi", le poème qui correspond à la photographie ci-dessus :

"Défilé

Le curé chante en latin
les louanges du mort
requiem et tantum ergo
le maire fait la grimace
l'adjoint se fend la poire
car ô miracle !
la veuve est éplorée
un voisin bientôt
la consolera
la maîtresse la star
en fait un peu trop
un autre voisin
s'en occupera
une laveuse
de linge sale
en famille
ferme la marche
tantum ergo requiem"

Pour en savoir plus sur "Vox populi", qui est vendu au prix de 19,50 €, contact : L'Aventure Carto, 13, rue du Château de la Garenne, 56410 ETEL.

mardi 4 décembre 2018

"Atlas de l'invisible", de Gabriel Zimmermann


Publié dans la collection Polder de la revue Décharge, "Atlas de l'invisible", de Gabriel Zimmermann, aborde le thème du deuil du frère, sous un autre angle, moins direct et plus passionnel que dans "Depuis la cendre", précédent livre de l'auteur.

Si je devais donner une teinte générale à cet ensemble de denses poèmes, je dirais qu'il est animal nuit.

Les deux parties qui composent "Atlas de l'invisible" et qui sont intitulées "Histoire des brèches" et "Cartographie de ce qui frémit", déclinent, de manière constante, cette couleur sombre.

Toutefois, il y a une distinction nette à opérer entre ces deux parties d'un même ensemble. Si dans la première, l'auteur semble rechercher, dans la nature, les indices de la mort, dans la seconde, son lyrisme s'enflamme dans un décor semblable, comme s'il cherchait à prendre à partie la nature, à cause de son deuil. C’est, du moins, ce qui semble être le cas, un instant. Mais non, ce n'est pas ça, il n'y a pas d'accusation, il s'agit plutôt d'une manière de vivre, d'une respiration, d'une force nouvelle.

Gabriel Zimmermann explique, d'ailleurs, nettement sa démarche dans plusieurs de ses poèmes, puisqu’un "lyrisme de rage" est revendiqué. 

La démarche est originale, à une époque où, la plupart du temps, encore, toute manifestation de lyrisme paraît suspecte en poésie. Est-ce le début d'une nouvelle ère ? 

J'ai toujours pensé, pour ma part, que le lyrisme poétique était aussi un gage de puissance, et non d'abattement. Tout dépend bien sûr comment c'est écrit.
Mais là, pas d'inquiétude !

Extrait de "Atlas de l’invisible", de Gabriel Zimmermann :

"Agonal 

Déflagration, bien sûr ! Pour toi qui saisis les mots
(et je n'ai pas dit "emploies" ni "utilises"), 
Toi qui remets ta vie en tout poème
(Oui, l'écriture en sa roulette russe),
Qui unissant la tourbe à la peau des dieux,
La sueur des chevaux à quelques affirmations d'étoiles,
La mue des serpents à un atlas illuminé,
Le quignon de pain à un rocher faisant appui pour l'éternité;
Déjouant les couleurs attendues : bleu de feuillage
Et blanc de la grotte où s'ennuient les poissons;
Brisant les répercussions répétées jusqu'à toi,
La musique où tu t'effrayais, te pétrifiais
(À nouveau, veille ici au vocabulaire),
Excitant la fureur comme on souffle
Sur la braise dans la cheminée;
Hurlant pour partager ton désir,
Tu feras de tout cri, tout tesson, toute explosivité
Ton miroir !"

La préface de ce recueil est de Jacques Darras. L'illustration de couverture est de Renaud Allirand.

Si vous souhaitez en savoir plus sur "Atlas de l'invisible", de Gabriel Zimmermann, qui est vendu au prix de 6 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : http://www.dechargelarevue.com/-La-collection-Polder-html

"L'Oiseau invisible du temps", de Murielle Compère-Demarcy


Publié par les Éditions Henry,"L'Oiseau invisible du temps", de Murielle Compère-Demarcy, regroupe en trois parties différentes, des poèmes en vers libres, à quelques exceptions près (de rares poèmes en prose).

Dans ce volume, au-delà de ses différentes parties, se dessine une constance jamais démentie. Il y est toujours question, soit de nature (ou plus largement, du monde extérieur), soit de poésie.

La plupart du temps, je n'aime pas la poésie qui parle d'elle-même, car, outre le fait que ça tourne en rond, cela donne au poème une importance qu'il n'a pas, hélas, dans la réalité. Cessez de vous faire des illusions là-dessus.

Seulement, ici, les choses sont différentes. Observations de la nature en mouvement et observation du poème en train de s'écrire sont si bien mixés que - c'est le cas de le dire - la poésie en devient plus naturelle, et trouve tout simplement son souffle.

Quant à la nature, elle est bien réelle, elle est vécue de l'intérieur par quelqu'un qui s'y connaît, qui a traîné longtemps ses guêtres dans les chemins parfois boueux. Ça sent la Picardie, d'ailleurs. Le lecteur remarquera, tout particulièrement, par la médiation des oiseaux (de l'Oiseau ?), les inflexions de la lumière, et la présence de la terre, gorgée d'eau.

Toujours avec l'aide du monde extérieur, "L'Oiseau invisible du temps" est aussi l'occasion, pour l'auteur, de rendre hommage à quatre auteurs : Jacques Darras, Blaise Cendrars, Antonin Artaud et Pascal Commère, à travers plusieurs poèmes de longueur plus importante, dans lesquels sont cités des fragments de leurs textes.

Même s'il est impossible, ici, de citer un seul de ces textes (trop long), la poésie de Murielle Compère-Demarcy y trouve son meilleur souffle, avec son style syncopé si caractéristique, et ses mots-valise qui nous emportent.

Extrait de "L'oiseau invisible du temps", de Murielle Compère-Demarcy :

"La pluie respire ruisselante
sur l'épiderme du monde
ensoleillé soudain
sous la tonnelle aux lierres d'arc-en-ciel
Soleil flambé sur toile de fond citron vert
sur cet été corrosif comme le dard d'une guêpe
Se lève une armée d'insectes
et la bouche des désirs
enfume le métro
des hyperactifs embués
du funambule anonyme
des talons aiguille désabusés
des jean serrés moulés
de fesses hypertrophiées
Les métamorphoses émiettent
des signaux d'amphibies
de crapauds-buffles en hommes-grenouilles
crapauds chanteurs
chaque respiration
chaque branchie chaque poumon
chaque évent
chaque bronche
chaque caverne
dessine les poumons bleus
d'un océan-
poubelle
continent des Hommes-Déchets
jadis Hommes-Abeilles
Cavité lobule alvéole
Fouillent chacune à son altitude
un souffle tisonné
dans la braise des pulsions
le rêve déterminé d'une autre immersion
spongiaires cnidaires vivants unicellulaires
millénaires
séculaires
embuent le hublot-fée
d'un rêve-univers
rechargé par la fièvre
comme un été respire
comme la pluie inspire
après l'apnée
une descente aux envers"

La vignette de couverture est d'Isabelle Clément.

Si vous souhaitez en savoir sur "L'Oiseau invisible du temps", de Murielle Compère-Demarcy, qui est vendu au prix de 8 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : http://www/editionshenry.com/

samedi 10 novembre 2018

"Qu'en moi Tokyo s'anonyme", de Thibault Marthouret


Publié par les Éditions Abordo, "Qu'en moi Tokyo s'anonyme" est le deuxième recueil de Thibault Marthouret, après "En perte impure", que j'ai édité en 2013, à l'enseigne du Citron Gare.

Cinq ans se sont donc écoulés entre ces deux livres, que l'auteur a su mettre à profit pour approfondir sa manière et développer un style réellement original, à mi-chemin entre les expériences langagières et les sentiments poussés au lyrisme.

Car, si les sentiments et la recherche d'un langage à part ne sont pas étrangers à cette écriture, ce sont, à première vue, les choses qui préoccupent l'auteur.

Le titre du livre, "Qu'en moi Tokyo s'anonyme", renvoie très certainement à ce goût des choses, au-delà de la connaissance d'un lieu probablement visité : Car Tokyo, c'est le Japon, et à mes yeux de lecteur, le Japon, c'est le sens du détail, du très petit dans l'infiniment grand, cette manière d'occuper lentement l’espace dans le temps.

D'ailleurs, l'espace joue un rôle primordial dans la poésie de Thibault Marthouret.

Entre le très petit (par exemple, les lombrics) à l'infiniment grand (le ciel), dans cet empan énorme, la place est laissée au regard, qui se prolonge en imagination. Et l'être humain se retrouve au milieu, un peu hébété de se savoir seul, assis dans le silence, au milieu de ces choses, qui sont autant de natures mortes qu'il ne comprend pas (comme un very bad trip !), mais au milieu desquelles il se sent plutôt bien, finalement. 

Ce regard est aussi provoqué par un sens aigu de l'observation, non dénué d'ironie, dans certains poèmes.

À cet égard, je trouve que la poésie de Thibault Marthouret est typiquement urbaine, elle se déploie à travers un espace bondé, chargé de choses souvent inutiles qui assurent pourtant l'équilibre.

L'espace est aussi très présent dans l'image même de ces poèmes, dont les vers n'hésitent pas à se promener sur la page. Trop souvent, les poètes écrivent en ligne, comme des moutons. Eh bien, pas là ! Par exemple, la forme centrée est employée. Parfois aussi, les vers se répondent en deux colonnes. 

Par rapport au premier recueil de Thibault Marthouret, "En perte impure", les vers de "Qu'en moi Tokyo s'anonyme" sont plus longs, ils occupent réellement la page, donnant à l'écriture une ampleur nouvelle.

Bref, ce livre est une réussite, tant sur le plan du fond, que de la forme, les deux s'imbriquant étroitement (c'est bon signe). 

Il y a une vraie richesse dans le champ lexical. Idéal aussi pour rompre la monotonie du poème : ces fréquentes locutions en anglais qui donnent du rythme : quand l'espace est gagné par le son !

Le nombre élevé de détails évoqués appelle une relecture de ces poèmes. Cela tombe bien, car que demande t-on à un poème ? Qu'il ne s'épuise pas en une seule lecture...

Extrait de "Qu'en moi Tokyo s'anonyme", de Thibault Marthouret :

/entre quatre murs déboîtés 

Le soleil à ras bord remplit toutes les gouttes -
minutie de lumière sur la vitre aux coins fendillés.

Un voile tissé de traces de doigts et poussières collées se dépose
sur le statu quo dans le lit défait de la chambre au plafond trop haut.

Nous murmurons pour éviter l'écho, l'imbroglio d'espace et de silence
qui disloque les verbes, érige des murs nus entre les syllabes, étire
l'ossature des phrases en dédales où s'égarent l'entente et le toucher.

Nous murmurons dans le lit pour ne pas nous perdre
dans les mots défaits, les hasards des draps blancs, pour rassembler
les corps dans la voix basse, nous condenser

en gouttes de son - minutie de présence -
sous le vide immense, la distance menaçante, frôler le débordement.

"Qu'en moi Tokyo s'anonyme" est préfacé par Patrick Autréaux.

L'illustration de couverture est de Lisa Gervassi.

Si vous souhaitez en savoir plus sur "Qu'en moi Tokyo s'anonyme", de Thibault Marthouret, qui est vendu au prix de 15,5 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : http://www.abordo.fr/

mercredi 7 novembre 2018

"L'aidant et la folie", d'Henri Clerc



Avant d'être poésie, chacun des poèmes qui compose "L’aidant et la folie", d'Henri Clerc, publié par les Éditions Le Fardeau, sans sa collection État de Faix, se veut témoignage d'un parcours humain unique, même si bien cabossé.

J'insiste là-dessus, car le piège est tentant de trouver dans ces poèmes une richesse poétique de situation, quand elle n'est que le reflet du malheur humain.

Ainsi, avec simplicité, l'auteur parle de son expérience d'accompagnant sous des statuts différentes (stagiaire, professionnel, bénévole) en milieu social difficile : hôpitaux, maisons de retraite, unités pour malades difficiles, etc...

Comme le résume d'ailleurs bien la quatrième de couverture, l'écriture ici est sobre et directe. Elle montre aussi que la différence qui nous sépare de la folie de ces gens n'est pas si importante qu'elle en a l'air. On le sait bien, mais on l'oublie presque toujours.

Bref, c'est de la poésie qui a quelque chose à dire (pas si facile, pas si évident que ça en poésie !...).

Extrait de "L'aidant et la folie", d'Henri Clerc :

"Chaussure à son pied

Monsieur Damberg,
accroché à la rampe,
descend les escaliers
à reculons.

Pieds nus et gêné,
il triture son bonnet,
m’expliquant la perte
de ses chaussures.

Je l'emmène
voir la réserve,
mais il ne reste que des paires
de sabots sanitaires antidérapants
et des brodequins
de très grandes pointures.

Il s'énerve
Y'en a marre...
ici, vous avez que des chaussures
pour les fous et les géants !"

La couverture du recueil est d'Astrid Toulon.

Si vous souhaitez en savoir plus sur "l'aidant et la folie", d'Henri Clerc qui est vendu au prix de 7 €, rendez-vous sur le site de son éditeur (Le Fardeau) : http://henriclerc.com/index.php/publications/le-fardeau/

lundi 5 novembre 2018

"Oaristys et autres textes", de Rémy Disdero


Publié par la nouvelle maison d'édition "Cormor en nuptial" (joli jeu de mot), "Oaristys et autres textes", de Rémy Disdero, est une succession de poèmes en vers libres et de récits en prose plus ou moins courts, dont le style contribue pour une large part à façonner l'unité du livre.

C'est d’ailleurs son style qui m'a fait aimer ce livre singulier. 

Champ lexical étendu, richesse et finesse caractérisent cette écriture parfois précieuse, avec ses tournures qui semblent empruntées au 19e siècle.

De plus, les textes, qu'ils soient en prose ou en vers, s'échappent fréquemment vers l'imprévu surréaliste, pour mon plus grand bonheur.

Dans les récits, notamment celui qui donne son titre au livre (l'oaristys étant un poème amoureux, proche de l'idylle), il est souvent question de relations avec les femmes, d'où la sexualité n'est pas exclue. 

Rémy Disdero a un penchant pour l'auto-analyse minutieuse. Son je sardonique joue volontiers les dilettantes avec la vie, plaçant ainsi le lecteur à distance respectable de lui-même.

Ici, c'est plus l’affirmation du goût pour la marginalité, avec son côté face qui est sombre, que les bons sentiments, qui triomphe.

J'avoue avoir ri, plus particulièrement, à la lecture du récit "Courant ce matin-là", qui relatent des impressions de coureur à pied.

Extrait de "Oaristys", de Remy Disdero :

"Éléphant bleu

Toutes les fois que je regarde dans le monde de l'éléphant bleu
La peur me saisit les entrailles de ses tenailles pointues
Et des océans s'ouvrent au-dessus de l'univers
Qui me disent comment guider mon bateau ridicule...

J'y vois les élastiques des bouches en bois
Se découper un morceau de bonheur
Dans le monde de l'éléphant bleu
Qui écrase mon âme et chiffonne mes envies
Tous les poisons que je prends ne me font pas plus fort;
Cette réalité que tous respectent
Je ne la vois jamais, ni le jour ni la nuit,
Qu'au-devant des forêts de pièges qui me guettent
Toutes les fois que je regarde dans le monde de l'éléphant bleu."

Si vous souhaitez en savoir plus sur "Oaristys et autres textes", de Rémy Disdero, qui est vendu au prix de 16 € hors frais de port, si contact par le mail suivant : cormorennuptial@gmail.com 

mardi 30 octobre 2018

"Depuis la cendre", de Gabriel Zimmermann

Deuxième recueil de Gabriel Zimmermann à être édité par les Éditions Tarabuste, cette fois-ci dans la collection "DOUTE B.A.T." (un premier recueil, "La soif et le sillon", est paru en juin 2017 dans la collection "Anthologie"), "Depuis la cendre" rend hommage à un ami du poète, mort du cancer.

Si les livres consacrés à des disparus sont légion en poésie, j'ai été touché par cet hommage là, qui sort du cocon familial et évoque quelqu'un de mort vraiment trop tôt.

J'ai été plus particulièrement touché par le fait qu'à travers ces pages, l'auteur cherche désespérément les traces du disparu à travers l'existant, alors que ne restent plus de l'ami que ses cendres. Traces, objets, signes d'une quelconque présence, son d'une voix perdu.

Ces quelques choses me préoccupent aussi beaucoup. Et je ne suis certainement pas le seul à être dans ce cas-là.

Bien sûr, je salue la justesse de ton de ces poèmes (avec une préférence nette pour les textes les plus longs, même s'ils restent courts, par rapport aux séquences de deux ou trois vers - mais la brièveté n'a jamais été mon fort !) : le ni trop, ni pas assez, avec une gravité et une dignité non feintes.

Extrait de "Depuis la cendre", de Gabriel Zimmermann :

"En Égypte
Ils sculptaient pour leurs morts des statuettes
Qu'ils peignaient en noir et bleu :

Était-ce une étrenne
Pour les dieux, ces ouchebtis
Ou jouets pour un au-delà moins âpre ?

Des femmes,
Le plus souvent, au visage doux,
Nattées, gainées, qu'ils déposaient
Dans la tombe avant le séjour
Où lune et soleil
Ne se succèdent plus.

Mais lui, dans son sommeil,
Aucun objet ne l'accompagne

On l'a laissé nu
Pour partir, pas même une fleur
Sur sa poitrine."

Si vous souhaitez en savoir plus sur "Depuis la cendre", de Gabriel Zimmermann, qui est vendu au prix de 14 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : http://www.laboutiquedetarabuste.com/

"Cent lignes à un amant", de Laure Anders


Publié par les Éditions la Boucherie littéraire, "Cent lignes à un amant", de Laure Anders, est l'un des deux premiers livres de cette nouvelle collection inaugurée en 2018, et appelée "Carné poétique".

Pour reprendre les mots de son créateur, Antoine Gallardo : "Il s'agit d'un livre-objet hybride à mi-chemin entre le carnet blanc et le livre imprimé (...)".

"Ainsi, (...), une poésie originale de vingt pages [les pages rouges] est prise en sandwich entre quarante pages vierges les pages blanches] laissées à la création du lecteur".

Comme l'indique le titre de ce "carné", "Cent lignes à un amant", de Laure Anders est composé de 100 phrases. Et dans chacune de ces phrase, sauf la dernière (?), revient le "Je vous embrasse".

Rien à voir avec le "Je vous salue Marie", toutefois.

Si j'ai bien aimé ces phrases, en effet, c'est qu'elles retranscrivent toutes les étapes d'un amour passionnel, avec ses hauts et ses bas, et sans doute, même, avec une rupture à la fin.

Quelques-unes de ces phrases saisies au hasard de ma lecture :

"Je vous embrasse avec mes mains sales"

"Je vous embrasse et nos visages sont zébrés par la lumière des stores"

"Je vous embrasse sur votre toit-terrasse où nous dînons. Vous faites fondre un glaçon le long de mes cuisses"

"Je vous embrasse parce que voilà, ça y est, il est temps"

Si vous souhaitez en savoir plus sur "Cent lignes à un amant", de Laure Anders, qui est vendu au prix de 10 €, rendez-vous sur le site de son éditeur : http://laboucherielitteraire.eklablog.fr/

Ce livre est disponible, sur commande, dans toutes les bonnes librairies de France et de Navarre.

"Un jour, j'ai pas dormi de la nuit", de Marlène Tissot



Deuxième livre de Marlène Tissot publié par les Éditions "de "La Boucherie littéraire", "Un jour, j'ai pas dormi de la nuit" ressemble à la fois aux textes précédents de son auteur, tout en n’y ressemblant pas.

J'y ai, bien sûr, retrouvé ce qui fait la trame de l'écriture de son auteur : cette même attention à tout plein de trucs qui clochent au quotidien, cette difficulté à s'insérer dans une société de vainqueurs, à y croire, qui est exprimée avec peut-être, davantage de gravité dans ce livre -ci. 

C'est que le temps qui passe est souvent une accumulation d'épreuves à digérer.

Non, Marlène Tissot ne donne pas l'impression d’avoir pris la grosse tête dans ses poèmes.

Cependant, il y a quelque chose de différent dans "Un jour, j'ai pas dormi de la nuit", et il m'a fallu plusieurs pages pour l'identifier. C'est que ces poèmes sont composés de beaucoup de mots sur une même page.

Même si Marlène Tissot écrit souvent en vers, je serais tenté de dire que là, ce sont de "vrais" vers ! En tout cas, ce texte sonne comme un ensemble plus vaste. On a souvent affaire à des alexandrins sans le vouloir, et il est même possible de repérer quelques assonances en fin de vers (ou des jeux de mots basés sur des sonorités voisines), voire même (nec plus ultra), des césures à l'hémistiche, ou, pour dire les choses plus simplement, une coupure en milieu de vers.

Bon, je vous rassure : ce n'est pas encore le retour au classicisme ! De petites fleurs, il n'y a guère. C'est pas faute de le désirer, mais dans ce monde là, ce n'est pas possible.

Et si forme identifiable il pourrait y avoir, ce n'est pas celle - la plus pratiquée dans la poésie d'aujourd'hui - du sonnet, mais plutôt celle de la chanson, avec ce refrain, qui revient à deux reprises dans chaque poème : "Un jour, j'ai pas dormi de la nuit", et qui donne son titre à ce volume.

Le résultat de cette écriture renouvelée est un surcroît de souffle.

Extrait de "Un jour, j'ai pas dormi de la nuit", de Marlène Tissot, "Escalader la nuit à mains nues" :

"Un jour, j'ai pas dormi de la nuit
sommeil flou comme une coiffure dans le vent
s'il n'y avait que les cheveux à démêler, ce serait facile
mais il y a le reste, récalcitrant au peigne
impossible à tondre
ça mériterait presque une prime de risque nocturne
faudrait pas sous-estimer la fatigue organique
non, je ne titube pas, je penche un peu, c'est tout

On nous suggère l'hypothèse de se dépasser
mais je ne parviens même pas à m'atteindre
tout va trop vite, trop loin
chacun son ciel - le septième est surfait

Un jour, j'ai pas dormi la nuit
j'avais les humeurs crépusculaires
des sentiments roses comme l'aube
paumée entre bonnes idées et mauvaises intentions
non, je ne suis pas perdue, je fais juste des détours
j'escalade la nuit à mains nues
et tant pis si je tombe avec elle
faut jamais interrompre un geste sur sa lancée

J'ai la prestance d'une bataille perdue d'avance
le gémissement furtif du plaisir expérimental
la terreur d'une pénombre qui se dévore
je sirote les heures blanches, un verre après l'autre"

Si vous souhaitez en savoir plus sur "Un jour, j'ai pas dormi de la nuit", de Marlène Tissot, qui est vendu au prix de 13 €, rendez-vous sur le site de son éditeur : http://laboucherielitteraire.eklablog.fr/

Ce livre est disponible, sur commande, dans toutes les bonnes librairies de France et de Navarre.

lundi 8 octobre 2018

"Fast food", de Grégoire Damon



Il y a du vécu, traduit avec justesse, dans "Fast food", deuxième roman de Grégoire Damon, publié par les Éditions Buchet-Chastel.

Ce texte raconte une tranche de vie (comme on dirait d'un Big Mac) passée dans un fast food, comme le titre l'indique sobrement.

Et à part ça ? La dureté de ce boulot : conditions de ce travail, management à la con (un pléonasme peut-être ?), histoires de salariés qui tournent mal, et surtout, camaraderie existant entre ces condamnés au travail. De la tendresse, presque, même, pour ces membres, malgré eux, d'un prolétariat plus éternel que nouveau.

Cette camaraderie rend ce livre attachant et l'histoire réaliste à 100% - on y apprend d'ailleurs pas mal de choses sur le métier très physique de cuisinier dans un fast-food.

Et le narrateur s'obstine à chercher de la poésie dans cette vie, si bien qu'il va finir par trouver un poème, un vrai, dans les dernières pages du roman.

"Fast food" de Grégoire Damon réussit à jongler entre retenue et sentiment, sans fausse note, celle qui serait de trop, justement.

Voici le début du livre :

"Tangage.
Je m'extrais de la fascination de la pointeuse et je regarde Christ.
Christ. Notre mascotte. C'est le début de l'après-midi, fatigue et digestion, mais j'y mets toute l'énergie dont je suis encore capable, parce qu'en trois ans dans cette cuisine, c'est la première fois que j’assiste à un vrai licenciement.
Trois ans. Et encore, j'ai de la chance -Jack, par exemple, ça en fait quatre. Ça l'a rendu moitié dingue, trois quarts parano, mais comme moi, il est toujours capable d'arriver à l'heure, de mettre une tenue à peu près propre et de garder sa verticale huit heures de suite.
On s'est faits à cette idée - on ne travaille pas dans cette cuisine. On y vit. Et c'est ici qu'on mourra. C'est le destin, c'est l'époque qui veut ça, et on l’assumera jusqu'au bout, en faisant tous les jours les mêmes gestes à la même heure, avec le même mal de dos et la même crise de foie."

Si vous souhaitez en savokir plus sur "Fast food", de Grégoire Damon, qui est vendu au prix de 16 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : http://www.buchetchastel.fr/

lundi 1 octobre 2018

"Quotidiennes pour survivre", de Georges Cathalo


Publié par les Éditions "La Porte", "Quotidiennes pour survivre", de Georges Cathalo est un nouveau tome de la série des "Quotidiennes", dont certains volumes ont été déjà édités par le même éditeur.

Quand je dis "tome" et "volume", je fais de l'humour, car en fait, cette série de poèmes de 7 à 10 vers chacun, se lit en quelques minutes.

Écrits avec simplicité, c'est à dire sans obscurité provocante, mais aussi sans bavures, ces "Quotidiennes pour survivre" évoquent le monde d'aujourd'hui dans ces excès et sa folie autodestructrice (pensons au sort fait au climat et à certaines espèces animales, dont... l'homme).

Et s'il est question de survie, ici, il ne s'agit pas d'oublier pour autant les problèmes.

Extrait de ces "Quotidiennes pour survivre", de Georges Cathalo :

"c'est la mort qui nous guide
et c'est encore la peur
qui fit de nous des verticaux
se dressant aux aguets
pour mieux repérer
d'où venait le danger
alors que maintenant
le danger peut venir de partout
et que l'homme même debout
ne voit plus grand-chose."

Si vous souhaitez en savoir plus sur "Quotidiennes pour survivre", de Georges Cathalo, qui est vendu au prix de 4 €, vous pouvez écrire à l’éditeur : Yves Perrine, La Porte, 215 rue Moïse Bodhuin 02000 LAON.

"Saharabande", d'Alain Jean Macé


Publié par "Les Cahiers de l'Arbre", "Saharabande", d'Alain Jean Macé, parle de pays où il n'y a pas beaucoup d'arbres : le désert. Et je ne serais pas étonné si cette évocation était liée à des souvenirs réels. Cela semble, en tout cas...

Derrière l'écriture ciselée de ces courts poèmes aux vers encore plus courts, derrière les jeux de mots, caractéristiques du style des textes d'Alain Jean Macé, "Saharabande" m'a plu par son pouvoir d'évocation d'un monde bien différent du nôtre : monde de l'économie plus que de la chaleur (nous n'avons plus guère à envier au désert dans ce domaine, puisque devenus des as de la canicule). Et l'économie dont on parle ici n'a rien à voir avec celle des marchés, plutôt synonymes de gabegie. C'est bien sûr de cette gestion du manque, comme du vide, dont il s'agit ici. Economie bien en rapport, finalement, avec la concision de ces poèmes.

Extrait de "Saharabande", d'Alain Jean Macé, "Du bleu en erg" :

"Avec tout l'océan
Séant en ma cuiller
J'irai pleurer ma mère
À sec au Sahara
Le soleil n'aimant pas
Qu'on lui fasse de l'ombre
J'atteindrai cet enfer
À bord d'un vrai mirage
Sus hercule en sueur
Vas-y mets à dissoudre
Toute cette eau en poudre
En vrac depuis longtemps
Dès la première nuit
Un puits verra le jour
Puis un ru la seconde
Le fleuve du roman
Un lac un bras de mer
Un détroit quat'cinq six
Dix-huit trous pour un golfe
Enfin la grande bleue
Pas la moindre oasis
Qui ne verra une île
Pour que les ouadi
Ne tarissent d'éloges
Et nous mettrons les voiles
À dos de méhari
Le vaisseau du désert
Vers l'autre paradis
Nous y voyant radieux
Tous les deux sur la plage
Dieu m'en voudra peut-être
D'avoir fait un tel plagiat"

Si vous souhaitez en savoir plus sur "Saharabande", qui est vendu au prix de 10 €, je sais, _ça devient inhabituel, mais prenez votre stylo (à défaut de plume) et écrivez à l'auteur : Alain Jean Macé, 7 Le Clézio 56500 Plumelin.

lundi 24 septembre 2018

"Vertige", de Jos Garnier


Publié par les Éditions Tarmac, "Vertige" est le premier livre édité de Jos Garnier.

Pour moi, cette première édition est pleinement justifiée, même si j'en fais une lecture plutôt distanciée. 

Je m'explique.

Au lieu d'y voir un seul poème, comme l'analyse Jean-Christophe Belleveaux dans sa préface, j'y vois un ensemble de poèmes dont chacun forme un tout.

Et je recommanderais volontiers de lire ce livre en plusieurs fois plutôt que d'une seule traite. Pour le dire avec humour, quand je constate autant de souffrances dans chaque poème, je me dis : ça doit être atroce de se retrouver avec le corps découpé en morceaux (ou presque) à chaque page. Comment la protagoniste de ce livre peut-elle renaître 56 fois (nombre de textes) ?

Il faut reconnaître, d'ailleurs, que souvent, ce corps tombe en syncope, qu'il connait des défaillances, avant de repartir. D'où peut-être ce vertige ressenti.

Ceci dit, et derrière ce constat humoristique du parfait lecteur terre à terre, je suis saisi par l'indéniable force de chacun de ces textes et par le rythme assuré, aussi, qui s'en dégage.

Jos Garnier étant comédienne, ça se sent qu'elle doit mettre ses mots en bouche, et puis qu'elle les triture et les malaxe, qu'ils ne sont pas uniquement posés sur la page, mais qu'ils doivent se forer un passage à travers l'espace.

Non, décidément, ça ne plaisante pas chez Jos Garnier.

Tantôt vers libres, tantôt blocs de proses, j'observe enfin que les textes numérotés en haut de pages ne se suivent pas. Hasard ou pas ? Pour le lecteur, cela ne me semble pas avoir d'importance, en tout cas.

J'ajoute que l'image de couverture est d'Antho Valade.

Extrait de "Vertige", de Jos Garnier :

"retour dans le grand bazar dilaté pupilles extérieur intérieur paupière lourde jus de grenade dégoupille ouste pas le temps de passer à autre chose pour le cœur écume tu reviendras à la sainte trinité stylo équarrisseur objectif on pèle les mots sans retenue au motif monumental et effrayant langue écartée prête à vomir tout vert c'est ouvert prendre le droit pour le faux ajuster sa petite culotte pour démarrer en côte longue pente descente antennes surexposées aux arnaques stop destop je coule en tourbillons jaune caca dégueulis pas beau tout ça nettoyez moi rendez moi peau neuve et blanche comme colombe comme celle que l'on tire à la foire aux astres pratique pour faire place nette compteur à gogo retour case vide petite laine pour bourrasque imprévue et anéantissement d'un bloc c'est du vent"

Pour en savoir plus sur "Vertige", de Jos Garnier, qui est venu au prix de 14 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : http://www.tarmaceditions.com/

"Erratiques", d'Angèle Casanova


Publié par les Éditions "Pourquoi viens-tu si tard ?" (joli nom pour des éditions), "Erratiques", poèmes d'Angèle Casanova, accompagnent et/ou sont accompagnés par des photographies en couleurs de Philippe Martin. Je précise également que ce texte est traduit en langue espagnole par Miguel Angel Real.

"Erratiques" décrit, si je puis dire, "pas à pas", les étapes d'une danse. Et contrairement à ce qui se passe d'habitude dans les livres de poésie, il y a là autant d'images que de poèmes. L'image n'est donc pas le faire-valoir des poèmes. Il y a une stricte égalité entre les trois protagonistes de ce livre.

Et ici, la danse décrite est plus classique que folklorique (au sens de notre bourrée terrienne). Plus folklorique que rock and roll. aussi. On dirait du flamenco, à voir les tenues des danseurs et la traduction (!).

Je ne pense pas à quelque chose d'erratique, quand je lis ce poème et que je regarde les images des danseurs (beaucoup de flous dus à la vitesse). Le texte montre, à mes yeux, les flux et reflux naturels des mouvements du couple de danseurs. Car même les temps d'arrêt font partie de la danse.

Extrait d'"Erratiques", d'Angèle Casanova :

"alors la poitrine respire sous le masque noir
et les bras tendus vers la danse
font face à un ennemi invisible"

"avant de se découpler en une gestuelle saccadée
dessinant des solides vibrants
erratiques aliens
faits de
lumière."

"Erratiques", d'Angèle Casanova, est accompagné d'une préface de Marilyne Bertoncini.

Si vous souhaitez en savoir plus sur ce livre, qui est vendu au prix de 10 €,  rendez-vous sur le site de l'éditeur : http://www.association-lac.com

mercredi 19 septembre 2018

"Ivar Ch'Vavar", par Charles-Mézence Briseul



Publié par les Éditions des Vanneaux, dans sa collection "Présence de la poésie", "Ivar Ch'Vavar" est le livre idéal pour découvrir l'oeuvre de ce poète contemporain important, d'abord auto-édité, et que les Éditions Flammarion (entre autres) ont fini par publier.

Comme quoi, il n'y a pas de recette toute faite pour la reconnaissance, même si je ne perds pas de vue que je parle de poésie, domaine peu médiatisé.

Ce livre est aussi l'histoire d'une aventure collective, continuée durant pas mal d'années, à travers la publication de revues ("L'invention de la Picardie", "Le Journal Ouvrier", dont Ivar Ch'Vavar fut l’initiateur, et qui a publié, par exemple, Lucien Suel, Christophe Tarkos et Christophe Manon).

De ce point de vue et pour mesurer l'influence d'Ivar Ch'Vavar sur de jeunes poètes, la présentation de Charles-Mézence Briseul est éclairante.

Ce livre est enfin le résumé d'expérimentations poétiques, motivées par cette question centrale : comment réinventer le vers, le vrai ? D’où la pratique, en réponse, du vers justifié (comme la mise en forme des paragraphes dans les traitements de textes) ou arithtmonyme (même nombre de mots pour chaque vers d'un même poème).

Outre de très nombreux extraits de ses poèmes (choisis pas Charles-Mézence Briseul), "Ivar Ch'Vavar" comprend une notice bio-bibliographique détaillée, et plusieurs articles critiques (ou fragments de lettres).

Extrait de ce livre  et de "Berck (un poème)" :

"J'ai essayé toutes les pêches
Jeté la corde et le filet.
Je n'ai pas tiré, camarades,
Le dernier poisson de la mer.

Berck est un monde misérale
Mais on n'en touche pas le fond.
La sonde a déroulé son câble
Sans trouver où porter son plomb.

Berck est la manne inépuisable
De notre riche pauvreté.
Elle a coulé comme le sable
Entre mes dix doigts écartés."

Si vous souhaitez en savoir plus sur "Ivar Ch'Vavar", qui est vendu au prix de 16 €, rendez-vous sur le site des Éditions les Vanneaux : http://lesvanneauxedition.wixsite.com/les-vanneaux-ed/accueil

"Journal d'un mégalo", de Jean Jacques Nuel


Publié par les Éditions Cactus Inébralable, dans la collection "Les p'tits cactus", "Journal d'un mégalo", de Jean-Jacques Nuel, est une suite d'aphorismes, divisée en cinq parties, qui couvrent à peu près la vie de celui qui parle, c'est à dire de la naissance à la mort, voire post-mortem.

Car celui qui parle, c'est le mégalo. Il est tellement fort qu'il peut parler de lui-même, même une fois mort.

En effet, rien qu'au titre, on l'aura compris, ce journal est tout entier dédié à la célébration du moi. Et cette célébration est parfaitement réussie, tant du point du style, que de ce qui est écrit.

Malgré tout, si toutes ces phrases peuvent faire rire et font rire, ce n'est pas sans arrière-pensées. D'ailleurs, ce "Journal d'un mégalo" pourrait s'intituler "Journal d'un écrivain". Comme pour le confirmer, dans la vie, le mégalo est aussi un écrivain. Je n'ai pas dit, par contre, que cet écrivain était Jean-Jacques Nuel !

Il n'empêche que ces pensées d'un mégalo se rapprochent de ce que pensent d'eux-mêmes certains écrivains, j'en suis certain. Seulement voilà, en général, cela ne s'écrit pas, tandis que là, oui.

Et le lecteur se sent démuni, car le mégalo a tout prévu pour sa défense. Le plus intrigant, toutefois, de mon point de vue, est de trouver au milieu de ces aphorismes, une phrase qui ne relève pas de la célébration de l’ego, comme par exemple :

"On meurt tous d'être nés trop tôt."

"On naît sans expérience de la vie, on meurt sans expérience de la mort."

"La source amère, c'est la mère."

"Les seules personnes qui pourraient désirer l'anonymat sont les criminels en cavale."

Étaient-elles prévues au programme par le mégalo, ces pensées ? J'hésite à trancher.

En tout cas, voilà ce qu'un mégalo peut écrire :

"Si j'avais eu un frère jumeau, je l'aurais gardé précieusement pour les pièces de rechange."

"Mes précepteurs ont tenté vainement de m'inculquer leur médiocrité."

"Si mes chaussures pouvaient parler, elles me diraient merci quand je leur pisse dessus."

"Mon lit ne peut accueillir toute la misère sexuelle du monde."

"Je veux être enterré avec les miens, pour relever un peu le niveau du caveau."

L'image de couverture est de Jean-Claude Salemi, la mise en page de Styvie Bourgeois.

Si vous souhaitez en savoir plus sur "Journal d'un mégalo", de Jean-Jacques Nuel, qui est vendu au prix de 9 €, rendez-vous sur le site des éditions : http://cactusinebranlableeditions.e-monsite.com/

lundi 3 septembre 2018

"Puis tu googlas le sens du vent pour savoir d'où il venait", d'Emanuel Campo

Quand j'ai commencé à lire "Puis tu googlas le sens du vent pour savoir d'où il venait", deuxième recueil d'Emanuel Campo, publié par les Éditions Gros Textes, je me suis d'abord demandé si je lisais une suite de phrases sans rapport les unes avec les autres, ou bien, un récit en pièces détachées.

Ah ! Toujours cette envie de classification, alors que c'est le texte qui devrait seul compter.

Confirmation faite au fil des pages, et dans la postface de Grégoire Damon, c'est bien de fragments qu'il s'agit ici. Sauf que deux ou trois fois, les fragments s'étirent sur plus d'une page.

Il y a des pépites là-dedans, aucun doute là-dessus. Souvent, des jeux de mots, avec dans une expression déjà connue par ailleurs, un changement de mot qui change la saveur des mots. Par exemple, dans "une personne à mobylette réduite".

De manière générale, j'ai beaucoup aimé ce regard affiné jeté sur notre monde actuel. C'est bien de lui qu'il s'agit, ici. Car pas facile, hein, d'en parler, tellement la vie des villes l'a rendu divers et sans conséquences. Quelque chose de très nul, en tout cas, quelque chose dont on voudrait toujours avoir la clé, alors qu'elle n'existe pas. Ou bien, avec sa clé, on ouvre une seule petite porte, bien insignifiante. Déjà mieux que rien, me direz-vous.

Et puis d'abord, pas la peine d'en mettre des tartines sur un monde qui s'oublie vite.

C'est ce que montre Emanuel Campo, dans "Puis tu googlas le sens du vent pours avoir d'où il venait" (un de ses fragments qui donne le titre au recueil, ça c'est du titre !).

Extraits :

"Au commencement était le vieux."

"Passée une certaine heure, les laveries automatiques deviennent tout le contraire."

"Quand elle m'a dit vouloir faire un break
j'ai d'abord cru
qu'elle se mettait à la danse hip-hop."

"J'ai des troubles du soleil".

L'illustration de couverture est de Mathilde Campo. En voici le lien  http://www.ecampo.phpnet.org/wordpress/wp-content/uploads/2018/07/couvcadre_puistugooglaslesensduvent.jpg

Si vous souhaitez en savoir plus sur "Puis tu googlas le sens du vent pour savoir d'où il venait", d'Emanuel Campo, qui est vendu au prix de 6 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur: https://sites.google.com/site/grostextes/

lundi 27 août 2018

"Foutu poète improductif", de Florent Toniello


Publié par les Éditions Rafael de Surtis, dans sa collection "Pour un Ciel désert", "Foutu poète improductif", de Florent Toniello, est une suite de trente poèmes en vers libres, consacrés à la vie en entreprise.

Rien de plus opposé, en apparence, à la vie d'un poète, sauf qu'ici, il s'agit de l'ancienne vie de l'auteur.

Et puis, l'homme est doté de plusieurs hémisphères dans son cerveau. Il est tout à fait capable de faire quelque chose sans y croire réellement. Il sait aussi trouver de la poésie à ce qui ne veut surtout pas en avoir.

C'est à cet exercice que se livre avec naturel Florent Toniello, laissant traîner son imagination à partir des graphiques, des discours du travail et des acteurs de ce monde clos.

L'humour, voire l'ironie, sont omniprésents dans ces poèmes.

En fin de compte, le lecteur se dit que l'entreprise, bien à son insu, et en partie grâce à ses tics bizarres, n'est pas dépourvue de dimension poétique, à condition d'y survivre dans le décalage.

Extrait de "Foutu poète improductif", de Florent Toniello :

"Les carpes qui peuplent l'étang
au bord duquel nous mangeons l'été
lorsqu'il ne pleut pas
m'ont confié avant de se figer
LE SECRET DE LEUR HIBERNATION.
Mes collègues sont plongés
dans les traités de gestion optimale
des projets d'envergure;
c'est pourquoi eux s'interrogent
chaque année la saison venue
sur la survie de ces poissons
sous une épaisse couche de glace.
Moi je sais : suis-je donc le seul
à parler aux animaux ?"

La couverture et la vignette intérieure sont d'Eloïse Rey.

Si vous souhaitez en savoir plus sur "Foutu poète improductif", de Florent Toniello, qui est vendu au prix de 15 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : http://rafaeldesurtis.fr/POESIE.html

"Un carnage", d'Emmanuelle Le Cam


Publié par les Éditions Citadel Road, "Un carnage", d'Emmanuelle Le Cam, décrit la guerre de fond en comble.

Dans ce court recueil, en effet, on n'est jamais loin du champ de bataille et quand bien même on s'en éloigne, c'est pour en rappeler les méfaits à plus ou moins long-terme, dans le temps et dans l'espace (mutilations, vies brisées aussi).

Emmanuelle Le Cam, dans ses poèmes, ne cherche pas à passer sous silence l'atrocité de ce qu'elle voit. Elle le dit simplement, mais sans prendre de gants. Peu importe de quelle guerre il s'agit, d'ailleurs. Elles sont toujours trop nombreuses de par le monde, et se ressemblent toutes :

Comme l'écrit l'auteur :

"Elle reviendra, la guerre
elle est éternelle
elle sait se faufiler
jusqu'au cœur retors
de l'homme

Pour l'instant nous goûtons
la vacance, et l'ennui

d'être sur terre comme si 
l'on y avait été

vomi."

Pour se procurer "Un carnage", d'Emmanuelle Le Cam, qui est vendu au prix de 9 €, contact : citadel.road@gmail.com

lundi 9 juillet 2018

"Petite histoire essentielle de la futilité", de Bruno Toméra


Publié par Cathy Garcia, en tant que supplément de la revue Nouveaux Délits (même si ce texte s'achète indépendamment de la revue), "Petite histoire essentielle de la futilité", de Bruno Toméra est son troisième supplément (collection des délits buissonniers).

Cela fait plusieurs années que j'espérais relire des poèmes de Bruno Toméra, que j'ai publié à plusieurs reprises dans les premiers numéros de "Traction-brabant".

Heureux, donc, de retrouver cette poésie inchangée., qui suit, au plus près, des vies d'infortunes, faites de petits boulots mal payés, de misères de la rue, de ces réalités impossibles à cacher, à moins d'être de mauvaise foi.

Si la poésie de l'auteur sort souvent cabossée de ces malheurs ordinaires, ne croyez pas pour autant qu'elle s'y enfonce. Une lueur d'espoir traverse tous ces poèmes, qui est celle d'une fraternité humaine non feinte, et non basée sur l'intérêt. Quelque chose de franc, de direct, de solide, qui s'affirme contre vents et marées. 

Rien de malsain dans ces textes, juste une soif de révolte renouvelée, qui s'exprime avec le sourire, qualité rare qui fait que le style des poèmes, chaleureux dans ses images comme dans ses mains tendues, est reconnaissable et rare entre tous.

Extrait de "Petite histoire essentielle de la futilité", de Bruno Toméra :

"Le nouveau testament personnel et subjectif"

En m'invitant dans la fiesta de la vie,
l'univers a égaré le carton d'invitation
et me voilà loufiat (comme des milliards d'autres)
à chercher une planque pas trop inconfortable,
un peu d'amour et de calme
mais c'est sans compter
sur la panne d'électricité au seuil du Grand Soir
sur la dernière chanson déprimée du rebelle Renaud
sur dieu et sa bande d'abrutis sanguinaires
sur les grossistes des boutiques multinationales
sur le salon de la motoculture et du tripatouillage animal
sur la délocalisation des entreprises de confettis
sur la peine-à-jouir de l'égocentrique poésie
sur le one man show de la spectaculaire connerie
et son public connaisseur et ravi.
Sur un tas de fatras que nous enjambons chaque jour,
pauvres cloches.
Quand la mort m’enlacera sur un slow éculé
avec ses clins d’œil d'allumeuse pubère
ou sur un dico débridé avec des petits cris jouissifs de travelo
sortir de la fête à son bras sera le point final
de foutus SOS éparpillés en pointillés
avec la satisfaction de celui qui s'est exténué
à rafistoler la ligne de flottaison du radeau jusqu'au bout
et hypocrite jure que c'était bien mais que toute
bonne a une fin... Enfin."

Les illustrations de la couverture et des pages intérieures sont de Jean-Louis Millet.

Si vous souhaitez en savoir plus sur "Petite histoire de la futilité", de Bruno Toméra, qui est vendu au prix de 10 €, rendez-vous sur le blog de la revue Nouveaux Délits : http://larevuenouveauxdelits.hautetfort.com/ 

jeudi 5 juillet 2018

"Après la nuit après", de Thierry Radière


Publié par les Éditions Alcyone, "Après la nuit après", dernier recueil, à ce jour (?), de Thierry Radière, est une série de poèmes en prose.

J'en profite pour signaler qu'il s'agit du 20e livre (tous genres confondus) de l'auteur publié en l'espace de 7 ans (chez une dizaine d'éditeurs). D'où cette constatation, d'ordre général : parfois, les éditeurs éditent...

Mais revenons à nos moutons : ces poèmes en prose, semblant écrits d'une seule traite, et qui sont, en tout cas, dépourvus de ponctuation, agissent comme des expériences de chimie, comme le contenu d'un verre qui se déverserait dans une éprouvette. Chimie ou alchimie des réalités ?

Le titre du livre - "Après la nuit après" - est révélateur de ce changement d'état. D'une observation des apparences, on aboutit à un résultat, souvent surprenant, car plus grave, plus métaphysique, sur fond de souvenirs d'enfance qui remontent à la surface du présent, de regrets mal dissipés.

Entre-temps, la magie des images poétiques, transcrit du réel, est passée par là. Ici réside la valeur de ce texte.

Extrait de "Après la nuit après", de Thierry Radière :

"Les rêves sont les souvenirs d'une autre vie que l'on bricole à la lumière à peine ouverte et entêtée afin que l'écume de la dernière fois attablée les bras en croix tel un pantin au bout du rouleau soit bonne à regarder en face se remette à crépiter dans la cuisine où les murs salivent et les assiettes se teignent de sauce à épaissir au fouet des habitudes à retenir les pentes."

La réalisation graphique du logo de couverture est de Silvaine Arabo.

Si vous souhaitez en savoir plus sur "Après la nuit après", de Thierry Radière, qui est vendu au prix de 18 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : http://www.editionsalcyone.fr/

mardi 3 juillet 2018

"Milieu de gamme", de J-B. Happe



Deuxième recueil seulement de J-B. Happe publié, cette fois-ci aux Éditions Le Pédalo Ivre, et pourtant, voilà déjà un livre emblématique, y compris pour les éditions.

Vous me demanderez alors : de quoi ça parle ? Eh bien, justement, de tout et de rien à la fois. Ce n'est pas ça l'important dans "Milieu de gamme". C'est le style de son auteur qui importe. Et celui-là est caractéristique.

Et pour cause : quand J-B. Happe écrit des vers, on dirait qu'il cause "presque" naturellement, et ce qui en sort, ce sont bel et bien des "vrais" vers, pas de la prose. 

Voilà pourquoi je dis que ce livre est emblématique de pas mal d'autres autres auteurs publiés par le Pédalo Ivre. Pour le profane, habitué (le pauvre !) à la poésie classique, ces auteurs devraient écrire en prose.

Sauf qu'ici, plus que jamais, J-B. Happe trouve sa respiration dans le vers. D'où aussi la longueur importante (plusieurs pages) d'une bonne partie des poèmes de "Milieu de gamme" (ou alors, ils sont très courts).

En réalité, l'auteur ne fait que débattre avec lui-même et le résultat est plutôt amusant, nimbé d'humour noir, et surtout déconcertant, car on ne sait pas vraiment ce dont il sera question plus loin. L'argument de départ fait tache d'huile, et on se retrouve bientôt (par des sauts de puce, si vous préférez) dans autre chose, comme si on avait glissé dans un univers parallèle.

Un style vraiment singulier (rythmé, scandé, nerveux), qui me plait.

Extrait de "Milieu de gamme", de J-B. Happe :

"dans mon lit au bord de la route
j'attends un éditeur
j'attends le sommeil
j'attends le jugement dernier
j'attends de tes nouvelles
je tape du pied, me tourne et me retourne
je me joue au tiercé gagnant
ce sera d'abord le tiercé gagnant
ce sera d'abord le jugement dernier
ensuite un éditeur
à la toute fin du sommeil
apparaîtra turquoise, poitrine offerte
comme dans une pub pour un soda
toi tu me dirais
ce n'est pas une attitude constructive dans la vie
l'attente comme ça
c'est idiot et masochiste
tu aurais raison j'en suis certain
je ferais mieux d'écrire
je ferais mieux de t'oublier
les heures passent
sur le bord de la route dans mon lit
avec deux cailloux
dans une canette de bière
je bricole un maracas
je commence un rêve
puis j'ouvre les yeux et j'attends encore
je me lève je sors sur le balcon
et j'attends un carambolage
ce n'est pas une attitude constructive
dans la vie
je ferais mieux de t'oublier
je ferais mieux de te laisser
au bord de la route
et m'éloigner
dans mon lit
sur des rivières
d'encre blonde
houblonnée"

Si vous souhaitez en savoir plus sur "Milieu de gamme", de J-B. Happe, qui est vendu au prix de 11 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : http://www.lepedaloivre.fr


lundi 2 juillet 2018

"Cinéma inferno", de Jean-Marc Flahaut et Frédérick Houdaer


Publié par les Éditions Le pédalo ivre, "Cinéma inferno", de Jean-Marc Flahaut et Frédérick Houdaer décrit la passion qu’éprouvent pour le cinéma les deux auteurs. Une passion infernale !

En effet, ce livre de poèmes montre surtout les relations qu'entretiennent avec la réalité les films rêvés, et mélange rêves éveillés à souvenirs d'enfance ou d’adolescence.

Moyennant quelques libertés prises avec la lettre des films, la passion des auteurs pour le cinéma demeure intacte. C'est bien cela la magie du septième art. Il est facile de modifier des images, afin de les faire coïncider avec ses rêves personnels.

Les films évoqués, directement ou indirectement, épousent plusieurs styles, époques et origines : une majorité de films américains et de films d'horreur, mais également quelques longs-métrages français ou italiens.

Sans surprise, on y croise quelques jolies femmes, mais aussi quelques grands durs. Toute une série de héros à qui s’identifier sans peine, surtout quand on ne leur ressemble pas vraiment. Sans doute cela vaut-il mieux d'ailleurs, car, la plupart du temps, ces personnages hors norme finissent mal.

Ici, l'ambiance oscille entre humour et nostalgie d'une époque révolue, celle où le septième art n'était pas encore celui des multiplexes.

Peut-être parviendrez-vous à distinguer qui (Jean-Marc Flahaut ou Frédérick Houdaer ou les deux) a écrit quoi dans ce livre. En tout cas, moi, je n'y suis pas parvenu et je ne pense pas que cela soit grave, bien au contraire.

Extrait de "Cinéma inferno", "Le cinéma français" :

" dire juste ça
le cinéma français
avec la gourmandise d'un enfant
dans les années 80
le cinéma français
celui qui passait tous les dimanches soirs à la télé
le cinéma français
ses dialogues a minima
ses personnages génétiquement tragiques
le cinéma français
ses intérieurs dépouillés
ses paysages tristes à pleurer
ses meurtres par camions interposés
le cinéma français
ses aires d'autoroute
ses pavillons de banlieue
ses ascenseurs vides
ses villes de Province
le cinéma français
ses inspecteurs de police
ses dames aux chats
ses contrôleurs SNCF
ses vendeuses de stylo
dire juste ça
le cinéma français
avant de l'oublier".

Si vous souhaitez en savoir plus sur "Cinéma inferno", de Jean-Mrc Flahaut et Frédérick Houdaer, qui est vendu au prix de 11 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : http://www.lepedaloivre.fr